lundi 30 juin 2014

Le Bras de la Vengeance (Du bei dao wang) de Chang Cheh (1969)

Fang Gang (Jimmy Wang), le sabreur manchot, s'est retiré à la campagne avec son épouse, où il travaille comme un simple paysan. Mais 8 chefs de bandits, avec leurs propres styles de kung-fu et des armes originales, tentent d'imposer leur loi aux écoles d'arts martiaux du pays. Ils capturent les chefs des écoles et envoient un ultimatum à leurs élèves et à leurs parents : ceux-ci doivent se couper le bras droit et l'apporter à leur forteresse pour revoir leurs maîtres en vie. Fang Gang hésite d'abord à renoncer à sa retraite, mais devant la cruauté et la violence des bandits, il décroche à nouveau sa lame brisée pour rétablir la justice...

Le Bras de la Vengeance est la suite du film Un seul bras les tua tous (1967), qui met en scène les exploits de Fang Gang, le sabreur manchot. C'est le deuxième volet d'une trilogie qui se termine avec La Rage du Tigre (1971), qui inspire à Tsui Hark, en 1995, un remake intitulé The Blade.

Cette trilogie est importante dans l'histoire du genre wu xia pian (film de sabre chinois) : en effet celui-ci mettait souvent jusqu'alors en scène des héros féminins. Avec la trilogie du sabreur manchot, c'est l'inverse : de nobles guerriers masculins doivent se séparer de leurs femmes. Chang Cheh n'attribue guère le beau rôle aux femmes : dans Le Bras de la Vengeance, Fang Gang hésite à s'engager à cause de son épouse, qui constitue plus un poids pour lui qu'autre chose (même si la conclusion renverse ce postulat) ; en outre un des chefs des bandits est une femme qui joue de sa condition pour travestir son rôle d'assassin.

Source : http://www.hkcinemagic.com/fr/images/docs/large/return-of-the-one-armed-swordsman-wang-yu40_af6cf3db036345071f80877b8f91f17c.jpg


Manifestement, le premier volet, Un seul bras les tua tous (que je n'ai pas encore vu) est le plus élaboré quant au scénario. Le Bras de la Vengeance, lui, est très concentré sur l'action : le générique met d'ailleurs en scène les différentes armes des chefs bandits, qui ne dépareilleraient pas dans un James Bond comme On ne vit que deux fois, sorti quelques années plus tôt. Malgré tout, la chorégraphie des combats d'arts martiaux est plus que plaisante et le propos n'est pas dépourvu de considérations morales, notamment dans la scène finale. Fang, après avoir terrassé le chef des 8 bandits, laisse ce dernier être coupé en morceaux par ses alliés des écoles d'arts martiaux, et retourne avec son épouse à sa vie de paysan, tout en jetant la plaque commémorative que ces derniers lui ont offert peu avant -un critique faisait le parallèle avec la scène finale de L'inspecteur Harry (1971), où Dirty Harry fait exactement la même chose après avoir abattu Scorpio (avec sa plaque de policier).



Le Bras de la Vengeance, avant La Rage du Tigre, incarne en quelque sorte la phase de sommet du wu xia pian, qui laissera ensuite la place au kung fu pian de Bruce Lee. Le film multiplie les affrontements engageant des dizaines de combattants et met en scène au moins une centaine de morts dans les duels, dans une sorte de préfiguration du dernier volet qui constitue, paraît-il (il me reste aussi à le voir), le chef d'oeuvre du réalisateur.




F.W. VON MELLENTHIN, Panzer Battles. A Study of the Employment of Armor in the Second World War, Ballantine Books, 1971, 458 p.

Friedrich von Mellenthin, mort en 1997, était un officier d'état-major allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il a servi sur nombre de fronts, dès la campagne de Pologne : à l'ouest, en Afrique du Nord, à l'est. Emprisonné deux ans et demi, après la fin de la guerre, il commence à rassembler des documents et témoignages auprès de ses anciens camarades pour écrire, en 1955, une fois parti dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, Panzerschlachten (batailles de Panzer). Ce récit de première main sur nombre d'opérations de l'armée allemande du conflit devient un classique à partir du moment où il est traduit en anglais, en 1955. Les Américains utilisent von Mellenthin et d'autres officiers allemands vétérans du front de l'est pour tenter de contrer au mieux, sur le papier, la menace des vagues blindées et mécanisées soviétiques qui pèse sur l'Europe centrale. Ses mémoires contribuent ainsi à forger une certaine vision du conflit, écrite par le vaincu allemand, avant la remise en cause tardive de l'historiographie, qui n'en a pas encore fini avec cette légende dorée. Pour autant, relire Panzerschlachten aujourd'hui permet aussi de ne pas succomber à l'exagération quant à la remise en cause du discours allemand (tout à fait fondée) et de voir précisément ce que l'on peut en tirer.

Silésien, passé par la cavalerie avant d'atterrir dans des fonctions d'état-major à partir de 1937, von Mellenthin explique que l'émergence d'une arme blindée indépendante au sein de la Wehrmacht doit beaucoup à Guderian, vision dont on est revenu depuis. En revanche, il précise que les Allemands mettent en oeuvre assez tôt la combinaison des armes au sein de leurs formations blindées, contrairement à d'autres (les Britanniques par exemple), ce qui est sonne plus juste.


dimanche 29 juin 2014

L'Arme à l'oeil (Eye of the Needle) de Richard Marquand (1981)

Londres, 1940. Henry Faber (Donald Sutherland) travaille aux chemin de fer britanniques et coordonne l'expédition des troupes en France. En réalité, Faber est un espion allemand, surnommé l'Aiguille, en raison de la méthode qu'il affectionne pour tuer -un coup très violent de stylet, le poignard des assassins. Découvert fortuitement par sa logeuse alors qu'il transmet des informations par radio, il doit la supprimer avant de s'enfuir. Quatre ans plus tard, Faber, toujours actif, découvre que les troupes alliées concentrées dans le Pas-de-Calais où doit avoir lieu, selon les Allemands, le prochain débarquement, ne sont qu'un leurre géant. Poursuivis par les autorités alliées, Faber échoue finalement sur une île désolée, Storm Island...

L'Arme à l'oeil est tiré du roman du même nom écrit part Ken Follett, paru en 1978 sous le titre original de Storm Island. Le titre révisé, Eye of the Needle, fait référence au célèbre aphorisme de la tradition juive que l'on retrouve aussi dans la Bible. Les scènes sur Storm Island ont été tournées sur l'île de Mull, dans l'archipel des Hébrides Intérieures, à l'ouest de l'Ecosse. Le film a été réalisé par Richard Marquand, plus célèbre par la suite pour son pilotage du Retour du Jedi de la saga Star Wars. Marquand a justement été repéré par Georges Lucas en raison de sa performance sur Eye of the Needle.


Source : http://www.war-movies.info/warmovies/eye_of_the_needle-2.jpg


L'Arme à l'oeil mélange suspense et facette romantique, mais pas forcément de manière très harmonieuse. J'ai de loin préféré la première partie du film qui montre la course-poursuite entre l'agent secret nazi, formé par Canaris, patron de l'Abwehr, et le contre-espionnage allié. Donald Sutherland trouve un rôle à sa mesure avec cet espion froid, méthodique, presque sociopathe, qui finit pourtant par briser la glace sur l'île tout en ne perdant jamais de vue l'importance de sa mission. La partie intermédiaire du film où se développe la romance de l'espion avec Kate Nelligan est moins intéressante. En revanche, à partir du moment où l'identité de l'espion est percée à jour, le final est haletant entre Sutherland, incapable de revenir à ses meurtres froids, et Nelligan, qui trouve une force nouvelle après s'être rendue compte qu'elle a été trompée. Marquand manque un peu de souffle dans la mise en scène et ce qui aurait pu être un grand film devient un simple divertissement. C'est également l'une dernières bandes originales de Miklos Rozsa. Finalement, L'Arme à l'oeil se présente plus comme un thriller que comme un film d'espionnage ; on est loin de L'Aigle s'est envolé, tourné quelques années plus tôt, et où Sutherland jouait déjà le rôle d'un Irlandais parachuté par les Allemands en Angleterre pour participer à une tentative d'assassinat de Churchill.



samedi 28 juin 2014

Baïonnette au canon (Fixed Bayonets !) de Samuel Fuller (1951)

Hiver 1950. Après le débarquement d'Inchon et la poussée victorieuse des troupes de l'ONU, menées par les Américains, en Corée du Nord, l'intervention chinoise renverse la situation. La 1st Infantry Division "Big Red One" prépare son repli et laisse une section de 48 hommes d'un de ses régiments pour faire croire à l'ennemi qu'elle ne quitte pas ses positions, alors qu'elle se replie vers un pont qui constitue la seule voie de passage. Parmi la section chargée de cette diversion risquée, le caporal Denno (Richard Baseheart) qui, plus que tout, craint de devoir assumer le commandement de la section si les autres cadres se font tuer...


Fixed Bayonets ! est le premier d'une série de 7 films qui marquent la collaboration de la Fox avec Samuel Fuller. Il sort alors que la guerre de Corée n'est pas encore terminée, tout comme The Steel Helmet qui avait impressionné la Fox et attiré l'attention sur Fuller. L'US Army, qui avait vu d'un mauvais oeil The Steel Helmet, impose à Fuller un conseiller militaire, Raymond Harvey, détenteur de la Medal of Honor. Fuller se liera avec celui-ci qui tiendra le même rôle dans Ordres secrets aux espions nazis (1958). La 1st Infantry Division "Big Red One" n'a pas servi en Corée, mais Samuel Fuller se sert de sa propre expérience de vétéran de la Seconde Guerre mondiale pour dénommer les unités et les commandants d'unités de la division, dans son film, qui sont bien authentiques. Il réalisera bien plus tard, en 1980, un autre film consacré au parcours de cette division pendant le second conflit mondial, tiré de son parcours personnel.

Source: http://www.k-libre.fr/klibre-bo/upload/illustration/baionnette-au-canon-detail-dvd.jpg


Comme dans The Steel Helmet, on est loin du film de guerre conventionnel. L'action se déroule essentiellement dans une grotte où la section trouve refuge pour mener son jeu du chat et de la souris avec les Chinois. Fuller vise au réalisme et on retient cette scène surréaliste pour un film de guerre où le sergent en charge fait masser les pieds de ses soldats pour empêcher qu'ils gèlent (!). Tout le propos de Fuller tourne autour de la survie d'un groupe d'hommes isolés, face à des conditions climatiques difficiles et à un ennemi impitoyable et redoutable -cf l'autre scène fameuse où un avant-poste est emporté par les Chinois que les Américains ne voient même pas approcher. Le scénario est desservi par un budget limité (beaucoup de carton-pâte...) et quelques passages éculés (la marche dans un champ de mines...). Cependant, Fuller révolutionne à sa façon le genre du film de guerre : Fixed Bayonets !, plus que The Steel Helmet, se focalise sur la psychologie des personnages et non sur les combats. Aucune vision héroïque du combattant, bien au contraire, à l'instar d'autres films sur la guerre de Corée, comme Pork Chop Hill de Lewis Milestone (1953) : les soldats américains doutent et font face non pas pour le drapeau mais en raison de qualités humaines qui n'ont rien à voir avec un "sens du devoir" mythifié. Ce n'est pas le meilleur film de Fuller mais il est intéressant -en outre, dans la bataille finale, on aperçoit très furtivement James Dean, dans le rôle d'un soldat américain, pour son tout premier rôle...





Peter TREMAYNE, La dame des ténèbres, Grands Détectives 4066, Paris, 10/18, 2007, 351 p.

667 ap. J.-C. . Revenue en catastrophe de son pélerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, soeur Fidelma doit se précipiter pour défendre son ami frère Eadulf, accusé du viol et du meurtre d'une jeune fille. Et pas n'importe où : à l'abbaye de Fearna, dans le royaume de Laigin, voisin et adversaire du royaume de Muman, dont Colgu, frère de Fidelma, est le souverain. Sur place, Fidelma retrouve un vieil adversaire, l'évêque Forbassach, et l'abbesse Fainder, qui semblent convertis à la loi de l'Eglise romaine. Elle aura fort à faire pour innocenter Eadulf en vingt-quatre heures seulement...

Retour en Irlande pour le neuvième tome des enquêtes de soeur Fidelma, après une courte intrigue en milieu confiné, sur un bateau. C'est la première fois que la religieuse irlandaise part enquêter au sein d'autre royaume irlandais, qui plus est hostile à celui dont elle est originaire (la série s'ouvre par une enquête en Angleterre, au concile de Whitby, et le deuxième tome se passe à Rome).

Par rapport au tome précédent du pélerinage à Saint-Jacques, ce tome-ci est plus consistant au regard de l'enquête policière. En revanche, la répétition à n'en plus finir des mêmes thèmes -hostilité entre Eglise d'Irlande et tradition irlandaise et Eglise romaine, affrontements entre les royaumes irlandais, etc- peut commencer à lasser, il est vrai. L'auteur a cependant assez de talent pour inciter le lecteur à aller jusqu'au bout de l'histoire. Mais on pousse un soupir de soulagement en lisant les dernières pages, puisqu'Eadulf persuade Fidelma de se joindre à lui pour gagner Canterbory où l'attend le nouvel archevêque dont il est le secrétaire. Ce qui promet un tome en Angleterre. Et effectifement l'enquête suivante apportera une bouffée d'air frais bienvenue.


 

lundi 23 juin 2014

Benoît RONDEAU, Invasion ! Le Débarquement vécu par les Allemands, Paris, Tallandier, 2014, 437 p.

Benoît Rondeau avait sorti l'an passé, aux éditions Tallandier, un ouvrage sur l'Afrikakorps de Rommel et plus largement, en fait, sur la guerre en Afrique du Nord vue du côté allemand, que j'avais commenté ici. Pour le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, il propose ce livre qui offre la vision allemande de l'événement, mais pour toute la bataille de Normandie et non pour le seul débarquement : encore une fois, le titre est trompeur.

Ce n'est qu'à 10 heures, le 6 juin 1944, qu'Hitler apprend la nouvelle du débarquement, bien après le début des combats dans la nuit. La nouvelle l'enchante d'ailleurs, puisqu'il croit que la bataille décisive pour l'Allemagne a commencé. Tout un symbole... on aurait pourtant aimé une vraie introduction, qui manque un peu ici.

L'ouvrage se divise ensuite en cinq parties. La première, l'attente, explique comment les Allemands ont préparé leur défense, et notamment le "mur de l'Atlantique". La directive 51 du Führer, en novembre 1943, donne la priorité au front de l'ouest, qui ne se renforce vraiment en unités qu'au printemps 1944. Rommel, qui arrive ce même mois de novembre, commence immédiatement à accélérer le bétonnage de la côte et à augmenter les défenses sur les plages, pour rejeter tout de suite l'envahisseur à la mer. L'effort est cependant entravé par les querelles au sein du système nazi et aussi de l'armée allemande. Cette cacophonie au sein du système nazi fait d'Hitler le seul maître des décisions : c'est lui qui tranche, pas vraiment en faveur de l'un ou de l'autre, le 26 avril 1944, sur la question de la stratégie à adopter qui divise Rommel et Rundstedt et Geyr von Schweppenburg, en dispersant les divisions blindées de réserve sans les regrouper sous une seule autorité. Le renseignement militaire allemand, par ailleurs, se laisse aveugler par les opérations d'intoxication montées par les alliés. Les divisions stationnées en France comprennent beaucoup de nouvelles recrues, mais aussi des cadres qui viennent du front de l'est. On trouve aussi nombre de Volksdeutche et d'Osttruppen, qui ne représentent pourtant, pour ces derniers, que 5% des effectifs à l'ouest. L'armée allemande bénéficie encore d'une souplesse tactique et d'un endoctrinement qui confine parfois au fanatisme, mais les divisions ne sont pas toujours complètes et entraînées. Les divisions d'infanterie en particulier manquent souvent de matériel et de mobilité ; l'élite est constituée des Panzerdivisionen et de quelques autres formations comme celles des parachutistes. La Luftwaffe et la Kriegsmarine sont réduites à la portion congrue. L'armée allemande doit vaincre rapidement sous peine d'être submergée.

samedi 21 juin 2014

Peter TREMAYNE, Le pèlerinage de Soeur Fidelma, Grands Détectives 4017, Paris, 10/18, 2006, 348 p.

666 ap. J.-C. . Soeur Fidelma s'embarque avec un groupe de pélerins irlandais à Ardmore, sur la côte sud du royaume de Muman, en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle. Une façon pour elle de réfléchir sur sa foi et ses sentiments à l'égard de son comparse saxon, frère Eadulf. Mais la traversée se révèle moins plaisante que prévu : outre que les pélerins qui l'accompagnent sont ravagés par les querelles intestines, l'un d'entre eux disparaît du bateau après une tempête. Fidelma doit mener l'enquête alors même que le groupe compte aussi Cian, un amour de jeunesse dont elle a bien du mal à se défaire...

Pour ce huitième tome des aventures de Soeur Fidelma, Peter Tremayne nous ramène, pour la première fois depuis le deuxième tome, en dehors de l'Irlande. Plus précisément, c'est la première enquête de Fidelma, à nouveau seule cette fois-ci, dans un milieu confiné : un navire transportant des pélerins. C'est également la première fois que l'auteur évoque ses sources dans l'introduction historique générale présente en début de volume, notamment, semble-t-il, en raison de critiques qui lui ont été adressé. Les sources sont scientifiques mais semblent parfois un peu anciennes ; la carte, elle, est toujours imprécise, mais ici on en aurait préféré une autre sur le trajet maritime...

Le tome est peut-être un peu moins bon que les deux précédents qui remontaient la pente, d'une part parce que le contexte historique est moins utilisé (sauf pour l'aspect naval, nouveau dans la série), et parce que l'enquête est certes intéressante, sauf que l'auteur glisse trop d'indices en amont pour maintenir le suspense, on devine assez facilement à la fin qui est le coupable. Dommage. La relation Fidelma-Cian finit par lasser, même si ce dernier personnage finit par disparaître à la fin du volume, sans doute définitivement, ce qui n'est pas un mal. Fort heureusement, le tome suivant sera un peu meilleur.




Come back in Iraq ? Les milices chiites irakiennes pro-iraniennes entre Irak et Syrie

Mise à jour 1-samedi 21 juin : quelques détails sur les Iraniens et KSS.

Le 10 juin 2014, en réaction à la chute de Mossoul devant l'offensive principalement menée par l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL)1, le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki appelle à la création de milices populaires pour barrer la route aux djihadistes sunnites. Selon Philip Smyth cependant, dès avant la chute de Mossoul, deux milices chiites irakiennes pro-iraniennes, Kataib Hezbollah (KH) et Asaib Ahl al-Haqq (AAH), qui ont fourni des combattants à des milices paravent en Syrie2, ont rapatrié leurs combattants en Irak3. Ces deux milices ont recruté de nouveaux membres pour les combats en Irak et elles travaillent étroitement avec l'armée irakienne et les forces de sécurité intérieures. La mobilisation des milices chiites en juin 2014 diffère cependant grandement de celle qui avait eu lieu, par exemple, après l'attaque sur le tombeau chiite de Samarra en 2006 : il avait alors fallu 6 semaines à Moqtada al-Sadr pour rassembler ses troupes, alors qu'ici, la mobilisation a pris une semaine4. Cette rapidité s'explique par un statut sur le qui-vive des milices, en raison des élections irakiennes, mais aussi parce que le gouvernement Maliki a incorporé ces formations dans les unités régulières depuis le mois d'août 20135. Le recrutement par le gouvernement de membres tribaux laisse des centres de recrutement actifs et les milices bénéficient aussi du retour de vétérans de la Syrie. L'ayatollah Ali al-Sistani a rapidement appelé à la défense des sanctuaires chiites. Enfin, les Pasdarans iraniens ont une marge de manoeuvre plus importante, en raison du retrait américain, et bénéficie d'une grande expérience désormais pour former des « Task Forces », si l'on peut dire, composées de leurs propres hommes en tant que conseillers militaires, de miliciens irakiens et du Hezbollah libanais (comme dans le conflit syrien).

L'autre côté de la colline : articles du mois de juin

Un peu en retard sur les sorties du mois sur L'autre côté de la colline :

- un article sur le squadrisme par David François. Intéressant et qui élargit notre perspective hors histoire militaire, à nouveau.

- Adrien Fontanellaz traite de l'offensive japonaise en Chine de 1944. Un théâtre d'opérations tout à fait méconnu, le front sino-japonais depuis 1937 voire 1931, bien plus encore que le front de l'est...

- et Jérôme Percheron, qui a déjà contribué au blog, signe un nouvel article sur la guerre des Malouines, avec une deuxième partie à suivre bientôt.


Bonne lecture !

jeudi 19 juin 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 14/Saudis

In Syria, the Saudi contingent is distinguished by the fact that it provides a number of leaders of armed groups and many candidates for kamikazes attacks1. Last December, we saw a young man of 17, Mouaz al-Maataq, who arrived in Syria. Abdul Aziz al-Othman was probably one of the first Saudis to land on the battlefield. It is part of the leadership of al-Nosra and he died in al-Shaddadi in the province of Hasakah, with another Saudi, Omar al-Mouhaisini, apparently in a car accident. We know he was close to Golani, the head of al-Nosra. Presumably the Saudis veterans of al Qaeda or Afghanistan established the first cells in Syria. Abu Khalid as-Suri, an important figure of jihadism, have participated in the formation of the first Islamic battalion ; we know that later Zawahiri has chosen him as an arbitrator in the dispute between al-Nosra and ISIS. Souri obviously played an important role, from May 2011, in the formation of the movement that became Ahrar al-Sham, today one of the most powerful group of Islamic Front; Saudis joined rather then al-Nosra.

Peter TREMAYNE, Le sang du moine, Grands Détectives 3962, Paris, 10/18, 2006, 379 p.

Septembre 666 ap. J.-C. . Dans le sanctuaire d'Imleach, lieu saint du royaume de Muman, les reliques du vénérable saint Ailbe disparaissent subitement. Peu de temps après, à Cashel, la capitale du royaume, le roi Colgu fait son entrée accompagné du prince des Ui Fidgente, Donennach, pour conclure des négociations de paix. Mais alors qu'ils parcourent les rues de Cashel, ils sont tous les deux blessés par un archer qui manque de tuer le roi. Les meurtriers sont aussitôt abattus par la garde de Donennach. Devant un tel faisceau d'événements et d'énigmes, Fidelma, la soeur de Colgu et avocate irlandaise, est chargée par le souverain de faire la lumière sur l'attentat, accompagnée de son inséparable ami, frère Eadulf...

Le septième volume des enquêtes de soeur Fidelma confirme la bonne pente reprise par la série au tome précédent. Ici, tous les ingrédients se mêlent pour faire un bon volume. Non seulement le contexte historique joue son rôle, mais l'enquête est intéressante et l'auteur manifeste de nouveau davantage de subtilité quant aux conflits entre royaumes irlandais et Eglise romaine et irlandaise. On retrouve ici les Ui Fidgente, clan de Muman révolté et vaincu par le roi Colgu dans La Ruse du Serpent. Les Ui Neil du nord ne sont également pas très loin, après être apparus pour la première fois au tome précédent. D'ailleurs c'est un des volumes les plus épais de la série.

Si Peter Tremayne reproduit encore son introduction historique à propos de l'Irlande du Dark Age, en revanche, malheureusement, la carte reste toujours la même et donc insuffisante.



mercredi 18 juin 2014

Rémy PORTE, Joffre, Paris, Perrin, 2014, 427 p.

Rémy Porte est officier supérieur d'active, désormais habilité à diriger des recherches, et spécialiste de la Première Guerre mondiale. Il y a consacré de nombreux ouvrages, dont cette récente biographie de Joffre parue en février dernier. Je l'avais d'ailleurs interrogé alors pour le blog L'autre côté de la colline.

En introduction, l'historien souligne combien la figure de Joffre est ambivalente. Adulé après le "miracle de la Marne", il est pourtant l'objet de vives critiques dès 1911. La "légende noire", qui démarre en particulier à partir des années 1950, s'est depuis affirmée. C'est d'ailleurs après la lecture d'un ouvrage polémique, L'âne qui commandait à des lions, paru en 2004, que R. Porte a eu l'envie de se pencher sur le personnage. Le ton est donné : l'historien traitera du généralissime, du chef militaire, remis dans son contexte. Joffre n'était pas charismatique, ni exubérant : il réfléchit, il pèse les avantages et les inconvénients d'une décision, il fait preuve de sang-froid. Rémy Porte utilise en priorité les sources officielles (de l'armée), les témoignages contemporains relatifs au maréchal, ses écrits, les autres biographies. Pour l'auteur, Joffre est d'abord l'héritier de l'époque qui l'a vu naître, la seconde moitié du XIXème siècle : Second Empire, défaite de 1870-1871 en particulier.

lundi 16 juin 2014

Bertrand LANCON et Tiphaine MOREAU, Les premiers chrétiens, Idées reçues, Paris, Editions du Cavalier Bleu, 2009, 128 p.

Comme son nom l'indique, la collection Idées reçues du Cavalier Bleu vise à démonter quelques lieux communs sur un  thème donné, en les prenant comme point de départ pour expliquer ensuite leurs origines et le fait qu'ils ont la vie dure... sur les premiers chrétiens, ce sont deux historiens qui s'y collent : Bertrand Lançon, maître de conférences en histoire ancienne en Bretagne, spécialiste de l'Antiquité Tardive à l'époque (aujourd'hui il enseigne à l'université de Limoges), et Tiphaine Moreau, qui oeuvre sur la même période en Bretagne également.

Comme ils le soulignent en introduction, la notion de "premiers chrétiens" elle-même est "élastique". Ici les deux auteurs parlent des chrétiens des quatre ou cinq premiers siècles. Les représentations sur les premiers chrétiens sont alimentées par les sociétés et les imaginations de chaque époque de l'histoire.

Le petit ouvrage, de la taille d'un Que Sais-Je, se divise en 5 parties. La première revient sur les "premiers temps". Les chrétiens, terme qui apparaît d'ailleurs plusieurs années après la mort du Christ, désignent d'abord les partisans du Christ, les apôtres, les disciples, les croyants. Un groupe hétéroclite encore fortement marqué par le judaïsme. C'est après la mort des apôtres que le besoin se ressent de fixer l'enseignement de Jésus (les Evangiles). La représentation du Christ avec la barbe (symbole de sagesse) et les cheveux longs s'impose au fur et à mesure de l'Antiquité Tardive en particulier. Les Evangiles n'apparaissent pas tout de suite, comme on l'a dit : ils répondent à un besoin de mémoire, qui se complète ensuite par la doxa, fixée progressivement. Paul n'est pas le fondateur du christianisme : la religion continue lentement de se mettre en place.

Peter TREMAYNE, La mort aux trois visages, Grands Détectives 3913, Paris, 10/18, 2006, 319 p.

Juillet 666 ap. J.-C. . Fidelma et Eadulf sont mandatés par le roi de Muman, Colgu, pour discuter de l'installation d'une école et d'une église chrétiennes sur le territoire du clan de Duibhne, dirigé par Laisre, qui reste païen. En arrivant dans la vallée menant à la forteresse du clan, ils découvrent 33 cadavres de religieux disposés selon un rituel païen des plus cruels supposé disparu, la mort aux trois visages. Ce charmant accueil n'empêche cependant pas Fidelma de poursuivre sa mission pour mener désormais deux objectifs différents : l'ambassade et la résolution du massacre...

Le sixième volet des aventures de Fidelma rattrape largement le précédent qui se situait un ton en-dessous. D'abord parce que l'auteur prend pour la première fois la peine de consacrer quelques pages, au début du livre, au contexte historique, notamment pour présenter l'Irlande du VIIème siècle.

Mais aussi parce que cette fois, intrigue policière et perspective historique vont de pair pour donner un excellent résultat. L'enquête est assez difficile à démêler (je n'ai pas retrouvé la solution avant le dénouement) et l'histoire met pour la première fois Fidelma aux prises avec un autre royaume hostile à Muman, les Ui Neill du Nord et leur séide, l'archevêque d'Armagh (on avait déjà vu Fidelma affronter le royaume voisin de Muman, Laigin, dans le troisième tome, Les trois royaumes). C'est donc un très bon tome de la série, avec un sujet intéressant (relation entre paganisme et christianisme, entre Eglise romaine et Eglise irlandaise).

Au chapitre des regrets, on notera la carte toujours imprécise ici pour se repérer (on est à l'ouest de Cashel, la capitale de Muman, mais où exactement ? Impossible de le dire). Le défaut concernant le rapport entre Eglise romaine et Eglise irlandaise est pour une fois traité de manière un peu plus subtile que dans certains tomes précédents : une bonne chose.



vendredi 13 juin 2014

Peter TREMAYNE, Le secret de Moen, Grands Détectives 3857, Paris, 10/18, 2005, 319 p.

Mai 666 ap. J.-C. . Après avoir déjoué un complot de Ui Fidgente contre le royaume de Muman, tenu par son frère Colgu, soeur Fidelma officie en tant qu'avocate des cours de justice (dalaigh) à Lios Mhor, au sud de Cashel, la capitale du royaume. C'est là qu'elle apprend de l'abbé Cathal qu'un chef de clan et sa soeur ont été assassinés dans le district reculé d'Araglin. Accompagné du frère saxon Eadulf, Fidelma gagne Araglin, non sans mal. Sur place, tout semble accuser un sourd-muet aveugle découvert penché sur le corps du chef, un couteau ensanglanté à la main, Moen. Il reviendra à Fidelma de démêler les fils d'une histoire plus compliquée...

Le cinquième volume des aventures de soeur Fidelma marque peut-être un petit recul par rapport aux tomes précédents, et ce pour plusieurs raisons. D'abord, on ne retrouve pas la combinaison qui a pu faire le succès d'un tome comme le quatrième : force de l'enquête policière et importance du contexte historique. Ici, le second est réduit à la portion congrue puisque l'enjeu est éminemment local, et l'enquête policière est un peu trop simple (on découvre assez facilement l'identité du meurtrier). Enfin, le défaut que je soulevais la dernière fois est encore présent (Eglise irlandaise et Irlande de manière générale placées par l'auteur dans la position des "gentils" contre la "méchante" Eglise de Rome et ses sbires dans les autres royaumes irlandais), ce qui n'aide pas à rattraper l'ensemble, malgré l'introduction, pour la première fois, du contact avec les restes de paganisme encore présents dans l'Irlande de l'époque.

Autre problème aussi : la traduction française a bien repris la carte du royaume de Muman et de ses frontières fourni par l'auteur, mais malheureusement, si on repérait bien les lieux de l'action dans les volumes précédents, ici, on doit s'orienter au jugé. Manifestement on est vers la côte sud du royaume de Muman, peut-être au sud/sud-ouest de Lios Mhor, mais impossible d'être plus précis. D'autant que contrairement à d'autres séries de la même collection, il n'y a aucune carte avec une échelle plus réduite (région, localité, etc). C'est un peu dommage. Heureusement le sixième tome n'est pas de la même veine, l'essoufflement est donc passager !



L'Histoire n°399 (mai 2014)

Dans le numéro du mois de mai de L'Histoire, qui rend hommage à Jacques Le Goff récemment disparu, je note :

- un article très instructif de Pierre Gonneau sur l'histoire de la Crimée, en lien avec l'actualité récente (c'est notamment lui qui m'inspirait mes remarques d'hier).

- l'analyse du tableau de l'Américain Herter, de la gare de l'Est, une invitation au souvenir et au recueillement sur la Grande Guerre.

- l'analyse de deux documentaires sur la Grande Guerre (dont le fameux Apocalypse), avec un regard critique fort utile.

- le dossier sur la bataille de Bouvines : si le rappel historique de Xavier Hélary est utile, de même que le contrepoint anglais sur la bataille et les réflexions sur la géopolitique, l'article le plus intéressant est peut-être celui sur l'écriture de Bouvines par Duby, de Patrick Boucheron. La conclusion en particulier vaut son pesant de sel dans le rapport de Duby à l'histoire militaire.

- un article aussi sur la tuerie de la rue Transnonain, en 1834, signé Maïté Bouissy.

- enfin, p.94, il y a une recension élogieuse, et méritée, de La guerre germano-soviétique de Nicolas Bernard.

jeudi 12 juin 2014

Peter TREMAYNE, La ruse du serpent, Grands Détectives 3788, Paris, 10/18, 2005, 382 p.

Janvier 666 ap. J.-C. . Un cadavre féminin décapité est retrouvé dans un des puits de l'abbaye féminine du Saumon des Trois Sources, au sud-ouest du royaume de Muman. Soeur Fidelma, qui a mis en échec les ambitions du royaume Laigin au monastère de Ros Ailithir, est appelé d'urgence sur place pour résoudre le crime. Mais alors qu'elle navigue sur le bateau de Ross le marin, elle croise la route d'un navire en perdition, abandonné par ses occupants, sur lequel elle trouve la Bible dédicacée qu'elle avait offert au moine saxon Eadulf, avant de le laisser à Rome, un an plus tôt... qu'est-il arrivé à Eadulf et surtout cette disparition a-t-elle à voir avec le meurtre dans l'abbaye ?

Quatrième tome des aventures de Fidelma, La ruse du serpent est directement tirée d'une mention des Annales d'Ulster, une compilation de sources plus anciennes réalisées à la fin du Moyen Age. Le volume marque le retour du moins saxon Eadulf, qui n'aura donc été absent que pendant un seul épisode.

Encore une fois, toute l'habileté de Tremayne est de mêler adroitement l'enquête policière (je ne suis rappelé de la solution, et que partiellement, à la fin, et pourtant je l'avais déjà lu au moins une fois) et contexte historique. Une bonne part de la réussite du volume doit à la combinaison entre, d'un côte, l'enquête à l'abbaye féminine, et d'autre part, le mystère de la disparition d'Eadulf sur le bateau fantôme. Malheureusement, le final manque un peu de panache : on aurait aimé, pour le coup, avoir en plus une description de la bataille de Cnoc Aine entre Muman et les Ui Fidgenti... cependant, il faut constater que l'auteur ne manque pas d'idées pour bâtir son histoire, c'est appréciable.

Un défaut peut-être, qui va s'accroître avec les tomes suivants : Tremayne a tendance à voir les choses tout en blanc ou tout en noir en qui concerne la querelle religieuse entre Rome et l'Eglise d'Irlande. Cette dernière est souvent parée de toutes les qualités, de même que le système de législation civile irlandaise existant avant l'arrivée de la religion chrétienne, alors que l'Eglise romaine fait figure de "grand méchant" (la nuance est plus ou moins fine selon les tomes) de l'histoire. Malheureusement je ne connais pas encore assez bien l'histoire irlandaise du Dark Age pour être définitif (je vais tâcher d'y remédier), mais Tremayne, me semble-t-il, exagère un peu. Ceci étant dit, les aventures de Fidelma restent toujours aussi passionnantes au bout de quatre tomes.



2ème Guerre Mondiale n°54 (juin-juillet 2014)

Numéro de transition pour le magazine 2ème Guerre Mondiale, qui change de propriétaire, comme l'annonce N. Pontic dans l'éditorial. Outre les articles que j'ai écrits et que j'ai annoncés ici-même, vous trouverez p.5 une fiche résumée de ma  recension du Joukov de Jean Lopez (en attendant celle de Bagration...). A noter aussi que Benoît Rondeau commente, p.4, le Rommel de Cédric Mas et D. Feldmann que j'avais également recensé il y a quelques temps.

- p.8-9, Vincent Bernard fait un point d'actualité sur la Crimée, en raison des événements depuis janvier. Il s'attache surtout à la période de l'histoire de la péninsule depuis l'annexion russe, en 1783. Or la Crimée a une histoire compliquée : juridiquement, elle n'a été russe qu'entre 1783 et 1954. La mémoire russe est sensible à la Crimée en raison d'événements phares : le traité de 1774 avec l'empire ottoman, le siège de Sébastopol en 1854-1855, la déportation des populations non-russes en 1944, le transfert à l'Ukraine dix ans plus tard. En outre, historiquement, la conquête russe a été difficile, puisqu'elle s'étale sur deux siècles (XVIème-XVIIIème). D'ailleurs, il y a un premier exode massif de la population tatare (du nom donné aux envahisseurs mongols et aux populations turcophones qui les accompagnent) en direction de l'empire ottoman, après la fin de la guerre de Crimée. En 1897, les Tatars ne forment plus qu'un tiers de la population et les Russes sont déjà majoritaires. Une République socialiste soviétique de Tauride est créée le 21 mars 1918, avant d'être renversée par les Allemands qui installent une éphémère république tatare. Les Blancs de Denikine puis Wrangel se maintiennent en Crimée jusqu'en décembre 1920. Les bolcheviks tentent ensuite de promouvoir des cadres locaux, le bilinguisme russe/tatar est instauré pour s'attirer les bonnes grâces des Tatars, leur leader le plus connu, Veli Ibrahimov, est mis en avant. Le ton change cependant dès la fin des années 20. L'invasion allemande de 1941, puis le succès du siège de Sébastopol, entraînent la mainmise allemande sur la péninsule. La population juive (85-92 000 personnes) est presque entièrement exterminée. La reconquête soviétique en 1944 entraîne la déportation des Tatars (plus de 190 000 personnes) mais ils ne sont pas les seuls : un mois plus tard, les Arméniens, Grecs et Bulgares sont également chassés. Le "cadeau" de 1954 à l'Ukraine est purement symbolique : Moscou garde la main sur les installations militaires. A la fin de la guerre froide, l'ère Gorbatchev permet enfin le retour d'une partie des exilés tatars (on avance souvent le chiffre de 200 000). La Crimée reste cependant un cas à part, pour la Russie, même après la disparition de l'URSS, en raison de l'importance symbolique qui y est attachée. Comme la chronique Ecrire l'histoire, cette partie Actualité souffre un peu du manque de place et de références.

- la chronique Ecrire l'histoire de B. Rondeau revient sur la signification du 6 juin 1944 pour chacun des belligérants (du moins ceux concernés). L'idée est intéressante mais difficile de développer sur deux pages, et il faudrait mettre quelques références pour appuyer.

- le dossier, signé Vincent Bernard, est une perspective stratégique sur l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. L'auteur montre dans une première partie comment Hitler se lance dans le conflit, en 1939, alors que son outil militaire et son économie de guerre sont loin d'être prêts -la victoire de 1940 passant pour une "anomalie historique". Dans une deuxième partie, il retrace la "fuite en avant" d'Hitler qui se mesure, en 1941, à l'URSS puis aux Etats-Unis. L'Allemagne est mal préparée pour une "guerre totale" -et on pourrait discuter de la résilience de l'URSS, d'ailleurs, Stalingrad était-elle vraiment une bataille "au bord du gouffre", comme le disent certains ? Dans un dernier temps, Vincent Bernard explique que même la mise en marche de l'industrie de guerre allemande ne suffit pas à compenser l'écrasante supériorité alliée dans ce domaine. L'Allemagne n'a plus les moyens de ses ambitions, et les désastres de l'été 1944 achèvent de précipiter l'écroulement -Bagration est une catastrophe à l'est pour la Wehrmacht. Sans stratégie véritable, sans industrie de guerre permettant de soutenir dès le début une guerre industrielle, l'Allemagne ne pouvait pas l'emporter ; elle a bénéficié parfois de circonstances et d'atouts favorables, mais les gros bataillons ont parlé (d'autant qu'à la fin de la guerre comme le dit l'auteur, ils sont meilleurs que leurs vis-à-vis allemands).

- Vincent Bernard signe aussi un court article sur les chars américains du débarquement en Normandie, sur Omaha et Utah. A noter que les bataillons américains ne se composent pas seulement de chars DD, mais de deux compagnies de DD et d'une équipée du dispositif avec snorkels (que l'on voit p.60-61) qui est utilisé en fait dès le débarquement en Sicile, en juillet 1943. D'ailleurs Gerow, le commandant du Vème corps américain, ne voyait pas l'utilité de prendre les DD et c'est pourquoi il y a eu un compromis sur la composition des bataillons.

- Franck Ségretain signe un article sur la libération de la Corse, en septembre-octobre 1943. Une expérience importante pour De Gaulle et le CFLN, qui permet l'éviction de Giraud, et montre qu'il faut organiser l'aspect politique et administratif de la libération du territoire, pour précéder les alliés et surtout les mouvements de résistance intérieure, en particulier les communistes.

- la fiche uniformes, une fois n'est pas coutume, est dédiée à un lieutenant de la Garde féminin, chef de pièce de canon d'assaut, de l'Armée Rouge.

mercredi 11 juin 2014

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 14/Les Saoudiens

En Syrie, le contingent saoudien se distingue par le fait qu'il fournit un certain nombre de chefs aux groupes armés et de nombreux candidats aux attaques kamikazes1. En décembre dernier, on a vu un jeune homme de 17 ans, Mouaz al-Maataq, arriver en Syrie. Abdul Aziz al-Othman a probablement été l'un des premiers Saoudiens à atterrir sur le champ de bataille. Il fait partie de la direction du front al-Nosra et il meurt à al-Shaddadi, dans la province de Hasaka, avec un autre Saoudien, Omar al-Mouhaisini, apparemment dans un accident de voiture. On sait qu'il était proche de Golani, le chef d'al-Nosra. On peut supposer que les Saoudiens vétérans d'al-Qaïda ou de l'Afghanistan ont établi les premières cellules en Syrie. Abou Khalid as-Souri, une figure importante du djihadisme, aurait participé à la formation du premier bataillon islamique ; on sait que plus tard Zawahiri l'a choisi comme son arbitre dans le conflit entre al-Nosra et l'EIIL. Souri a visiblement joué un rôle important, à partir de mai 2011, dans la formation du mouvement qui deviendra Ahrar al-Sham, aujourd'hui un des groupes les plus puissants du Front Islamique ; les Saoudiens ont eux plutôt rejoint, ensuite, le front al-Nosra.

mardi 10 juin 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 13/Tunisians

In September 2012, there are reports of the death of a Tunisian in a battalion fighting alongside al-Furqan, an armed group in the province of Idlib, fighting alongside al-Nosra1. In March 2013, the Tunisian authorities estimate that 40% of foreign fighters from the Syrian uprising are Tunisians2. Two-thirds would fight in al-Nosra. Most Tunisian jihadists would be from the town of Ben Gardane, south of Tunis. The city is located in the province of Médenine on the border with Libya. Qatar would supply money to Tunisian non-governmental organizations to recruit, offering up to 3,000 dollars per person. The fighters are grouped and trained in camps in the desert triangle between Libya, Tunisia and Algeria, sent to Turkey and then inserted in Syria. Libyan jihadist groups have established training camps in the province of Ghadames, less than 70 km from the Tunisian border. Volunteers complete their military training for 20 days3 in the province of Zawiyah and go to the port of Brega to Istanbul, before finishing at the Syrian border. Some Tunisian fighters also come from Lebanon, especially if they are going to or near Damascus ; when it is Aleppo and other cities of the north, they pass through Turkey.

In autumn 2013, the phenomenon seems better understood. It is not limited to a poor class, effectively providing voluntary : graduates from middle and upper classes also participate in jihad4. While initially southern Tunisia, traditionally islamist, is including the big battalions, today Tunisians of the center and the north-Bizerte has become one of the bastions of the case. Ayman Nabeli Tabalba leaves town in the central province of Monastir, to fight in the ranks of ISIS. Born in 1986, the youngest of a family of eight children, he is not particularly religious. It was after the 2011 revolution he became a Salafi. Tunisian Salafists have indeed invested mosques after the victory of the Ennahda party in the elections, and in particular that of al-Iman, near the house of Ayman. Despite the efforts of his family, the Tunisian authorities are relatively tolerant towards Salafists. Whole flights of Turkish Airlines carry volunteers for jihad to Istanbul. In the suburbs of Tunis, the state has disappeared with the fall of Ben Ali and Ennahda intrudes including through controlled Salafist mosques. The Tunisian Interior Minister stated that its services have already prevented 6,000 men to travel to Syria ... a Tunisian had shot a video for Jaysh al-Muhajireen wa al-Ansar, the group of Omar Shishani now rallied to ISIS in July 20135. In May of the same year, the Tunisian Minister of Foreign Affairs had yet recognized the presence of a maximum of 800 Tunisians in Syria, a local radio talking about much larger numbers with no less than 132 Tunisians killed in February 2013 in the Aleppo region, mostly from Sidi Bou Zid, where the revolution began in 20116. But these figures appear to be largely overestimated, the radio is also customary of dissemination of misinformation.

lundi 9 juin 2014

Publications : Stratégique N°106 et Jihadology.net

Je signale à l'attention des lecteurs du blog deux de mes dernières publications :

- le n°106 de la revue Stratégique vient de paraître. On m'a demandé d'y contribuer avec un article sur la surprise stratégique du Têt, en lien avec mon ouvrage paru l'an passé. Le sommaire du numéro est consultable ici. Vous pouvez lire l'éditorial et l'introduction générale.

- et Aaron Zelin publie, sur Jihadology.net, la mise à jour sur les djihadistes français en Syrie, qui couvre la période février/mars-juin 2014, en anglais. Le billet est consultable ici. Je ferai une rapide mise à jour pour le billet français prochainement.

Bonne lecture !

vendredi 6 juin 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 12/Egyptians

September 5, 2013, a suicide car bomb explodes in Nasr City, a suburb of Cairo, near the Minister of the Interior1. The attack, which injured at least 20 people, is claimed by Ansar Bayt al-Maqdis, a jihadist group in the Sinai. Two months later, the jihadists post a video of the bomber, Walid Badr, former officer in the Egyptian army and especially veteran of the jihad in Syria.

The Syrian conflict indeed provides valuable experience to Egyptian jihadists who seek to destabilize the military regime. At last count, between 119 and 358 Egyptians have already taken part in the fighting in Syria. Another fighter of the same group, Saeed al-Shahat, had killed a police officer and had blown his belt with bombs when security forces had invested his apartment. He also was a veteran of Syria. Ansar Bayt al-Maqdis has gradually established itself as the most violent among the Egyptian jihadist groups nebula : the car bombing of December 24, 2013 in Mansoura shows that its capabilities are growing, perhaps under the influence of returning combatants wo have fought in Syria.

Syrie : des articles cités sur Slate

Mon travail sur les djihadistes français en Syrie et le récent billet sur les combattants étrangers pro-régime sont à l'honneur dans le court article d'Etienne Goetz paru aujourd'hui sur Slate. Merci à l'auteur. J'ai cependant signalé des remarques sur certains points, les chiffres ou des affirmations qui font un peu "raccourcis". Une mise à jour du billet sur les djihadistes français interviendra prochainement.

Peter TREMAYNE, Les cinq royaumes, Grands Détectives 3717, Paris, 10/18, 2004, 363 p.

665 ap. J.-C. . Soeur Fidelma est de retour en Irlande, après ses pérégrinations à Rome et dans les royaumes anglo-saxons. Mais quand elle arrive à Cashel, capitale du royaume de Muman, au sud-ouest de l'île, son frère Colgu lui annonce de bien mauvaises nouvelles. Le roi Cathal, son cousin, se meurt et Colgu, son taniste ou héritier présomptif, est appelé à lui succéder. Or le royaume voisin de Laigin pourrait en profiter pour attaquer Muman. Et Fidelma, pour empêcher un conflit, doit absolument résoudre une énigme : le vénérable Dacan, érudit du Laigin, a été assassiné sur les terres de Muman, au monastère de Ros Ailithir, au sud-ouest du royaume, alors qu'il était venu effectuer des recherches. Mais quel lien celles-ci ont-elles avec la dispute opposant Muman à Laigin autour du petit royaume d'Osraige, propriété de Muman ? C'est Fidelma qui devra dénouer les fils d'une intrigue compliquée...

Troisième tome des aventures de soeur Fidelma, Les cinq royaumes est le premier de la série à se dérouler en Irlande, terre natale de l'enquêtrice. Ce n'est pas la seule originalité du volume puisque pour la première fois, Fidelma enquête seule, sans l'appui de frère Eadulf demeuré à Rome auprès du nouvel archevêque de Cantorbéry, Théodore.

Le tome joue peut-être davantage ici sur l'enquête policière que sur le contexte historique, bien que l'histoire des cinq royaumes d'Irlande connaisse un début d'exposé et que celle-ci inspire par la suite nombre d'idées de volumes à Peter Tremayne. On note aussi l'apparition d'un personnage, Ross, le marin, que l'on reverra dans plusieurs autres tomes de la série. L'intrigue est particulièrement difficile à dénouer cette fois : je ne me souvenais plus de la solution, pour l'avoir lu il y a longtemps, et je n'ai pas su la retrouver avant la fin du livre ! La série commence à monter en puissance avec ce tome, où l'enquête policière est beaucoup plus travaillée, ce qui se confirmera sur le volume suivant.





jeudi 5 juin 2014

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 12/Les Egyptiens

Le 5 septembre 2013, un attentat à la voiture piégée a lieu à Nasr City, un faubourg du Caire, visant le ministre de l'Intérieur. L'attentat, qui blesse au moins 20 personnes, est revendiqué par Ansar Bayt al-Maqdis, un groupe djihadiste du Sinaï. Deux mois plus tard, les djihadistes postent une vidéo du kamikaze, Walid Badr, ancien officier de l'armée égyptienne et surtout vétéran des combats en Syrie1.

Le conflit syrien fournit en effet une expérience appréciable aux djihadistes égyptiens qui cherchent à déstabiliser le régime des militaires. Selon le dernier décompte, entre 119 et 358 Egyptiens auraient déjà pris part aux combats en Syrie. Un autre combattant du même groupe, Saaed al-Shahat, avait tué un officier de police et s'était fait sauter avec sa ceinture de bombes quand les forces de sécurité avaient investi son appartement. Lui aussi était un vétéran de la Syrie. Ansar Bayt al-Maqdis s'est imposé progressivement comme le groupe le plus violent parmi la nébuleuse djihadiste égyptienne : l'attentat à la voiture piégée du 24 décembre 2013 à Mansourah montre que ses capacités ne cessent de croître, peut-être sous l'influence du retour de combattants partis en Syrie.

Les autres combattants étrangers du conflit syrien. Quelques réflexions sur un débat


Mise à jour 1-jeudi 5 juin 2014 : quelques ajouts sur les Forces Nationales de Défense.



Le 26 mai dernier, le site OrientXXI mettait en ligne un article de Matthieu Cimino1, historien et politologue, (Docteur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI, Paris) et enseignant au collège universitaire de Sciences Po (campus de Paris et Menton) ), à propos des combattants étrangers pro-régime en Syrie, une thématique beaucoup moins abordée que celle des djihadistes sunnites combattant aux côtés de l'insurrection. Une simple recherche Google peut le confirmer : 284 000 résultats pour les mots clés « combattants étrangers régime Syrie » contre 1 220 000 résultats pour les mots clés « djihadistes Syrie »2.

Quelques jours plus tard, un auteur écrivant sous le pseudonyme de Nidal publie un article en forme de réponse au précédent, qu'il massacre pour ainsi dire en règle avec des arguments plus ou moins fondés, le tout desservi par un ton très polémique3. Comme je suis cité dans l'argumentaire de Nidal par l'intermédiaire de mes travaux, je souhaite réagir à ce sujet, en particulier sur les point sur lesquels je suis en désaccord, assez brièvement, en renvoyant aussi vers mes précédents billets.