vendredi 27 février 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 8/Les Allemands

L'Allemagne, contrairement à la France ou au Royaume-Uni au sein de l'UE, s'est opposée à l'envoi d'une aide militaire ou à une intervention directe pour renverser Bachar el-Assad. Ce qui n'a pas empêché un nombre croissant d'Allemands de rejoindre le djihad en Syrie1. Les médias allemands parlent d'ailleurs depuis quelques mois d'un véritable « camp d'entraînement » allemand en Syrie destiné à attirer les volontaires pratiquant la langue de Goethe. Le phénomène n'est pas nouveau. En 2009, un camp « allemand » s'était ainsi installé au Pakistan pour alimenter le Mouvement Islamique d'Ouzbékistan lié à al-Qaïda. En 2012, le renseignement allemand évoque une véritable « colonie salafiste » allemande en Egypte, comprenant plus de 60 combattants, dont le fameux rappeur Denis Cuspert (« Deso Dogg ») qui avait échappé à la surveillance des services de sécurité allemands et qui combat maintenant en Syrie. A la mi-novembre, la police allemande indique d'ailleurs que « Deso Dogg » compte mener des attaques contre l'Allemagne, ce que celui-ci dément aussitôt dans une vidéo. Des rumeurs font état de son décès à la fin novembre 2013 mais il semblerait plutôt qu'il soit hospitalisé en Syrie ou bien en Turquie.

jeudi 26 février 2015

Stéphane ANTONI, Olivier ORMIERE et Virginie BLANCHER, Le temps du rêve, tome 3 : Hermannsburg, Paris, Delcourt, 2014, 48 p.

Juillet 1918. Alors que Clémenceau passe en revue les troupes australiennes, le lieutenant-colonel Stucker continue de mener la guerre au front avec son groupe de nettoyeurs de tranchée. Parmi eux, le soldat Freeman, un aborigène, qui compte bien attendre le "temps du rêve" de ses ancêtres. Mais Freeman, dont les pratiques sont réprouvées par le commandement, tout comme l'attitude de Stucker, passera le témoin à ce dernier...

Un dernier tome très dense pour cette série Le temps du rêve, un peu hors-norme dans la production de bandes dessinées liée au centenaire de la Grande Guerre. L'évocation des nouvelles tactiques alliées, combinant chars et avions, p.4-5, montre l'effort documentaire des auteurs. De même que la mise en scène des nettoyeurs de tranchée, comme dans le tome précédent. Plus originale est l'apparition de Marcel Mauss, qui vient discuter avec le soldat Freeman (!). Plus classique sans doute est l'évocation du problème du reclassement des anciens soldats, complètement transformés par la guerre. Ce qui est intéressant, c'est que les auteurs montrent par exemple le traitement dans les hôpitaux sur deux volets : celui répressif, inefficace, et celui plus à l'écoute des soldats et qui tente de les apaiser par d'autres moyens que les traitements de choc en vigueur à l'époque. LA BD ne s'arrête pas à l'armistice, heureusement : elle montre combien les semaines suivantes ont été tumultueuses. L'ambivalence des anciens combattants est incarnée par le capitaine Eliott, qui rejoint d'abord un groupe bolchevik des docks anglais (groupe qui lui-même méprise les travailleurs immigrés) avant de rejoindre une formation d'extrême-droite (dont le livre de chevet est Les Protocoles des Sages de Sion), puis ne trouvant aucun sens à ces combats, Eliott décide de partir se battre contre les bolcheviks de Russie. Stucker lui-même finit à Hermannsburg, là où tout a commencé, avec une conclusion peut-être un peu expédiée. Néanmoins, c'est vraiment une série qui vaut le détour, à recommander.




David STAHEL, Operation Barbarossa and Germany's Defeat in the East, Cambridge University Press, 2009, 483 p.

David Stahel est un historien qui s'intéresse particulièrement à l'histoire militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale. Il a étudié en Europe, au King's College de Londres puis à Berlin. Il enseigne depuis 2012 dans une université australienne. Ce livre reprend sa thèse doctorale.

La thèse de Stahel est pour le moins iconoclaste : il défend l'idée selon laquelle la défaite allemande sur le front de l'est, après le déclenchement de l'opération Barbarossa, se dévoile de fait au bout de quelques semaines seulement. Stahel utilise pour ce faire les archives militaires allemandes de Fribourg, Potsdam et de l'université Humboldt de Berlin, et y ajoute des sources déjà publiées plus des témoignages parus après la guerre (sans compter les sources secondaires). Son propos se découpe essentiellement en deux parties : la première s'intéresse à la planification de Barbarossa, la seconde (beaucoup plus volumineuse) aux deux premiers mois de la campagne, jusqu'en août 1941. Comme il le souligne en introduction, la recherche sur la planification allemande de la campagne a été relativement pauvre. Stahel montre aussi que les historiens, même parmi les plus sérieux, ayant travaillé sur le front de l'est (dans le monde anglo-saxon notamment), restent confondus devant les victoires initiales de la Wehrmacht, sans prendre en compte l'usure terrible de celle-ci qui obère de fait toute chance de victoire dès la fin 1941. Les travaux des historiens est-allemands et soviétiques, pendant la guerre froide, ont été balayés d'un revers de main par les Occidentaux. Reste les thèses opposées de Fugate et Stolfi, le premier stipulant que les Soviétiques ont préparé un plan, dès février 1941, pour attirer les Allemands sur leur second échelon stratégique ; le second expliquant que le plan allemand a été près de réussir. Mais les deux thèses manquent sérieusement de sources pour être perçues comme valides -d'autant que Stolfi a aussi la fâcheuse tendance à exonérer l'armée allemande de tout crime de guerre. Les historiens allemands commencent à remettre en cause la version "classique" du récit de Barbarossa seulement dans les années 1980. Il faut dire que pendant très longtemps le récit a été dominé par les mémorialistes allemands, parfois en cheville avec les Américains. Mais les recherches se concentrent surtout sur la bataille de Smolensk et la crise entre Hitler et l'OKH. Stahel pense que le point culminant de l'offensive allemande est atteint dès la fin août 1941, ce qui remet en question la trilogie traditionnelle des tournants sur le front de l'est, Moscou, Stalingrad et Koursk. Il explique aussi que l'histoire allemande sous le nazisme explique un certain désintérêt dans le monde universitaire pour les questions proprement militaires, comme celles qu'il se propose de traiter dans son livre.

mercredi 25 février 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 4/Les Finlandais

En Finlande, les premières rumeurs à propos de combattants partis en Syrie commencent à circuler dans les médias à partir d'août 20121. Un an plus tard, le ministère de l'Intérieur confirme que plus de 20 Finlandais ont déjà rejoint les groupes islamistes radicaux sur place. Ce phénomène marque la radicalisation, en filigrane, de musulmans finlandais depuis environ deux ans. La population musulmane finlandaise, très réduite au départ, s'est accrue dans les années 1990 par l'apport de nombreux réfugiés. On l'estimait à 50 à 60 000 personnes en 2011, dont 90% de sunnites. Ce sont des musulmans de la deuxième génération, mal intégrés, originaires de zones de conflit, qui se sont radicalisés. Cependant, la plupart des musulmans radicalisés sont liés, de fait, à des groupes islamistes ou autres avec des enjeux locaux, même si plusieurs organisations comme al-Qaïda, les Shebaab, le Hezbollah sont représentées en Finlande. Les Shebaab, en particulier, sont plus visibles car ils ont recruté dans la communauté somalie finlandaise (15 000 personnes en 2012). Le processus semble se restreindre à partir de 2012, moment où les Shebaab s'associent très nettement à al-Qaïda et commencent à avoir recours à des méthodes classiques de l'organisation comme l'attentat à la voiture kamikaze.

On pense qu'il n'y a pas eu de Finlandais engagés en Afghanistan. Le premier combattant étranger finlandais mis en évidence est Abu Ibrahim, parti combattre en Tchétchénie et arrêté par les autorités géorgiennes. Son père est un officier de l'armée finlandaise. Le plus gros contingent reste donc celui débauché par les Shebaab entre 2007 et 2009, avant la radicalisation de ce dernier mouvement vers al-Qaïda. On évoque aussi, peut-être, la présence d'un Finlandais auprès du Front National de Libération de l'Ogaden, en Ethiopie. C'est avec la guerre en Syrie que le contingent de volontaires finlandais est le plus important. Après les rumeurs dévoilées en août 2012, un premier martyr finlandais, Kamal Badri, est identifié en janvier 2013 : il a été tué à Alep. Quelques mois plus tard, les autorités commencent à parler d'une dizaine, puis d'une vingtaine de personnes parties en Syrie. Le portrait d'ensemble reste encore peu clair, faute d'informations suffisantes, même si l'on peut en déduire que la communauté musulmane radicalisée, en Finlande, se structure davantage depuis deux ans.

En mars 2014, le service de renseignement et de sécurité finlandais estime que plus de 30 personnes ont déjà rejoint la Syrie, majoritairement dans les rangs du front al-Nosra, de l'EIIL, voire du groupe Jaish Al Muhajireen Wal Ansar2. La mobilisation est facilitée par l'effet d'entraînement du conflit syrien, la montée en puissance de l'islam radical en Finlande et par l'accès relativement facile au territoire de la Syrie. La frange de l'islam radical en Finlande compterait maintenant plusieurs centaines de personnes, ce qui augmenterait les candidats potentiels au djihad. Par ailleurs, la législation finlandaise ne peut appréhender des personnes qui souhaitent partir pour combattre à l'étranger, même en rejoignant un groupe terroriste. La plupart des volontaires finlandais sont partis seuls, même s'il y a au moins un cas où la famille a accompagné le djihadiste sur place. On a signalé la présence de Finlandais dans les provinces d'Idlib, Alep et Raqqa ; au moins deux Finlandais sont morts ; certains seraient revenus dans leur pays natal, d'autres auraient fait des aller-retour.

Quatre combattants seulement ont été clairement identifiés. Muhammad est arrivé de Somalie en 1993, à l'âge de deux ans. Il a été élevé et éduqué en Finlande, à Espoo, avant de gagner la Turquie en décembre 2012 et de rejoindre l'EIIL. Il ne compte pas revenir en Finlande. Abou Mansour, repéré par le MEMRI en décembre 2013 lors d'un discours public à Raqqa, est probablement la même personne. Marwan, né en 1993, est un jeune converti à l'islam de Turku. Sa mère est finlandais et son père namibien. Après avoir bouclé son service militaire, il prétend vouloir étudier l'islam à l'étranger, gagne la Syrie à l'été 2012, a vec sa femme, et combat dans une unité au nord d'Alep qui comprendrait d'autres Finlandais. Il serait mort à Alep en juin 2013. Son profil Facebook indique qu'il a combattu dans la province d'Idlib en mars-avril 2013 ; parmi ses « amis », un autre combattant finlandais, Abu Anas al-Finlandi. Rami, né vers 1992 de mère finlandaise et d'un père issu d'un pays arabe, a vécu à Helsinki avant de gagner le sud de la Turquie en juillet 2013. Il avait eu une scolarité difficile, marquée par des problèmes d'abus d'alcool et un comportement délinquant. Converti à l'islam à l'adolescence, il sollicite l'imam de sa mosquée pour partir en Syrie. Abu Anas al-Finlandi, qui serait né vers 1993, originaire d'Espoo, aurait rejoint l'EIIL à la fin 2013 ; il a été tué en février 2014 pendant les affrontements entre l'EIIL et les autres groupes insurgés. Malgré le peu de renseignements sur les volontaires finlandais, on constate que ce contingent attire les recruteurs étrangers : Omar Bakri Mohammad, du groupe anglais al-Muhajiroon, aurait rencontré des combattants finlandais en Syrie et en Somalie, et Anjem Choudary est venu en Finlande en mars 2013, laissant penser qu'il aurait peut-être l'intention de développer un mouvement Sharia4Finland, à l'image de ceux déjà créés ailleurs en Europe3. Choudary était venu soutenir un Norvégien emprisonné, Mullah Krekar, ancien leader d'un groupe terroriste kurde d'Irak, Ansar al-islam4.


Abou Anas al-Finlandi.-Source : http://neildoyle.com/wp-content/uploads/2014/02/Abu-Annas-from-Finland-killed-in-Syria-300x178.jpg


A la mi-octobre 2014, selon les autorités finlandaises, ce sont 45 habitants du pays qui seraient partis pour le djihad syrien (37 hommes et 8 femmes). 31 d'entre eux ont la nationalité finlandaise, mais ils représentent pas moins de 17 origines différentes. La plupart viennent des grandes villes de l'ouest (Turku et Tampere) et du sud (Helsinki et sa banlieue) de la Finlande. L'âge des volontaires va de 18 à 50 ans, mais la plupart ont la vingtaine. Moins de 10 sont des mineurs. On sait en revanche qu'un enfant est déjà né en Syrie et qu'une des femmes est enceinte. Cependant, pour le journal finlandais Helsingin Sanomat, les autorités n'ont pas recensé tous les départs : d'après le quotidien, il y aurait eu au moins 55 départs, et certains hommes ont emmené leurs familles avec eux. Si l'on compte parmi les volontaires d'anciens travailleurs humanitaires, des mercenaires, et des membres de la diaspora irakienne et syrienne en Finlande, la plupart partent cependant pour participer au conflit armé. Depuis l'été 2013, l'écrasante majorité des Finlandais rejoint ce qui est devenu l'Etat Islamique, et ces volontaires sont les plus radicaux. Au moins 4 des femmes du contingent se revendiquent clairement, elles aussi, de l'EI. Une vingtaine de Finlandais seraient déjà revenus au pays ; 4 auraient été arrêtés et condamnés (dont 1 in abstentia) par le biais d'un article de la législation finlandaise, tous ont des liens avec l'EI. Ils ont été appréhendés sur l'accusation de meurtre et aussi parce qu'ils préparaient du recrutement voire des opérations terroristes en Finlande. Au moins 3 Finlandais sont morts en Syrie, le dernier étant formellement identifié en juin 2014, mais selon les services de renseignement, le nombre pourrait être doublé. Au moins 20 à 30 Finlandais restent donc présents en Syrie, surtout avec l'Etat Islamique ; 2 ont revendiqué avoir franchi la frontière pour gagner l'Irak5.

Muhammad, le dernier tué finlandais officiellement identifié, était âgé de 23 ans et originaire de la communauté somalienne. Sur son profil Facebook, il indiquait que faire le djihad équivalait à « 50 pélerinages à La Mecque ». Son nom de guerre était Abu Mansuur Somali. Il avait quitté la Finlande et sa ville natale d'Espoo pour la Syrie en décembre 2012. Un an plus tard, il téléphone à sa soeur et lui indique ne jamais vouloir revenir en Finlande. Muhammad aurait appartenu à l'EIIL, devenu depuis l'EI, qui semble particulièrement attirer les Finlandais : les 3 morts identifiés ont tous appartenu à ce groupe. La visibilité de l'EI sur les réseaux sociaux et son idéologie exercent un attrait manifeste, selon Juha Saarinen, spécialiste du contingent finlandais6.

Un journal finlandais a récemment eu l'occasion d'échanger avec un jeune Finlandais, socialement désoeuvré, qui a combattu durant 5 mois au sein de l'EI. Agé d'une vingtaine d'années, originaire de l'est de la Finlande, il a rejoint la Syrie en septembre 2014 avec un ami letton. Converti par Internet il y a deux ans, le jeune Finlandais a rencontré son ami par ce biais et a poursuivi son apprentissage de l'islam sur des forums radicaux. Il cache sa conversion à ses parents jusqu'au Noël 2013. Sa mère est soulagée, croyant à d'autres problèmes, mais son père, en revanche, craint déjà son départ pour le djihad. Le jeune homme souhaite étudier dans une université islamique et pense à la Malaisie. Mais l'ascension du groupe d'Abou Bakr al-Baghdadi le fait changer d'avis pendant son service militaire, au printemps 2014. C'est alors qu'il rencontre son ami letton à Helsinki. Puis, ne trouvant pas de travail, il cherche des contacts de l'EI sur les réseaux sociaux. Il part finalement en Syrie en septembre 2014. Il ne mène pas des opérations militaires mais effectue des tâches de surveillance ; il est passé par Homs, Hama et Raqqa7. En février 2015, les services de renseignement finlandais estiment désormais à plus de 60 le nombre de personnes parties en Irak et en Syrie8.



1Juha Saarinen, « GUEST POST: The History of Jihadism in Finland and An Early Assessment of Finnish Foreign Fighters in Syria », Jihadology.net, 21 novembre 2013.
3Juha Saarinen, « The Finnish Foreign Fighter Contingent in Syria », CTC Sentinel, March, 2014, Volume 7, Issue 3, p.6-10.
5Juha Saarinen, « The Clear Banner: Update on the Finnish Foreign Fighter Contingent », Jihadology.net, 18 octobre 2014.

mardi 24 février 2015

Bataillon de fer (Retreat, Hell !) de Joseph H. Lewis (1952)

1950. La Corée du Nord envahit la Corée du sud. Les Américains doivent en urgence mettre leur armée sur le pied de guerre pour soutenir l'armée sud-coréeenne enfoncée par les communistes. Le corps des Marines bat le rappel de ses réservistes et autres éléments disponibles. Le capitaine Hansen (Richard Carlson), marié, père de deux enfants, réserviste des Marines et vétéran de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique, rejoint comme commandant de compagnie le bataillon du lieutenant-colonel Corbett (Franck Lovejoy). L'entraînement est accéléré pour préparer l'unité à la contre-offensive américaine : le débarquement à Inchon, en septembre 1950...

Bataillon de fer (traduction française pour le moins étrange de la célèbre réplique du général des Marines O. P. Smith) a été tourné alors que la guerre de Corée n'était pas encore terminée. A côté des acteurs déjà cités figure au casting, dans le rôle du major Knox, Peter Julien Ortiz, un officier décoré des Marines qui a servi dans l'OSS.




Le film est un hommage à la 1st Marine Division et notamment à son combat désespéré contre les Chinois lors de la bataille du réservoir de Chosin, en novembre-décembre 1950, qui inspire le titre. La Warner propose le projet de film au corps des Marines en décembre 1950, et le scénario est d'ailleurs écrit par un ancien Marine, Milton Sperling. Un accord formel est finalement donné en août 1951 et le tournage commence à Camp Pendleton, avec création au bulldozer d'une route et de neige artificielle, puis de villages nord-coréens aussi authentiques que possible. Le général des Marines Shepherd estime que le corps a contribué à hauteur de 1 million de dollars à la production.



Bataillon de fer n'est pas un des films américains les plus marquants sur la guerre de Corée, contrairement aux productions d'un Samuel Fuller notamment. Les personnages sont relativement conventionnels : l'officier réserviste devant faire ses preuves, l'officier de carrière obsédé par la réussite de sa mission mais aussi par la survie de ses hommes, le plus jeune frère d'une fratrie engagé à 17 ans et qui reste le seul survivant de sa famille... les scènes de combat ne sont pas une réussite, du moins au début, avec le débarquement à Inchon. Elles sont meilleures sur la fin du film, avec les combats du réservoir et la retraite américaine vers Hungnam. Un divertissement moyen, sans plus.

Mourir pour Assad ? Les combattants étrangers pro-régime en Syrie-3/3 : les milices irakiennes et les autres formations

Le Hezbollah est coutumier de la formation, de l'entraînement et de l'encadrement de milices. Il l'avait déjà fait pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) aux côtés des Gardiens de la Révolution iraniens. Le Hezbollah participe ainsi à la formation de Jaysh al-Shabi (puis des Forces Nationales de Défense), l'armée populaire liée à la structure de l'armée syrienne en pleine recomposition depuis le début de la guerre civile. Cette initiative prouve d'ailleurs que le régime syrien a su reconfigurer son armée pour faire face à une menace irrégulière et asymétrique, avec une milice formée sur le modèle de la Basij iranienne1. Dès le début 2012, Jaafar Athab, membre d'une milice irakienne pro-iranienne, Asa’ib Ahl al-Haq, est tué à Hama2. C'est le général Suleimani, le commandant de la force Qods, qui aurait donné l'ordre aux milices irakiennes pro-iraniennes, Asa’ib Ahl al-Haq et les Brigades du Hezbollah notamment, d'envoyer leurs combattants en Syrie dès 2012. Pour les Iraniens, le contrôle de la zone autour du sanctuaire de Zaynab, au sud de Damas, est essentiel : non seulement les rebelles pourraient encercler la capitale et assiéger l'aéroport international de Damas, mais en outre, le pélerinage sert de couverture au transit des Gardiens de la Révolution et autres activités clandestines. Le plus grand hôtel de Sayyeda Zaynab, l'hôtel As-Safir de Damas, est possédé par la riche famille des Nahas, une famille chiite qui a des liens étroits avec le clan Assad. Le général Shafiq Fayyad, le cousin de Hafez el-Assad, a commandé la 3ème division blindée qui a joué un grand rôle dans la répression du soulèvement des Frères Musulmans en 1982 puis dans l'échec de la tentative de coup d'Etat de Rifaat, le frère de Hafez, en 1984. Or Fayyad a marié son fils dans la famille Nahas. On mesure combien, pour l'Iran, la Syre constitue la « 35ème province » du pays3.

Les Bérets Rouges (The Red Beret) de Terence Young (1953)

Steve McKendrick (Alan Ladd), un Canadien, se porte volontaire, en Angleterre, en 1940, pour l'école des troupes aéroportées. Il montre une certaine aptitude à la tâche et au commandement mais refuse d'assumer de plus hautes responsabilités. Il fréquente une des plieuses de parachutes de sa base, Penny Gardner (Susan Stephen). Le major Snow (Leo Genn), qui perçoit le potentiel de McKendrick, n'arrive cependant pas à le faire envoyer dans une école d'officiers. Une fois formés, les parachutistes sont désignés pour effectuer un raid particulièrement audacieux, à Bruneval, en France occupée...

Red Beret (Paratrooper en version américaine, comme le montre l'affiche ci-contre) est inspiré d'un livre sur l'opération Biting (le raid sur Bruneval) écrit en 1940 par Hilary Saint George Saunders. Le rôle principal était dévolu au départ à l'acteur britannique Richard Tood, ancien para (qui incarne le major Howard dans Le jour le plus long), mais celui-ci déclina l'offre. C'est donc l'acteur américain Alan Ladd qui prit le rôle, et il a fallu réécrire entièrement le scénario.



Le Parachute Regiment de l'armée britannique a facilité la production du film en fournissant armes, matériels et lieux de tournage, notamment des bases aériennes. Si le début du film, qui se concentre sur l'entraînement des parachutistes, vise à l'authenticité, il n'en va plus de même dès qu'on aborde les opérations des parachutistes. Les scènes d'action manquent singulièrement de souffle, d'autant que les Allemands sont encore équipés d'armes et de véhicules britanniques (!), ce qui nuit singulièrement à la crédibilité de l'ensemble. Le film semble surtout être taillé pour Alan Ladd et les états d'âme de son personnage, en réalité un Américain, ce que l'on découvre au fur et à mesure du film. Pas le meilleur film de Terence Young.


Patrice ORDAS, Patrick COTHIAS et Jack MANINI, S.O.S. Lusitania, tomes 1 et 2, Grand Angle, Bamboo Editions, 2013-2014

1915. Le jeune  Mickael Morisson quitte le pays de Galles pour trouver du travail en Amérique. Pendant ce temps, à New York, le capitaine Anderson, commandant du paquebot Lusitania, apprend que son navire est transformé en croiseur auxiliaire, donc armé. En outre, il transporte un prototype ultramoderne de locomotive pour les Britanniques, conçu par la société Vanderbilt. Alfred Vanderbilt Junior en personne fait également le voyage à bord du Lusitania...



La collection Grand Angle, chez Bamboo Editions, a sorti un nombre important de titres liés à la Première Guerre mondiale, centenaire oblige. On retrouve les deux scénaristes de la série Ambulance 13, dont le premier tome était remarquable. Ici, pas de guerres de tranchées, mais un scénario centré sur les enjeux politiques et industriels, et l'espionnage, avec le drame du Lusitania, dont le naufrage remua sérieusement les Etats-Unis avant leur entrée en guerre en 1917. La force du propos tient à l'évocation de l'histoire avec un grand H vue à travers des destinées individuelles, à la fois de personnages ayant réellement existé ou de personnages fictifs. Quant à l'histoire, elle est évoquée dans un petit supplément de 6 pages à la fin du premier volume. Comme le rappelle Patrice Ordas, la Cunard avait des liens étroits avec le gouvernement britannique, et ce dès la guerre de Crimée où elle assure le transport de troupes. Malheureusement aucune référence n'est citée à la fin du supplément. Je suis moi même incapable de dire si la BD s'inscrit bien dans l'historiographie récente du sujet, faute de lectures -à corriger, donc.

Le deuxième tome passe aux choses sérieuses avec le torpillage du bateau. Néanmoins, les auteurs développement vraiment leur scénario à partir des personnages et de l'espionnage, non à partir de la "grande histoire". Il y a donc un suspense maintenu pour le troisième tome. Néanmoins, Grand Angle livre à nouveau une BD plus qu'intéressante sur un des événements marquants de la Première Guerre mondiale.


dimanche 22 février 2015

Marshall L. MICHEL III, The Eleven Days of Christmas. America's Last Vietnam Battle, Encounter Books, 2002, 325 p.

Marshall L. Michel est un spécialiste de la guerre aérienne du conflit viêtnamien. Lui-même a été pilote de F-4 Phantom en 1972, au moment de l'opération Linebacker II qu'il évoque dans ce livre. Il avait prévu d'évoquer cette opération, très débattue, dans son premier ouvrage consacré aux combats aériens au-dessus du Viêtnam, entre 1965 et 1972. La partie étant trop longue, il a finalement envisagé un ouvrage à part pour traiter de Linebacker II.

Cette opération a fini par incarner la puissance militaire américaine. Beaucoup d'Américains associent l'opération Linebacker II à la fin de la guerre du Viêtnam. Le récit de Michel s'écarte cependant des histoires officielles de l'USAF. Nixon avait envisagé une opération frappant les atouts nationaux du Nord-Viêtnam, pour provoquer un choc psychologique. Il s'agit de contraindre Hanoï à la paix alors que le Sénat américain menace de couper les fonds pour maintenir la présence militaire dès janvier 1973, que les négociations de paix approchent de leur terme et que l'opposition à la guerre enfle aux Etats-Unis. Les équipages de B-52 et les planificateurs ont eu tout le temps de mettre au point leurs tactiques de bombardement et anti-DCA pendant les sept années d'opérations Arc Light au Sud-Viêtnam. Malheureusement, le SAC, au lieu de mener une opération au niveau opératif, se présente comme une organisation hypercentralisée effectuant un "micromanagement" jusqu'au moindre détail tactique.


2ème Guerre Mondiale n°58 (février-mars 2015)

Outre le dossier, un article et la fiche cinéma, je propose aussi, p.4 de ce numéro, une lecture croisée (et critique) des trois récentes synthèses françaises sur le front de l'est, celle de Nicolas Bernard, celle de Philippe Richardot et celle de Boris Laurent, que j'ai toutes les trois fichées plus en détail ici même.

- la chronique Actualité de Vincent Bernard sur l'Afghanistan pendant la Seconde Guerre mondiale ressemble à celle que j'ai pu faire sur l'Irak dans le numéro précédent. Sauf que les sources, cette fois, ne sont pas citées.

- Benoît Rondeau fait une comparaison entre les Première et Seconde Guerres mondiales, influence et permanence. La place manque peut-être pour être plus complet sur certains aspects (armes, tactiques, etc). L'auteur connaît en outre mieux certains fronts que d'autres : s'il est vrai que l'armée tsariste comme l'Armée Rouge affichent un mépris prononcé pour la vie de leurs soldats (p.18), il n'en demeure pas moins que le constat n'est pas valable pour les deux forces sur l'ensemble des conflits correspondants. L'armée tsariste a évolué entre 1914 et 1917, tout comme l'Armée Rouge. Par ailleurs Benoît Rondeau ne mentionne pas ses sources : il a travaillé à partir de ses propres connaissances et de ses ouvrages, ce qui explique aussi le déséquilibre selon les fronts.

- je ne vois pas très bien où veut en venir Vincent Bernard dans la chronique Ecrire l'histoire en comparant les attentats du 11 janvier dernier et la défaite française de 1940. La France aurait renvoyé une image négative d'elle-même pendant des années avant le "sursaut" des manifestations après les attentats ? Je ne suis pas convaincu. De même, la réhabilitation (parfois probablement excessive) de la performance de l'armée française en 1940 semble désormais bien ancrée dans une partie du grand public, grâce à une myriade d'auteurs "surfant" sur le thème, alors qu'on ferait bien, sans doute, d'être un peu plus nuancé, à l'image d'un discours peut-être trop révisionnistes sur les performances de l'armée allemande au début de la Seconde Guerre mondiale.

- Philippe Listemann (anciennement auteur pour Aéro-Journal, je ne sais pas s'il y officie encore) évoque le parcours des Tchécoslovaques dans la RAF. La partie finale sur les contraintes politiques pesant sur ces pilotes, mériterait d'être développée. Que les Français aient mieux accueilli les Tchécoslovaques que les Polonais, c'est possible, mais contrairement à ce qui est affirmé p.63, le gouvernement français en 1938 est présidé par Daladier, radical de droite, et la France n'a pas forcément soutenu jusqu'au bout les républicains espagnols... c'est d'autant plus dommage que là encore, les sources du propos ne sont pas mentionnées, chose habituelle toutefois dans Aéro-Journal.

- la fiche Personnage du numéro, signée Vincent Bernard, est consacrée à Reinhard Heydrich.

- la fiche Uniformes est consacrée à un capitaine du 171ème RIF.

Publication : DSI Hors-Série n°40 (février-mars 2015)

Actualité oblige, le dernier hors-série du magazine DSI est consacré à la menace posée par l'Etat Islamique et aux forces armées qui le combattent, ou bien celles de la région qui seraient potentiellement amenées à l'affronter.

Pour ma part, je signe ici un court article consacré à l'évolution des forces du régime syrien ; je rappelle que je travaille, maintenant plus irrégulièrement, sur le conflit syrien depuis l'été 2013. Ce papier vise surtout à montrer l'évolution des forces militaires du régime depuis 2011. Après une présentation de l'armée syrienne (surtout terrestre) avant la révolution, j'insiste sur le passage de la contre-insurrection à la guerre civile (2011-2012) avant d'exposer l'intervention étrangère massive en faveur du régime à partir de 2013 (Hezbollah, miliciens irakiens et autres, Iran). Je termine enfin sur la poussée de l'Etat Islamique en 2014 et les dynamiques actuelles des forces du régime, en particulier le manque d'effectifs.

Bonne lecture !

dimanche 15 février 2015

Les djihadistes français en Irak et en Syrie : janvier-15 février 2015

Le 22 janvier 2015, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, annonce que 73 Français sont morts en Syrie ou en Irak, sur un total estimé de 1 400 personnes impliquées dans des départs vers ces deux pays1. Une coopération plus étroite avec la Turquie, entamée en septembre 2014 et renforcée depuis les attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, permettrait d'intercepter plus facilement les djihadistes à leur retour en France2. En chiffres absolus, le nombre de Français a explosé entre janvier 2014 et janvier 2015, augmentant de 130% : en nombre absolu, les Français forment le plus gros contingent d'Europe occidentale. Le nombre de femmes est en progression. Près de 190 djihadistes sont déjà revenus sur le sol français3.

Le témoignage d'un jeune Niçois de 19 ans parti faire le djihad en Syrie puis revenu en France montre bien le décalage entre les aspirations des apprentis djihadistes et la réalité sordide sur le terrain4. Parti en décembre 2013, ce jeune homme est revenu en juin 2014 et a été arrêté puis incarcéré. Délinquant, ayant déjà purgé un an de prison, il rencontre à sa sortie, dans une cité niçoise, un correspondant local de l'Etat Islamique qui le recrute pour le djihad. La réalité est cependant beaucoup plus dure : la formation militaire s'accompagne d'une pratique religieuse frénétique et imposée, difficile à supporter pour le jeune homme qui n'y est pas habitué. Il a pourtant retrouvé des camarades niçois sur place -ils sont 19 à être partis venant de la même barre d'immeubles... Plus tard, il rejoint la province d'Idlib et passe sous les ordres de Abou Abdel Larmane, un émir marocain parlant français. L'un de ses camarades niçois qui veut rentrer est jugé sommairement puis décapité. Le jeune Niçois lui-même devient bourreau, exécuta nt des Syriens qui refusent de payer l'impôt à l'Etat Islamique. Le jeune homme, à bout de nerfs, ment pour échapper au conflit : il prétend pouvoir recruter d'autres personnes s'il repart en France, et fausse compagnie à ses accompagnateurs à Bruxelles5.

Autre profil, ce délinquant du Loir-et-Cher, qui ne s'est pas présenté au tribunal correctionnel de Blois : converti à l'islam en prison, il serait parti pour la Syrie en décembre 2014. Il vient d'une famille recomposée où le père était lui-même un délinquant. Il s'est converti durant son séjour dans la prison de Châteaudun, puis a continué à fréquenter des fondamentalistes à Dreux6. Fin janvier 2015, c'est un couple d'Orléanais, déjà repérés par les services de renseignements, qui est arrêté par hasard, après un début d'incendie près de leur immeuble : ils étaient en possession d'armes et souhaitaient manifestement rejoindre l'Etat Islamique en Syrie7. Le 27 janvier, un coup de filet de la police à Lunel conduit à l'arrestation de 5 personnes, dont 3 de retour de Syrie. Lunel est l'une des villes de départ les plus importantes pour le djihad syrien : une vingtaine de personnes en tout, dont 6 au moins ont été tuées depuis octobre 2014. Parmi les 6 morts, on est loin de profils de désoeuvrés : un étudiant en informatique, un gérant de café et un maçon. La mosquée al-Baraka de Lunel, qui pencherait pour le fondamentaliste, est pointée du doigt. Mais le taux de chômage est également très important dans la localité8. En janvier 2015, 2 Ardéchois et un Drômois ont trouvé la mort en Syrie. Ce sont tous des majeurs, âgés de moins de 35 ans. Un autre Ardéchois, blessé en Syrie, a été interpellé à son retour en France et placé en détention9. Une dizaine d'autres personnes originaires de ces deux départements seraient toujours en Syrie actuellement.

On sait désormais qu'une dizaine de Français combattant en Syrie ou en Irak sont d'anciens membres de l'armée. L'un d'entre eux, devenu émir dans la province syrienne de Deir es-Zor, forme les nouveaux arrivants. D'autres sont des spécialistes des explosifs. L'un d'entre eux a même servi au sein du 1er RPIMa, unité classée forces spéciales, avant de faire partie d'une société de sécurité privée et de se radicaliser lors d'un séjour dans les pays du Golfe. Licencié, il a ensuite gagné la Syrie. Il avait quitté l'armée française en 199810. Le 3 février, un coup de filet de la police française démantèle une filière d'acheminement de combattants en Syrie. 8 personnes sont arrêtées en Seine-Saint-Denis et en région lyonnaise, dont 3 de retour de Syrie11. Omar Diaby/Omsen, le chef spirituel des Français d'al-Nosra, est toujours à la tête de sa katiba : il continue de donner des interviews aux journalistes français12. Mercredi 11 février, l'Etat Islamique annonce qu'un Français, Abou-Talha al-Faransi, figure parmi les 3 kamikazes ayant attaqué au camion piégé un campement de miliciens chiites près de camp Speicher, au nord de Tikrit, dans la province de Salahaddine13.




Danielle BUSCHINGER et Mathieu OLIVIER, Les chevaliers teutoniques, Paris, Ellipses, 2013, 533 p.

Cet ouvrage est la réédition en poche d'un livre paru en grand format dès 2007 chez Ellipses. Les deux auteurs cherchent à présenter au grand public l'ordre des chevaliers teutoniques, moins connu en France que les Templiers ou même que les Hospitaliers. Il s'agit de combler un vide, les historiens français étant peu nombreux à s'intéresser au sujet, mais l'objectif est aussi de ne pas traiter seulement la période médiévale de l'ordre mais également son histoire jusqu'à la période contemporaine. D'autant que l'ordre teutonique a une influence directe sur l'histoire de certains Etats actuels.

La naissance de l'ordre teutonique s'inscrit dans l'apparition de la guerre sainte au sein du monde chrétien occidental. Cette guerre sainte rencontre le pélerinage, revigoré aux Xème-XIème siècles, pour donner naissance à la croisade. La création des Etats latins de Terre Sainte accouche d'un ensemble précaire, entouré par les musulmans. C'est alors qu'apparaissent les Hospitaliers puis les Templiers, bientôt militarisés et liés de près à la Papauté. Les Teutoniques, quant à eux, naissent au moment de la Troisième Croisade, pendant le siège d'Acre. Un hôpital se crée spontanément du fait d'Allemands du Nord, soutenus par le duc de Souabe ; bientôt cet ordre en gestation reçoit aussi l'appui de l'empereur Henri VI. La création est sanctionnée par le pape Innocent III en 1199. En réalité, un hospice pour les pélerins allemands existaient déjà à Jérusalem avant 1187 : l'ordre ne naît pas donc ex nihilo.

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 16/Les Danois


En 2013, la police danoise enquête sur Abou Ahmed, la mosquée Quba d'Amagen et l'organisation charitable Hjælp4Syrien1. Le lieu et l'organisation serviraient en effet de base de recrutement et de collecte de fonds pour le djihad syrien. Copenhague surveille en fait depuis le mois de mars l'activité de cette organisation qui semble appuyer le front al-Nosra. Ahmed est bien connu des services de police pour avoir parrainé spirituellement deux jeunes Danois qui avaient voulu organiser des attentats à Copenhague. Le groupe aurait apporté un soutien financier à un ancien détenu danois de Guantanamo tué en Syrie en février 2013, Slimane Hadj Abderrahmane. En août, un autre Danois, Abu Omar Altunes, trouve également la mort en Syrie. A ce moment-là, la police estime que 65 Danois au moins sont partis pour le djihad syrien, dont 6 ont déjà trouvé la mort. Le 16 août 2013, un djihadiste, Abu Khattab, poste une vidéo où il appelle des Danois à se joindre au djihad2. Quelques jours plus tard, une autre vidéo montre Khattab et trois autres combattants tirer sur 6 photos de personnes perçues comme « ennemies de l'islam » (un agent de police, des ministres, un avocat, un dessinateur de caricatures, l'imam Ahmed Akkari, qui s'était violemment impliqué dans l'affaire des caricatures de Mahomet en 2006, avant de dire qu'il le regrettait)3

samedi 14 février 2015

John ERNST, Forging a Fateful Alliance. Michigan State University and the Vietnam War, Michigan State University Press, 1998, 165 p.

Avant l'ouvrage écrit par John Ernst, peu d'Américains savaient que l'université d'Etat du Michigan avait été sollicitée par le gouvernement, de 1955 à 1962, pour conseiller le régime sud-viêtnamien dans l'administration civile et les méthodes de police.

Après l'éviction des Français en 1954, les Américains décident de soutenir Ngo Dinh Diêm, qui prend la tête du Sud-Viêtnam. L'Administration de Coopération Internationale, un organisme américain, doit pourvoir à la construction de l'Etat pour appuyer Diêm.

Diêm, qui a été un temps en exil avant son retour au Sud-Viêtnam, a rencontré Wesley R. Fishel, un professeur assistant en sciences politiques de l'université d'Etat du Michigan, au Japon, dès 1950. Quand Diêm arrive au pouvoir, Fishel devient une sorte de conseiller informel du dirigeant sudiste, désireux de contrer l'insurrection communiste, d'accueillir les réfugiés venus du Nord et de réformer une administration balbutiante en raison de la politique menée par les Français, qui se réservaient les postes d'importance. Fishel persuade Diêm que l'université du Michigan peut l'aider pour l'administration publique et la police de son Etat. Il est soutenu par Hannah, le président de l'université, qui ambitionne de faire de son établissement un lieu d'envergure mondiale, d'où les liens étroits qui le relie au gouvernement américain.

Bientôt, une équipe de l'université, le Michigan State University Group (MSUG), est déployé à Saïgon. De mai 1955 à juin 1962 (en trois phases : 1955-1957, 1957-1959, 1959-1962), le MSUG participe à plusieurs programmes, avec plus ou moins de succès. En 1955, à l'arrivée du MSUG, la situation est explosive, Diêm devant affronter ses adversaires politiques par les armes ; plusieurs familles du MSUG périssent dans des émeutes. Le COMIGAL s'occupe des 900 000 réfugiés venus du nord, en majorité catholiques, comme Diêm lui-même. Le MSUG plaide pour une décentralisation de la relocalisation des réfugiés, avec des bureaux dans chaque village. Mais le régime bafoue les droits des montagnards et installe de force les réfugiés catholiques sur des terres parfois défrichées par les montagnards. Ces derniers, et les bouddhistes, majoritaires, considèrent de plus en plus le régime de Diêm comme une entreprise catholique de colonisation. La répression de Diêm les pousse des plus en plus vers l'insurrection.

Le MSUG développe, finance et organise aussi l'Institut National d'Administration basé à Saïgon. La librairie en particulier s'accroît considérablement, mais les Sud-Viêtnamiens, formés à l'école française, profite peu des nouvelles lectures américaines. Les ouvrages en anglais sont délaissés par les étudiants. Les résultats mitigés sont résumés par cette remarque d'un vétéran du groupe ayant travaillé avec l'institut : certains cadres se sont montrés efficaces, pour preuve, ils ont été assassinés rapidement après avoir pris leurs fonctions dans les campagnes.

Le programme inclut aussi l'envoi de 179 Sud-Viêtnamiens aux Etats-Unis, aux Philippines et au Japon pour être formés. Les étudiants ne sont pas seulement envoyés à l'université du Michigan mais aussi dans d'autres universités prestigieuses comme Harvard. Ils passent des diplômes reliés à l'administration, en économie ou en sciences politiques. En réalité, l'expérience tourne court en raison de problèmes linguistiques et culturels. Saïgon craint que les étudiants restent aux Etats-Unis et ne soutient pas le programme ; en fait, les étudiants ont le mal du pays et ne songent qu'à rentrer chez eux. D'autres, qui terminent leur cursus, n'obtiennent pas les emplois espérés de retour au Viêtnam, et n'arrivent même pas à récupérer leur ancien emploi.

Le MSUG encadre aussi la police. Il conseille la Sûreté, rapidement renommée Vietnamese Bureau of Investigation pour redorer son image, et tente de créer une carte nationale d'identité. Diêm s'en sert surtout pour réprimer les opposants. Le MSUG tente également de faire de la Garde Civile une police d'Etat à l'américaine, là où Diêm et ses conseillers souhaitent en réalité une force paramilitaire capable d'agir comme police nationale et en appui de l'armée. Les dissensions laissent une Garde Civile embryonnaire et de peu d'utilité lorsque se déclenche l'insurrection en 1959. La tâche principale du MSUG est d'abord d'enseigner aux policiers à traiter correctement la population ou à relever des empreintes, mais les documents montrent aussi que le groupe a fourni des menottes et entraîné les policiers au tir d'armes à feu légères.

Le problème est que le MSUG manque tout simplement de personnel pour assumer à la fois cette tâche d'instruction au Viêtnam et les cours à l'université du Michigan. A un moment, sur les 33 membres du groupe encadrant la police, seuls 4 viennent de l'université, les autres ont été recrutés à l'extérieur. Ces personnes recrutées à l'extérieur reçoivent aussi des diplômes de l'université. Certains font également partie de la CIA. On ne sait pas si ces membres de la CIA étaient vraiment inactifs, à la retraite, ou agissaient de manière souterraine, notamment pour former la police sud-viêtnamienne à la contre-insurrection. Leur présence va en tout cas exposer l'université du Michigan à de violentes critiques.

Si certains universitaires sont attirés par un voyage dans un pays "exotique" et des salaires alléchants, d'autres, de retour aux Etats-Unis, publient des articles critiques sur le régime de Diêm et le soutien américain. Deux paraissent dans The New Republic en 1961 et 1962 : l'un des deux énerve tellement Diêm qu'il décide de mettre fin au contrat du MSUG en juin 1962. Fishel lui-même, désespéré par l'absence de volonté de Diêm de conduire des réformes, quitte le Viêtnam en 1958. En 1966, un article sulfureux paraît dans Ramparts, que John Ersnt décrit comme un magazine libéral catholique de la côte ouest. L'article comprend des erreurs mais associe l'université du Michigan avec la CIA dans des opérations clandestines. Fishel devient un bouc-émissaire et sort complètement discrédité dans la communauté universitaire ; certains pensent que sa mort prématurée, dans les années 1970, vient de la polémique autour de sa participation au programme. Mais Hannah, le président de l'université du Michigan, porte une lourde responsabilité dans l'engagement de son établissement dans ce programme. Il a soutenu le côté positif de son entreprise alors même que le MSUG a été incapable de mener à bien la construction d'un Etat tel que cela était envisagé au départ. 


Robert J. MCMAHON, Major Problems in the History of the Vietnam War. Third Edition, Houghton Mifflin Company, 2003, 539 p.

Cet ouvrage collectif, qui se divise en 15 chapitres, réalisé sous la direction de R. McMahon, et constamment mis à jour en fonction des avancées de la recherche, se destine d'abord aux étudiants ou aux passionnés de la guerre du Viêtnam. Il s'agit d'un recueil de documents ayant trait au conflit, classés par thèmes et précédés de textes d'historiens spécialistes de chaque point abordé dans les différents chapitres. L'ensemble est parfois inégal en fonction des contributions mais reste globalement très intéressant notamment pour qui veut s'initier aux problématiques de la recherche sur la guerre du Viêtnam. Cette édition date d'une dizaine d'années et ne prend donc pas forcément en compte les avancées récentes, mais l'essentiel est là.

On notera d'ailleurs que le volume donne la parole à tous les courants de l'historiographie de la guerre du Viêtnam (parfois, même souvent, via des extraits d'ouvrages de ces historiens, avec autorisation des auteurs), puisque Michael Lynd, un historien du courant révisionniste, apparaît dès le premier chapitre.

jeudi 12 février 2015

Michel LESURE, Lépante, Folio Histoire, Paris, Gallimard, 2013 (1ère éd. 1972), 395 p.

La collection Folio Histoire de Gallimard a la bonne idée, depuis quelques années, de rééditer des "classiques" de l'écriture de l'histoire militaire. Le livre de Michel Lesure, spécialiste du monde ottoman et des rapports entre Venise et la Turquie au XVIème siècle, traite de la bataille de Lépante, et on a probablement pas fait mieux depuis en français.

Comme l'historien le rappelle en introduction, Lépante fait figure, en Occident, dès le XVIème siècle, de "choc des civilisations". La défaite ottomane est vue comme un miracle. Le vainqueur, Don Juan d'Autriche, devient une légende vivante. Les sources sont pourtant ténues : les témoignages les plus authentiques sont ceux de subalternes ou de simples soldats, les chefs chrétiens n'ayant quasiment pas évoqué la bataille. Et les différentes composantes de la Sainte Ligue se déchirent, ce qui conditionne les sources. Michel Lesure est allé voir du côté des archives ottomanes, et notamment du côté du registre des affaires importantes, une véritable mine. Plus de 300 documents qui, entre 1571 et 1573, concernent la bataille de Lépante et ses suites. C'est ce corpus documentaire qu'il commente extensivement dans le livre.

Edward G. LONGACRE, War in the Ruins.The American's Army Final Battle Against Germany, Westholme Publishing, 2010, 410 p.

Edward G. Longacre est un historien américain connu pour ses livres et article sur la guerre de Sécession plutôt que sur la Seconde Guerre mondiale (j'avais eu l'occasion d'évoquer un de ses ouvrages ici). Il se trouve que le père de l'historien a servi dans la 100th Infantry Division pendant la Seconde guerre mondiale : Edward G. Longacre rend d'une certaine façon hommage à son géniteur en évoquant le parcours de cette division méconnue pendant le conflit.

La 100th I.D. débarque à Marseille en octobre 1944. Elle a cette particularité d'être composée à la fois de cadres de la Garde Nationale et de l'armée régulière. Créée en novembre 1942, elle a dû détacher 3 000 de ses hommes au cours de l'année 1944 pour combler les trous dans les unités déjà engagées en Europe. Elle a donc dû attendre deux années avant de monter en ligne à son tour.

La division est engagée dans les Vosges et se heurte à la ligne "Hiver" des Allemands, en avant du Rhin. Les "Centurymen" sont parmi les seuls Américains à ne pas lâcher pied lors des assauts initiaux de l'opération Nordwind, en janvier 1945, qui prolonge la contre-offensive des Ardennes. La division s'empare de la ville de Bitche, en Lorraine, ce qui lui vaudra un nouveau surnom affectueux ("Sons of Bitche"). Les fantassins américains, rattachés au VIth Corps, traversent le Rhin le 26 mars 1945.

Les Allemands s'accrochent cependant, même au bord de la défaite. La 100th I.D. va se heurter à une farouche résistance devant la ville d'Heilbronn, entre Heidelberg et Stuttgart. La ville, adossée au Neckar à l'ouest, est protégée par une ceinture de collines dans les trois autres directions. Elle est défendue par des unités qui battent en retraite, comme les restes de la 17. SS-Panzergrenadier Division, par la Volkssturm et la Hitlerjugend, et par des reliquats de l'armée régulière (marins, vétérans de l'Afrika Korps !). Le général Burress, qui commande la division américaine, cherche à limiter les pertes : il fait traverser un de ses régiments au nord de la ville, sur le Neckar, de façon à l'encercler. Mais le commandant du VIth Corps ordonne à Burress d'attaquer les faubourgs nord de la ville avec la 10th Armored Division qui progresse en parallèle au nord de Heilbronn. Les Américains progressent d'abord bien mais le 4 avril, une violente contre-attaque allemande anéantit plusieurs formations américaines, faisant usage de tunnels reliant la ville aux quartiers industriels.

Burress voit partir la 10th Armored Division et la 63rd Infantry Division, qui étaient censés l'appuyer dans la conquête de Heilbronn et qui sont expédiées dans d'autres directions. Le 397th I.R. vient épauler son confrère le 398th I.R., qui a reçu de plein fouet les contre-attaques allemandes. Les Américains tentent d'établir des ponts en face de la ville, mais les 88 allemands les pulvérisent ; avec des pots fumigènes, il est néanmoins possible de faire passer une trentaine de véhicules blindés sur l'autre berge, avec qu'un énième pont ne soit encore détruit par l'artillerie. Pendant que le 397th I.R. établit une tête de pont en face du centre-ville, le 398th I.R. progresse par le nord tout en nettoyant les villages environnants. Les GI's sont pris à partie par les mitrailleuses, les Panzerfaüste et même par des Nebelwerfer. Le pilonnage est tellement dense qu'un soldat américain au moins retourne sa propre arme contre lui.

Les 5 et 6 avril, les deux régiments procèdent au nettoyage de la ville. Dans l'usine Knorr, les compagnies d'armes lourdes trouvent de quoi refroidir leurs mitrailleuses surchauffées (!). Les Américains rencontrent une résistance parfois fanatique d'adolescents de la Hitlerjugend. De nombreux civils allemands sont tués par l'artillerie ou lors du nettoyage des bâtiments. Les Américains portent néanmoins secours à de nombreux travailleurs forcés soviétiques ou roumains prisonniers des combats. Le 9 avril dans l'après-midi, Heilbronn est quasiment nettoyée par le 398th au nord et par le 399th I.R. au sud. Les différents groupes du 397th I.R. font également bientôt leur jonction. La bataille aura coûté à la division 60 tués, 250 blessés et 112 disparus -pour 1 800 Allemands capturés et un grand nombre tués ou blessés. Les "Centurymen" ont rempli leur mission, non sans affronter une dernière résistance désespérée dans une grande ville allemande (100 000 habitants avant la guerre).

Un ouvrage finalement très classique, sur un historique d'unité, mais à propos d'une division relativement obscure. Surtout, le récit met bien en évidence la résistance parfois désespérée de l'armée allemande et de ses auxiliaires conjoncturels (Volkssturm, Hitlerjugend, autorités locales du parti, etc) sur le front de l'ouest en 1945. Encore une fois, l'entrée en Allemagne n'a pas toujours été une promenade de santé du côté anglo-américain.


mercredi 11 février 2015

Publication : 2ème Guerre Mondiale n°58 (février-mars 2015)

Dans le dernier numéro de 2ème Guerre Mondiale, je signe le dossier de couverture sur la doctrine de combat de la Luftwaffe. Un sujet finalement rarement traité dans ces magazines spécialisés et que j'aborde via le travail de plusieurs historiens militaires, notamment James Corum.

J'ai également écrit un article sur le cinéma de guerre soviétique à propos de la Grande Guerre Patriotique entre 1945 et 1991. Là encore, je m'appuie sur le travail d'historiens sérieux, notamment ici D. Youngblood, une des spécialistes du sujet.

Enfin, j'ai consacré la chronique cinéma au récent film Stalingrad de F. Bondartchouk (2013), qui n'est pas inintéressant à analyser au regard des événements actuels en Ukraine, et ce d'autant plus que le réalisateur est un proche du pouvoir russe.

Bonne lecture !