dimanche 28 août 2016

Eye in the Sky (2015) de Gavin Hood

Le colonel Katherine Powell (Helen Mirren) de l'armée britannique apprend qu'un de ses informateurs travaillant pour les gouvernement anglais et kenyan a été assassiné par les Shebab somaliens. Elle prépare une opération contre cette organisation et notamment contre un couple britannique faisant partie du groupe. L'opération pour les capturer et multinationale : un drone MQ-9 Reaper de surveillance et de frappe est piloté depuis le Nevada par le lieutenant Watts (Aaron Paul) ; des agents kenyans sont sur le terrain et observent la demeure qui est la cible de l'opération avec des drones miniatures (oiseau et insecte) ; les forces spéciales kenyanes sont à proximité prêtes à intervenir ; l'identification des suspects est effectué à Hawaï. L'opération est supervisée par le groupe dit Cobra au Royaume-Uni avec le général Benson (Alan Rickman), un ministre et le procureur général. Mais l'opération est remise en question quand les cibles changent de maison et se réfugient dans un quartier contrôlé par les Shebab à Nairobi, et préparent un attentat-suicide...

Eye in the Sky, qui propose une réflexion sur l'emploi des drones en situation de guerre, a été tourné en Afrique du Sud. C'est l'un des derniers films d'Alan Rickman, mort en janvier 2016. Les drones sont reconstituée par images de synthèse.






Le film s'inspire d'éléments réels : on reconnaît dans la citoyenne britannique membre d'al-Shabaab Samantha Lewthwaite. Plus subtil que Good Kill, Eye in the Sky met le spectateur devant le dilemme qui se pose aux militaires et aux hommes politiques : peut-on frapper des cibles importantes des organisations terroristes à distance, pour ici prévenir un attentat-suicide, tout en risquant de tuer des victimes innocentes ? Le réalisateur met en balance la frappe du missile Hellfire contre la vie d'une petite fille dont la maison a le malheur de se trouver à côté de celle où les kamikazes préparent leurs vestes-suicides avec leur artificier. Il montre les multiples allers-retours entre la chaîne de décision politique, qui hésite sur ce qu'il faut faire, et les militaires pressés de tirer un missile pour des raisons tactiques. Le tout non sans une pointe d'humour et d'ironie parfois macabre : le général anglais qui achète une poupée pour enfant avant de venir à la cellule Cobra, le ministre des Affaires Etrangères britannique contacté à Singapour et victime d'une intoxication alimentaire, parlant d'une frappe de drone sur le siège des toilettes... finalement, Gavin Hood, après avoir pesé le pour et le contre, laisse le spectateur se forger sa propre opinion sans trancher véritablement. Le film évoque certes la question des pertes provoquées par l'utilisation des drones, de la précision finalement tout relative des armes comme le Hellfire (il faut tenir compte de l'impact pour déterminer les pertes à proximité, ce que montre bien le film), mais par certains côtés, il relève aussi presque de la science-fiction (les drones miniaturisés ne sont pas encore d'un usage systématique ; l'identification faciale semble très perfectionnée). En outre les effets psychologiques des frappes de drones sur les civils ne sont pas abordés. Eye in the Sky est incontestablement meilleur que Good Kill, mais on peut probablement mieux faire : les drones attendent toujours leur film de référence...




samedi 27 août 2016

Mourir pour le califat 41/La vérité avec le convoi-wilayat Ninive

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn

Titre : La vérité avec le convoi.

Durée : 16 minutes 9 secondes.

Lieu(x) : aucun lieu n'est mentionné.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : dans la séquence 1, on reconnaît une pièce et des combattants vus dans la vidéo montrant la contre-offensive ratée de début mai au nord de Mossoul de la wilayat Ninive.

La séquence 3 est composée d'images d'archives remontant à 2012-2013.

Les 3 dernières séquences se déroulent en 2016.

Type de vidéo : c'est une vidéo de pure propagande, l'EI utilise de vieilles archives et évoque surtout ses kamikazes.

Découpage (séquences) :

1 : 15" - 3'45", discours de Zarqawi, images de tirs.
2 : 3'45" - 5'01", images de combats.
3 : 5'01" - 11'45", camp au désert de 2012-2013.
4 : 11'45" - 13'15", entraînement.
5 : 13'15" - 13'49", discours d'un kamikaze.
6 : 13'49" - 16'09"; kamikaze et images diverses.

Forces attaquées/adversaires : armée irakienne.

Good Kill (2014) d'Andrew Niccol

Le major Thomas Egan (Ethan Hawke) est un ancien pilote de F-16 en Irak, mis au sol et reconverti dans le pilotage de drones MQ-9 Reaper à partir d'une base aérienne près de Las Vegas, au Nevada. Les Reaper sont utilisés pour frapper des cibles en Afghanistan et ailleurs dans le monde, là où les Etats-Unis mènent la "guerre contre la terreur". Respecté pour son calme et son sang-froid, Egan, en réalité, déteste sa nouvelle fonction ce qui n'est pas sans poser problème lorsqu'il revient à la maison, dans une banlieue suburbaine, pour retrouver sa femme et ses deux enfants...

On a connu le réalisateur Andrew Niccol mieux inspiré (The Truman Show, en 1997 ; Lord of War en 2005). Le sujet promettait pourtant : l'utilisation des drones en situation de guerre et toutes les questions relatives à leur emploi.

Malheureusement tout cela passe à la trappe. Le réalisateur préfère se concentrer sur le mal d'un vivre d'un pilote de chasse frustré de ne pas pouvoir voler et de piloter des drones, qui préfère se saoûler sur la route et chez lui plutôt que de s'occuper de sa femme et de ses enfants (qui font d'ailleurs plus décoration qu'autre chose dans le film). Le réalisateur n'échappe pas non plus à des poncifs quant à l'emploi des drones : la CIA est un modèle de cynisme face à l'exemplarité éthique de l'US Air Force ; les dialogues sont franchement mauvais ; le débat sur l'emploi des drones est réduit à sa plus simple expression. Plus gênant, l'emploi des drones est uniquement justifié par la barbarie de l'ennemi (résumée par la scène finale, en définitive) et le réalisateur a confondu les problèmes psychologiques de l'emploi des drones (qu'il a privilégiés) avec la question de leur emploi tout court (finalement peu et mal traité).







 Good Kill se cherche, du début à la fin. Le discours du colonel aux nouvelles recrues à propos des drones, au commencement du film, est aussi plat que le reste. Il n'apportera malheureusement pas grand chose au débat et aux questions sur l'emploi des drones...






vendredi 26 août 2016

Patrick GALLIOU, La Bretagne d'Arthur. Bretons et Saxons des siècles obscurs, Lemme Edit/Illustoria, 2011, 103 p.

Patrick Galliou est docteur en anglais et en histoire ancienne. Spécialiste du monde celte, en retraite depuis 2007 après avoir été professeur émérite de l'université de Bretagne-Ouest, il signe chez Lemme Edit/Illustoria ce court volume, comme toujours, sur les Bretons et Saxons des siècles obscurs.

Le titre est trompeur car les trois quarts du livre, ou peu s'en faut, sont plutôt consacrés à l'évolution de la Bretagne romaine et ce qui peut expliquer l'abandon de l'île par Rome et l'apparition de nouvelles entités. Le recrutement de mercenaires saxons, leur soulèvement, l'arrivée de nouvelles vagues d'envahisseurs sur l'est de la Bretagne n'aboutit qu'à assimiler les Bretons à la culture des immigrants saxons, donnant naissance à une civilisation originale : telle est l'idée phare de l'auteur dans l'introduction.

Le premier chapitre dresse le portrait de la Bretagne, conquête inachevée à la fin du IVème siècle. Conquise entre 43 et 83, la partie de la Bretagne dominée par Rome est prospère, et a des échanges avec les provinces continentales -Gaule surtout-, notamment en raison des besoins de l'armée. Mais le nord de la Bretagne, au-delà et même en-deçà du mur d'Hadrien, et même le pays de Galles, à l'ouest, n'ont jamais été vraiment romanisés. La Bretagne ne connaît pas de troubles sérieux jusqu'en 367 : la Tétrarchie et la première moitié du IVème siècle voient la richesse s'exprimer dans les villes, et les villas du sud et de l'ouest. La religion païenne est encore présente, le christianisme ne semble s'implanter que dans les villes et l'aristocratie rurale.

Mais la Bretagne est progressivement abandonnée par Rome entre 380 et 420. La grande invasion, certes rebattue, de 367, a laissé des traces : le mur d'Hadrien n'est plus tenu par des garnisons, les Romains tentent d'installer des Etats tampons entre le mur et le sud-est. En 383, Maxime est le premier usurpateur à soulever les troupes de Bretagne et à passer sur le continent : une situation qui se répète jusqu'en 406, où Constantin III prend les troupes avec lui. En 410, c'est le fameux rescrit d'Honorius enjoignant aux Bretons d'assurer eux-mêmes leur défense. Les villes se contractent, les échanges deviennent locaux, le système monétaire romain disparaît, le christianisme continue sa progression.

Peu de sources écrites, jusqu'à la victoire de Chester (615-616) évoquent la Bretagne privée de l'influence romaine. Les stèles constituent une source appréciable. On devine que les anciennes civitates se chargent de gouverner des territoires qui progressivement deviennent royaumes à la fin du Vème siècle. Ceux-ci apparaissent plutôt dans les régions les moins romanisées et une hiérarchie semble s'installer assez rapidement. Les villas romaines se transforment en résidences fortifiées : les petits dynastes locaux mènent leur guerre pour leur propre compte. Etonnament, ces sites, avec une activité artisanale réduite, témoignent de contacts avec l'Aquitaine et jusqu'à l'empire byzantin grâce à des traces archéologiques que l'on retrouve au sud et à l'ouest mais aussi en Irlande. Jusqu'à la fin du VIème siècle, la Bretagne est en contact avec le commerce méditerranéen. A la société romaine succède donc une société aristocratique, renforcée par l'Eglise.

L'arrivée des Saxons change la donne. Pour P. Galliou, les Bretons se sont chargés dans un premier temps des Pictes et des Scots, déboulant de l'ouest et à travers le murs d'Hadrien. Vers 450, un dynaste breton, Vortigern, aurait fait appel à des Saxons, mercenaires, qui décident finalement de se tailler leur propre royaume. Cette migration, contrairement à ce que l'on a dit ensuite, reste limitée : quelques dizaines de milliers de personnes au plus, à partir de 450. Il est difficile, sauf à travers l'archéologie, de saisir les rapports entre Bretons et Saxons. Les Saxons restent longtemps païens, et les conflits Bretons-Saxons comme les guerres intesines sont multiples - pour P.Galliou, la figure d'Arthur n'est d'ailleurs qu'une création légendaire renvoyant à cette époque du "Dark Age" britannique.

L'ensemble est complété par un lexique, une chronologie, une liste de lieux à visiter et une bibliographie. On n'oublie pas bien sûr le livret centrale de 16 pages en couleur, même si des cartes de situation sur la deuxième moitié du Vème siècle et le VIème siècle auraient été utiles. C'est que, comme je l'ai dit au début, l'auteur ne passe que peu de temps à évoquer l'arrivée des Saxons et leur installation en Bretagne, seul regret pour ce volume, lié aussi à un problème de taille, tout simplement.

jeudi 25 août 2016

Fort Graveyard (Chi to suna) de Kihachi Okamoto (1965)

Août 1945, entre l'attaque soviétique sur la Mandchourie déclenchée le 9 et la capitulation japonaise du 15. Dans le nord de la Chine, le sergent Yosugi (Toshiro Mifune) arrive dans une garnison isolée dirigée par le brutal capitaine Sakuma. Yosugi arrive alors que Sakuma fait fusiller un jeune lieutenant, accusé d'être le seul survivant de la garnison d'un petit fortin avancé dont tous les hommes auraient été tués. Yosugi s'élève contre l'exécution et frappe le capitaine. Jeté en prison, il en est sorti pour se voir confier une mission périlleuse : prendre la tête d'un détachement de 17 hommes, parmi lesquels les 14 membres de la fanfare, de jeunes recrues sans aucune expérience arrivées en même temps que lui, et 3 hommes jetés en prison, pour reprendre à la guérilla communiste le fortin perdu. Yosugi va devoir transformer ses hommes en soldat pour accomplir un tâche qui s'annonce suicidaire...

Chi to suna est assurément un film à voir dans le cinéma de guerre japonais. Okamoto est lui-même un vétéran japonais de la Seconde Guerre mondiale, où il a servi dans l'aviation. Un tiers de sa filmographie ou presque est ainsi consacrée aux films de guerre. Il a connu son apogée dans les années 1960.





Ce film est produit par Toshiro Mifune, l'acteur qui joue le rôle du sergent Yosugi. Le choix du lieu, le nord de la Chine (Mandchourie ?), indiqué dès le début du film, met déjà le spectateur dans l'ambiance, ainsi que la première séquence : on est parmi les troupes japonaises à la toute fin du conflit, harcelées par la guérilla communiste chinoise, aux confins de la "sphère de coprospérité"... Ce n'est que bien plus tard qu'un personnage annonce que l'on se trouve "2 ou 3 jours après l'invasion soviétique de la Mandchourie", soit autour du 11-12 août 1945.



Le réalisateur parvient à un tour de force, certes centré sur Mifune, mais qui ne laisse aucun des personnages trop caricatural. Le sergent Yogusi est le sous-officier charismatique, qui transforme en soldats des novices : mais un lourd secret le motive dans sa tâche, qu'on ne découvre qu'à la toute fin du film. Sakuma, présenté de prime abord comme l'officier impitoyable, se révèle en fait plus partagé. Mais le fil de l'action repose sur la fanfare : les 14 jeunes Japonais passionnés de musique et qui n'ont jamais tiré un coup de feu, comme le montre la première séquence où ils jouent du jazz de Louis Armstrong en arrivant au fort, avant de se disperser au premier coup de feu de la guérilla. Okamoto, passionné de musique, joue sur les hommes de la fanfare, dont la camaraderie en musique, entretenue par le sergent Yosugi, va en faire de redoutables combattants.







Le scénario suit un schéma assez classique, mais Okamoto, là encore, parvient à faire un grand film dans la réalisation. Le sergent teigneux prend la tête d'un groupe a priori incapable de remplir sa mission : mais avec un minimum d'entraînement (réaliste, cela se sent dans les scènes concernées) et une tactique bien pensée, le fortin est enlevé. L'astuce d'Okamoto est de se focaliser sur un petit groupe de soldats japonais, ce qui permet de bien travailler les séquences de combat, assez réalistes pour l'époque : la prise du fortin est un modèle du genre. Les vainqueurs ont ensuite à tenir leur prise contre la contre-offensive de la guérilla communiste, même si l'issue ne laisse pas de doute au fur et à mesure que passent les minutes. A noter que l'on devine plutôt qu'autre chose la qualité de l'adversaire : Okamoto mélange d'ailleurs guérilla et véritables troupes régulières, avec uniforme, côté chinois. Le traitement de l'ennemi peut paraître assez hors de propos avec ce que l'on sait désormais du comportement de la troupe japonaise pendant la guerre : le réalisateur ne montre ainsi qu'un seul prisonnier, non maltraité. De même, le bordel du fort et la prostituée qui suit en permanence Yosugi sont japonais, ce qui permet d'éviter les questions sensibles des "femmes de réconfort" étrangères... et pourtant, en présentant des soldats japonais qui ont déserté pour rejoindre la guérilla communiste, par la dose d'humour introduite avec le jazz et le comportement burlesque de certains soldats japonais, et par la désobéissance des hommes à la stricte discipline militaire, Okamoto semble vouloir réhabiliter quelque part les oubliés du conflit sino-japonais, les simples soldats et les Chinois eux-mêmes. D'ailleurs, ce combat pour un fortin perdu à la veille de la capitulation (cf la dernière scène), les Japonais subissant un siège alors que le gros de la garnison se replie sans eux, traduit une vision très négative de la guerre chez le réalisateur, probablement liée à son expérience du conflit.






mercredi 24 août 2016

Nicolas PONTIC, Koursk : Staline défie Hitler 5 juillet-23 août 1943, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2015, 298 p.

Nicolas Pontic est le rédacteur-en-chef du magazine 2ème Guerre mondiale, pour lequel j'ai travaillé comme pigiste pendant quelques années. Je connais donc l'auteur du livre, que je sais intéressé par le front de l'est ; j'apparais d'ailleurs dans les remerciements p.293 car j'ai fourni quelques références qui sont présentes dans la bibliographie. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir aucun parti pris : je fais une fiche de lecture, point barre.

Nicolas Pontic consacre ce volume de la collection L'histoire en batailles de Tallandier à Koursk. Mais il n'est pas le premier à écrire en français sur ce sujet puisque Jean Lopez est passé par là, d'abord avec son premier ouvrage en 2008 qui a lancé sa carrière éditoriale puis une réédition en 2011 -que j'ai relue pour l'occasion. La comparaison s'impose donc inévitablement.

L'introduction de Jean Lopez (qui n'a pas changé d'une édition à l'autre) était fort peu modeste, prétendant démonter les "légendes" autour de la bataille de Koursk, légendes déjà déconstruites de 5 à 15 ans avant la parution de son ouvrage, notamment par des historiens et auteurs anglo-saxons. Celle de Nicolas Pontic est plus humble puisque l'auteur rappelle que le terrain a été défriché avant lui -y compris par Jean Lopez, qu'il cite. La présentation historiographique de la bataille est dans l'introduction chez Nicolas Pontic alors qu'elle est reportée en fin d'ouvrage chez Jean Lopez. Elle est plus rapide, vu la différence de taille entre les deux ouvrages, mais pas forcément inefficace. A noter d'ailleurs que l'auteur cite V. Zamulin, historien russe spécialiste de la bataille de Koursk et traduit en anglais depuis quelques années, et le deuxième ouvrage de George Nipe, ancien membre du courant révisionniste sur la bataille. Curieusement, Jean Lopez n'a pas utilisé dans sa réédition parue en 2011 le deuxième ouvrage de G. Nipe paru en 2010, et n'a pas pu utiliser celui de Zamulin dont l'ouvrage a été traduit juste après la réédition du Koursk. Ce faisant Jean Lopez ne peut pas jouer son rôle de compilateur jusqu'au bout, puisqu'il manque des références secondaires.

La cinquième offensive (The Fifth Offensive/The Battle of the Sutjeska) de Stipe Delic (1973)

Le film raconte la bataille de la Sutjeska, dans le sud-est de la Bosnie, en mai-juin 1943. Les forces de l'Axe lancent, pour les historiens yougoslaves, la 5ème offensive (d'où le titre du film) pour tenter d'annihiler les partisans de Tito (après la quatrième offensive en janvier-mars 1943, qui a donné lieu à un autre film, La bataille de la Neretva, en 1969). Les partisans, comptant environ 20 000 hommes, sont encerclés par plus de 120 000 Allemands, Italiens, Bulgares et Croates. Pilonnés par l'aviation, les partisans arrivent pourtant à se frayer un passage à travers l'encerclement via la Sutjeska jusqu'à l'est de la Bosnie. Tito est blessé au bras pendant les combats ; un capitaine du SOE britannique, parachuté auprès des partisans pendant la bataille, est tué. L'exploit des partisans malgré leurs lourdes pertes (plus d'un tiers de l'effectif) renforce leur réputation au combat et leur amène de nouvelles recrues : pour les historiens yougoslaves, c'est un tournant qui prend une coloration particulière dans l'histoire nationale.

Le film appartient au genre du "film de partisans", très classique dans la Yougoslavie de Tito. Comme La bataille de la Neretva, il inclut des stars occidentales : Richard Burton, Irène Papas, mais on trouve aussi les acteurs allemands Anton Diffring, habité aux rôles de nazis, et Günther Meisner, lui aussi abonné aux rôles de méchants généraux allemands. Il a été réalisé pour le 30ème anniversaire de la bataille, sur les lieux mêmes de l'affrontement, alors "sanctuarisés" dans un parc national. Burton, qui est alors entre le faîte de sa carrière et l'amorce du déclin, accepte de jouer le rôle de Tito ; admirateur du chef partisan yougoslave, il s'est déjà fait remarqué par ses prises de position socialistes par le passé. Son séjour en Yougoslavie avec Elizabeth Taylor ne passera pas inaperçu. Irène Papas n'a qu'un rôle très limité, de même qu'Anton Diffring qui n'apparaît que dans une seule séquence. Günther Meisner est plus visible au cour du film.

La cinquième offensive s'intègre au discours du genre du "film de partisans". Tito est montré comme le promoteur du socialisme pendant la guerre. Il y a un discours intéressant, en revanche, sur la religion, avec le personnage du prêtre chez les partisans : il porte à la fois la croix et l'étoile rouge. Les dialogues du film tendent à vouloir incorporer la religion dans le socialisme yougoslave. De la même façon, la relation égalitaire entre Tito et ses partisans est soulignée, alors même que Burton, par sa présence, écrase le casting yougoslave. Le discours ne tient pas compte des différences ethniques chez les partisans. D'ailleurs, certains acteurs ne jouent pas forcément des personnages en accord avec leur origine. L'armée et l'aviation yougoslave ont fortement collaboré à la réalisation du film : on voit des P-47 qui figurent les avions allemands, et comme souvent, des matériels allemands d'époque qui sont ressortis pour l'occasion (Flakvierling, MG 42, canons de 105, etc). En soi le film n'est sans doute pas un des meilleurs du genre, mais certaines scènes valent tout de même le détour.

lundi 22 août 2016

Hyena Road (2015) de Paul Gross

Afghanistan. L'équipe canadienne de snipers du Warrant Officer Ryan Sanders (Rossif Sutherland), qui vient d'éliminer un poseur d'IED sur la route Hyena, que les Canadiens cherchent à prolonger pour enfoncer un coin en secteur taliban, tombe dans une embuscade en faisant sauter un autre IED à longue distance. Cerné dans un village, le groupe est sauvé par l'intervention du "Fantôme" (Neamat Arghandabi), un ancien mujahidin du combat contre l'URSS qui avait disparu et qui est manifestement revenu en Afghanistan. Le capitaine Pete Mitchell (Paul Gross), des renseignements, interroge Sanders : il veut être certain qu'il a rencontré le fantôme, qui pourrait être un allié de poids dans le combat contre les talibans pour finir la route...

Difficile d'être à la fois réalisateur et acteur du même film. Paul Gross s'y essaie pourtant, mais le résultat est décevant. Il hésite entre fiction documentaire sur l'engagement des Canadiens en Afghanistan, qui finit par prendre le pas sur le reste, le scénario et les personnages, peu consistants. Il ne se démarque pas d'autres films cherchant à la fois le réalisme et interrogeant le spectateur sur les mêmes sujets, comme Démineurs que je revoyais il y a peu, en dépit des superbes paysages de la Jordanie et du Canada où a été tourné le film. Mention particulière à l'intrigue amoureuse entre le sniper chef d'équipe et son officier traitant, qui tombe complètement à plat et tombe même à la fin du film dans l'érotisme complètement superflu.


M134D Minigun montée sur hélicoptère CH-46 Griffon.


Fusil de sniper MacMillan TAC-50.

Commando sur la Gironde (Cockleshell Heroes) de José Ferrer (1955)

Le major Stringer (José Ferrer), un civil promu officier chez les Royal Marines, est chargé de concevoir un raid audacieux contre le port de Bordeaux en canoé pour poser des charges explosives sur des forceurs de blocus allemands. Il se heurte au capitaine Thomson (Trevor Howard), son adjoint, un vieil officier des Royal Marines, ancien de la Grande Guerre, qui ne jure que par les vieilles méthodes d'entraînement du corps...

Commando sur la Gironde est une version romancée de l'opération Frankton, le raid sur Bordeaux du Royal Marines Boom Patrol Detachment. Le raid comprend 6 canoés déposés par un sous-marin devant l'estuaire de la Gironde et qui doivent remonter le fleuve pour finir par poser leurs charges Limpet sur les navires allemands, en décembre 1942. Des 10 hommes engagés sur 5 canoés (l'un est perdu au déchargement du sous-marin), seuls 2 survivront, le chef du détachement, Hasler, et son équipier ; 6 autres Royal Marines seront fusillés après leur capture par les Allemands et 2 autres meurent de froid.


C'est le premier film de la Warwick (qui a réalisé d'autres films de guerre, notamment Red Beret en 1953) tourné en Cinemascope. De fait, la Warwick, compagnie basée en Angleterre mais dirigée par des Américains, veut capitaliser sur le succès de Red Beret avec une nouvelle production. La production envisage de reprendre la star de Red Beret, Alan Ladd, puis Richard Widmark. Finalement, c'est José Ferrer qui réalise le film et tient à la fois le rôle principal.


Le tournage a lieu à la fois en Angleterre, notamment au musée des Royal Marines, et au Portugal. Des corvettes britanniques de classe Castle construites pendant la Seconde Guerre mondiale servent pour représenter un chasseur de sous-marin allemand. Hasler et Sparks, les deux survivants du véritable raid, ont servi de conseillers techniques sur le film. Trevor Howard et David Lodge manquent de se noyer dans la scène où leur canoé se retourne. On note la présence de Christopher Lee dans un rôle secondaire, comme commandant du sous-marin qui dépose les Royal Marines.


Film de guerre classique, peut-être un peu trop, avec des personnages qui se cherchent plus qu'autre chose, et pas d'acteur charismatique. Trevor Howard semble un perdu, Ferrer pas très à l'aise.

dimanche 21 août 2016

Djihad au pays de Cham 7/Katibat al Tawhid wal Jihad

Katibat al Tawhid wal Jihad est révélateur de l'importance d'un groupe souvent négligé au regard de l'EI pour ce qui est de la guerre en Syrie : Jabhat Fateh al-Cham, l'ex-front al-Nosra1. Formation aux origines assez obscures, issue des rangs de l'ex-front al-Nosra et peut-être d'une autre formation ouzbèke qui lui est liée, Imam Bukhari Jamaat, Katibat al Tawhid wal Jihad rassemble à la fois des combattants d'Asie Centrale et des Syriens. Cette formation a gagné en effectifs, en matériel et en expérience au fil des années 2015 et 2016, ainsi qu'en visibilité, depuis son ralliement à l'ex-front al-Nosra en septembre 2015. Bien que focalisée sur le combat en Syrie, à terme, son discours djihadiste transnational pourrait se révéler dangereux pour les pays dont ses combattants sont originaires, en Asie Centrale.

samedi 20 août 2016

Gordon L. ROTTMAN, The Rocket Propelled Grenade, Weapon 2, Osprey, 2010, 80 p.

Gordon Rottman est un vétéran des Special Forces américaines : il a servi au Viêtnam et a été confronté directement aux RPG, sujet de ce livre des éditions Osprey. Les RPG sont les armes antichars les plus utilisées dans le monde, et à peu près contre n'importe quelle cible : véhicules blindés, fortification, infanterie, avion, hélicoptère... La famille des RPG comprend des armes rechargeables comme le RPG-7, et des armes à un seul coup comme le RPG-26. Le RPG-7 apparaît dans toutes les vidéos de l'EI en Syrie ou en Irak que j'analyse ou presque, en plus d'autres modèles également utilisés plus ponctuellement. Techniquement, le RPG-2 est une arme sans recul ; les RPG-7 et 16 sont des armes sans recul assistées par une fusée ; et les RPG-18, 22, 26 de véritables lance-roquettes. En russe d'ailleurs le terme RPG s'applique aussi aux grenades antichars de la Seconde Guerre mondiale (40, 43 et 6).

L'URSS dispose, lors de l'invasion allemande, de canons antichars classiques (37 et 45 mm notamment), de fusils antichars (PTRD et PTRS), de grenades à fusil antichars et de grenades à main antichars. C'est durant la Seconde Guerre mondiale que sont développées les armes antichars à charge creuse (HEAT) : un cône au bout de la munition permet de concentrer toute la charge à travers un trou minuscule percé dans le blindage, ce qui autorise à traverser une épaisseur beaucoup plus grande et ce quelle que soit la distance de tir. Les Soviétiques sont influencés par le Panzerfaüste allemands, mais surtout par le Panzerfaust 250, jamais en service, dont ils ont capturé les plans : il faut noter cependant qu'ils avaient tenté avant et pendant la guerre de développer leur propre lance-roquette antichar portable. De fait, ils s'inspirent des Panzerfaüste, Panzerschreck et Bazooka américain pour développer leur propre arme antichar : le RPG-1, dont le développement commence dès 1944, est abandonné en 1948. La même année, le RPG-2 voit le jour et entre en service en 1954. C'est un lance-roquettes de 40 mm, très simple d'utilisation, rapidement copié par la Chine (Type 56) et d'autres pays communistes. Le travail d'amélioration du RPG est un travail d'équipe, contrairement à la conception de l'AK-47par exemple. Le RPG-7, qui entre en service en 1961, a une meilleure munition et un système de visée. Le RPG-7V autorise le tir de nuit et la version D est démontable pour les troupes aéroportées. C'est surtout la munition du RPG-7 qui est plus efficace (toute une gamme est ensuite développée) : le tireur est assisté d'un pourvoyeur qui prépare aussi les roquettes en introduisant la charge de propulsion dans la roquette avant le tir. Le RPG-7 fait ses débuts pendant la guerre des Six Jours ; il apparaît au Viêtnam fin 1967-début 1968 et massivement pendant la guerre du Kippour de 1973. Le RPG-16, adopté en 1970, est conçu pour les forces spéciales et aéroportées et améliore les caractéristiques du RPG-7. Ce dernier est copié par la Chine (Type 69) et par d'autres pays comme l'Egypte, le Pakistan, l'Irak, l'Iran. Les Polonais, les Tchécoslovaques et l'Allemagne de l'Est produisent aussi leurs propres RPG-7 ; la RDA met au point une munition incendiaire, l'AGI. Le Nord-Viêtnam produit également une pâle copie ; plus récemment, une firme américaine a copié le RPG-7 (Airtronics USA, Inc).

Si la partie technique, comme souvent chez Osprey, est satisfaisante, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la partie sur l'utilisation opérationnelle de l'arme. Rottman rappelle que de nombreux véhicules en Irak et en Afghanistan ont été détruits à coups de RPG-7 : il souligne que la meilleure tactique contre les chars modernes, beaucoup mieux protégés, est le barrage utilisant au moins 3 RPG à différentes positions autour du véhicule visé. Le RPG-7 a été utilisé contre les hélicoptères dès la guerre du Viêtnam : on se souvient du choc causé par la perte de 2 UH-60 en Somalie, en octobre 1993, abattus par cette même arme, qui a donné lieu à un film célèbre. En Afghanistan, presque tous les hélicoptères américains abattus l'ont été par cette arme, chose visiblement moins vraie en Irak. Le RPG-7 a souvent été utilisé contre les fortifications de campagne : les munitions thermobariques ont été conçues spécialement pour cet emploi dans les années 1990. L'utilisation antipersonnelle n'est pas la plus adaptée mais des munitions ont été développées pour ce faire. Rottman rappelle que dans l'armée soviétique, on trouvait un ou deux RPG-7 par escouade. Le tireur et le pourvoyeur portaient normalement une arme individuelle en plus, pratique que l'on retrouve chez l'EI. L'armée irakienne de Saddam concentrait les RPG-7 dans la compagnie d'armes lourdes (12). Le problème est différent dans le cas des insurrections et autres mouvements armés : chez l'EI par exemple, non évoqué par Rottman (le livre date de 2010 : une édition mise à jour tenant compte des conflits récents serait bienvenue), l'escouade a au minimum un RPG-7 mais le chiffre monte facilement à 2 ou 3, sans parler des groupes complets de RPG-7 (jusqu'à 3 tireurs) manoeuvrant indépendamment. La doctrine soviétique prévoyait l'emploi des RPG-7 en dernière ligne pour la défense antichar, après les missiles guidés, les armes des chars et véhicules blindés et canons sans recul. Au Viêtnam, le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens utilisent les RPG dans leur rôle antichar contre les blindés sud-viêtnamiens et américains : quand ceux-ci deviennent plus lourds et que des parades sont mises en place, les RPG sont utilisés pour des barrages avant les attaques de positions fixes ou les embuscades. Les Israëliens sont surpris par l'emploi des RPG-7 par les Egyptiens, et les Syriens dans une moindre mesure, en 1973. Les mujahidin afghans emploient de nombreux tireurs RPG-7 contre les convois soviétiques, et contre les hélicoptères avant les Stinger. Les Tchétchènes organisent leurs escouades à Grozny autour du tireur RPG-7 (un ou deux par escouade) en 1994-1995. Malheureusement trop peu de place est consacré à chaque exemple et l'auteur ne peut se permettre une analyse détaillée d'un cas particulier ce qui est bien dommage, les études de cas sont trop superficielle - les pages dédiées aux contre-mesures dans le dernier chapitre auraient été peut-être mieux employées à cela.

Bien illustré (même si les dessins cette fois ne sont pas les meilleurs d'Osprey), le volume, bien qu'insuffisant sur la partie opérationnelle, constitue toutefois une bonne entrée en matière sur la catégorie des RPG. L'auteur a listé quelques sources p.79.

vendredi 19 août 2016

Tactiques militaires de l'EI-Synthèse 8

La synthèse n°8 récapitule les vidéos 36, 37, 38, 39 et 40 de propagande militaire de l'EI étudiées avec le questionnaire.

Le partage est toujours plus équilibré entre les théâtre irakien et syrien. Ici l'Irak domine encore, comme dans l'échantillon précédent, avec 3 vidéos, mais la Syrie en a 2. Cela confirme que la situation en Irak n'est pas bonne alors qu'à l'inverse les 2 wilayats syriennes sont parmi les plus productives en vidéos militaires depuis quelques temps. Il faut noter pour l'Irak le retour de la wilayat Diyala, pas vue depuis longtemps, et celle d'al-Anbar qui n'avait pas livré de vidéo depuis un certain temps. La wilayat Kirkouk par contre est une des plus productives depuis quelques mois en Irak. En Syrie, on retrouve de nouveau la wilayat Halab, souvent présente ces derniers mois, et la wilayat Homs qui elle aussi fournit beaucoup de vidéos de propagande militaire à l'EI.

mercredi 17 août 2016

Mourir pour le califat 40/La terre des batailles épiques (2)-Wilayat Diyala

Merci à https://twitter.com/binationale

Titre : La terre des batailles épiques (2).

Durée : 16 minutes 9 secondes.

Lieu(x) : dans la séquence 1, l'EI attaque une caserne de la mobilisation populaire à Shahraban, quartier de la ville d'al-Miqdadiyah, à 35 km au nord-est de Baquba. Dans la séquence 2, les combats ont lieu près du village d'Imam Ways, à 10 km au sud de Baquba, où des miliciens chiites avaient massacré des sunnites en août 2014. Puis on revient à Shahraban. L'attaque nocturne de la séquence 3 a lieu à Buhriz, dans la banlieue sud de Baquba.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de recoupement évident, certaines attaques à l'IED ou contre la police remontent peut-être au mois de mai. De toute façon probablement 3 semaines-1 mois minimum d'écart entre certaines opérations montrées et la mise en ligne (15 août).

Type de vidéo : c'est une vidéo mixte, attaque de positions fixes, harcèlements, attaques à l'IED, assassinats ciblés, etc.

Découpage (séquences) :

1 : 13" - 2'46", images d'archives, bombardement sur une caserne.
2 : 2'46" - 6'57", combats à Imam Ways et Shahraban.
3 : 6'57" - 10'10", IED, exécutions avec silencieux, assaut d'une caserne à Buhriz.
4 : 10'10" - 12'13", embuscades et combats de nuit.
5 : 12'13" - 14'36", assaut de nuit.
6 : 14'36"-16'09", exécution d'un membre de l'armée irakienne.