lundi 30 novembre 2015

L'Etat Islamique : Secouer l'Ababil-Wilayat Ninive


Merci à https://twitter.com/green_lemonnn pour la traduction des bandeaux.

La province de Ninive de l'Etat Islamique a mis en ligne une courte vidéo de ses opérations militaires.

On voit d'abord les hommes de l'EI préparer les mortiers et les lance-roquettes artisanaux qui vont tirer dans la vidéo, en photo, en parallèle du titre. La première arme que l'on distingue semble être un tube de 23 mm modifié pour le tir au sol, placé ici sur affût à roues. Il ressemble à l'arme de sniper déjà vue dans la province de Kirkouk. Ce sont ensuite plusieurs mortiers et canons de l'enfer qui prennent à partir une position fortifiée et des parties d'une localité, apparemment.


samedi 28 novembre 2015

L'Etat Islamique : « Qu'ils trouvent de la dureté en vous »-Wilayat Salahuddine

Merci à Mathieu Morant et https://twitter.com/green_lemonnn

Une des dernières vidéos des opérations militaires de l'Etat Islamique a été produite par le wilayat de Salahuddine en Irak.









jeudi 26 novembre 2015

L'Etat Islamique : « Leur assemblée sera défaite, et ils prendront la fuite »-Wilayat al-Barakah

Merci à l'infatigable https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr pour la traduction des bandeaux.

L'Etat Islamique a récemment publié une vidéo de propagande de ses opérations dans le wilayat d'al-Barakah (qui correspond à la province syrienne de Hasakah, au nord-est du pays).

La vidéo commence comme souvent par des extraits emprunté à des chaînes arabes : ici on voit les combattants kurdes des YPG que l'EI affronte dans la province, mais aussi le général Austin, qui est à la tête du CENTCOM depuis mars 2013 (le commandement américain qui couvre l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Asie Centrale, et donc principalement les théâtres irakien et afghan). On remarque également que l'EI floute les femmes combattantes des YPG ou celles qui assistent à leurs manifestations dans les images.

dimanche 22 novembre 2015

L'Etat Islamique : Les progrès de la bataille à Makhoul (1)-Wilayat Djilah


Merci à Arnaud Delalande et https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr

L'Etat Islamique a mis en ligne une courte vidéo de ses opérations dans la province de Djilah. Cette province dont le nom correspond au fleuve Tigre est de création récente dans le découpage territorial de l'EI : elle n'a été instaurée qu'en février 2015 et correspond à la région au sud de Mossoul, dans le nord de l'Irak1. Plus précisément, la vidéo présente les combats à Makhoul, autrement dit dans le Jabal Makhoul (mont Makhoul), des collines montagneuses située à 25 km au nord de Baiji, le long du Tigre. Longtemps disputée, cette ville, plaque tournante ferroviaire de l'Irak et qui contient une très importante raffinerie, a été reprise par l'armée irakienne et les milices chiites le 22 octobre 20152.


jeudi 19 novembre 2015

L'Etat Islamique : Le raid de de Abou Zayyad al-Zaydi-Wilayat Shamal Baghdad

Il y a quelques jours, l'Etat Islamique mettait en ligne une vidéo montrant le raid d'un commandant de l'organisation, surnommé Abou Zayyad al-Zaydi. L'action se déroule dans la province « Shamal Baghdad » de l'Etat Islamique, c'est à dire au nord de la capitale irakienne.

Abu Ma'az Al Iraqi, de la "chambre militaire" de l'EI, assis, le visage masqué, tenant un M-4, prend la parole. L'assaut commence à l'aube. Les combattants de l'EI tirent à la mitrailleuse PK sur plusieurs cibles, dont une tente en flammes devant laquel un homme brandit dans chaque main une AK-47. On voit également une autre position où flotte un drapeau. Un combattant s'est emparé d'un drapeau chiite où figure Abbas ou Ali, signe qu'on est peut-être en présence de miliciens chiites comme cela se confirme plus tard dans la vidéo.

mardi 17 novembre 2015

L'Etat Islamique : Progrès de la bataille dans la région à l'est de Ramadi-Wilayat al-Anbar

Une des dernières vidéos de l'Etat Islamique (EI) montre ses opérations dans la province d'al-Anbar, à l'est de la ville de Ramadi, en Irak. Cette dernière est tombée aux mains de l'EI en mai 2015. Depuis, l'armée irakienne et les milices tentent de la reprendre depuis la base de Habaniya, cherchant à encercler la ville. Depuis peu, elles ont changé de tactique en maintenant une présence permanente dans les zones de contact avec l'EI, de façon à contester la domination de celui-ci sur les environs de la ville1. En novembre, l'offensive de l'armée irakienne vers le centre-ville de Ramadi a été freinée par le mauvais temps2.

lundi 16 novembre 2015

L'Etat Islamique : Wilayat al-Halab-Les épées de l'ami

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr, https://twitter.com/maps_meast et Mathieu Morant.

Une des dernières vidéos de combat de l'Etat Islamique se situe dans le wilayat al-Halab, autrement dit la province d'Alep et associés dans le découpage de l'organisation. Comme souvent, cette vidéo est un montage élaboré, qui rassemble ici des actions survenues pour la plupart au mois de septembre 2015, au nord et au nord-est d'Alep.

Dans une première séquence, on voit des combattants autour de plusieurs véhicules, dont un camion armé d'un canon antiaérien S-60 de 57 mm. D'autres sont embarqués dans un véhicule blindé BMP-1. Vu le bandeau rouge, il s'agit probablement de documents rebelles capturés (on retrouve le même bandeau plus bas sur un document capturé).

jeudi 12 novembre 2015

CSS Hunley, le premier sous-marin (The Hunley) de John Gray (1999)

1864. Le sous-marin mis au point par les Confédérés pour briser le blocus naval de l'Union autour de Charleston a coulé avec son inventeur, Hunley, qui donne désormais son nom au bâtiment. Le général Beauregard (Donald Sutherland), qui cherche toujours à briser l'étau nordiste autour du port, confie le commandement du bateau renfloué à l'adjoint de Hunley, George E. Dixon (Armand Assante). Celui-ci reste hanté par la mort de sa femme, tué lors de l'explosion d'une mine contre le bateau à vapeur qui la transportait...

Téléfilm sorti en 1999, The Hunley raconte la mission ultime du bâtiment du même nom : un précurseur des sous-marins pas complètement submergé, lancé à Mobile en juillet 1863 et qui tua 3 de ses équipages dont le dernier lors de sa seule attaque réussie qui constitue l'objet du film.

Long de 12 m, le Hunley est convoyé par rail à Charleston, où il coule une première fois lors d'essais en août 1863, tuant ses 5 hommes d'équipage. Renfloué, il coule à nouveau en octobre, entraînant dans la mort 8 hommes dont son inventeur. Renfloué de nouveau, il peut mener son ultime attaque le 17 février 1864 où il coule le sloop USS Housatonic qui faisait partie du blocus, mais sa destruction entraîne la perte du sous-marin qui coule définitivement avec son équipage. L'épave a été retrouvée en 1995. L'analyse de l'épave, transférée dans un musée, a depuis montré que l'engin s'était probablement retrouvé trop près de sa cible (la charge explosive était placée sur une perche fixée à l'avant du sous-marin, placée en éperonnant le bateau ; en reculant, une corde tirée par le sous-marin faisait exploser la torpille), ce qui l'a endommagé pendant l'explosion ; en outre un homme du sloop a réussi à tirer un coup de fusil à travers l'un des postes d'observation vitrés du Hunley.






Dixon, le commandant du sous-marin pendant sa dernière sortie, joué par Armand Assante, est le seul membre de l'équipage dont le parcours est un peu connu. Comme cela est montré dans le film, il a combattu à Shiloh où il a été blessé à la jambe gauche, ce qui le laisse boîteux ; par chance, une pièce en or a dévié la balle qui lui aurait été sinon fatale. Une légende s'est bâtie sur cet épisode, invérifiable, selon laquelle la pièce lui aurait été donnée par son amante, ce dont se sert le téléfilm.






Le scénario lui-même vaut surtout pour le jeu d'acteurs de Armand Assante et de Donald Sutherland, comment souvent excellent, et pour l'aspect documentaire.

dimanche 8 novembre 2015

Pierre-François SOUYRI, Histoire du Japon médiéval. Le monde à l'envers, Tempus 511, Paris, Perrin, 2013, 522 p.

Pierre-François Souyri est un spécialiste de l'histoire du Japon, notamment médiévale. Il a d'ailleurs été formé par un historien japonais dans ce pays. En France, il contribue à la formation de la revue Cipango et participe aux Annales. Il interroge l'histoire médiévale japonaise en parallèle à celle de l'Europe, tout en se faisant historien de la longue durée.

Cet ouvrage est en fait la réédition augmentée d'un livre paru en 1998. En 1180 commence la révolte des Minamoto contre les Taira. Pour les historiens japonais de la fin du XIXème siècle-début du XXème siècle, c'est le début d'un Moyen Age ressemblant à celui de l'Europe, alors imitée. Le nouveau pouvoir, le shôgunat, cohabite avec l'ancien pouvoir impérial jusqu'au XIVème siècle avant de le remplacer. Pour les historiens japonais du début du XXème siècle, c'est le moment où se fonde l'identité nationale du Japon. Ce qui est nié, c'est la mobilité sociale voire même l'instabilité sociale profonde de cette période. Les tensions sont très fortes entre groupes sociaux, au sein des familles. Les communautés paysannes résistent aux prélèvements. Au XVème siècle, des conflits de nature diverse se généralisent et font basculer le pays dans un état de quasi guerre civile. Plus qu'un âge des guerriers (bushi), c'est donc un âge de révoltes que reconsidèrent les historiens japonais d'aujourd'hui. L'arrivée des Européens constitue un nouveau défi auquel les Japonais apportent une réponse originale : en tenant à distance ces étrangers, le Japon fait preuve d'une certaine modernité. Les sources écrites, notamment les archives, sont nombreuses pour étudier cette période, de même que les oeuvres de fiction ; en revanche l'épigraphie est très peu présente. Ce corpus est complété par les rouleaux peints, les fouilles archéologiques en plein essor depuis les années 1970 et le travail de l'anthropologie. Le Japon des environs de 1150 ne comprend pas encore l'île de Hokkaïdo ni l'archipel des Ryûkyû. Peuplé peut-être de 7 millions d'habitants, il est structuré par les deux régions du Kinai (autour de Kyôto) et de du Kantô. Les routes relient ces ensembles, mais la capitale impériale contrôle encore mal un Japon occidental tourné vers la mer et un Japon de l'est, avec ses plaines, ses chevaux, ses guerriers. La cour impériale domine le pays avec des administrateurs mais certaines régions sont en marge. Le Japon n'est pas isolé puisqu'il a des liens avec la Corée, la Chine, l'île d'Hokkaïdo et les Ryûkyû où se développent d'autres cultures.

A la fin de la période ancienne, l'Etat japonais s'éloigne du modèle chinois. Dès le XIème siècle, la famille Fujiwara qui domine la cour doit apprendre à cohabiter avec la famille impériale. L'empereur-retiré affirme son pouvoir en étendant sa domination sur les provinces où il se crée des réseaux de clientèle et des revenus. Cette évolution se recoupe avec l'organisation de notables locaux en féodalité de type militaire, qui va jouer un rôle de plus en plus important dans l'histoire politique du pays. Au XIIème siècle, le modèle ancien du Japon s'écroule.

Entre 1180 et 1185, le clan Moritomo, issu de ce groupe nouveau des guerriers, impose sa domination sur le pouvoir et élimine ses rivaux Taira. C'est alors qu'est installé le shôgunat qui va placer les guerriers à la tête des affaires jusqu'à l'ère Meiji. Les shôguns installent une nouvelle capitale à Kamakura, qui donne son nom à une période de paix civile relative qui dure jusqu'en 1333, notamment sous l'égide de la famille des régents des shôguns, les Hôjô. Le shôgunat voit son prestige renforcé par la défaite de deux tentatives d'invasion mongole à la fin du XIIIème siècle.

Le XIIIème est un grand moment de réflexion au Japon, d'une interpénétration entre la culture des intellectuels et celle populaire. Ces interrogations métaphysiques du bouddhisme, aussi, répondent à l'essor des communautés villageoises, le dynamisme économique, le réveil des provinces et et la naissance d'un peuple urbain : une littérature orale populaire apparaît. Les moines, les prédicateurs, les conteurs, laissent entrevoir un monde inquiet, fasciné par la mort, vu comme une décadence, à part les tenants du zen, qui à l'inverse sont optimistes, ce qui correspond plus au dynamisme du Japon de l'ère Kamakura. Ces représentations ne disparaissent qu'au XIVème siècle.

Grands défrichements, essor du commerce intérieur : les campagnes japonaises s'émancipent, commencent à sortir de la domination servile, même si les crises de subsistance demeurent. Les deux capitales, Kyôto et Kamakura, se font concurrence. Le XIVème siècle n'a pas de chronologie claire. La période Muromachi marque le début de l'insoumission, de l'instabilité. Après la chute du régime de Kamakura, la restauration impériale ne dure que quelques années. Le Japon est coupé entre deux cours jusqu'en 1392. La victoire du shôgunat Ashikaga conforte l'invasion de l'ouest par les guerriers de l'est, alors que les paysans s'émancipent de plus en plus. Triomphe du bouddhisme zen, le XIVème siècle est un siècle de transition où la violence se réinstalle dans les rapports sociaux. Les guerres par intermittence se succèdent. Les guerriers locaux prennent le pouvoir, la féodalisation du pays s'accélère ; le pouvoir central est discrédité. Les paysans s'organisent et luttent pour leur autonomie et le contrôle de la terre.

Les gouverneurs nommés par les shôguns dans les provinces finissent par accaparer beaucoup de pouvoirs, mais ils doivent affronter les guerriers locaux et les communautés paysannes. C'est le moment où les Japonais se font pirates dans les eaux asiatiques. La période Muromachi n'a pas non plus de limite définie : elle s'achève entre la guerre d'Ônin (1467-1477) et le coup d'Etat à Kyôto en 1493. Le pouvoir shôgunal reste forte jusqu'en 1441 puis les Ashikaga se replient sur le Kinai. Les grands vassaux des provinces prennent le pouvoir, mais le peuple trouve aussi son mot à dire : c'est le "gekokujô", le "monde à l'envers" pour certains chroniqueurs devant l'effacement de la noblesse et de la cour impériale face à de nouveaux acteurs. Le Japon échange de plus en plus avec l'extérieur et développe un commerce international. Okinawa sert de pont entre le Japon et la Chine. Guildes et prêteurs japonais font leur apparition. Le Kinai prospère reste le coeur du pays. Les paysans, dont la condition se dégrade à cause de la structuration d'une économie désormais monétaire, sont mécontents de la puissance de ces nouvelles couches sociales de marchands, souvent urbaines. Les révoltes rurales se multiplient. Les guerres d'Ônin ravagent la capitale impériale, Kyôto, pendant dix ans. La culture de cour s'efface devant celle de milieux plus humbles : poèmes renga, jeux de mots, farces, énigmes, théâtre, favorisés par des mécènes. La mode chinoise recule dès le XVème siècle en faveur de productions nationales, dont la généralisation du tatami.

Le nom de la période Sengoku fait référence à celle des Royaumes Combattants en Chine. L'inversion des hiérarchies  continue jusqu'aux années 1570. La centralisation du pouvoir par les seigneurs de guerre se heurte à l'aspiration à l'autonomie locale. C'est dans les régions périphériques que les seigneurs de guerre construisent d'abord de mini-Etats, qu'ils vont ensuite étendre. Les communes villageoises, les communes régionales se multiplient, de même que les ligues de la secte ikkô à caractère religieux. L'autonomie urbaine qui va de pair avec l'autodéfense se développe également. Les bourgeois triomphent mais constituent aussi une culture laïque qui annonce la modernité. Le pouvoir du shôgun s'effrite tandis que montent en puissance les seigneurs de guerre. Cette nouvelle couche est bien différente des anciens gouverneurs de province. Leur pouvoir ne tient à aucune forme légale. Les Portugais arrivent à Tanegashima en 1543. Les seigneurs de guerre comprennent alors le besoin d'assurer une base économique pour construire un puissant outil militaire, afin d'unifier le pays. La période Sengoku est une renaissance qui prépare l'avènement d'un nouveau monde japonais.

L'historien termine son ouvrage par la comparaison entre Moyen Age européen et japonais. Cette réflexion existe chez les Européens dès le XVIème siècle ; chez les Japonais, elle survient au XIXème siècle quand il s'agit de montrer que le Japon est aussi moderne que l'Europe. L'idée de la similitude entre les deux périodes n'est remise en cause qu''après 1945. Malgré les différences évidentes, on remarque des similitudes : naissance d'une société locale dominée par des notables militarisés ; bond économique et technologique ; phénomène monastique. Mais les deux sociétés n'évoluent pas toujours de manière identique. Le Japon semble plus violent que l'Europe. En outre, la sortie de période ne débouche pas sur le même résultat et les différences semblent l'emporter sur les ressemblances.

Un ouvrage intéressant complété par beaucoup de notes, une bibliographie volontairement occidentale pour ne pas décourager le lecteur, des cartes incorporées au fil du texte et une chronologie détaillée de la période au début du livre.