mardi 29 décembre 2015

Kid TOUSSAINT et José Maria BEROY, A l'ombre du convoi, tome 2 : L'Espoir d'un lendemain, Casterman, 2013, 48 p.

Deuxième -et dernier, ce qui est un avantage : une série en deux volumes- tome de l'histoire A l'ombre d'un convoi, inspiré de faits réels : l'attaque d'un train de déportés par des résistants belges en 1943.

L'histoire se concentre ici sur les Belges qui vont réaliser cette attaque inédite. Théo, dont le père Adolphe s'est suicidé dix ans après la fin de la Première Guerre mondiale, n'ayant pas supporté ce qu'il a vécu dans les tranchées, mène une vie insouciante comme pour défier l'ombre de son père. Ses amis Jacques et Saul militent au Parti Ouvrier Belge. Même l'invasion allemande de la Belgique ne sort pas Théo de sa torpeur : il flirte avec Olya, la Juive allemande réfugiée chez son coiffeur. C'est pourtant la déportation des Juifs belges puis étrangers qui va forcer Théo à s'engager de plein pied dans la résistance...

La série a une évidente finalité pédagogique, ainsi que le montre les p.14-15 et 34-35 consacrées respectivement aux agressions nazies précédant la Seconde Guerre mondiale et à la Shoah. Le deuxième tome est plus psychologique que le premier : le père de Théo a basculé dans le point de non-retour après un événement tragique que l'on découvre au fur et à mesure des flash-back ; Théo cherchera à ne pas devenir comme son père en tentant de sauver Olya... finalement, l'attaque du train elle-même devient épisodique, emportée par le reste du scénario. Une très bonne série en deux tomes seulement pour se replonger dans la déportation.

L'Etat Islamique : Ainsi regardez (Oh Mahomet) ; en fait, ils regardent pour leur fin-Wilayat Homs

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Le 18 décembre, le wilayat Homs de l'Etat Islamique publie une longue vidéo (plus de 23 minutes) sur ses opérations dans la région. Il s'agit encore une fois d'un montage élaboré publié a posteriori des événements présentés.

dimanche 27 décembre 2015

L'Etat Islamique : Les snipers des monothéistes pour les Safavides qui les rejettent (2)-Wilayat Shamal Bagdad

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Le wilayat Shamal Badgad (Nord Bagdad) de l'Etat Islamique a mis en ligne le 12 décembre dernier une deuxième vidéo montrant ses snipers en action contre l'armée irakienne ou les milices chiites -considérés, comme le rappelle le titre, comme des polythéistes et les héritiers des Safavides, cette dynastie qui a dirigé l'Iran et une partie de l'Irak à partir du XVIème siècle.

La vidéo, après une courte introduction, montre les tirs de snipers probablement effectué pour la plupart avec des SVD Dragunov, le principal fusil de tireur d'élite utilisé par l'EI même si d'autres modèles sont visibles dans ses documents vidéos ou photos (comme ces canons de 23 mm ZU 23 bricolés).

Jean-Yves LE NAOUR, Claude PLUMAIL et Albertine RALENTI, Charles De Gaulle, tome 1 : 1916-1921 Le Prisonnier, Grand Angle, Bamboo Editions, 2015 48 p.

Les éditions Bamboo continuent sur leur lancée dans leur collection Grand Angle, qui a déjà sorti plusieurs volumes intéressants sur la Première Guerre mondiale, grâce à la collaboration de l'historien Jean-Yves Le Naour en particulier.

Ici, le travail porte sur Charles De Gaulle, avec un premier tome consacré à son parcours pendant la Première Guerre mondiale, sa captivité, moment souvent méconnu dans l'histoire du personnage d'ailleurs.

La BD fait commencer l'histoire à l'arrivée de De Gaulle à Verdun, le 1er mars 1916, où il rencontre Pétain, qui est encore son mentor. Puis c'est la capture -qui a donné lieu d'ailleurs à une virulente polémique initiée par les adversaires politiques du général, notamment à l'extrême-droite, après la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre d'Algérie. Le reste de l'album met en scène les tentatives d'évasion répétées de De Gaulle, qui ont toutes échoué, l'attente de sa famille, son retour à la fin de la guerre, sa participation à la guerre russo-polonaise contre son ancien codétenu Tchoukhatchevski, puis sa rencontre avec Yvonne Vendroux.

La contribution de l'historien à la bande dessinée se sent immédiatement dans la relation des événements, minutieuse : la captivité de De Gaulle est bien retracée, de même que son caractère bien trempé. Pourtant, la narration, qui se veut de manière évidente pédagogique, a quelque chose de lisse : le récit ne s'élève pas à la hauteur du sujet. Une impression renforcée par le dessin, très sobre, peut-être un peu trop : on aurait aimé quelque chose de parfois plus somptueux. Ici, l'ensemble est très académique, simple. De la même façon, le dossier de l'historien à la fin du volume balaie tous les événements vus dans l'album mais ne rajoute rien, ce qui est dommage, d'autant qu'il n'indique aucune piste bibliographique, ce qui aurait été un plus.

Il ne faut donc pas s'y tromper : c'est une BD documentaire, bien calibrée pour les néophytes voulant découvrir le personnage ou pour ceux qui veulent  en faire une utilisation pédagogique. Pour les autres, passez votre chemin.




Patrick COTHIAS, Patrick ORDAS et Alain MOUNIER, L'ambulance 13, tome 2 : Au nom des hommes, Grand Angle, Bamboo Editions, 2012, 47 p.

Toujours la même qualité au rendez-vous pour le deuxième tome de L'ambulance 13, bande dessinée inspirée d'un roman qui raconte le parcours de Louis-Charles Bouteloup, docteur sous-lieutenant de l'armée française pendant la Première Guerre mondiale qui arrive sur le front à l'hiver 1915-1916.

La BD commence par ce personnage, Emilie, une prostituée amatrice de dessins dont on comprend qu'elle a un lien avec Bouteloup. L'introduction de la question politique sauve ce dernier du conseil de guerre après la trêve négociée avec les Allemands dans le premier tome pour ramasser les blessés, mais dresse encore un peu plus son père contre lui. Le personnage d'Emilie quant à lui permet d'évoquer la question de l'attente des femmes à l'arrière. La scène où Bouteloup, toujours avec l'aide de soeur Isabelle, soigne les blessés sous le feu d'une attaque allemande, constitue le paroxysme de l'album. Si les effets des tirs d'artillerie et les combats de manière générale sont bien rendus par le dessin, on note une petite faiblesse sur les combats au corps-à-corps (p.36-37) qui paraissent un peu moins vivants. Les scénaristes insistent comme dans le premier tome sur la fraternisation avec l'ennemi allemand (renforcée ici par l'appartenance au corps médical). Bouteloup atterrit ensuite à Verdun, auprès des 56ème et 59ème BCP de Driant, et le tome se termine sur le pilonnage précédant l'attaque du 21 février 1916.

Sous prétexte d'évoquer ce qui deviendra le Service de Santé des Armées (qui participe d'ailleurs à la réalisation), les auteurs réalisent au final ce qui est probablement l'une des meilleures séries récentes de BD sur le conflit.


mercredi 23 décembre 2015

L'Etat Islamique : Protecteurs de la religion (2)-Wilayat al-Furat

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Le wilayat d'al-Furat (Euphrate) de l'Etat Islamique est à cheval sur la Syrie (province de Deir-es-Zor) et sur l'Irak (province d'al-Anbar). C'est l'illustration même du non respect des frontières de l'accord Sykes-Picot par l'organisation, même si en réalité, la division remonte à l'époque de l'empire ottoman. C'est néanmoins l'un des wilayats de l'EI à se situer sur les deux pays.

On voit sur cette carte que le wilayat al-Furat est à cheval sur la Syrie et l'Irak. Le wilayat al-Jazirah dont je parlais récemment, plus au nord, l'est aussi mais ses frontières sont plus floues. Il est difficile de cartographier les wilayats définis par l'EI qui ne correspondent pas toujours aux provinces administratives des deux pays concernés.  Source : http://talos-im.com/wp-content/uploads/2015/06/Wilayat-map.png



mardi 22 décembre 2015

Fred DUVAL, Jean-Pierre PECAU et FAB, Jour J, tome 17 : Napoléon Washington, Série B, Paris, Delcourt, 2014, 56 p.

1799. Napoléon Washington, fils adoptif du président américain George Washington, s'empare du fort espagonol protégeant l'entrée du port mexicain de Veracruz. Après avoir chassé les Anglais du Canada et rallié les colons de Louisiane, Napoléon espère maintenant conquérir le Mexique et les colonies espagnoles d'Amérique latine. Mais, peu soutenu par le Congrès qui ne veut pas s'engager hors des Etats-Unis, il songe à rembarquer. C'est alors que se présente Isabel, qui fait miroiter aux yeux du conquérant le légendaire El Dorado...

Jour J, la série uchronique de Delcourt, a eu ses bons tomes. Avec le temps, le ressort a tendance à s'épuiser, même si des volumes tardifs ont pu être bien mené.

Rien de tel ici avec une uchronie qui a du mal à convaincre. Difficile de croire que le père de Bonaparte, qui aurait tué Paoli ayant vendu la Corse aux Anglais, se serait rapproché de Washington, serait mort en le protégeant de son corps sur la Delaware, tandis que le fils se couvrirait de gloire durant la guerre d'indépendance, chasserait les Anglais du Canada et se lancerait à la conquête des colonies espagnoles, périssant en suivant la chimère mythique de l'Eldorado -parallèle évident avec la campagne de Russie. On a du mal à croire que Napoléon, même sur la fin, aurait pu suivre une aventurière sortie de la jungle à la recherche d'un trésor fantasmé. Bref, ce n'est pas la meilleure trouvaille de la série, à mon sens.

Outre un scénario qui peine à convaincre, se pose toujours le problème des multiples références présentes dans l'album, que l'on repère, mais sans les connaître forcément toutes. Certes, quelques notes viennent parfois expliquer telle ou telle chose, mais cela reste insuffisant. Il en faudrait plus. D'autant que l'histoire tient en un seul tome cette fois et qu'il y a beaucoup d'informations données pour la comprendre. Et qu'il y a aussi beaucoup de personnages entourant Napoléon, dont la plupart restent assez flous. Le dessin en revanche est bon.



lundi 21 décembre 2015

L'Etat Islamique : C'est la promesse de Dieu (2)-Wilayat Dijlah

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Cette vidéo du wilayat Djilah de l'Etat Islamique est la suite de celleparue un peu plus tôt dans l'année, qui relatait les opérations dans les monts Makhoul, au nord de la ville de Baiji. Cette première vidéo, guère impressionnante, montrait même les combattants de l'EI enterrer un de leurs morts, ce qui est très rare.



1944 (2015) de Elmo Nüganen

Juillet 1944. Les Soviétiques attaquent les positions défensives de l'Armee Abteilung Narva sur la ligne Tannenberg, en Estonie. Karl Tammik (Kaspar Velberg) combat avec ses camarades de la 20ème division de la Waffen-SS, recrutée parmi les Estoniens. Les pertes sont lourdes en repoussant les vagues d'assaut de l'Armée Rouge. Les Estoniens sont finalement contraints de se replier, sous le feu des avions soviétiques. La section de Tammik décide de se retrancher sur la route pour bloquer les avant-gardes soviétiques au lieu de rejoindre Tallinn. Les SS tendent une embuscade à une colonne blindée soviétique, qui se révèle en fait être un élément du 8ème corps estonien de l'Armée Rouge (249ème division de fusiliers). Tammik est tué par Jüri Jögi (Kristjan Üksküla), un soldat estonien combattant pour les Soviétiques. Ce dernier récupère sur le cadavre une lettre que Karl avait écrite pour sa soeur. A Tallinn, il se met à la recherche de celle-ci pour lui remettre la lettre...








Sujet délicat que l'Estonie durant la Seconde Guerre mondiale. Indépendant entre 1918 et 1939, le pays a été annexé par les Soviétiques en 1940, qui y ont exercé leur loi. Puis, les nazis sont arrivés avec Barbarossa et certains Estoniens ont vécu cette entrée comme une libération, allant pour certains jusqu'à s'engager dans les rangs de la Waffen-SS pour combattre aux côtés du IIIème Reich, alors que d'autres étaient enrôlés dans l'Armée Rouge. La libération de l'Estonie à l'automne 1944 met parfois face-à-face, dans les deux camps, des Estoniens. Mais c'est l'URSS qui sort victorieuse de la guerre et l'Estonie s'y retrouve incorporée, de nouveau, jusqu'à la chute du bloc soviétique 45 ans plus tard. On s'explique que la mémoire de cette époque soit conflictuelle.











Le réalisateur Elmo Nüganen choisit de contourner l'obstacle : son film se veut clairement une oeuvre de réconciliation. Au lieu de parler de la guerre elle-même et de la place de l'Estonie dans le conflit, il s'intéresse aux Estoniens. D'où ce jeu de miroirs entre les Estoniens servant dans la Waffen-SS et ceux du 8ème corps estonien de l'Armée Rouge. Nüganen présente des Estoniens qui sont entrés dans la Waffen-SS de manière volontaire : la plupart combattent pour défendre l'Estonie contre une invasion qu'il juge étrangère, d'autres sont davantage anticommunistes, mais un des camarades de Tammik, dans le film, pérore dans un moment d'énervement que leur combat est de toute façon perdu. Les SS Estoniens n'ont que peu d'estime pour le gouvernement collaborateur dont un représentant vient leur annoncer que les Estoniens appartiennent bien à la race aryenne (sic) avant de leur donner des photos dédicacées d'Hitler... est-ce à dire que le réalisateur est parfaitement complaisant ? Pas vraiment. Les Estoniens combattent aux côtés de Danois de la Waffen-SS qui leur ressemblent ; Nüganen insère dans l'escouade de Tammik deux frères jumeaux dont l'un est rapidement abattu par un tireur d'élite soviétique. Des jumeaux : le symbole de ce destin si ambivalent des Estoniens, puisque le survivant finit dans l'Armée Rouge.









L'Armée Rouge, qui apparaît d'abord informe, avec ses vagues humaines et ses chars taillés en pièces, au début du film, par les Estoniens. Avec ses Il-2 qui mitraillent les colonnes de civils, alors que les SS Estoniens tentent de les sauver -les milices formée à la hâte pour défendre le pays étant en pleine débandade. Et puis il y a cette scène magnifique : les SS Estoniens tendent une embuscade à une colonne soviétique, composée d'autres Estoniens. Tout le monde se fige : les SS survivants se retirent. Dans la réalité, une telle scène est-elle crédible ? Reste la beauté de l'oeuvre cinématographique. Tammik est tué. Le récit passe alors à son meurtrier, Juri, déboussolé parce qu'il a abattu un Estonien. A l'image des trappeurs de la taïga qui ont servi aux SS un dernier repas avant leur combat et qui prennent les Estoniens soviétiques pour des combattants au service de l'Allemagne... Juri retrouve à Tallinn la soeur de Tammik, et lui remet la lettre. Naît aussi une idylle. Plane sur lui la sombre menace du commissaire politique de l'unité, qui ne comprend pas pourquoi le capitaine de compagnie a épargné les SS estoniens, ni pourquoi Juri est si bouleversé. On comprend aussi que la famille de Juri a sans doute dénoncé celle de Tammik comme antisoviétique, ce ui explique l'exécution de celle-ci et en contrepartie l'engagement de Tammik dans la Waffen-SS... Les combats sur l'île de Saaremaa, en septembre 1944, finissent par donner aux combats un caractère inexpiable, y compris entre Estoniens. La scène finale, prévisible, vient néanmoins clore un film qui touche son sujet, au final, avec un certain brio. Malgré un faible budget -qui n'empêche pas la qualité de la reconstitution-, le réalisateur délivre un message de réconciliation entre Estoniens, même si on peut critiquer l'authenticité de certaines scènes de combat (notamment la première où une poignée d'Estoniens défait une vague d'assaut soviétique) ou des partis pris un peu caricaturaux (comme le commissaire politique estonien).

L'Etat Islamique : Aspects des progrès de la bataille dans le village de Shandukhat-Wilayat al-Jazirah

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Le wilayat al-Jazirah de l'organisation Etat Islamique a été créé en février 2015, en même temps que le wilayat Dijlah et le wilayat Ninive. Le wilayat al-Jazirah comprend la région à l'ouest de Mossoul jusqu'à la frontière avec la Syrie, même si celle-ci n'est pas vraiment respectée par l'EI : c'est la route irakienne parallèle à la frontière qui sert de délimitation plus ou moins nette avec le wilayat al-Barakah dans la province syrienne de Hasakah. Le wilayat al-Jazirah comprend notamment le massif du Sinjar.

dimanche 20 décembre 2015

Jean-Pierre PECAU, Leo PILIPOVIC et THORN, Le Grand Jeu, tome 4 : Indochine, Série B, Paris, Delcourt, 2010, 56 p.

Quatrième tome de la série uchronique Le Grand Jeu de J.-P. Pécau, Indochine poursuit l'histoire de cette Seconde Guerre mondiale au cours modifié, le tout emprunt de fantastique autour des expériences secrètes menées par les nazis.

Le tome 4 est surtout un tome de transition où il ne se passe à vrai dire pas grand chose, tout en étant bourré de références. La première étant le code "Gerboise rouge" de l'explosion nucléaire dans le Sahara français en 1946, qui correspond au 3ème essai nucléaire français en Algérie en 1960.

Le personnage de Jacques Bergier garantit que le fin mot du scénario se trouve dans les écrits du Matin des magiciens, avec ses imaginations sur l'ésotérisme et l'occultisme nazi. Le coup de force des ligues d'extrême-droite de Déat et Doriot a lieu le 6 février 1946 dans la BD, ce qui évidemment est tiré du 6 février 1934.

J.-P. Pécau glisse également dans son histoire Sartre, Navarre (le commandant en chef en Indochine au moment de Dien Bien Phu, de même que Robert Capa (mort en Indochine). L'introduction de ce nouvel espace amène aussi à croiser Hô Chi Minh et Giap. Le périple à Dien Bien Phu est l'occasion de mettre en scène Bigeard et, de manière plus étonnante, le fameux BMC (Bordel militaire de campagne) du camp retranché, parfaitement authentique.




En ce qui concerne l'histoire, pas grand chose à se mettre sous la dent. Le journaliste Nestor Serge est envoyé par Bergier en Indochine, les événements étranges se succèdent, sans que l'on en devine encore tous les tenants et les aboutissants. Espérons que le tome 5 soit un peu moins rempli de références et plus d'action.



Soutenez le califat (2)-Wilayat Ninive


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Cette vidéo de l'Etat Islamique, tournée dans la province de Ninive, présente un camp d'entraînement de l'organisation. Un combattant qui se tient au sommet d'un bâtiment du camp d'entraînement porte le drapeau de l'organisation. Dans la première partie de la vidéo, on peut voir des combattants, qui ont tous le visage caché, descendre en rappel le long du bâtiment, certains tirant avec des AK-47 vers le sol. D'autres descendent la tête en bas. D'autres glissent le long d'un treuil (dont un avec un drapeau noir dans le dos) et tombent en dessous dans une surface plane d'eau, dont ils se relèvent ensuite pour tirer ) à l'AK-47.

dimanche 13 décembre 2015

Djihad au pays de Cham 3/Les Jordaniens

Les Jordaniens sont parmi les plus gros contributeurs du djihad syrien : avec probablement 1 500 à 2 000 combattants, ils suivent de près les Tunisiens et les Saoudiens qui restent encore en tête. Pourtant, en 2011, les salafistes jordaniens se concentraient encore sur leur agenda local. Mais la naissance du front al-Nosra en Syrie, début 2012, change la donne. Les grands chefs du salafisme-djihadiste jordanien appuient alors le djihad en Syrie, aux côtés d'al-Nosra. Puis survient un autre tournant : la naissance de l'EIIL en avril 2013 et le début de la guerre larvée, puis ouverte, avec le front al-Nosra qui se place sous l'autorité d'al-Qaïda contre Baghdadi. La plupart des salafistes-djihadistes jordaniens se placent alors du côté du front al-Nosra contre l'héritier de Zarqawi, mais dès la fin 2013, les volontaires sont de plus en plus nombreux à rejoindre les rangs de ce qui devient, en juin 2014, l'Etat Islamique. Si le front al-Nosra recrute encore en Jordanie, il semble bien désormais que la tendance porte les volontaires vers l'EI, malgré tous les efforts dépoyés par les vétérans du djihad global d'al-Qaïda pour limiter l'influence du groupe en Jordanie.

dimanche 6 décembre 2015

Le vol du corbeau ( Hrafninn flýgur) de Hrafn Gunnlaugsson (1984)

Irlande, à l'époque des raids vikings au début du Moyen Age. Un jeune garçon assiste, impuissant, à la mort de ses parents sous les coups des Vikings. L'un de ces derniers l'épargne alors que le chef, Thord, a ordonné de le tuer aussi. Sa soeur est enlevée par les Vikings. Vingt ans plus tard, devenu un homme, le survivant débarque en Islande d'un navire marchand pour se venger et retrouver sa soeur...

Le vol du corbeau est le premier film de ce réalisateur suédois qui ouvre une trilogie. Cette production scandinave est loin des standards occidentaux qui ont pu être posés par des films comme Les Vikings de R. Fleischer ou Le 13ème guerrier de McTiernan, qui ont leurs propres qualités. Le scénario est classique mais poussé de manière intéressante : le réalisateur questionne le concept de vengeance (à travers la séquence finale où le fils que la soeur a eu avec le chef viking commence à prendre les armes déposées par l'Irlandais pour venger son propre père), de loyauté (la soeur de l'Irlandais ; les deux frères et chefs vikings) et même les superstitions païennes des Vikings, tournées en dérision par les ruses de l'Irlandais chrétien. Surtout, les paysages de l'Islande tranchent singulièrement avec les réalisations occidentales, de même que la musique (voir ci-dessous), mélange inédit d'instruments traditionnels et de synthétiseur. On sent tout  de même, dans quelques scènes, l'influence du western spaghetti à la Sergio Leone.




Un exemple de milice chiite irakienne combattant en Irak et en Syrie. Les forces Abou al-Fadl al-Abbas

Il y a quelques semaines, je commentais une vidéo du groupe Etat Islamique montrant un raid au nord de Bagdad1. Les djihadistes combattaient dans cette vidéo une milice chiite irakienne, qui se bat également en Syrie : les Forces Abou al-Fadl al-Abbas. Voici une présentation succincte de cette milice chiite irakienne parmi les douzaines qui existent désormais dans le pays, et qui sont d'ailleurs loin de former un ensemble homogène.


Un historique rapide de la milice


Les forces Abou al-Fadl al-Abbas est une milice chiite irakienne liée au Sheikh Aws al-Khafaji, qui a fait partie du bureau de Muqtada al-Sadr. Ce dernier s'est rendu plusieurs fois en Syrie pour visiter les combattants irakiens soutenant le régime syrien2. Le nom de la milice et ses emblèmes la rapprochent d'ailleurs de Liwa Abou al-Fadl al-Abbas, la milice chiite irakienne historiquement parmi les plus anciennes s'étant créées pour soutenir le régime syrien (automne 2012). Le groupe s'inscrit ainsi dans ce djihad chiite qui a recruté jusqu'à l'Afghanistan et au Pakistan pour défendre le régime syrien. Ces milices, originellement cantonnées dans le secteur de Damas autour du sanctuaire chiite de Sayida Zaynab, sont rejointes dès l'automne 2013 par d'autres qui sont engagées sur d'autres fronts aux côtés du régime, comme à Alep. Si les premières milices se revendiquaient plutôt de Muqtada al-Sadr (qui n'a pourtant pas cautionné le départ de combattants chiites en Syrie), les milices apparues à l'automne 2013 et qui interviennent sur d'autres fronts ont des liens étroits avec l'Iran. C'est cependant la chute de Mossoul en juin 2014 qui conduit à l'émergence de la “Hashd Sha’abi” (Mobilisation Populaire) et à la fatwa de l'Ayatollah Sistani revendiquée par nombre de nouvelles milices chiites nées à ce moment-là comme moteur de leur création. Les milices issues de Liwa Abu al-Fadl al-Abbas présentent la particularité de se chevaucher et de considérer les opérations en Syrie et en Irak comme un champ de bataille unique. Al-Khafaji a d'abord créé sa milice en Irak mais elle est intervenue récemment en Syrie. Ces milices chiites fournissent une infanterie très demandée par le régime syrien à court d'hommes ; leur efficacité sur le terrain est plus mitigée. Les milices chiites proches de l'Iran, qui semblent les plus impliquées sur le front et les plus couronnées de succès, ont aidé à nettoyé les villes des provinces de Diyala et de Babil de la présence de l'EI. La chute de Ramadi en mai 2015 ou les très longs combats pour reprendre Baiji qui durent jusqu'en octobre montrent en revanche les limites de leur action, tout comme en Syrie3.

mercredi 2 décembre 2015

L'Etat Islamique : Le raid sur Mahin-Wilayat Dimashq

Merci à Mathieu Morant et https://twitter.com/green_lemonnn

Fin novembre 2015, l'Etat Islamique met en ligne la vidéo présentant la capture de la ville de Mahin, à l'ouest d'al-Qaryatayn, elle-même tombée début août 2015. Le groupe s'était emparé de la localité de Mahin le 31 octobre 2015, après un raid nocturne visiblement assez rapidement couronné de succès (il faut dire aussi que la place n'était pas probablement pas beaucoup défendue par le régime syrien : d'ailleurs une milice pro-régime, le Parti National-Socialiste Syrien, y tenait garnison puisque 2 de ses membres ont été tués dans l'assaut initial). Mahin est située à un peu plus de 15 km à l'ouest d'al-Qaryatayn. La localité n'est qu'à 26 km de l'autoroute M5, artère de communication vitale pour le régime entre la capitale, Damas, et ses positions plus au nord (Homs, Hama, la bande côtière et jusqu'à Alep). A mi-chemin se trouve la petite ville de Sadad qui abrite une communauté chrétienne assyrienne. Surtout, de l'autre côté de l'autoroute, dans la partie orientale du massif du Qalamoun, l'Etat Islamique dispose de forces avec lesquelles il pourrait faire la jonction pour couper cette voie de communication.