jeudi 29 mai 2014

Du sang et des larmes (Lone Survivor) de Peter Berg (2013)

2005, Afghanistan. Les Américains veulent éliminer Ahmad Shah, un chef taliban responsable de la mort de 20 Marines et qui fait exécuter les civils qui collaborent avec les Américains. Les Navy Seals sont chargés de mener à bien la mission visant à la capture d'Ahmad Shah. Une équipe de reconnaissance/surveillance de 4 Navy Seals est dépêchée pour localiser et observer le chef taliban dans un village. L'équipe est commandée par le lieutenant Michael P. Murphy (Taylor Kitsch) et se compose des tireurs d'élite Marcus Luttrell (Mark Wahlberg) et Matthew Axelson (Eric Foster), et du radio Danny Dietz (Emile Hirsch). Déposé dans l'Hindou Koush par hélicoptère, les Seals progressent à flanc de montagne pour se placer en surplomb du village, afin de mener leur mission d'observation. Ils repèrent Ahmad Shah en contrebas, mais avec de nombreux combattants, contrairement à ce qui était prévu. Peu après s'être mis en position d'observation, les Seals sont malencontreusement découverts par trois bergers venus du village avec leurs chèvres. Dès lors, la mission des Seals est compromise et les quatre hommes se retrouvent menacés d'être pris à partie par des adversaires très supérieurs en nombre...

Lone Survivor, le dernier film de Peter Berg, est d'abord l'histoire, inspirée de faits réels, d'un désastre. Il est tiré du livre du même nom écrit par Marcus Luttrell en 2007, où celui-ci raconte cet épisode dramatique de l'opération Red Wings, qui prend place en Afghanistan entre la fin juin et la mi-juillet 2005, dans la province de Kunar. L'opération vise notamment à éliminer Ahmad Chad, un chef afghan lié au groupe de Gulbadin Hekmatyar, mais qui n'appartient pas à proprement parler aux talibans -il est étroitement associé avec eux, cependant. L'opération, qui implique deux bataillons de Marines, fait également appel à des forces spéciales. L'équipe de 4 Navy Seals chargée de repérer et d'observer les mouvements d'Ahmad Sah est attaquée par celui-ci et ses hommes peu de temps après avoir été hélitreuillée via un CH-47 ; 3 des 4 hommes sont tués et un CH-47 de la force de réaction rapide, envoyé en renfort pour aider les Seals, est abattu par un tir de RPG, entraînant dans la mort 8 autres Seals et 8 aviateurs des US Army Special Operations. L'opération, devenue Red Wings II, se poursuit pendant plusieurs semaines pour récupérer les corps des Seals tués au combat et Marcus Luttrell, le seul survivant. Le groupe d'Ahmad Shah, passé au Pakistan et bénéficiant désormais d'une certaine notoriété en raison de la destruction de l'hélicoptère, revient avec davantage d'hommes et d'armement. Accroché en août 2005 pendant l'opération Whalers, le groupe est décimé, Shah lui-même étant blessé. Il sera tué en avril 2008 lors d'un échange de tirs avec la police pakistanaise.



Berg a entendu parler du livre de Luttrell en 2007 et a commencé à négocier pour racheter les droits. Le film est ensuite tourné avec l'assistance de l'armée américaine et des survivants de l'opération, dont Marcus Luttrell. Peter Berg avait su façonner, en 2007, un film réellement percutant, Le Royaume, avec un superbe générique et des scènes d'anthologie dans le suivi du parcours d'une équipe du FBI en mission antiterroriste en Arabie Saoudite. Rien de tout ça ici : l'histoire est celle d'une défaite, que Peter Berg réussit malgré tout à magnifier, en quelque sorte, sans forcément tomber dans la caricature du film patriotique. Quelque part, comme certains critiques l'ont fait remarquer, on est proche de La chute du faucon noir de Ridley Scott.

Le film n'est pas là pour interroger sur la complexité de l'Afghanistan et du conflit qui s'y déroule depuis octobre 2001, sur les enjeux de l'intervention américaine/occidentale ou sur les problèmes d'ordre militaire et politique. Berg ne suit pas l'ouvrage de Luttrell, qui raconte son engagement depuis les années 1990 jusqu'à l'embuscade de 2005 -ou plutôt il le fait indirectement, via le générique mettant l'accent sur la formation extraordinairement difficile des Navy Seals (et qui sonne comme un rappel du film A armes égales) et via les premières scènes montrant l'intimité des 4 hommes. Mais très vite, on comprend que Berg est plus intéressé par la peinture de la puissance des forces spéciales que sont les Navy Seals, et de qui fait leur fierté -le bizutage de la nouvelle recrue, la compétition physique, l'esprit de camaraderie, l'entraînement, etc.

Le récit de la mission des Seals et de l'embuscade, qui recouvre l'essentiel du film, a, comme je l'ai dit, des accents de Faucon Noir. Le terrain n'est pas ici une ville africaine en proie à la guerre civile mais les montagnes hostiles et découpées en lame de rasoir de l'est de l'Afghanistan. Pas de grande bataille, mais l'histoire d'une course vers la mort de quelques Navy Seals pris au piège, par des circonstances imprévues, d'un adversaire plus nombreux, déterminé, et connaissant le terrain. Comme la tradition l'exige depuis Saving Private Ryan, les scènes de combat sont réalistes, sanglantes, voire insupportables puisqu'on suit, finalement, le calvaire, très long, de quatre hommes acculés devant la mort. Le réalisateur montre ici son efficacité mais concède un hommage à la valeur guerrière des Navy Seals, même si les moments les plus dramatiques n'ont pas le souffle de ce qu'avaient pu être ceux du Faucon Noir, quelque part plus esthétiques.



La dernière partie du film est peut-être la plus intéressante, car Peter Berg évite le manichéisme en ne confondant pas Afghans avec talibans. Marcus Luttrell ne doit en effet son salut qu'à une tribu pachtoune qui le recueille, ce qui lui-même n'arrive pas à comprendre, s'attendant à être livré aux talibans. Mais le morceau qui retient l'attention, c'est bien l'essentiel du  film, à savoir la mission compromise par l'irruption des bergers et le long calvaire de l'équipe de SEALS submergée par un adversaire impitoyable. Derrière la prétention au réalisme affichée par le réalisateur, il y a quelque chose qui relève du jeu, voire du jeu vidéo. Ainsi la scène de la planification de la mission, où le capitaine des SEALS utilise des figurines d'hélicoptères pour montrer le parcours des hélicoptères. Mais ce quelque chose va jusqu'au traitement de la mort : alors que les SEALS sont montrés criblés de balles, de blessures, de boursouflures à cause des explosions, jusqu'à la mort au ralenti pour trois d'entre eux, les talibans, eux, ne "saignent" quasiment pas. Ils sont fauchés comme des quilles par les Apaches dans la scène finale du film, au moment où Marcus Luttrell est secouru. Quelque part, cela reflète aussi l'incapacité ou le non-vouloir de l'appréhension de l'autre, de l'étranger, de l'Afghan.

Nul doute que Lone Survivor fera remonte la cote de Peter Berg, dont le Battleship (2012) avait été, probablement à raison, un cinglant échec critique et commercial. Le film fait quasiment figure de documentaire, même s'il est inspiré du récit d'un survivant qui dramatise probablement les faits -notamment sur le nombre d'adversaires. On le voit aussi s'agissant de l'attaque du village par les talibans -qui en réalité n'a jamais eu lieu- ou avec l'arrêt cardiaque de Luttrell. Pour autant, on peut s'interroger sur les objectifs de Berg. Lone Survivor se présente, au premier abord, comme une ode à la gloire des Navy Seals et de leur engagement en Afghanistan. Pourtant, c'est bien l'histoire d'un échec militaire, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus intéressant à en tirer : toute opération, y compris de forces spéciales comme les Navy Seals, peut mal tourner en raison des facteurs impossibles à prévoir, malgré toute la planification méticuleuse que l'on peut y mettre. Derrière ce film se transformant presque en survival avec des relents d'accent patriotique, on distingue, tout de même, quelque chose d'un peu plus fin. La scène du débat entre les Seals sur le sort à réserver aux bergers qui les ont découverts en est l'illustration. Ici Berg, très clairement, ne verse pas dans le manichéisme militaire et politique le plus grossier. Par un singulier renversement de perspective, il place le même débat au sein de la tribu pachtoune qui recueille Luttrell, à la fin du film : tout un symbole. Symbole d'une guerre qui n'en finit pas et qui, finalement, est plus compliquée qu'un jeu vidéo ou qu'un viseur d'hélicoptère filmant ses adversaires avant de leur expédier obus, roquettes et missiles antichars.

On pourra lire, en complément, la chronique du film par Abou Djaffar ici.




mercredi 28 mai 2014

Supplément 2ème Guerre Mondiale n°54 : Cobras Rouges. Les P-39 soviétiques au-dessus du Kouban

Depuis ce matin, vous pouvez trouver en ligne sur le site du magazine 2ème Guerre Mondiale le supplément que j'ai écrit à mon article sur la bataille aérienne du Kouban. Celui-ci porte sur les P-39 du Lend-Lease utilisés par les VVS pendant cette campagne. Désormais tous les suppléments que je propose pour le magazine seront mis en ligne directement sur ce site.

Anton JOLY, Stalingrad. Atlas de bataille, volume I, Stal Data Publications, 2013, 132 p.

Cet ouvrage que je commente aujourd'hui est original à plus d'un titre. D'abord parce que son auteur, Anton Joly, m'a longuement contacté avant de me l'envoyer pour recension. Ensuite, parce qu'il s'agit d'un livre autoédité via le label Amazon, et jusqu'ici j'avoue ne pas en avoir lu de ce type. Enfin, le sujet était pour moi plus qu'intéressant : un atlas de la bataille de Stalingrad, se proposant de suivre les combats au jour le jour. C'est donc avec intérêt que je me suis plongé dans la découverte de ce petit opus.

Comme il l'explique dans l'introduction, l'auteur, passionné par la Grande Guerre Patriotique (pour des raisons familiales évidentes qu'il mentionne aussi), est allé puiser dans les archives disponibles du ministère de la Défense russe, ainsi qu'à des ouvrages anciens et plus récents (en russe, mais aussi en anglais notamment) pour bâtir ce premier volume qui couvre la période allant du 13 septembre au 13 octobre 1942.

L'ensemble comporte des atouts certains. Une chronologie, pour chaque partie (le propos étant découpé en séquences équivalent à une semaine), permet de suivre le déroulement de la bataille et de se repérer. A chaque début de partie, l'auteur propose également un ordre de bataille détaillé des deux camps qui est tout aussi utile pour suivre l'évolution des forces en présence. Le gros point fort du livre, à mon avis, est ce qui en constitue le coeur : les cartes de suivi de la bataille au jour le jour. On progresse ainsi à l'échelon tactique (carte de la ville ou d'une partie de la ville), en suivant les combats des deux camps, le tout agrémenté de brefs commentaires et d'extraits de documents d'époque ou de traductions d'ouvrages russes réalisées par l'auteur. C'est un aspect qui, il est vrai, manque beaucoup dans les livres traitant de la bataille de Stalingrad, où il faut une bonne connaissance de la campagne en général pour visualiser un tant soit peu le cours des combats. Assurément, en français, l'atlas présenté comble un vide. Certes, on pourra gloser sur la qualité des cartes, mais c'est tout de même relativement secondaire.

L'ouvrage a aussi les défauts de ses qualités. Certaines légendes sont trop vagues ou imprécises et vont faire bondir les spécialistes du matériel et autres passionnés intransigeants (p. 14, une MG 34 ; p.28, canon antiaérien M1939 de 37 mm ; p.83, un servant de mitrailleuse DP, par exemple, etc). Anton Joly s'est surtout concentré sur les cartes au jour le jour et délaisse volontairement, dans les parties plus générales qui introduisent les séquences de cartes, l'analyse à proprement parler de l'histoire militaire de Stalingrad. On aurait parfois aimé que l'ouvrage prenne un peu plus de hauteur, décolle le nez de la cartographie tactique de la bataille, notamment au début, pour expliquer les choix chronologique ou replacer la bataille dans une perspective plus large. Cela reflète aussi les choix bibliographiques : comme je le disais, A. Joly s'est surtout servi de sources russes/soviétiques traduites, ce qui est une excellente chose, en revanche on peut noter qu'il manque peut-être des sources secondaires et notamment des articles plus spécialisés sur les événements traités. Ceci étant dit, le choix se comprend au vu de l'ambition plutôt modeste qui était celle d'un atlas de la bataille, au jour le jour.

Au final, cet atlas peut donc utilement compléter la bibliothèque des passionnés du front de l'est ou de l'Armée Rouge, et ce d'autant plus que pour un livre autoédité via Amazon, il n'a pas à rougir particulièrement sur la qualité ou le contenu par rapport à d'autres livres édités par des maisons prestigieuses et dont on pourrait discuter la qualité. J'ajoute aussi que l'auteur a lancé un site Internet, qui renvoie lui-même vers plusieurs sites dédiés notamment à la cartographie de la bataille de Stalingrad et à la constitution d'ordres de bataille à propos de la Seconde Guerre mondiale et en particulier du front de l'est. A découvrir.

mardi 27 mai 2014

Inescapable (2012) de Ruba Nadda

Janvier 2011. Adib Abdel Kareem (Alexander Siddig) est un Syrien, qui s'est exilé 30 ans plus tôt au Canada. Marié, père de deux filles, il travaille dans une société d'informatique. Cet univers apparemment bien tranquille s'écroule quand Adib apprend que sa fille Muna, probablement partie pour la Syrie, a disparu à Damas. Adib n'a d'autre choix, pour la retrouver, que de regagner un pays dont il s'est enfui il y a longtemps, et de déterrer un passé qu'il aurait préféré garder secret...

J'ai voulu regarder ce film canadien à cause du sujet "syrien", qui m'intéressait au vu de mon travail récent. L'action est censée se déroule juste avant le début de la révolution en Syrie, en mars 2011. Le film emprunte apparemment beaucoup (je dis apparemment car je ne l'ai pas vu) à l'un de ses prédécesseurs, Taken (2008). Je peux dire en revanche, sans l'avoir vu, que Inescapable n'exploite pas au mieux des qualités qui auraient pu en faire un must, vu le sujet.

Ainsi, toute l'histoire tourne autour du passé d'Adib, que l'on devine plus qu'autre chose sans avoir d'explication claire et sans que le scénario n'utilise à fond cette carte, ce qui est dommage. L'idée était pourtant intéressante : pourquoi s'est-il exilé, etc. Le personnage d'Adib mène une enquête en jouant davantage sur ses connaissances acquises anciennement que sur sa présence physique, pourrait-on dire. Alexander Siddig sauve l'ensemble par sa présence, mais sans lui, le film aurait bien moins d'intérêt. L'atout principal du film est peut-être de proposer un héros arabe, et syrien, ce qui pour le coup est assez rare. Comme dans mon cas, il peut attirer en raison du conflit en Syrie. Mais il est probable, et finalement assez logique, qu'on l'oubliera vite.



H.H. KIRST, Sorge l'espion du siècle, J'ai Lu leur aventure 140/141, Paris, J'ai Lu, 1966, 434 p.

La collection "bleue" J'ai Lu leur aventure m'a réservé une petite surprise au fil des mes acquisitions chez les bouquinistes : il se trouve qu'elle comprend pas moins de deux volumes différents sur Richard Sorge, l'espion soviétique en poste à Tokyo, démasqué en octobre 1941 et pendu en novembre 1944. J'avais commenté le premier il y a quelques semaines, une traduction d'un ouvrage écrit par deux Soviétiques.

Rien de tel ici puisque ce volume-ci est l'histoire romancée de Richard Sorge par un célèbre écrivain et journaliste allemand, Hans Hellmut Kirst. Celui-ci est le fils d'un agent de police. Il passe sa jeunesse en Prusse-Orientale et intègre la Reichswehr en 1933. Puis il fait partie de la Wehrmacht et sert dans la Flak, la défense anti-aérienne. Devenu officier, il est, en 1944-1945, un Nationalsozialisticher Führungsoffizier, autrement dit l'équivalent des commissaires politiques soviétiques, créé par décret du Führer en décembre 1943, notamment pour insuffler l'idéologie nazie dans la troupe et resserrer le contrôle politique de l'armée allemande. Dénoncé aux Américains en 1945, il passe 9 mois dans un camp d'internement, où il commence d'ailleurs à écrire ses premiers romans. Relâché, il s'installe à Munich. A partir de 1950, il est à la fois journaliste et écrivain. Certains de ses romans sont très célèbres et ont même été adaptés pour le cinéma, comme La Nuit des Généraux.

Pour revenir au livre, on est clairement dans le roman inspiré du parcours de Sorge, il ne faut pas s'attendre à un récit historique (même déformé) comme pouvait l'être l'ouvrage de la même collection écrit par les deux auteurs soviétiques. Kirst commence chaque chapitre par des introductions sur l'espionnage de manière générale, la guerre, des réflexions philosophiques qui montrent d'ailleurs qu'il a réfléchi sur son engagement au sein du nazisme, sans forcément en tirer toutes les leçons, visiblement. Un des avantage du livre de Kirst, peut-être, sur son homologue soviétique, c'est qu'il considère Richard Sorge avec ses qualités et ses défauts, et non pas sous l'angle apologétique comme avait tendance à le faire ses vis-à-vis. Pour le reste, il faut le lire comme il est, c'est à dire comme un roman. On en apprend presque plus sur H.H. Kirst, finalement, que sur Sorge.

lundi 26 mai 2014

Vidéo : la bataille aérienne du Kouban (2GM 54)

Sur le modèle de ce que j'avais fait pour le numéro 52 de 2ème Guerre mondiale, je vous propose cette fois-ci un commentaire audio de l'article paru dans ce numéro, sur fond d'images d'archives et de séquences filmées par des fans du jeu Il-2 Sturmovik. Je précise également que je comptais faire, en réalité, un article soviéto-centré, avec la bataille vue du côté soviétique. Les contraintes commerciales m'ont forcé à faire un article "germanocentré" et le point de vue soviétique n'apparaît que dans les encadrés. Je suis en train de rédiger un supplément qui complètera l'aperçu soviétique.

samedi 24 mai 2014

Publication : 2ème Guerre Mondiale n°54

Ce numéro 54 marque un changement important pour le magazine 2ème Guerre mondiale puisque Nicolas Pontic, le rédacteur en chef, crée les éditions Mars et Clio pour assurer la direction du magazine en lieu et place des éditions Astrolabe. Je lui souhaite évidemment bonne chance dans ce projet.

Pour ce numéro 54, je contribue avec un article sur la bataille aérienne du Kouban (mars-mai 1943), un épisode méconnu et pourtant important de la guerre à l'est, où les VVS commencent à prendre l'ascendant sur la Luftwaffe. Je fournis aussi, comme d'habitude, une fiche cinéma, et je contribue pour la première fois à la rubrique personnage avec une fiche sur Bagramian, le général soviétique d'origine arménienne.

Suppléments et peut-être vidéo à suivre, comme d'habitude. Bonne lecture !

jeudi 22 mai 2014

Café Stratégique n°35-Syrie : chronique d'un soulèvement détourné, avec Joseph Bahout (enregistrement sonore)

Grâce à Ariane Michaloux, que je remercie, les personnes qui souhaitaient assister au café de mardi soir et qui n'ont pu se déplacer peuvent désormais réécouter le café via cet enregistrement sonore. Vous pouvez aussi l'écouter ci-dessous :




mardi 20 mai 2014

Dominique SOURDEL, L'islam, Que-Sais-Je 355, Paris, PUF, 2004, 128 p.

Dominique Sourdel était professeur honoraire de l'université Paris IV-Sorbonne. Décédé en mars 2014, à 93 ans, c'était un historien spécialiste de l'histoire et de la civilisation islamiques, sur lesquels il avait écrit plusieurs ouvrages en plus de ce Que-Sais-Je.

Comme il le rappelle dans le premier chapitre, l'islam (soumission à Dieu, Allah) apparaît dans une Arabie préislamique très diverse, mais ouverte aux influences extérieures : on y trouve des Juifs, des chrétiens de diverses obédiences. La vie de Mahomet avant sa révélation est mal connue. Comme le souligne l'historien, les sourates reflètent l'évolution de ses rapports avec les Mecquois. Après l'Hégire et l'installation à Médine, puis la conquête progressive de l'Arabie, Mahomet se fait davantage législateur religieux et social, pour organiser la communauté. Les sourates du Coran restent donc la base de la révélation.

Sous les quatre premiers califes (râshidoun), l'expansion est fulgurante, mais les Omeyyades doivent aussi faire face à l'hostilité des chiites, suite à la mort d'Ali puis de ses fils, et à celle des Médinois. Les Abbassides remplacent la dynastie en 750 et s'installent à Bagdad, s'appuyant beaucoup sur les Iraniens. L'appareil administratif se renforce, la succession héréditaire s'impose. Mais le califat décline dès le milieu du IXème siècle, en raison de causes internes et externes. Le califat omeyyade de Cordoue connaît d'ailleurs les mêmes difficultés, tandis que les Fatimides s'installent en Afrique du Nord. Les Turcs Seldjoukides arrivent au XIème siècle ; les Mongols déferlent au XIIIème siècle. Le Maghreb connaît une évolution indépendante jusqu'au XVème siècle et la conquête ottomane (sauf le Maroc). L'empire moghol règne sur l'Inde, les Séfévides en Iran, les Ottomans ne déclinent qu'au XVIIIème siècle.

lundi 19 mai 2014

Pas trop tôt ? Les enjeux de la livraison de missiles TOW aux rebelles syriens

Mise à jour 1-lundi 19 mai 2014 : rajout de l'interview d'un des groupes rebelles + quelques vidéos.


Le 1er avril 2014, une vidéo postée sur Youtube montre un groupe armé rebelle syrien utilisant un lance-missile antichar américain TOW. Une autre vidéo, datée du 5 avril, montre des combattants du groupe Harakat Hazm tirant au missile TOW sur un char installé dans une position fixe près du village de Heesh, au nord de la province d'Idlib1. La livraison de missiles TOW par les Etats-Unis marque un changement notable : jusqu'ici, Washington s'était montrée réticente à fournir aux insurgés des armes antichars et antiaériennes (missiles sol-air portables) performantes, de peur que ces armes ne tombent entre de mauvaises mains. Cette « première » survient alors que les Etats-Unis avaient annoncé, dès le mois de mars, leur intention de livrer, éventuellement, des armes plus sophistiquées à l'insurrection syrienne2.


dimanche 18 mai 2014

Mourir pour Assad ? Les combattants étrangers pro-régime en Syrie-2/3 : le Hezbollah

Une intervention pour quels objectifs ?


Jusqu'en avril 2013, le Hezbollah n'a pas reconnu officiellement son implication dans la guerre civile syrienne, probablement de peur des conséquences néfastes qu'une telle reconnaissance impliquerait sur la scène libanaise1. Il faut dire que la Syrie et le Liban partagent une longue histoire conflictuelle. En outre, le nord du Liban est peuplé majoritairement de sunnites qui soutiennent la rébellion syrienne, et comprend aussi des minorités alaouites, comme à Tripoli, qui elles appuient plutôt le régime.

Né en 1982 dans la vallée de la Bekaa en réaction à l'invasion israëlienne du Liban2, le Hezbollah est à la fois un parti politique et un mouvement religieux chiite, tout en assurant des fonctions sociales. En outre, ses forces armées sont les plus imposantes du Liban et c'est un proche allié de l'Iran. Le Hezbollah se définit lui-même comme un mouvement de « résistance »3 aux manoeuvres américaines et israëliennes au Proche-Orient, et ne reconnaît pas le droit à l'existence de l'Etat d'Israël. Il tire sa popularité au Liban du combat contre l'Etat hébreu, alors que ses forces conventionnelles et non-conventionnelles sont, de fait, supérieures, ou du moins équivalentes, à celles de l'armée libanaise. Le Hezbollah est particulièrement bien implanté au sud du pays, dans la vallée de la Bekaa et dans certains quartiers de Beyrouth. Sur le plan politique, le Hezbollah milite pour un système de gouvernement islamique par les clercs : présent aux élections depuis 1992, il n'obtient que des résultats modestes mais a tout de même deux ministres dans le gouvernement de coalition depuis 2011. Il contrôle toutefois 60% des municipalités du Sud-Liban et quasiment toutes celles de la vallée de la Bekaa, en plus de gagner du terrain à Dahiyeh, faubourg sud de Beyrouth. Socialement, le Hezbollah cherche à s'attirer les faveurs des chiites libanais (27% de la population selon un recensement réalisé en 2011, soit autant que les sunnites et plus que les chrétiens maronites), notamment (mais pas exclusivement) par des soins médicaux qui remplacent ceux de l'Etat.

vendredi 16 mai 2014

L'autre côté de la colline : parutions récentes

Un peu en retard, car pris par d'autres travaux, je signale les deux derniers billets de mes camarades sur L'autre côté de la colline : l'interview de Martin Matter par Adrien Fontanellaz, sur le scandale de la P-26 en Suisse, et l'article de David François sur le siège de Port-Arthur pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Bonne lecture !

jeudi 15 mai 2014

Christophe BECHET, Alfred von Schlieffen. L'homme qui devait gagner la Grande Guerre, Maîtres de la stratégie, Paris, Argos, 2013, 214 p.

Christophe Bêchet, docteur en histoire, assistant à l'université de Liège, enseigne l'histoire des relations internationales. Sa thèse de doctorat est consacrée au fameux "plan Schlieffen".

C'est que le nom du stratège allemand reste associé au plan du même nom : l'historien rappelle combien le déclenchement de la guerre doit aux pressions des militaires, des états-majors, qui poussaient eux-mêmes en avant des plans de guerre. Schlieffen, lui, est mort le 4 janvier 1913. La question est donc de savoir en quoi le plan Schlieffen est responsable, ou non, du déclenchement de la guerre en 1914, et de comprendre comment la pensée du chef d'état-major allemand a pu influencer la conduite des opérations, puis constituer un héritage pour l'armée allemande. En 1999, l'historien américain Terence Zuber a créé un coup de tonnerre en proposant l'hypothèse selon laquelle le "plan Schlieffen" n'aurait en réalité pas été le véritable plan de guerre allemand, entraînant un débat qui n'est toujours pas refermé parmi les historiens militaires. Christophe Bêchet, lui, vise avec ce petit ouvrage à débroussailler la mythologie autour du plan Schlieffen, et de son concepteur, pour tous ceux qui seraient intéressés par le sujet.

mercredi 14 mai 2014

Jean-Christophe NOTIN, Le crocodile et le scorpion. La France et la Côte-d'Ivoire (1999-2013), Editions du Rocher, 2013, 442 p.

Jean-Christophe Notin est un auteur qui a évolué avec le temps. A partir de 2000, il commence par écrire des ouvrages portant sur l'histoire militaire, particulièrement de l'armée française (une biographie de Leclerc, par exemple, en 2005). Puis, entre 2005 et 2008, il signe plusieurs romans qui collent toujours à la même thématique, avant de reprendre un peu, en 2008, l'écriture d'ouvrages d'histoire. Enfin, depuis 2011, il se met à travailler sur les conflits contemporains dans lesquels la France est intervenue : services secrets en Afghanistan, guerre en Libye, puis ce livre sorti l'an passé sur la Côte d'Ivoire -Notin préparant en outre un livre sur l'opération Serval, au Mali. Pour ma part, je n'avais lu de cet auteur que la biographie du maréchal Leclerc, il y a fort longtemps d'ailleurs, à tel point que je m'en souviens à peine. Je reprends donc contact avec cet auteur à la faveur de cette lecture.

Le titre provient d'une fable africaine qui est censée résumer l'esprit de l'ouvrage (et qui semble, au passage, conforter une vision bien particulière de l'Afrique... victime d'une certaine fatalité). Un ouvrage qui veut "faire la lumière" sur l'explosion de cette "vitrine" qu'a été la Côte-d'Ivoire, modèle de l'Afrique francophone jusqu'en 1993 et la disparition de Félix Houphouët-Boigny. Le règne de Laurent Gbagbo a complètement détruit cette vitrine de façade, selon C. Notin.

En décembre 1999, le président Henri Konan Bédié est renversé par un coup d'Etat du général Guéï. A l'automne 2000, Laurent Gbagbo, opposant historique à Houphouët-Boigny, est élu président aux termes d'une campagne électorale des plus houleuses où il a joué du concept d'"ivoirité" pour exclure ses opposants, Bédié et Alassane Ouattara. Le général Guéï cherche à se maintenir au pouvoir, et Gbagbo n'est finalement élu que de manière contestée, par une fraction de la population. Le maniement de "l'ivoirité" est pour bonne partie responsable du déclenchement de l'insurrection, en septembre 2002, dans le nord du pays, plutôt musulman, alors que le sud est davantage chrétien (très grande approximation, pour simplifier...). Les populations du nord, notamment les Malinkés, se sentent exclues, de même que les nombreux travailleurs immigrés originaires des pays voisins et qui ont pu bénéficier jusqu'ici de la nationalité ivoirienne.

Pour Jean-Christophe Notin, la France a été prise de court, notamment parce que la DGSE et les autres services de renseignement se sont retrouvés face à une multiplication pléthorique des réseaux de renseignement qui a gravement nui à l'efficacité de la collecte (restes des réseaux Foccart, réseaux développés sous Mitterrand, anciens fonctionnaires ou militaires venus travailler à titre privé dans le pays, comme mercenaires ou autres, etc...). L'opération Licorne, déclenchée en septembre 2002 sous mandat de l'ONU, est d'abord pour protéger les ressortissants français, mais elle sert aussi de force d'interposition dans une guerre civile sur le point d'éclater.

Dispositif important (jusqu'à 4 000 hommes), Licorne doit, officiellement, ne pas prendre parti. Mais elle subit le harcèlement des partisans de Gbagbo : jeunes patriotes de Goudé, bombardement du marché d'Abobo au mortier, puis, enfin, bombardement de l'ancien lycée Descartes transformé en caserne, à Bouaké, le 6 novembre 2004. Deux Su-25 pilotés par des Biélorusses tuent 9 soldats français et en blessent 33. En représailles, la France détruit à coups de missiles antichars les appareils ivoiriens.

A partir de ce moment, les relations entre le pouvoir ivoirien et Paris ne cessent de de dégrader. Gbagbo ne consent à remettre son mandat en jeu qu'en 2010, croyant pouvoir l'emporter : mais son adversaire, Ouattara, autorisé cette fois-ci à participer à l'élection, l'emporte. Le résultat est reconnu par l'ONU et l'Union Africaine. Gbagbo refuse cependant de quitter le pouvoir et va jusqu'à l'épreuve de force qui aboutit à son éviction, le 11 avril 2011. La France y tient un grand rôle, notamment par l'intervention de ses forces spéciales et de l'ALAT. Les premières mènent des opérations spectaculaires, comme la reprise de l'ambassade du Japon investie par des mercenaires libériens à la solde de Gbagbo. La seconde détruit, à coups de missiles et de canons, des pièces antiaériennes soviétiques ou des blindés qui auraient pu menacer les forces au sol, à savoir les partisans de Ouattara.

En refermant le livre, on pourrait se dire qu'on a là une histoire fort honnête des relations franco-ivoirienne entre 1999 et 2013, comme annoncé sur la couverture. En réalité, l'ouvrage souffre de plusieurs problèmes importants. D'abord, la mise en contexte se fait a minima : l'histoire de la Côte-d'Ivoire depuis l'indépendance est expédiée en 15 à 20 pages à peine dans le premier chapitre, ce qui est tout de même peu pour comprendre les enjeux propres au pays, sans parler des relations franco-ivoiriennes. En outre, la structure du livre, prolongeant cette première remarque, est manifestement déséquilibrée : plus de la moitié du propos traite de la période 2010-2011, la période 1999-2010 obtenant peu ou prou la même place, même si l'intention de l'auteur est à l'évidence d'apporter davantage d'éclairage sur la chute de Laurent Gbagbo en avril 2011, et il est vrai qu'on lit des choses inédites, sur l'intervention française, en particulier. Mais ce constat est lié à un autre, qui constitue sans doute le principal reproche que l'on peut adresser à Jean-Christophe Notin : quelles sont ses sources ? La bibliographie mentionnée, qui tient en deux pages, mélange allègrement, dans une trentaine de titres, témoignages d'acteurs (quasiment tous français) et ouvrages de journalistes ou de spécialistes. Le fond du livre tient sans doute davantage, en fait, aux témoignages très officiels recueillis par l'auteur et qui sont cités juste après la bibliographie, et qui sont d'ailleurs, en réalité, aussi importants, en place, que celle-ci. Le défaut de la méthode, c'est que Jean-Christophe Notin se fait ainsi le relais d'une vision très "officielle", justement, de l'histoire des relations franco-ivoiriennes, vues du côté français. Il n'y a pour ainsi dire pas de contrepartie ivoirienne, ni, malheureusement, il faut bien le dire, de distance critique par rapport à l'action de la France (du moins des acteurs français, ce qui n'est pas forcément la même chose), le plus souvent -les témoignages sont fréquemment pris pour argent comptant, ne sont pas systématiquement recoupés, etc. Ce type d'ouvrage pose donc la question de la manière d'écrire sur des conflits très contemporains, à peine terminés, qui relèvent parfois de ce que l'on pourrait appeler une "histoire immédiate". Si je prends l'exemple de mon propre travail sur le conflit syrien, que j'espère prochainement transformer aussi en ouvrage, ce serait comme si je bâtissais mon livre en utilisant des témoignages recueillis auprès de Bachar el-Assad et des cadres politiques, militaires et administratifs du régime syrien, le tout mâtiné d'emprunts à quelques ouvrages généraux ou un peu plus spécialisés ayant trait à l'histoire de la Syrie ou au conflit encore en cours. Il est évident que cela ne peut être satisfaisant sur le plan de la méthode.




mardi 13 mai 2014

Pierrefonds pendant la Grande Guerre. Le quotidien du soldat en 1914-1918, Editions du Patrimoine, 2008, 64 p.

Lieu de villégiature depuis les romantiques, le petit village de Pierrefonds, dominé par son imposant château reconstruit par Viollet-le-Duc, voit son calme rompu en 1914, quand les Allemands occupent la localité, du 31 août au 12 septembre. Le château est désormais soumis à l'impératif militaire. Le témoignage le plus original réside sans doute dans les quelques 450 graffitis et dessins laissés par les soldats sur les murs de la place.

A l'arrivée des Allemands (deux régiments d'infanterie), les habitants les confondent avec des Britanniques, qui viennent juste de faire retraite. L'occupation, qui dure à peine deux semaines, est moins brutale qu'escomptée, ce dont témoigne le maire. Et ce en dépit d'exactions, ailleurs, tout à fait réelles. Le "Boche" est souvent représenté par les Français sous les traits d'un cochon avec le casque à pointe.

Au moment du repli après la bataille de la Marne, un combat imprévu a lieu à Pierrefonds entre un convoi de ravitaillement égaré du 115ème régiment d'infanterie et les Allemands en retraite. Un escadron de cavalerie commandé par le lieutenant de Gironde charge, non loin de Pierrefonds, un parc d'aviation allemand : il est quasiment anéanti.

Intégré dans la zone des armées, car proche du front, Pierrefonds, en raison de ses installations thermales, dispose de nombreux hôtels. Le lieu devient un centre de repos, de soins pour les blessés, et de transit pour les soldats montant en ligne. Après un court retour à la normale en 1917, les offensives allemandes du début 1918 entraînent des bombardements aériens et la fuite d'une grande partie de la population. Dès le mois de juin 1915, un terrain d'aviation s'installe à proximité du village, où une quarantaine d'escadrilles se succèdent jusqu'à la fin de la guerre. Le terrain est bombardé par les Gotha le 1er août 1918. Le prieuré et les thermes sont convertis en hôpitaux : 4 400 blessés arrivent rien qu'entre les 16 et 21 septembre 1914. Il y a parfois jusqu'à 3 500 militaires cantonnés dans le village, soit le double de la population. La cohabitation n'est pas toujours simple, mais s'effectue malgré tout.

Le maire, Gustave-Adolphe Clément-Bayard, transforme ses locaux de Levallois-Perret en usine d'armement et ne revient qu'en juin 1916. Rien de très important dans les délibérations municipales, jusqu'à l'évacuation officielle du 11 juin 1918. Les bombardements sur la localité s'étalent d'août à octobre 1918 et entraînent les destructions les plus importantes.

L'armée française avait songé à installer des troupes dans le château dès 1913. Les Allemands, en 1914, ne touchent quasiment pas l'édifice (deux portes extérieures défoncées). 50 régiments français vont y passer de 1914 à 1917. La troupe loge dans des tentes au milieu du parc du château, les officiers se réservant les maisons bourgeoises en ville. Le château est touché en août 1918, recevant notamment un obus de 220 mm. Les réparations sont évaluées, en 1920-21, à 300 000 francs, ce qui est important mais relativement modeste par rapport à d'autres châteaux quasiment détruits durant la guerre, comme celui de Coucy.

La bataille de Quennevières, du 6 au 16 juin 1915, se déroule non loin de Pierrefonds. Nivelle s'y distingue. Pierrefonds voit passer les soldats américains, accueille aussi des services administratifs d'une armée en guerre. Ceux-ci réquisitionnent les meilleurs logements, ce qui n'est pas sans conséquence pour les convalescents, permissionnaires et soldats en transit qui arrivent à Pierrefonds, relativement mal logés.

La vie ne reprend dans le village qu'en décembre 1918. Le ministre de l'Agriculture met à la disposition du village des batteries de tracteurs pour relancer l'activité. Si les visites continuent au château, l'activité thermale, elle, est abandonnée. Les travaux de reconstruction dans le village ne commencent vraiment qu'en 1927. Le monument aux morts est l'un des premiers à être inauguré dans l'Oise, le 23 mai 1920 (l'idée était présente depuis 1917). Comme beaucoup, il valorise à la fois l'ardeur patriotique et le traumatisme de la souffrance et de la mort dues à la guerre. Un deuxième monument est dédié à une infirmière militaire tué en août 1918.

Un petit fascicule qui résume ce qu'a pu être la vie dans un village français pendant la guerre, dans l'Oise, surtout connu pour son château, qui participe malgré lui au quotidien de la Grande Guerre. Le tout se complète d'extraits de journaux des habitants, d'un relevé des régiments qui ont laissé des graffitis et d'une bibliographie indicative.

Le Premier Rebelle (Allegheny Uprising) de William A. Seiter (1939)

1759. Deux colons américains prisonniers des Français, James Smith (John Wayne) et "le professeur" (John F. Hamilton), qui ont vécu en captivité parmi les Indiens, sont échangés contre des prisonniers français. Ils retrouvent leur ami MacDougall (Wilfrid Lawson). Libérés par la fin de la guerre contre la France, ils rentrent chez eux, dans une vallée du sud-ouest de la Pennsylvanie. Mais ils vont y retrouver une autre guerre. En effet, les Indiens attaquent les colons grâce à des armes vendues par des marchands blancs, avec l'accord tacite de l'Angleterre. Se sentant méprisés par la Couronne, les colons, réunis autour de Jim Smith, vont tenter de faire pression sur les Anglais pour interdire la vente d'armes aux Indiens...


Le Premier Rebelle, réalisé par la RKO, s'inspire du personnage de James Smith et de la révolte dite des "Black Boys". Smith est un colon de Pennsylvanie qui participe à l'expédition malheureuse de Braddock contre les Français, en 1755, au cours de laquelle il est capturé par les Indiens Delaware. Livré à Fort Duquesne, il est finalement adopté par une tribu Mohawk et apprend à apprécier les coutumes indiennes. Il s'évade pourtant près de Montréal en 1759, regagne la vallée de Conococheague en Pennsylvanie et s'y marie en 1763. Il continue ponctuellement à se battre aux côtés des Anglais, mais conduit aussi parallèlement le mouvement des "Black Boys" (baptisés ainsi parce qu'ils ne noircissaient le visage pendant les attaques) pour empêcher les marchands blancs de vendre des armes aux Indiens, qui sont ensuite utilisées contre les colons. En 1765, Smith capture et fait brûler un convoi de marchandises illégales (rhum et poudre), puis assiège Fort Loudoun, capturant assez de soldats britanniques pour les échanger contre les colons arrêtés pour avoir pris part à ces raids (ou pas). Les colons parviennent même à s'emparer de Fort Bedford. La révolte se termine alors et Smith part explorer le Kentucky en 1766. En 1776, il rejoint la milice de Pennsylvanie où il est nommé colonel. Il publie en 1799 un livre sur les usages guerriers des Indiens et meurt entre 1812 et 1814.




Le film n'a pas connu un grand succès à sa sortie, car il est contemporain du grand film de John Ford, Sur la piste des Mohawks, sur un thème similaire. Il est censuré par le ministère de l'Information britannique en raison de la mauvaise image qu'il donne des Britanniques, engagés depuis peu dans la Seconde Guerre mondiale contre l'Allemagne nazie. Claire Trevor est mise en haut de l'affiche car plus connue, à l'époque, que John Wayne (!), malgré le succès récent de La chevauchée fantastique. En France, il n'est disponible qu'à partir de la décennie 1980. Il faut dire que le sujet avait de quoi promettre, mais le scénario est quelque peu bâclé, d'autant que, époque oblige, "tout bon Indien est un Indien mort"... le jeu des acteurs est relativement poussif, Wayne ne semble pas très impliqué et Claire Trevor est obligée d'en rajouter beaucoup. Le thème sera heureusement repris plus tard dans d'autres productions, jusqu'au Dernier des Mohicans de Michael Mann.



lundi 12 mai 2014

Le convoi maudit (The Outriders) de Roy Rowland (1950)

1865, à la fin de la guerre de Sécession. Dans le camp de prisonniers de Benton, au Missouri, trois prisonniers confédérés, Will Owen (John McCrea), Jesse Wallace (Barry Sullivan) et Clint Priest (James Whitmore) profitent d'une sortie pour s'évader en tuant un garde nordiste. Poursuivis, ils finissent par être pris par une bande d'irréguliers sudistes liés au fameux Quantrill, dirigée par l'impitoyable Kelley (Jeff Corey). Celui-ci profite de la guerre pour tuer et piller, civils et militaires confondus. Les trois prisonniers sont forcés d'intégrer la bande et d'accomplir une première mission : escorter un convoi nordiste partant de Santa Fé, qui transporte secrètement de l'or pour l'Union, et qui se dirige vers Saint-Louis. Après avoir infiltré le convoi, les trois sudistes doivent emmener celui-ci à Cow Creek, où Kelley doit leur tendre une embuscade...

Le convoi maudit (The Outriders) est l'un des premiers westerns de la MGM : il ne révolutionne pas le genre, c'est juste un très honnête western, sans plus. Passé en effet la séquence initiale de l'évasion, le scénario est très classique. Même si au départ, on est un peu décontenancé par la violence du propos pour l'époque : l'acharnement du prisonnier sudiste que tue le garde nordiste pour s'évader, en particulier. Toute le reste de l'histoire tourne autour de l'escorte du convoi et de ses péripéties jusqu'à l'affrontement final, sur fond d'affrontement amoureux entre deux des prisonniers pour les yeux de la belle -le troisième, James Whitmore, faisant plus figuration qu'autre chose. Autre scène mémorable : celle du passage de la rivière en crue, qui a quelque chose de quasi documentaire. La scène de la danse improvisée dans le convoi est un moment rare dans le genre du western, où McCrea (peut-être héros un peu trop terne, d'ailleurs) se permet de changer les chaussures sales de la belle (!). On regrette peut-être quelques-uns des acteurs, comme Whitmore, ne soient pas mieux employés : Arlene Dahl et surtout Claude Jarman Jr. C'est le film le plus connu de Rowland, et son premier western, tourné essentiellement dans l'Utah, avec aussi quelques belles scènes en studio dont celle de l'orage. A voir, peut-être pas à conserver.






vendredi 9 mai 2014

Café Stratégique n°35 : Syrie : chronique d'un soulèvement détourné

C'est un avec un grand plaisir que je vous annonce ma participation au prochain café stratégique de l'Alliance Géostratégique, le mardi 20 mai prochain à 19h, au café concorde, en tant qu'invité.

J'interviens aux côts de Joseph Bahout, enseignant et chercheur à Sciences-Po Paris, pour évoquer le conflit syrien. De mon côté, je m'attacherai en particulier à dresser le portrait de l'insurrection syrienne, en insistant sur la dimension militaire et en collant au plus près possible de la situation la plus récente -dans la poursuite de mon travail sur le sujet depuis le mois de septembre dernier.

Pour mémoire, vous pouvez trouver la liste de mes travaux, interviews radios et autres "rebonds" sur la toile sur cette page. Merci à vous si vous avez l'occasion de venir !

jeudi 8 mai 2014

Sur Medi 1 Radio : deuxième intervention pour l'invité du matin

Pour la deuxième fois depuis quelques mois, Pierre Boussel, qui tient une émission sur la radio Medi1radio basée à Tanger au Maroc, m'a posé un peu plus longuement que de coutume des questions sur le conflit syrien, à l'occasion de l'accord négocié entre les rebelles et le régime pour l'évacuation du dernier carré tenu par les insurgés dans la ville de Homs. L'occasion de faire un peu le point sur le conflit.

Vous pouvez écouter l'intervention ici.

mercredi 7 mai 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 10/Belgians


More on foreign fighters in Syria here.


Belgium has a long-standing dual relationship with its Maghreb or Turkish immigrants. In the 1960's, the Moroccan and Turkish immigration was encouraged in order to provide cheap labor for the coal and steel industry, which allowed Belgium to take its place in European construction. The decline of heavy industry has not led to the departure of these immigrants Today, some people of the third and fourth generations are on the margins of Belgian society. Part of the immigrant youth of Moroccan origin rocker in crime since 1980's-1990's. .

mardi 6 mai 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 9/Central Asia

The number of Central Asia foreign fighters climbed in 2013, and those who return may boost the destabilization of regimes after their Syrian experience1. In March 2013, Jaysh al-Muhajirin wal-Ansar, dominated by Chechens and North Caucasians, have already announced the presence of Central Asia fighters into its ranks. Two months later, a Tajik newspaper confirms that the citizens of this country have gone through training camps in Syria. In June, this is a website that confirms that Uzbek Tajiks gained Syria and recruiters also would draw on seasonal workers who leave Russia. A year earlier, in 2012, a report in The Guardian mentioned a Turkish smuggler working with jhadists, who claimed to see many Uzbeks cross the northern border of Syria.


Le butin de Lattaquié. L'offensive rebelle al-Anfal

Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique.


Mise à jour 1-mardi 6 mai 2014 : ajouts mineurs après parution d'un nouvel article sur le sujet. Pour le déroulement des combats, j'attends de plus amples analyses.
 

La récente offensive rebelle dans le nord de la province de Lattaquié répond à celles du régime dans la montagne du Qalamoun, au nord de Damas, menée par le Hezbollah depuis novembre 2013, et à l'est d'Alep, dans le but d'isoler les rebelles présents au sud et à l'est de la ville. Il s'agit, comme cela s'est souvent produit par le passé, de détourner les autres forces du régime de ces opérations et d'autres secteurs1.


Une offensive symbolique en passe de se transformer en guerre d'usure ?


L'opération Muarakat al-Anfal (du titre d'une sourate du Coran) débute le 21 mars 2014 dans le nord de la province de Lattaquié. Deux jours plus tard, les insurgés s'emparent du dernier point de passage à la frontière turque contrôlé par le régime : Kassab, puis de la ville du même nom, une des dernières localités syriennes habitées par des Arméniens. Le régime répond d'abord en détournant son aviation d'autres secteurs et en pilonnant Kassab et al-Sakhra, non loin du passage frontalier. C'est lors de cet appui aérien qu'un MiG-23 syrien viole délibéremment l'espace aérien turc avant d'être abattu par un chasseur F-16 d'Ankara, le 23 mars2 ; l'appareil s'écrase en territoire syrien, le pilote étant sauf. Durant les deux premières semaines de l'offensive, les insurgés progressent, s'emparent de la Tour 45, une éminence qui domine le secteur du passage frontalier, des villages de Qastal Maa'f, Nabain, et percent même jusqu'à la côte méditerranéenne le 25 mars, à al-Samra, une première dans le conflit depuis 2011. Le régime syrien accuse rapidement la Turquie d'avoir soutenu l'offensive rebelle, et les insurgés d'avoir lancé l'attaque à partir du territoire turc. En réalité, ceux-ci semblent plutôt avoir utilisé une route insuffisamment surveillée par les Forces Nationales de Défense, le long de la frontière, pour s'emparer du point de passage frontalier, avant de se rabattre vers l'ouest et de filer en direction de la côte, emportant la ville de Kassab dans la foulée (qui n'est pas située au même endroit que le point de passage frontalier). Depuis, le régime syrien a tiré des roquettes sur le territoire turc ; la Turquie a répliqué par des salves d'artillerie.