dimanche 31 juillet 2016

Albert CASTEL et Tom GOODRICH, Bloody Bill Anderson. The Short, Savage Life of a Civil War Guerrilla, University Press of Kansas, 1998, 170 p.

Au nom de Bloody Bill Anderson, certains penseront peut-être à la scène initiale du film Josey Wales hors-la-loi, où le personnage incarné par Clint Eastwood rejoint la bande de Bill Anderson après avoir vu sa famille massacrée par des maraudeurs nordistes. Les deux historiens, tous les deux spécialistes de la guerre de Sécession, visent ici à présenter la biographie la plus complète possible d'un homme dont le nom reste entouré de légendes, dorée ou noire.

Dès le milieu des années 1850, la guerre fait déjà rage aux confins ouest des Etats-Unis. Les habitants du Missouri, pour beaucoup partisans de l'esclavage, veulent transformer en Etat esclavagiste le territoire du Kansas, de plus en plus peuplé de gens de l'est, abolitionnistes. Aux "Border Ruffians" du Missouri s'opposent les Jayhawkers nordistes, mais les raids de ces irréguliers tournent souvent au crime crapuleux, sans distinction de parti. Quand la guerre éclate, la Confédération ne parvient pas à s'implanter militairement et politiquement dans le Missouri, malgré le soutien actif de la moitié ouest de l'Etat. L'Union ayant le dessus, il ne reste plus aux partisans les plus décidés du Sud que la guérilla : ce seront les fameux "bushwackers".



La famille Anderson s'est installée avant la guerre au Kansas, puis au Missouri. Bill, né en 1839, a servi sur la fameuse piste de Santa Fe, où il inaugure ses premiers détournements crapuleux. En 1861, Anderson est avec Arthur Ingram Baker d'Agnes City, un notable qui forme son groupe de Jayhawkers. Après le démantèlement de la bande par l'armée et l'arrestation de Baker, Anderson se met à son compte et rançonne surtout des Unionistes, mais à ce moment-là sans aucune motivation politique. En mai 1862, Baker tue le père Anderson suite à une querelle à propos d'une soeur de Bill, qu'il a courtisée avant de se marier avec une autre. Les fils prennent la fuite mais en juillet, Bill et Jim Anderson reviennent et tuent Baker et un homme qui l'accompagnait.

Soldats d'Ali 1/La Al-Abbas Fighting Division

La Al-Abbas Fighting Division est une milice chiite irakienne qui a émergé suite à la "mobilisation populaire" de juin 2014. Tirant son nom du fils d'Ali, Abou Fadl al-Abbas, elle naît à Kerbala sous le prétexte de défendre les lieux saints du chiisme irakien et sous l'égide de la fatwa de l'ayatollah al-Sistani1. La milice bénéfie d'un entraînement aéroporté fourni par un Irakien membre de l'armée britannique. L'armée irakienne prête également à la milice un de ses hélicoptères, dès 2014, pour ses opérations sur le terrain2. En novembre 2014, la milice combat dans les montagnes de Hamrin, à l'est de Baiji, contre l'Etat Islamique. Elle a également combattu pendant 3 mois pour s'emparer du village d'al-Ukhaidir, entre Tikrit et Kirkouk3.

La milice reçoit parfois l'appoint de l'Imam Ali Fighting Division, une autre milice intégrée dans la mobilisation populaire4. Elle reste attachée aux clercs chiites de Kerbala et relativement indépendante à l'égard de l'Iran5. Pour l'année 2015, elle participe avec l'armée irakienne, et non les autres milices chiites, à la reconquête de Tikrit en mars-avril, puis aux combats pour libérer Baiji en août-septembre. En mars 2015, elle monte la garde sur les miradors le long d'une tranchée construite à la frontière entre les provinces de Babil et al-Anbar, de 10 m de large, qui s'étend sur 50 km6. En décembre 2015, la milice recrute à l'ouest de la province d'Anbar dans un camp de personnes déplacées à Nukhayb7. Elle dispose de drones. Le grand combat de la al-Abbas Fighting Division, c'est le siège de Bashir, localité peuplée de Turkmènes prise par l'EI en juin 2014 et assiégée par les Kurdes et les unités de la mobilisation populaire, dont la milice, pendant plusieurs mois avant sa libération en mai 2016.

samedi 30 juillet 2016

Yann THOMAS, Le soldat allemand, Collection 1914-1918, OREP éditions, 2011, 33 p.

Un petit fasicule illustré sur le soldat allemand de la Grande Guerre. Il est découpé en 5 parties qui correspondent aux 5 années du conflit, de 1914 à 1918.

A chaque fois, le texte résume les opérations et l'équipement du soldat. Le texte s'appuie sur des photos de mannequins portant le matériel, dont les principaux éléments sont détaillés, des photos, des peintures etc. Une double page est par exemple consacrée pour 1914 au fameux casque à pointe allemand. On peut voir ainsi l'évolution de l'équipement, comme le remplacement du casque à pointe par le Stalhelm (1916). Les armes collectives ne sont pas oubliées puisqu'il est question des mitrailleuses ou de l'artillerie de tranchée (malheureusement peu illustrée pour cette dernière). Le fasicule se termine par l'évocation des décorations et la conclusion revient sur l'entretien des tombes allemandes et la recherche des morts.

Peu onéreux, bien illustré, c'est idéal pour découvrir le fantassin allemand de la Première Guerre mondiale. Seul bémol : étant écrit par un passionné de militaria, il n'y a aucune référence même indicative permettant de raccrocher ce travail de passionné à des travaux historiques sur l'armée allemande et son équipement. J'avais déjà remarqué cela dans un autre fasicule des éditions OREP, pourtant écrit par un militaire historien.

vendredi 29 juillet 2016

William MCCANTS, The Isis Apocalypse.The History, Strategy and Doomsday Vision of the Islamic State, St. Martin's Press, 2015, 242 p.

Dans son livre, William McCants, ancien conseiller du secrétaire d'Etat et membre de la Brookings Institution vise avant tout à démontrer pourquoi l'Etat Islamique est un défi nouveau pour le monde, bien loin d'al-Qaïda.

La réponse est donnée en 6 chapitres. Dans le premier, McCants montre que l'Etat Islamique était destiné, dès le départ, à diverger d'al-Qaïda. Là où Ben Laden et Zawahiri voulaient gagner le soutien du monde musulman avant d'établir le califat, l'Etat Islamique, lui, procède exactement à l'opposé. Zarqawi, le fondateur d'al-Qaïda en Irak, s'affronte régulièrement à Ben Laden et Zawahiri. C'est après sa mort qu'est proclamé le premier Etat Islamique, en octobre 2006. Les chefs d'al-Qaïda sont totalement surpris, de même que les partisans d'al-Qaïda sur la toile, déboussolés. Derrière le calife Abou Omar al-Baghdadi, il y a à la manoeuvre al-Masri, l'ancien chef d'al-Qaïda en Irak avant la création de l'Etat Islamique. C'est à cette époque d'ailleurs que l'organisation se dote d'un drapeau, celui qui est aujourd'hui encore le drapeau de l'EI. Un drapeau qui se veut tourné vers le passé mais qui reflète des ambitions modernes. Le premier Etat Islamique se compare volontiers aux Abbassides, dont il reprend la couleur noire : les prophéties apocalyptiques de la venue du Mahdi, considérées avec dédain par les chefs d'al-Qaïda, sont au contraire très populaires au sein de l'Etat Islamique d'Irak, tout comme elles l'étaient chez al-Suri, le grand théoricien du djihad global.

Al-Masri, vétéran du djihad égyptien, dirige d'une main de fer le nouvel Etat Islamique. Hanté par les prophéties apocalyptiques, il traite avec dureté les musulmans qui s'opposent à son organisation, y compris les sunnites, tout en ne réprimant pas ses subordonnées qui abusent de leur pouvoir. La sanction ne se fait pas attendre : le mécontentement monte chez les sunnites irakiens. Ben Laden ferme les yeux en dépit des nombreux abris critiques qui lui parviennent. Al-Masri et le calife sont tués par un raid américain en avril 2010.

Au Yémen, al-Qaïda dans la Péninsule Arabique a repris en 2008 le drapeau de l'Etat Islamique irakien. Dopé par les prêches d'al-Awlaki, grande figure de la propagande djihadiste, AQPA veut à son tour proclamer le califat là où doit avoir lieu le combat de la fin des temps de l'islam. Ben Laden, prudent, conseille de patienter, échaudé par l'expérience irakienne. Peine perdue : avec le début des printemps arabes, en 2011, AQPA se lance dans la construction d'un ensemble territorial, qui sera perdu en moins d'un an. Le groupe s'est mis à dos les tribus, et a coalisé contre lui ses adversaires. Le même sort attend AQMI qui tente l'aventure au Mali avant l'intervention française de janvier 2013, ou les Shebab somaliens.

Abou Bakr al-Baghdadi prend la tête de l'Etat Islamique en Irak en mai 2010. C'est un religieux, né à Samarra, qui est passé par la prison de Camp Bucca en 2004 mais n'a rejoint al-Qaïda qu'en 2006. Par de subtiles manoeuvres internes, aidé par son âme damné Hajji Bakr, il parvient à se faire nommer à la tête de l'Etat Islamique. Les djihadistes irakiens font leur autocritque, soulignent les erreurs de l'Etat Islamique, en s'inspirant beaucoup du Management de la Sauvagerie d'Abou Bakr Naji : frapper fort contre des cibles clés, avec une violence sans précédent. Naji s'inspire d'ailleurs de théoriciens non musulmans. Le livre est aujourd'hui le livre de chevet des combattants de l'EI dans les camps d'entraînement. L'Etat Islamique irakien profite du déclenchement de la guerre en Syrie pour réactiver ses réseaux syriens et envoyer des combattants qui forment sur place le front al-Nosra. Ce qui devait  au départ ne devenir qu'un réseau terroriste clandestin se transforme en fait en groupe insurgé sous l'influence probable d'Abou Khalid al-Suri, un des nombreux djihadistes que Bachar el-Assad s'est empressé de libérer de prison dès 2011. Khalid al-Souri défend la stratégie d'Abou Mousab al-Suri, vétéran de l'insurrection ratée des Frères Musulmans syriens contre Hafez el-Assad, observateur attentif de la guerre civile en Algérie et qui a connu aussi l'Afghanistan des talibans. Là où Naji conseille de conquérir un territoire et de le garder par la force brute, al-Suri conseille au contraire dans ses écrits de gagner le soutien populaire, les "coeurs et les esprits". C'est la stratégie développée par le front al-Nosra, qui ne suit cependant pas al-Suri partout : il n'hésite pas à collaborer étroitement avec les sunnites syriens dans l'espoir de faire tomber le régime, car contrairement à la théorie d'al-Suri, celui-ci n'est pas soutenu par les Américains dans ce cas précis. L'Etat Islamique, lui, soumet et impose sa volonté, ce qui ne veut pas dire qu'il n'obtient pas de soutien populaire, les habitants étant parfois lassés de l'anarchie des groupes rebelles. L'Etat Islamique et le front al-Nosra sont en compétition pour le pétrole de Deir-es-Zor ; Baghdadi craint que les combattants de Nosra ne soient plus fidèles à son lieutenant Jolani qu'à lui-même ; c'est pourquoi en avril 2013 il somme ce dernier de réintégrer le rang au sein du nouvel EIIL. Jolani refuse et en appelle à Zawahiri, qui reconnaît le front al-Nosra comme branche officielle d'al-Qaïda en Syrie, non sans avoir tenté une conciliation. L'Etat Islamique tempête et rompt les ponts avec al-Qaïda. Les théoriciens du djihad, al-Filistini et al-Maqdisi, se déchaînent contre l'EI. Celui-ci répond en faisant assassiner par un kamikaze Khalid al-Souri, qui opère alors avec Ahrar al-Sham, groupe rebelle salafiste ayant des liens avec al-Qaïda, contre l'EI.

L'EI est persuadé que le combat de la fin des temps de l'islam est proche. Ce combat doit avoir lieu à Dabiq, un village au nord-est d'Alep, que l'EI conquiert en 2014. Ce n'est qu'à ce moment-là, et après les premières frappes américaines, que la prophétie datant sans doute du VIIIème siècle est remise à l'ordre du jour. Les couleurs des drapeaux des combattants du Jugement Dernier, le jaune et le noir, sont facilement prêtés au Hezbollah chiite qui soutient le régime et à l'EI, alors qu'elles avaient une toute autre signification à l'époque. L'Etat Islamique réduit en esclavage les Yézidis, car la prophétie veut que l'esclavage soit rétabli pour la victoire de l'islam. Al-Banili, autre théologien important de l'EI, dresse le portrait d'al-Baghadi comme le calife de la fin des temps.

En juin 2014, la percée de l'EIIL dans le nord de l'Irak puis en Syrie accouche de la renaissance de l'Etat Islamique. Mais celui-ci s'installe dans la durée, profitant des politiques des gouvernements syrien et irakien. Avec ses combattants étrangers, sa théologie politique, son programme de construction d'un Etat, son encadrement issu des baathistes irakiens, il a de quoi créer un Etat. Al-Qaïda réagit d'abord en proclamant le mollah Omar, chef des talibans afghans, comme contre-calife, sans grand succès. Le modèle de l'EI reste les Abbassides, mais prendre la capitale des Abbassides, Bagdad, s'avère compliqué : la ville est à majorité chiite, et l'EI préfère consolider son pouvoir sur les zones sunnites. L'EI récompense les gens qui lui prêtent allégeance et applique la justice avec deux différences notables avec l'Arabie Saoudite, qu'on pourrait croire proche de l'EI : toutes les peines ont lieu en public, et l'EI cherche toujours la solution la plus dure, toujours justifiée par les écritures. La question de la cigarette est révélatrice : l'EI s'est montrée extrêmement dure à ce sujet, y compris contre ses propres cadres, au risque de s'aliéner le soutien d'une partie de la population non négligeable. Alors que l'EI multiplie les wilayats et ralliements de par le monde, il en est venu à presque oublier le Mahdi si important pour al-Masri en 2006-2007.

En conclusion, McCants rappelle que c'est l'invasion américaine de l'Irak qui a déclenché cette ferveur apocalyptique, et la création du premier Etat Islamique en 2006. Baghdadi ne fait que prolonger la ferveur apocalyptique en la canalisant sur la construction d'un Etat. Un Etat qui emploie à dessein une grande violence, ses chefs ayant cette stratégie. L'Etat Islamique récompense ses fidèles et massacre ses opposants : s'il a pu se développer, c'est que le régime syrien et l'Etat irakien s'en sont servis comme épouvantail. Mais l'EI a surtout été capable d'adapter son discours à un objectif : la création d'un Etat islamique ultraconservateur, un gouvernement brutal fondé par la guerre contre ses voisins. Comment le contrer ? L'auteur explique que la solution n'est pas simple : le bombarder, assiéger ses ressources financières, barrer les frontières pour empêcher l'afflux des combattants étrangers, armer les tribus sunnites, armer les Kurdes, soutenir les gouvernements syrien et irakien, envoyer des troupes au sol ? Il est illusoire de compter sur le régime syrien qui a nourri la naissance de l'EI ; quant au gouvernement irakien, dominé par les chiites, il faudra bien qu'il trouve une solution pour réintégrer les sunnites. Même s'il est écrasé, l'EI restera en dépit de tout un modèle pour les djihadistes futurs.

L'apport de l'ouvrage de McCants est sans aucun doute de souligner l'importance de l'idéologie de l'EI bâtie autour d'un djihad renouvelé articulé par la construction d'un Etat et une perspective millénariste. Les combattants viennent rejoindre l'EI pour participer au combat de la fin des temps : une idée que l'on retrouve aussi chez leurs adversaires chiites, comme les milices irakiennes. C'est ce qui fera la force de son héritage : une rhétorique apocalyptique couplée à une violence sans précédent, manipulée, capable de subvertir une population et de construire un Etat.

Jean-Claude BONNOT, Un crime au maquis, Editions du Belvédère, 2015, 175 p.

Ancien journaliste, Jean-Claude Bonnot se consacre depuis des années à des recherches sur l'Occupation dans le Jura et en Franche-Comté. C'est en 2013 qu'il découvre aux archives départementales du Jura un gros dossier relatif à une affaire traitée par la police française en janvier 1944. Pour compléter ce témoignage inédit, il est parti à la recherche des acteurs en vivant pour rassembler la mémoire orale de l'événement.

L'affaire découverte par l'auteur s'inscrit dans une première réalité : les réquisitions effectuées par les maquis pour leur survie, d'abord à l'encontre de Vichy, mais aussi, par nécessité, chez les paysans, en priorité les collaborateurs ou les tenants du marché noir. La pratique n'a pas laissé néanmoins un bon souvenir à certains ruraux. L'installation de la Milice, en janvier 1943, produit également un durcissement du combat. Dans le Jura, plusieurs miliciens sont abattus, parfois en pleine rue, tout au long de l'année. A Toulouse-le-Château, deux hommes rançonnent les habitants dans la nuit du 15 décembre 1943, tout en se montrant très polis et en n'usant d'aucune violence même s'ils se montrent avec des armes à feu. Arrêtés par la police à Lons-le-Saunier, leurs interrogatoires semblent montrer qu'on a à faire à des criminels de droit commun qui tentent de se faire passer pour des résistants. Les coupables, et les personnes arrêtées en leur compagnie, sont expédiées par le préfet en camp d'internement. C'est la 19ème brigade de police de sûreté d'Annecy, qui étend sa juridiction à la Savoie, qui va s'occuper d'un autre cas qui semble au départ similaire, l'affaire d'Arlay. Dans cette bourgade de 800 habitants, des vols, de  véhicules ou d'autres biens, sont commis en novembre-décembre 1943. Après une première d'arrestations, la police investit en force le village le 14 janvier 1944 et garde en détention 6 personnes : les frères Nanot, qui ont la réputation non usurpée d'être des bagarreurs, les frères Seyssel, dont 2 sur 3 sont bien membres de la Résistance, et G. Charitat, comme les autres désigné par la rumeur publique. Les 6 hommes sont internés. Reste Paul Seyssel, un autre frère, disparu depuis mai 1943 et auquel s'intéressent les policiers, qui dirigerait la "bande" responsable de ces forfaits, avec un autre homme : Emile Girardot.

Le 11 décembre, deux jeunes hommes de 15 et 16 ans, André Ville et André Danrez, partent chercher du ravitaillement pour leurs familles dans la région de Château-Chalon, où la police soupçonne la "bande" d'opérer. Les deux jeunes garçons disparaissent sans laisser de nouvelles. Les parents reçoivent des lettres indiquant qu'ils seraient passés par un hôtel de Voiteur. La famille Danrez est en contact avec un résistant, Roger Vercelli, qui est l'adjoint d'Elie Monteils, responsable de la résistance locale. Vercelli recueille des informations laissant croire que les 2 jeunes ont été exécutés par Seyssel et Girardot. Vercelli informe Henri Jonval, adjoint au chef départemental de l'Armée Secrète, René Foucaud, ancien militaire de carrière ayant servi dans le 507ème BCC de De Gaulle. Après l'arrestation d'un complice, la police met la main à Lons-le-Saunier sur Emile Girardot, venu à un rendez-vous dans un hôtel, mais ne trouve pas Paul Seyssel. Les policiers fouillent la demeure de Paul C., personnage haut en couleurs de Château-Chalon, qui effraie les voisins par ses idées avancées et sa possession d'armes à feu : ils y retrouvent des armes, un véhicule volé en décembre notamment. Des interrogatoires de Girardot par la police et des témoignages de résistants, il apparaît bien que Girardot dirige un groupe de résistants avec Seyssel pour adjoint et qu'il soit chargé du ravitaillement. Mais les deux chefs de groupe sont loin d'être discrets et abusent du profit de leurs rapines. On est dans le cas d'un maquis de réfractaires où les chefs ont refusé de se plier aux consignes de la hiérarchie, et agissent de leur propre autorité. C'est pourquoi il est fort possible que ce soit les chefs de la résistance locale qui ait renseigné la police pour arrêter Girardot, comme le laissent penser les sources, afin d'avoir à éviter de l'exécuter.

Girardot, interrogé plusieurs fois par les policiers, reconnaît d'abord les vols et autres rapines, mais nie l'assassinat des deux jeunes garçons. Il finit par craquer et avoue l'exécution des deux André, que lui et Seyssel ont pris pour des espions ; Girardot charge beaucoup sont adjoint. Le mobile du meurtre ne semble pas crapuleux. Les deux jeunes gens avaient probablement l'intention de rejoindre le maquis ou en tout cas étaient curieux de découvrir ce groupe de résistants : ils auraient été un peu trop fanfarons, mais la réaction des deux chefs du groupe, comme le montre le témoignage de Girardot, est totalement disproportionnée. Les corps sont découverts le 29 janvier 1944 sur indication de Girardot. Les responsabilités sont difficiles à établir. Girardot s'appitoie beaucoup sur lui-même dans les lettres écrites en prison, mais reconnaît avoir été "grisé" par son autorité de chef de groupe. Des témoignages contemporains à l'écriture du livre insistent sur la participation de Paul C., le paysan receleur, à l'exécution, mais qui pour certains chefs résistants dirigeait en fait ce groupe et influençait Seyssel et Girardot. Les Allemands mettent la main sur Girardot et l'envoient à Mathausen : celui-ci n'en reviendra pas. Paul Seyssel, quant à lui, échappe aux forces de police, mais finit liquidé par la Résistance, probablement à l'été 1944, dans des circonstances qui restent obscures. Il est le grand absent de l'affaire, son rôle reste difficile à apprécier.

Paul C., le paysan de Château-Chalon, qui vivait caché depuis la descente de police, revient chez lui presque tranquillement à la Libération. Il ne sera jamais inquiété et mourra d'un accident de la route en 1974. Après 1945, Girardot sera reconnu membre de la Résistance : il s'agit alors de taire son passé trouble et de souligner son appartenance à la lutte. La plaque du monument aux morts de Ruffey-sur-Seille associe deux de ses enfants, Jonval, le résistant, et Girardot... ce dont se plaignent les descendants de la famille Danrez, un des deux jeunes assassinés.

Jean-Claude Bonnot, à partir de documents d'archives et d'un travail de terrain qui le rapproche de son ancien métier de journaliste, et en utilisant quelques sources secondaires, montre ainsi qu'à côté des faux maquis décris par l'historien Fabrice Grenard (d'ailleurs cité comme référence), il y eut aussi de vrais maquis dont les chefs perdirent parfois le contrôle de la situation. D'après les sources disponibles, c'est bien ce qui semble être arrivé au maquis de Château-Chalon.

jeudi 28 juillet 2016

Sébastien ALBERTELLI, Atlas de la France Libre, Paris, Autrement, 2010, 80 p.

Cet exemplaire de la collection Atlas/Mémoires des éditions Autrement est publié pour le 70ème anniversaire de l'appel du général De Gaulle. C'est d'ailleurs plus un ouvrage collectif qu'individuel comme en témoignent les remerciements en première page.

La préface est signée Jean-Louis Crémieux-Brilhac, qui souligne combien l'histoire de la France Libre, qui se déroule à l'échelle mondiale (d'où l'utilité d'un atlas), a rendu en quelque sorte sa place à la France tout en demeurant la grande oubliée face à la Résistance. Action militaire, action coloniale, action administrative, action diplomatique, action informative et clandestine sont pourtant à son actif. Jusqu'en juin 1943, date de sa disparition, elle a incarné une autre voie que celle de Vichy.

Sébastien Albertelli, auteur d'une thèse sur les services secrets de la France Libre, défend l'idée que la France Libre n'a pas été seulement l'épopée militaire dont les anciens se souviennent, mais bien une aventure politique. De Gaulle rejette l'ancien système de la IIIème République : les combats ne sont là que pour permettre à la France de retrouver un rôle politique. C'est chose en fait 1941-1942 quand De Gaulle annonce un régime républicain et démocratique, après la guerre, pour la France, ce qui était loin d'être évident au départ. Défense des intérêts nationaux et démocratie renouvelée sont le programme sur lequel De Gaulle se pose comme prétendant au pouvoir.

Les 4 parties de l'atlas soutiennent l'idée de l'auteur dans l'introduction : les deux premières sont consacrées à l'engagement et à la construction d'un Etat, mais l'auteur ne sous-estime pas la dimension militaire à laquelle sont consacrées les deux dernières parties (Combattre hors de France, combattre en métropole).

L'atlas reprend la forme connue désormais de la collection. Sébastien Albertelli ne cherche pas à renouveler l'histoire de la France Libre mais à la présenter sous un format différent. Dès la première partie, on voit l'utilité des cartes de l'ouvrage dans la remise en contexte, par exemple, de l'appel du 18 juin, ou dans le faible nombre de Français qui restent en Grande-Bretagne après l'armistice. Complété par des grands textes, des notices biographiques et une bibliographie sélective en annees, l'atlas sera très utile aux enseignants, aux chercheurs ou aux curieux de par sa dimension très pédagogique.

mercredi 27 juillet 2016

Mourir pour le califat 34/Les murs d'al-Fustat-Wilayat Dimashq

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Titre : Les murs d'al-Fustat.

Durée : 16 minutes 58 secondes.

Lieu(x) : les combats de la séquence 2 se déroulent à la centrale thermique de Tishrin, à 16 km à peine à l'ouest de l'aéroport international de Damas. Les combats de la séquence 5 ont lieu près de la base aérienne de Dumayr, à 22 km au nord-ouest de la centrale. Dans la séquence 4, l'EI montre des images des dépôts du bataillon 559, dans le Qalamoun oriental, à 43 km au nord-ouest de la base aérienne de Doumayr. On voit également As-Safa, à moins de 10 km à l'ouest des dépôts. Puis la cimenterie Badia, à 7 km au sud-ouest d'as-Safa.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : les combats à la centrale thermique remontent au 6 avril. Les combats près de la base aérienne de Dumayr datent du 9 avril. Les images montrant les dépôts du bataillon 559 sont du 5 avril. La prise d'as-Safa date du 7 avrilcomme celle de la cimenterie. Il y a donc 3 mois et demi d'écart entre les opérations et la vidéo.

Type de vidéo : c'est une vidéo d'attaques et de combats, l'EI s'empare de positions et repousse des attaques adverses.

Découpage (séquences) :

1 : 5" - 2'34", introduction avec images d'archives.
2 : 2'34" - 7'10", combats contre le régime.
3 : 7'10" - 8'36", combats contre le régime.
4 : 8'36" - 10'47", résumé sur la prise d'autres positions, butin matériel.
5 : 10'47" - 12'13", combats contre le régime.
6 : 12'13" - 15'47", combats contre les rebelles syriens.
7 : 15'47" - 16'58", images d'archives.

mardi 26 juillet 2016

Mourir pour le califat 33/Dissuasion des monothéistes des campagnes des apostats-Wilayat Dijlah

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Titre : Dissuasion des monothéistes des campagnes des apostats.

Durée : 24 minutes 4 secondes.

Lieu(x) : les combats de la séquence 2 se déroulent à l'ouest de Makhmour. Dans la séquence 4, le bandeau indique que l'on est pour partie à l'ouest de Makhmour. 3 tirs de missiles de la même séquence ont lieu "à l'ouest de la jonction de Sharqat", probablement vers le village de Tulul al-Baj. La séquence 6 se déroule à l'ouest de Makhmour.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : les images de tirs de missiles de la séquence 4 correspondent à un reportage photo du 18 juin. Les images du butin de la séquence 6 correspondent elles à un reportage photo du 30 juin. Il y a donc un mois ou moins entre les opérations montrées et la mise en ligne, ce qui est rare dans la propagande militaire de l'EI ces temps-ci.

Type de vidéo : c'est une vidéo de combats différenciés : combats d'infanterie, attaques antichars, raid limité.

Découpage (séquences) :

1 : 11" - 1'30", introduction, images tirées de la vidéo et discours agressif d'un combattant.
2 : 1'30" - 8'35", intervention d'un SVBIED et combats à l'ouest de Makhmour.
3 : 8'35" - 11'13", combat antichar au crépuscule
4 : 11'13" - 15'13" tirs de missiles antichars.
5 : 15'13" - 19'27", combats de rues dans une petite localité.
6 : 19'27" - 22'22", raid sur une position adverse, ouest de Makhmour.
7 : 22'22"- 24'4", SVBIED filmé par drone.

lundi 25 juillet 2016

Mourir pour le califat 32/Raid sur les villages d'Amerli-Wilayat Kirkouk

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Titre : Raid sur les villages d'Amerli.

Durée : 9 minutes 51 secondes.

Lieu(x) : le raid de la vidéo se déroulerait dans les environs d'Amerli, célèbre pour le siège que l'EI y a tenté entre juin et août 2014, avant que la localité ne soit dégagée par les milices chiites et les peshmergas. La ville est à environ 90 km au nord-est de Samarra et à 84 km à l'est de Tikrit, et à 105 km au sud-est de Baiji.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de correspondance mais au minimum les opérations montrées datent de 3 semaines/1 mois si on est dans la moyenne habituelle.

Type de vidéo : c'est une vidéo de raid, ici mené de nuit, d'ampleur limitée.

Découpage (séquences) :

1: 13" - 3'24", introduction, images des adversaires, images d'archives de l'EI, images de la tuerie d'Orlando.
2 : 3'24" - 9'51", raid nocturne sur une position adverse.

Mourir pour le califat 31/Ensuite ce sera pour eux une source de regret, ensuite ils vaincront-Wilayat Halab

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Titre : Ensuite ce sera pour eux une source de regret, ensuite ils vaincront.

Durée : 34 minutes 51 secondes.

Lieu(x) : le 1er SVBIED qui explose dans la vidéo intervient à Doudian, à 10 km au nord de la fameuse localité de Dabiq, et à 4 km seulement au sud de la frontière turque. Le 3ème kamikaze identifié se jette sur des positions des rebelles à Baghidiyn, à 2,5 km au nord-est de Doudian, à 1 km de la frontière turque. Le 4ème kamikaze identifié se jette sur des positions rebelles à Dahlat, à environ 5 km au nord-ouest de Doudian. Le 5ème kamikaze identifié opère à Mazra, à 5 km à l'ouest de Doudian. Les combats contre le régime de la vidéo ont lieu dans le secteur de Khanasser, mais aussi pour la séquence 5 à Kafr Saghir, juste au nord du district industriel de Sheikh Najjar.  La séquence 6 montre des images rebelles à al-Raï. Ceux contre les Kurdes près de Manbij.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : les images du butin sur le front de Khanasser correspondent aux photos mises en ligne par l'EI après la bataille du 15-16 avril. On peut supposer que les images des rebelles syriens datent environ du même moment, soit 3 mois environ avant la mise en ligne de la vidéo. D'autres images du front de Khanasser correspondent à un reportage photo du 25 février (séquence 4). Les combats de la séquence 5 contre le régime collent avec un reportage photo du 20 avril. Les images rebelles de la séquence 6 semblent dater de début avril, lors de la reprise d'al-Raï alors que celles des combats contre le régime de la même séquence correspondent à un reportage photo du 14 avril.

Type de vidéo : c'est un montage complexe, alternant images d'offensives et images prises à l'ennemi ou incrustées à partir de sources extérieures (télévision, etc).

Découpage (séquences) :

1 : 17"-35", carte des provinces de l'EI, images d'archives.
2 : 35"-4'12", discours du kamikaze Abu Anas Al Babi, aperçu de nombreux SVBIED, explosion de l'un d'entre eux à Doudian.
3 : 4'13"-8'07, intervention de SVBIED à Doudian et dans les villages alentours.
4 : 8'07"-13'22", images prises aux rebelles syriens et insertion de séquences télévisées, combats à Khanasser contre le régime syrien.
5 : 13'22"-16'50", combats contre le régime syrien.
6 : 16'50"- 26'15", images prises aux rebelles syriens, combats contre le régime à Khanasser.
7 : 26'15"-32'49", combats à Manbij contre les Kurdes.
8 : 32'49"-34'51", le butin matériel.

dimanche 24 juillet 2016

Valeriy ZAMULIN et Stuart BRITTON, The Battle of Kursk 1943. The View through the Camera Lens, Helion&Company, 2014, 475 p.

Valeriy Zamulin est un historien russe spécialiste de la bataille de Koursk, sur laquelle il travaille depuis 1996. C'est lui qui en 2002 a publié les premières données inédites sur la bataille de Prokhorovka, qui contredisait la version traditionnelle de la bataille. Il travaille aujourd'hui à l'université d'Etat de Koursk.

Cet ouvrage-ci est en quelque sorte le complément à un précédent, paru en 2011, également traduit par Stuart Britton pour les éditions Helion et qui se focalisait sur la bataille de Prokhorovka (je l'ai lu mais il me reste à le commenter en détails ici). Imposant, il s'agit en fait d'un album photo commenté sur la bataille de Koursk. C'est le résultat d'un travail de plus de 20 ans de l'historien pour retrouver des photos pertinentes bien associées à la bataille. Comme le rappelle Zamulin, la lenteur du travail vient aussi de l'identification certaine des photographies avec la bataille de Koursk : dans les lieux d'archives russes, les photographies n'avaient parfois pas été classées correctement, et par ailleurs le secret durant le conflit empêchait les descriptions détaillées et même la mention du lieu où avait été pris la photo. Sans compter parfois que les équipes d'archivistes ne comprennent pas forcément d'historien militaire ou de spécialiste de la chose.

L'ensemble de plus de 500 photos dénichées par Zamulin est réparti en 5 parties : la première illustre la formation du saillant de Koursk et les préparatifs défensifs des Soviétiques, la deuxième la bataille sur le côté nord du saillant, la troisième la bataille sur le versant sud, la quatrième la contre-offensive soviétique dans la saillant d'Orel (opération Koutouzov) et la dernière la contre-offensive autour de Bielgorod et Kharkov (opération Roumantsiev). C'est donc la définition soviétique de la bataille qui est adoptée, avec un focus intéressant sur les prolégomènes, la formation du saillant et les préparatifs défensifs. Il n'y a pas que des clichés soviétiques puisque Zamulin a également inclus des photos allemandes capturées par l'Armée Rouge.

Le bref texte qui précède chaque partie (5-6 pages en moyenne) ne contient rien d'original par rapport aux travaux de Zamulin. La perspective est plutôt soviétique et on n'apprendra rien de neuf ici. Le point fort du livre, ce sont évidemment les clichés, qui ne sont pas limités à la guerre terrestre puisqu'ils présentent aussi la dimension aérienne. L'immense majorité des photos est effectivement inédite, ce qui fait la force du volume. On peut regretter parfois que la légende ne soit pas plus détaillée (Zamulin aurait pu par exemple retrouver l'unité allemande dont on voit l'emblème sur le camion de la photo p.24). Certaines identifications de matériels laissent parfois songeur (Pak 40 allemand ou plutôt Pak 38 p.25 ?). Parfois Zamulin n'identifie pas les armes visibles sur les photos, comme le PTRD p.42 ou les véhicules allemands p.54-55. Mais il y a aussi des photos uniques comme celle de ce train blindé soviétique p.76. ou celles de la destruction d'un bunker allemand p.110. V. Zamulin fait bien la distinction également entre photos "posées" pour la propagande et photos plus spontanées, prises sur le vif. La deuxième partie comprend de nombreuses photos des combats à Ponyri. A noter aussi la présence notable des femmes soldats soviétiques sur les clichés. Le volet de cartes au milieu du livre aurait mérité des légendes détaillées. On remarque par contre la présence de caricatures soviétiques parmi les clichés, ce qui est intéressant.

Malgré ses quelques légers défauts, et au vu du contenu, cet album photo commenté de V. Zamulin s'adresse surtout aux passionnés du front de l'est qui souhaitent enrichir leur collection "en images" sur la bataille de Koursk.

mercredi 13 juillet 2016

Amable SABLON DU CORAIL, 1515 Marignan, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2015, 510 p.

13-14 septembre 1515 : l'armée française du roi François Ier défait les Suisses, considérés comme la meilleure infanterie d'Europe, après un combat sanglant où les tués l'ont été pour l'essentiel dans la mêlée. Marignan conclut une campagne de 3 mois et a bien failli ne pas avoir lieu. Le succès donne la gloire, orchestrée par la propagande royale, à François Ier : la bataille devient une date clé du roman national. Elle devient ensuite le symbole d'une histoire-bataille vide de sens. Outre qu'elle marque aussi un point de repère pour séparer la période médiévale de la période moderne, Marignan est pourtant très importante dans l'histoire suisse : la Confédération abandonne ses rêves de grandeur et entre dans l'orbite française. Marignan n'est pas le symbole, pour l'auteur, de la révolution militaire que l'on voit se dessiner durant les guerres d'Italie : bien au contraire, c'est le crépuscule de deux types de combattants : le fantassin suisse et l'homme d'armes français. La bataille a peu intéressé les historiens militaires. C'est pourquoi Amable Sablon du Corail tente d'en proposer une histoire globale, et pas seulement bataille. Avec ce gros volume pour la collection L'histoire en batailles (plus de 380 pages de textes, sans compter les annexes, les notes, la bibliographie), on peut dire que le pari est réussi.

L'ouvrage se décompose en 14 chapitres. Le premier pose le cadre général des deux adversaires, le royaume de France et la confédération suisse. François Ier hérite en 1515 d'un royaume qui bénéficie d'un véritable âge d'or : modération fiscale du souverain, concorde entre le roi et sa noblesse, ce qui favorise l'aventure italienne. La Confédération, quant à elle, naît de la rencontre de trois aires différentes, avec espaces urbains et ruraux, qui cherchent à se débarrasser de la tutelle féodale, de l'Empire notamment. Délivré des Habsbourg à la fin du XIVème siècle, les Suisses entament une expansion seulement freinée par les dissensions internes. Les guerres de Bourgogne contre Charles le Téméraire en font un acteur incontournable. Mais les 13 cantons suisses n'ont pas de cohérence : ils n'ont pas tous la même organisation politique. C'est une nation sans Etat, soudée par les victoires sur le champ de bataille.

A quoi tient la supériorité militaire suisse avec ses fantassins ? A la survivance d'une forme de milice communale, rurale ou urbaine. La société suisse a encore du mal à canaliser une violence, la force physique déterminant souvent la place de l'individu dans le groupe. Le combattant suisse se déchaîne sur le champ de bataille ce qui donne naissance à une triste réputation de férocité. Le fantassin suisse est équipé d'une hallebarde, puis de plus en plus d'une pique, avec une épée longue et une dague, quasiment sans protection individuelle. Il n'y a pas d'entraînement : les combattants suisses se forment dans un cadre privé, et se battent avec leurs proches, ce qui renforce l'esprit de corps. La discipline est inexistante : les Suisses chargent frontalement et c'est quasiment tout. Les cantons ne peuvent empêcher, à chaque guerre, le départ de volontaires (Freiknechten) qui combattent pour leur compte et suivent les troupes. Ils ne peuvent financer longtemps l'effort de guerre : l'armée se dissout vite quand elle n'est plus payée ou qu'elle n'a plus rien à manger, d'où la recherche d'une bataille décisive.

L'armée française est à l'opposé. François Ier hérite de l'appareil forgé sous Charles VII pendant la fin de la guerre de Cent Ans : polyvalent, expérimenté, équilibré, avec deux atouts de poids, la cavalerie lourde des compagnies d'ordonnance et l'artillerie. Manque juste une infanterie comparable aux Suisses, que la France puise chez les mercenaires. Pendant longtemps le royaume est le seul à pouvoir entretenir une armée permanente. Les compagnies d'ordonnance sont devenues des unités de cavalerie lourde ou semi-lourde très marquées par la prépondérance aristocratique. La noblesse assure la formation de ces combattants. Très efficace, cette cavalerie revient pourtant cher au royaume alors que s'affirme la supériorité de l'artillerie et de l'infanterie. L'artillerie est devenue une spécialité française : à l'époque de Marignan, elle est en avance sur ses adversaires, tirant des boulets de fer ou de plomb. En revanche l'infanterie n'est pas de la même qualité : le royaume n'a pas su pérenniser l'institution des francs-archers. Pour pallier ce défaut, les rois, depuis Louis XI, recrutent des mercenaires : Suisses ou lansquenets du Saint-Empire. Leur présence ou leur absence expliquent souvent victoires ou défaites de la Frnace pendant les guerres d'Italie. Reste quand même l'efficacité des Gascons, infanterie légère spécialisée.

L'Italie est alors divisée, soumise à des acteurs rivaux, dont le Saint-Empire, la papauté et le royaume de France. Au royaume de Naples devenu aragonais s'oppose le duché de Milan, Venise, une superpuissance en déclin, Florence, la république terrassée et le pape, champion de l'indépendance italienne. C'est d'ailleurs lui qui crée la Ligue catholique, en 1511, contre la France, après avoir soutenu l'intervention de celle-ci en Italie, par peur de la puissance trop grande prise par le royaume. La fin du règne de Louis XII est marquée par les défaites, à Novare, et par la première invasion du royaume depuis la fin de la guerre de Cent Ans (les Suisses sont devant Dijon en 1513).

François Ier, qui n'a plus que Venise comme alliée, reprend à son compte les guerres d'Italie. Aspirant à la monarchie universelle, il prend lui-même la tête de l'armée. Les Suisses, quant à eux, sont grisés par leurs succès récents, mais ulcérés par le non-respect du traité signé avec la France en 1513. La sécurité des frontières garantie, François jette toutes les finances du royaume dans le recrutement de son armée, dont la moitié est composée de lansquenets.

Les Suisses sont travaillés par Matthaüs Schiner, prince-évêque de Sion, farouche adversaire des Français. Les Français, profitant des divisions entre familles aristocratiques, prennent pied à Gênes. Les Suisses envoient alors plus de 20 000 hommes dans le duché de Milan pour s'opposer à l'avance des Français qu'ils jugent imminente. Très vite, des problèmes de ravitaillement se posent aux Suisses. Surtout, François Ier réussit le franchissement des Alpes par surprise, prenant une route que les Suisses n'avaient pas envisagée.

Le 12 août 1515, dans un épisode illustrant la prépondérance des escarmouches, courses et autres embuscades dans les guerres d'Italie, les compagnies d'ordonnance françaises, bien renseignées par la population, tombent sur un parti milanais à Villafranca et capturent le capitaine général du duché, Prospero Colonna. Derniers feux d'une cavalerie de moins en moins faite pour ce genre de combats, les cavaliers se spécialisant avec les armes à feu et devenant plus légers.

Les Suisses ne peuvent financer longtemps l'effort de guerre. La défaite de Villafranca achève de sanctionner les divisions sur la stratégie à adopter. Une partie du corps de bataille rebrousse chemin, mettant à sac le duché de Milan pour subvenir à ses besoins. Les capitaines en campagne, qui reçoivent une délégation de pouvoirs assez importante, négocient avec le roi de France dès la fin août. Mais les cantons eux, sont hostiles à ces négociations et renvoient des troupes supplémentaires. Néanmoins le traité de Gallarate est signé le 8 septembre, alors que les Français ont pénétré dans le Milanais.

Il reste alors 30 à 40 000 Suisses en Italie. Les Vénitiens immobilisent les troupes espagnoles qui pourraient faire la jonction avec eux. Les Français contournent Milan par le sud. Le lendemain de la signature du traité de Gallarate, Schiner réussit à retourner la majorité des capitaines des cantons qui rejettent le traité. Un véritable putsch éclate à Milan et les contingents suisses se mettent en marche d'eux-mêmes pour aller affronter l'armée française, Schiner perdant le contrôle de sa manoeuvre.

L'armée française aligne 8 à 9 000 hommes dans les compagnies d'ordonnance, plus de 30 000 fantassins dont 23 000 lansquenets. Face à eux, 20 à 25 000 Suisses, manoeuvrant sur un terrain compartimenté. La première bataille suisse culbute l'avant-garde française du connétable de Bourbon, prise par surprise, et ce malgré l'intervention de l'artillerie. La bataille de François Ier arrive en renfort et les compagnies d'ordonnance chargent les flancs des Suisses, charges multiples et coûteuses, qui ne peuvent que les ralentir sans les repousser. A la nuit tombée, les Suisses ont marqué des points, mais hésitent sur la stratégie à suivre, alors que les Français peuvent se reposer et se reprendre. Ils creusent et aménagent des positions défensives, concentrent l'artillerie autour de deux grosses positions ainsi que les arbalétriers. Les trois colonnes suisses qui s'élancent sont brisées par les feux français : les lansquenets se hissent au niveau de leurs adversaires suisses. C'est une mêlée au corps-à-corps, à l'arme blanche, qui se transforme en boucherie car elle dure longtemps, ce qui est rare. Les Vénitiens arrivent pour la poursuite sur le champ de bataille.

Les Suisses sont poursuivis et pour partie taillés en pièces. Les Français prennent le Taureau d'Uri et la Vache d'Unterwald, deux des cors de guerre légendaire des cantons. Les Suisses ont sans doute perdu 8 000 tués, et les Français moitié moins. Pour les Suisses, cela représente 1% de la population, ce qui est énorme. Ce qui frappe c'est surtout que la plupart des tués l'ont été dans le corps-à-corps. François Ier met la main sur le duché de Milan : il a été adoubé sur le champ de bataille par Bayard, ce qui pour l'auteur est probablement authentique, bien que cela serve efficacement, aussi, la propagande royale. La victoire divise profondément les vaincus, les Suisses : la Confédération est au bord de l'implosion.

La paix vient après une ultime intervention de l'empereur et de ses alliés, qui se termine en fiasco. La victoire française tient aux capacités financières de la monarchie, dont les revenus permettent de mettre en ligne une armée puissante. Ce ne sera plus le cas à la fin des guerres d'Italie. Les Suisses ont perdu mais le plus étonnant est qu'ils aient presque failli gagner le 13 septembre au soir, ce qu'ils doivent à leur système militaire. Le fantassin suisse, comme l'homme d'armes français, se bat d'abord pour son honneur. Mais en réalité, les deux modèles militaires qui s'affrontent sont à bout de souffle, compagnies d'ordonnance françaises et infanterie suisse. La prépondérance française en Suisse après Marignan n'est pas exclusive.

Amable Sablon du Corail réalise bien, à travers ce livre, un essai d'histoire globale sur la bataille de Marignan, bien au-delà de la simple histoire-bataille, est qui bien présente, mais remise dans son contexte politique, social, culturel même. Après la lecture de ce livre, difficile désormais de seulement associer Marignan à la date 1515 et seulement cela. L'ensemble représente sans doute un des meilleurs volumes de la collection.

mardi 12 juillet 2016

Pierre BOUET, Rollon. Le chef viking qui fonda la Normandie, Paris, Tallandier, 2016, 220 p.

Pierre Bouet, maître de conférences honoraire à l'université de Caen, était un professeur de latin médiéval. Aujourd'hui à la retraite, et en tant que spécialiste des historiens normands et anglo-normands du milieu du Moyen Age, il se consacre à l'écriture. Son Hastings, déjà paru chez Tallandier, était une synthèse de bonne facture.

Ici, Pierre Bouet s'attaque à une figure de l'histoire normande : Rollon, le fondateur du duché de Normandie. Problème : les sources sont plus que ténues. Les chroniqueurs de l'Eglise qui rédigent après les faits sont très hostiles aux Vikings devenus Normands. L'historien doit surtout éplucher l'oeuvre de Dudon de Saint-Quentin, dont l'Histoire des Normands est une apologie de la dynastie, tout comme Guillaume de Jumièges qui le suit chronologiquement. Les traces archéologiques étant faibles, l'historien ne peut qu'utiliser d'autres sciences auxiliaires comme l'anthropologie et la toponymie.

C'est pourquoi le travail est plus une mise en contexte du personnage, sur lequel on sait finalement peu de choses, qu'une véritable biographie. Le premier chapitre explique le déroulement des raids vikings sur l'Occident, le monde des vikings, les causes de leurs attaques et leurs tactiques, ce qui occupe un bon tiers du livre. Dès la page 25 apparaît la première carte : le livre est illustré au fil du texte (comme avec les dessins des navires vikings p.39) ce qui est excellent.

Le deuxième chapitre tente de dresser les origines de Rollon. Pierre Bouet penche pour l'hypothèse norvégienne : Rollon aurait été le fils d'un puissant jarl de la région de Trondheim, proche du roi Harad à la Belle Chevelure, mais Rollon aurait été banni par le souverain. Né dans les années 850-860, le banni se serait réfugié dans les îles au nord de l'Angleterre, avant de passer sur celle-ci. Il aurait ensuite mené des expéditions en Frise et en Lotharingie avant de s'installer en Neustrie, en 876 selon Dudon, mais cette date pose des problèmes de cohérence avec d'autres sources : tout au plus sait-on qu'il y est présent assez tôt, il aurait participé au grand raid sur Paris de 885-888. Il aurait mis à sac la ville de Bayeux et trouvé sa femme "more danico", Popa. Après une expédition en Angleterre, il revient dévaster le centre de la France. C'est là que Rollon subit une sévère défaite, à Chartres.

Le traité de St-Clair sur Epte, qui donne naissance au duché de Normandie, est un processus plus complexe que ne le laisse paraître Dudon. Les deux camps sont épuisés : le roi Charles le Simple cherche surtout à fixer un chef de bande qui serait capable de contrôler ses semblabes, la manoeuvre est donc politique. Pour Pierre Bouet, ce ne sont pas tant les deux chefs que leurs dépendants qui ont poussé à un accord, de chaque côté. Les deux camps se connaissent bien : les Vikings de Rollon sont depuis longtemps présents en Neustrie et ils ne leur manquent plus, finalement, qu'une terre où s'installer. Le traité s'accompagne de la christianisation des Vikings, processus là encore compliqué. La colonisation se fait par vagues successives après le traité, avec aussi bien des Danois que des Norvégiens. La plupart sont en fait venus non de Scandinavie mais d'Angleterre, d'Irlande ou d'Ecosse où ils étaient déjà installés. Malgré la proximité avec l'archevêque de Rouen, la tradition nordique se maintient dans le droit de la mer, le droit pénal et le droit de la famille. La Normandie s'étend d'abord pour correspondre à la province écclésiastique de l'archevêché, ce qui est fait dès 933. Rollon installe un pouvoir fort qui est quasiment l'équivalent de celui du roi carolingien. Il est comte de Rouen, prince des Normands, avant de devenir marquis sous Louis IV et duc avec Hugues Capet. Rollon se veut le restaurateur de l'ordre public. Il procède au partage des terres, à la restauration des églises. Rollon meurt en 932-933 : son fils Guillaume Longue-Epée, qu'il avait associé au pouvoir, lui succède.

Dudon de Saint-Quentin réalise une oeuvre de commande : il faut réhabiliter l'image du Normand qui passe toujours pour un pirate. Dudon voit dans les Vikings le châtiment envoyé par Dieu pour l'impiété des Francs. En outre il se sert des procédés de la littérature antique. Aussi Dudon fait-il de Rollon un descendant des Troyens, comme c'est souvent la mode à l'époque dans les grandes familles dirigeantes ; il est élu de Dieu qui lui envoie des visions. Son baptême le transforme en bon chrétien. Son fils Guillaume intègre les Normands au christianisme. Richard Ier joue le rôle du martyr. Ainsi, par un chemin tortueux, les Vikings s'intègrèrent durablement au monde carolingien : le duché prospère jette les bases de l'expansion ultérieure.

lundi 11 juillet 2016

Pascal AIRAULT et Jean-Pierre BAT, Françafrique. Opérations secrètes et affaires d'Etat, Paris, Tallandier, 2016, 211 p.

Ce livre est la reprise de billets en ligne parus sur le site l'Opinion, dans le cadre d'une série baptisé "#Françafrique : derniers mystères". La reprise s'enrichit de 6 chapitres inédites. Ce travail est une collaboration entre un journaliste, Pascal Airault, et un archiviste paléographe, agrégé et docteur en histoire, Jean-Pierre Bat.

Le terme "Françafrique", utilisé pour la première fois par Félix Houphouët-Boigny, nouveau président de la Côte-d'Ivoire devenue indépendante, avait alors une connotation positive. Ce n'est que dans les années 1990, avec les travaux de F.-W. Verschave, qu'il prend une tournure négative. Derrière le mot, un homme : Foccart, qui chercha par tous les moyens à maintenir l'influence française en Afrique, dans ses anciennes colonies. Le travail des deux auteurs, à la croisée entre l'histoire contemporaine et l'histoire immédiate (et je rajouterai le journalisme) vise à démêler l'écheveau et les partis pris pour présenter des faits, à travers 26 "histoires".

Les deux auteurs, notamment Jean-Pierre Bat, n'en sont pas à leur coup d'essai sur le sujet (les références apparaissent en notes dès l'introduction), cela se sent. La sélection des 26 exemples est représentative, des plus connus comme l'enlèvement des chefs du FLN en 1956, aux moins connus comme l'empoisonnement de Félix Moumié en 1960 ou l'opération Mar Verde à Conakry en 1970. Un des chapitres les plus intéressants de mon point de vue, puisqu'il se rattache au petit ouvrage que j'avais écrit sur les guerres au Tchad, est l'assassinat à Paris du docteur Outel Bono, opposant tchadien du président Tombalbaye. En revanche le récit de la mort du commandant Galopin, qui suit, est peut-être un peu trop expédié. On retrouve l'affaire impliquant Jean-Paul Ney et ses comparses en Côte-d'Ivoire, en 2007. Je regrette par contre qu'il n'y ait pas de chapitre sur les liens entre la France et l'ex-président Hissène Habré, condamné à la prison à perpétuité au Sénégal en mai dernier.

L'ouvrage, bâti sur une série d'abord publiée en ligne, se dispense d'appareil critiques. Néanmoins des notes accompagnent l'introduction, chaque chapitre et la conclusion, où apparaissent quelques références. Les ouvrages de S. Smith, utilisés pour d'autres parties, ne sont heureusement pas utilisés pour le cas du Rwanda, où les auteurs préfèrent, et avec raison, G. Prunier. Sur la chute de Laurent Gbagbo en 2011, il n'y a malheureusement que le livre de J.-C. Notin... il faut dire que les ouvrages solides sur le sujet font défaut, comme souvent. En résumé, voilà un bon point de départ pour découvrir la Françafrique sous un angle "dépassionné", pour creuser ensuite  avec des références plus fournies. J'aurais préfèré pour ma part des exemples moins nombreux mais plus développés. Dommage peut-être que l'ensemble soit dépourvu d'illustrations (et même de cartes), ça aurait été un plus.

dimanche 10 juillet 2016

Tactiques militaires de l'EI-Synthèse 6

Cette synthèse n°6 confronte les informations recueillies avec le questionnaire sur les vidéos 26, 27, 28, 29 et 30 et dont les analyses ont été mises en ligne sur le blog.

Pour la première fois depuis que j'ai commencé à analyser les vidéos de propagande militaire de l'EI avec le questionnaire (début de l'année 2016), c'est le théâtre syrien qui domine dans l'échantillon et non plus l'Irak. Nous avons ici une vidéo de la wilayat al-Khayr (Deir-es-Zor), ainsi qu'une deuxième de la même wilayat qui reprend pour partie probablement des images des opérations de la première, et une vidéo de la wilayat Homs. La première vidéo montre les opérations tout autour de la poche du régime centrée sur l'aéroport militaire. La vidéo de Homs concerne les combats à Huwaysis et sur le champ gazier d'al-Shaer. En Irak, ce sont les wilayat Salahuddine et Ninive qui fournissent les 2 vidéos de l'échantillon. La vidéo de Salahuddine montre les opérations autour de Baiji. Il est vraisembable que la propagande de l'EI ait choisi délibérément de mettre l'accent sur ses opérations en Syrie, car la situation en Irak est moins bonne. La ville de Falloujah a été reconquise le 28 juin. Quelques jours plus tôt, l'EI était chassé des monts Makhoul, au nord/nord-est de Baiji, où le groupe avait maintenu une présence depuis la chute de la ville en octobre 2015, fournissant de nombreuses vidéos de propagande militaire à la wilayat Dijlah. En recul en Irak, l'EI conserve pourtant des capacités sur le théâtre syrien, où les choses semblent plus équilibrées, comme le montre cet échantillon.

Position prise à une unité de la mobilisation populaire-wilayat Salahuddine.


Celui-ci conserve encore un grand écart entre les opérations montrées et le moment de la mise en ligne sur Internet. Un bon mois sépare les opérations de la vidéo d'al-Khayr, d'avril à fin mai, de la publication. Pour Homs, il y a deux mois de distance (!) entre l'attaque à Huwaysis et sur le champ gazier d'al-Shaer, début mai 2016, et la mise en ligne de la vidéo début juillet. Il n'y a pas de recoupement pour les 3 autres vidéos mais on peut estimer que la durée moyenne de 3 semaines/1 mois de décalage est respectée. Cet aspect nous confirme si besoin l'était que ces vidéos sont toujours des montages de propagande, savamment mis en scène et qu'il faut donc prendre ces documents avec précaution, en multipliant les recoupements et visionnages pour ne rien manquer d'important.