lundi 31 mars 2014

Tom COOPER, Great Lakes Holocaust. The First Congo War, 1996-1997, Africa@War Volume 13, Helion & Company Limited, 2013, 64 p.

On ne présente plus Tom Cooper, originaire d'Autriche, spécialiste de l'aviation et des combats aériens post-1945, en particulier ceux des pays africains et arabes. Il a écrit 14 livres et plus de 200 articles sur ces sujets. Ce volume est sa première contribution à la collection Africa@War de Helion, de petits fasicules de 64 pages, abondamment illustrés avec photos et profils couleur, mais comprenant un texte fourni : une sorte d'Osprey "amélioré", en somme.

Comme il le rappelle en introduction, la première guerre du Congo (1996-1997), qui voit la chute du dictateur zaïrois Mobutu, est une des conséquences du génocide rwandais de 1994 -et en même temps, elle a aussi été éclipsée par celui-ci. Après une présentation géographique du pays, Tom Cooper revient sur l'histoire du Congo depuis l'indépendance, avec la prise du pouvoir par Mobutu et les nombreuses rébellions auxquelles celui-ci a dû faire face, en particulier dans l'est du pays. La transition démocratique entamée à partir de 1990 jette le pays dans le chaos : une première intervention, franco-belge a lieu en septembre 1991 et jusqu'en février 1992, pour évacuer les ressortissants étrangers. Parallèlement, Museveni a pris le pouvoir en Ouganda, en 1986, avec une force militaire composée pour bonne partie de Tutsis rwandais exilés après la prise du pouvoir par les Hutus. Ces Tutsis, à l'origine du Front Patriotique Rwandais, commencent à lancer des attaques sur le Rwanda en octobre 1990. Le FPR est bloqué par les Forces Armées Rwandaises hutues qui bénéficient du soutien du Zaïre et de la France. L'assassinat du président rwandais Habyarimana, le 6 avril 1994, probablement par des "durs" du régime favorables à un "hutu power" encore plus exclusif, lance la mécanique du génocide contre les Tutsis et les Hutus modérés. L'opération Turquoise, déclenchée ensuite par la France, permet aux génocidaires hutus de se réfugier surtout au Zaïre, mais aussi au Burundi. Le FPR, qui s'installe au pouvoir en juillet 1994 à Kigali, mène aussi sa propre répression. Les Hutus des camps de réfugiés de l'est zaïrois sont encadrés par les génocidaires qui profitent de la faiblesse de l'Etat pour se venger sur les populations locales d'origine rwandaise.

dimanche 30 mars 2014

Quelques ajouts aux listes de blogs (enfin...)

Il y a longtemps que je n'ai pas fait une petite mise à jour de mes listes de blogs (qui d'ailleurs devraient être réorganisées...), faute de temps ou de prendre le temps. C'est chose faite pour une fois aujourd'hui. J'ai éliminé des liens qui ne fonctionnaient plus, qui n'étaient plus mis à jour ou qui étaient trop tendancieux, et je rajoute donc quelques nouveaux titres :

- un carnet de recherches d'hypotheses.org, Sociologies Militaires.

- un blog anglophone, Christos military and intelligence corner, qui s'intéresse à l'histoire militaire et en particulier à la dimension renseignement.


- Stratpolitix, le blog d'un chercheur en relations internationales consacré à la politique étrangère américaine.

- un autre carnet de recherches, Paprika, consacré à la recherche sur le communisme, en France et à l'international.

- encore un autre carnet sur hypotheses.org, celui de l'Historial, sur la Grande Guerre.

- les cahiers du Nem, qui s'intéressent en particulier au Viêtnam.

- Froggy Bottom, le blog de Maya Kandel, que l'on a déjà vue intervenir sur La voie de l'épée, et qui s'intéresse à la politique étrangère américaine.

- Afrique Décryptages, le blog du programme Afrique Subsaharienne de l'IFRI.

- le blog de Michel Deniau, étudiant en histoire, est devenu L'histoire est un combat. Nouveau lien donc.

- le blog du magazine Histoire et Images Médiévales, où l'on trouve de bons articles complémentaires au produit papier.

samedi 29 mars 2014

« Et combattez-les jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus d'association, et que la religion soit entièrement à Allah. ». Un portrait des combattants étrangers de l'insurrection en Syrie.

« Et combattez-les jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus d'association, et que la religion soit entièrement à Allah. »1. Un portrait des combattants étrangers de l'insurrection en Syrie.


Article publié simultanément sur l'Alliance Géostratégique.


Mise à jour 16-samedi 29 mars 2014 : rajout d'un tableau sur les volontaires européens, beaucoup d'ajouts dans les différents contingents ; à suivre prochainement, d'autres exemples (Norvégiens, Américains, etc).


Mise à jour 15 samedi 22 février 2014 : des précisions sur les Jordaniens, les Britanniques, les Belges.

Mise à jour 14 dimanche 9 février 2014 : précisions sur les Azéris, Tchétchènes.

Mise à jour 13 mercredi 5 février 2014 : les Indonésiens.


Mise à jour 12 jeudi 30 janvier 2014 : précisions importantes sur les Belges et les Azéris, grâce à de nouveaux articles.


Mise à jour 11 samedi 25 janvier 2014 : ajout des Danois et des Azéris, précisions sur les Espagnols, les Néerlandais, et d'autres, ajouts d'images supplémentaires.

Mise à jour 10 samedi 18 janvier 2014 : republication totale du billet avec les notes de bas de page, des rajouts sur quelques contingents + les Saoudiens et les Canadiens en plus.

Mise à jour 9 lundi 13 janvier 2014 : les Tunisiens, à suivre avec d'autres compléments prochainement.


Mise à jour 8 _ vendredi 10 janvier 2014 : un long développement sur les Egyptiens.

Mise à jour 7 mardi 7 janvier 2014 : des précisions sur les Marocains d'Harakat al-Sham et sur les Espagnols.


Mise à jour 6 dimanche 5 janvier 2014 : rajout de l'exemple espagnol, des précisions sur les Marocains de Harakat al-Sham.


Mise à jour 5 jeudi 2 janvier 2014 : les volontaires turcs et belges ; précisions sur les Britanniques et les groupes composés d'étrangers.


Mise à jour 4 vendredi 28 décembre : des précisions sur les volontaires nord-caucasiens.


Mise à jour 3 vendredi 27 décembre : les volontaires d'Asie Centrale, quelques précisions sur les groupes composés de volontaires étrangers.


Mise à jour 2 samedi 21 décembre 2013 : des précisions sur les pertes subies par les volontaires étrangers.


Mise à jour 1 vendredi 20 décembre 2013 : précisions sur les volontaires jordaniens + exemple allemand rajouté. 




La guerre en Syrie a entraîné l'intervention de milliers de combattants étrangers qui sont venus soutenir les insurgés luttant contre Bachar el-Assad. L'attention des Occidentaux se focalise, bien sûr, sur ceux qui viennent combattre auprès des groupes liés à al-Qaïda, et qui pourraient éventuellement constituer une menace dans ces pays, mais c'est aussi oublier que l'intervention étrangère est sans doute bien plus considérable en faveur de Bachar el-Assad1. Cet article se propose d'esquisser un portrait d'ensemble du phénomène des combattants étrangers qui sont venus se battre en Syrie du côté de l'insurrection, de façon à démonter quelques idées reçues et à fournir des exemples circonstanciés qui aident à mieux saisir la réalité du phénomène, à partir de sources fiables.

vendredi 28 mars 2014

Peter TREMAYNE, Absolution par le meurtre, Grands Détective 3630, Paris, 10/18, 2004, 287 p.

664 ap. J.-C. . Le haut-clergé d'Angleterre et d'Irlande est réuni dans l'abbaye de Streoneshalh pour savoir si les royaumes angles et saxons d'Angleterre doivent adopter le rituel romain ou irlandais de l'Eglise. Dans un climat d'échanges et de relations très tendues, l'abbesse irlandaise Etain de Kildare est retrouvée morte dans sa cellule, la gorge tranchée. Fidelma, une amie d'Etain qui s'est retrouvée par hasard au concile, va se charger de l'enquête : elle est avocate de la cour royale d'Irlande. Pour des questions politiques, elle doit mener son enquête avec un Saxon partisan de la règle romaine, mais instruit en Irlande : Eadulf  Seaxmund's Ham. C'est le début d'une longue collaboration pour résoudre un meurtre qui pourrait bien déclencher une guerre...


Peter Berresford Ellis, né en 1943 à Coventry, est un romancier. Il a publié plus de 90 livres, dont la série des Soeur Fidelma. Il est devenu écrivain à plein temps en 1975. Le premier tome, Absolution By Murder, date de 1994 ; depuis, la série s'est poursuivie jusqu'à compter aujourd'hui 25 ouvrages. En 2001, une International Sister Fidelma Society a été créée à Charleston, en Caroline du Sud, qui édite son propre journal. Un ouvrage avec de multiples contributions de spécialistes a été dédiée à la série de Peter Berresford Ellis en 2012.

Les enquêtes de Fidelma et d'Eadulf se déroulent essentiellement dans l'Irlande de la fin du VIIème siècle (années 660-670 ap. J.-C.) bien que certains tomes se déroulent aussi en dehors de l'Irlande ou des îles britanniques. Dès ce premier tome, le romancier met en oeuvre les clés qui réapparaissent dans quasiment tous les volumes, avec plus ou moins d'efficacité, la série s'essoufflant parfois sur certains tomes -c'est pourquoi j'ai repris au début, pour bien différencier chaque histoire. La clé de lecture principale est le choc entre la culture irlandaise de Fidelma et les sociétés ou mondes qu'elles rencontrent au fur et à mesure de ses enquêtes. Entre autres thèmes développés : le mode de gouvernement (et notamment le mode de désignation du souverain), le système juridique, l'esclavage et le rôle des femmes. D'autres clés de lecture se rajoutent au fur et à mesure des tomes, notamment les problèmes internes à l'Irlande du VIIème siècle (conflits entre le haut-roi et les souverains locaux ; conflits entre régions ou clans ; conflits sociaux) et les querelles religieuses (Eglise de Rome contre Eglise d'Irlande ; christianisme contre fond païen ; utilisation des lois irlandaises ou d'une loi inspirée des Ecritures ; célibat du clergé ; superstition et astrologie).

Le succès de la série, et du premier tome, est que Peter Tremayne sait marier avec habileté l'enquête policière, la consistance des personnages et un arrière-plan historique tout à fait original, dans le genre, et fascinant -avec une touche empruntée au Nom de la Rose ou bien encore à Frère Cadfaël, dont Fidelma peut être considérée, en quelque sorte, comme le pendant féminin. Le premier tome par contre est desservi par l'absence de carte et de quelques précisions historiques (minces ici), qui seront plus développées dans certains tomes suivants. Au fur et à mesure de la série toutefois, Peter Tremayne aura parfois tendance à plus se concentrer sur l'arrière-plan historique que sur le côté policier, ce qui peut décevoir certains lecteurs. C'est en fait très variable selon les tomes ; il y a parfois une enquête bien construite, parfois beaucoup moins, on devine facilement. Une série intéressante, tout de même. 




mercredi 26 mars 2014

2ème Guerre Mondiale n°53 (mars-avril 2014)

Retour sur le n°53 de 2ème Guerre Mondiale, où j'ai largement contribué, encore une fois. Il est étonnant de voir combien certain collègue blogueur se sent offusqué par une couverture certes très "Panzerporn" pour ce numéro (ce n'est pas comme si je n'avais pas prévenu à l'avance, en plus...), mais reste de marbre devant des couvertures du même genre d'autres magazines, que manifestement il apprécie davantage -et en connaissance de cause de mon travail, en plus. Quant à l'article sur Mtentsk, je m'excuse pour l'absence d'échelle sur la carte, je suis impardonnable, vraiment, détail fondamental.

- vous trouverez en plus des articles et du dossier que j'ai fournis la fiche de lecture résumée de l'ouvrage de B. Rondeau, Afrikakorps. L'armée de Rommel, p.4 ; la fiche intégrale peut être lue ici.

- le même B. Rondeau signe le premier article sur les généraux "limogés" durant le conflit. J'avoue ne pas avoir appris grand chose car je connaissais déjà quasiment toutes les situations évoquées. Le découpage thématique est intéressant (pourquoi les généraux ont été limogés, pourquoi certains ne l'ont pas été, etc). Cependant, j'ai eu l'occasion d'en discuter avec l'auteur et je me demande si un focus sur une nation (comme les Allemands par exemple) n'aurait pas permis d'aller plus loin dans l'analyse, en présentant des études de cas fouillées, et en fournissant une biblio indicative, B. Rondeau faisant appel ici à des souvenirs tirés d'ouvrages qu'on devine mais qui ne sont pas cités. Un certain ami blogueur, là encore, déplore le manque d'analyse, mais le fait beaucoup moins quand il s'agit d'autres magazines où le problème se pose pour nombre d'articles, étonnant (ou pas), à croire qu'il est aveugle...

- Jean-Baptiste Murez, qui tient L'antre du stratège, intervient pour la première fois dans la chronique Ecrire l'histoire pour parler de la reconstitution. Pour ma part, je reste très circonspect sur la question "Peut-on tout reconstituer". Je considère évidemment comme particulièrement déplacé de monter un groupe Waffen-SS, mais même sur la Wehrmacht, il me semble, comme le dit l'auteur d'ailleurs plus loin, que le monde des reconstituteurs est beaucoup trop hétéroclite pour les laisser faire à leur guise, y compris sur la Wehrmacht, qui pose des problèmes identiques, à mon sens, à la Waffen-SS. Tout ça doit être à mon avis très encadré par les autorités compétentes. Je suis plus convaincu par la surreprésentation de certains types de soldats (on retrouve quelque chose d'analogue au problème commercial dans les magazines spécialisés...), comme les paras américains depuis Band of Brothers, qui est effectivement est peut-être regrettable, car on néglige d'autres armées intéressantes. Bref, un essai d'opinion, qui certes peut passer pour certain pour "conversation de café de comptoir", mais pas plus que certaines autres rubriques comparables d'autres magazines... ferions-nous l'objet d'un traitement préférentiel de ce collègue blogueur ?

- Benoît Rondeau signe le deuxième volet Ecrire l'histoire, en traitant de l'image du soldat chez le grand public. Là encore, pour en avoir parlé avec lui, je me demande, vu la place très restreinte disponible dans cette chronique, s'il n 'aurait pas eu intérêt à focaliser sur un exemple précis (Allemand, Soviétique, Italien, etc) de façon à être un peu plus disert et à pouvoir citer quelques références.

- Franck Ségretain évoque dans un nouvel article de sa longue série la terreur allemande en France après le débarquement. Les mesures répressives plus sévères datent en fait de l'automne 1943, mais elles s'accélèrent après le débarquement en Normandie. Les résistants deviennent de simples criminels, et ce ne sont plus seulement des troupes d'occupation qui interviennent dans la répression mais des unités engagées en première ligne, comme les Panzerdivisionen, de la Heer ou de la Waffen-SS. Si le parcours sanglant de la Das Reich est bien connu, la 9. Panzerdivision, par exemple, se signale par plusieurs massacres, de même que la 3. Panzergrenadier Division, et également la 17. SS Panzergrenadier Division et la SS Panzergrenadier Brigade 51. Ces massacres démontrent que l'idéologie a débordé bien loin des seuls Waffen-SS, que des pratiques établies sur le front de l'est sont appliquées en France par les unités qui en arrivent, et que les unités qui participent à la lutte anti-partisans sont sont plus enclines à commettre des massacres ; de même, la situation militaire accélère le processus. La répression légale allemande disparaît d'ailleurs complètement, les déportations, elles, continuent. L'été 1944 constitue un apogée de ces violences. Comme toujours, un article bien construit et sourcé.

- la fiche uniforme porte sur un Grenadier de l'Ost Legion, avec les Arméniens du Grenadier Regiment 917 de la 242. Infanterie Division.

mardi 25 mars 2014

Francis WINIS et Frédéric ZUMBIEHL, Buck Danny, tome 53 : Cobra Noir, Dupuis, 2013, 56 p.

De nos jours. A la frontière entre le Turkménistan et le Basran, un F-22 Raptor du 1st Fighter Wing américain est abattu. Le Pentagone soupçonne fortement le Basran d'avoir reçu des missiles sol-air lourds russes de dernière génération. Pour évaluer discrètement les capacités anti-aériennes du Basran, il décide de faire appel à Buck Danny et à ses deux équipiers, Tumbler et Tucson. Basé désormais sur le porte-avions USS Ronald Reagan, ceux-ci mettent au point l'opération "Cobra Noir", qui tire son nom de l'emploi de Su-27 Flanker, dont certains empruntés aux Israëliens, afin de brouiller au maximum les pistes...


J'avoue que j'attendais non sans curiosité le changement de scénariste et de dessinateur de Buck Danny. J'aimais assez les idées et la patte dessin de F. Bergèse, qui avait signé les derniers albums en solo, du 46 au 52. Cependant, à partir du numéro 50, les scénarios avaient connu, de mon point de vue, un certain fléchissement, le n°52 en particulier n'étant pas très original. Il aura fallu attendre cinq ans après la sortie du dernier album pour qu'un duo d'auteurs prenne finalement la suite de Bergèse, qui avait jeté l'éponge.




Je suis à la fois satisfait et un peu déçu. Satisfait car le scénario est plus élaboré, même si les auteurs ont camouflé l'Iran, dont on reconnaît la carte p.5, en Basran (c'est un peu ridicule, il faut bien le dire). Le scénario est aussi plein de rebondissements. En outre, faire piloter des Flankers à Buck et ses amis redonne un goût de l'album des "Agresseurs" (n°44). Enfin, et contrairement peut-être à de trop nombreux albums de Buck Danny, la mission secrète ne s'effectue pas "les doigts dans le nez" et les Américains se heurtent à forte partie, subissant des pertes conséquentes. Sur ces plans-là, indubitablement, il y a du mieux, par rapport aux derniers scénarios de Bergèse. C'est évidemment très fortement inspiré de l'actualité, et pas toujours en bien, mais quand même. La ligne est respectée.

En revanche, on ne peut que constater que le dessin de Winis est inférieur à celui de Bergèse, c'est un fait. Le dessinateur va devoir travailler pour rattraper le "standard" des derniers albums. Surtout, le scénariste F. Zumbiehl, ancien pilote de combat, que j'avais déjà vu oeuvrer sur Unité Félin, ne fait pas dans la dentelle en ce qui concerne la vision de l'adversaire, on ne peut plus stéréotypé, sans parler des quelques invraisemblances du scénario (le personnage du capitaine Abramson, etc) -on retrouvait déjà un peu les mêmes défauts dans Unité Félin -une BD financée par l'industrie de la défense française, et cela se voyait un peu trop, avec un ton très cocorico qui s'applique ici, par variation, aux Américains et à leurs alliés. Certains puristes ont remarqué que le dessinateur semblait confondre la version biplace du Su-27 et le nouveau Su-34 d'attaque...



Au final, les deux auteurs, qui n'avaient pas la tâche facile (reprendre Buck Danny, une institution du genre, ce n'est quand même pas rien) s'en sortent assez bien : le scénario s'inspire de la ligne tout en sachant redonner un peu de souffle à la série, le dessin pèche surtout en réalité sur les personnages et quelques autres détails. Il faut noter cependant que Winis s'attèle à représenter de nombreux appareils soviétiques qui interviennent dans l'album (MiG-21, 23, 29 plus les Flanker), et en soi, c'est un plus. Mais il est vrai que le retour à un dessin qui rappelle les premiers albums n'est pas des plus heureux (et pourtant je n'ai pas lu tous les Buck Danny, je suis loin d'être un puriste). Cependant, attendons de voir l'évolution sur le prochain album, d'ores et déjà en train, et qui devrait voir le retour de Lady X -on retrouve Slim Holden dans ce volume, on ne va pas bouder son plaisir... ce n'est probablement pas le meilleur volume des aventures de Buck Danny mais on ne peut contester qu'il marque un retour apprécié par rapport aux derniers tomes de Bergèse.



lundi 24 mars 2014

Pierre BOULLE, Le pont de la rivière Kwaï, Paris, Julliard, 1958, 248 p.

1943. Les Japonais se servent de leurs prisonniers de guerre pour construire une imposante voie ferrée, en pleine jungle, qui doit relier la Thaïlande à la Birmanie, dans la sphère de co-prospérité nipponne. Le colonel Nicholson, qui commande une unité britannique faite prisonnière par le Mikado, pour maintenir le moral de ses hommes et répondre à une conception toute particulière du devoir, refuse d'abord de se plier aux injonctions des Japonais, commandés par le colonel Saïto. Puis, triomphant de l'opiniâtreté de ses geôliers, il décide de les défier en prenant à sa charge, avec ses officiers, la construction d'un pont difficile sur la rivière Kwaï. Ce qu'il ne sait pas, c'est que le commandant Shears, le capitaine Warden et Joyce, de la Force 316, unité spéciale basée à Calcutta, a justement choisi d'entraver la construction de la ligne en s'attaquant au pont sur la rivière Kwaï...

Si on connaît le film Le Pont de la Rivière Kwaï et l'air fréquemment associé avec, on sait moins que le roman qui a inspiré le film est l'oeuvre d'un Français, Pierre Boulle, qui a été agent de la France Libre dans le sud-est asiatique, dès 1941. Capturé par les militaires français fidèles à Vichy en 1942, en Indochine, il s'évade en 1944 et rejoint la Force Spéciale 136 du SOE à Calcutta. Décoré, il signe Le Pont de la Rivière Kwaï en 1952 et, en 1963, La planète des singes, lui aussi destiné à être adapté au cinéma. Boulle a été l'un des auteurs français les plus populaires aux Etats-Unis.




Le roman s'inspire de la construction, tout à fait authentique, du "chemin de fer de la mort", de 415, entre Bangkok et Rangoon, en 1943, pour appuyer la campagne japonaise en Birmanie. Plus de 180 000 civils asiatiques et 60 000 prisonniers de guerre sont mis à contribution : respectivement, 90 000 et plus de 12 000 y laissent la vie. Pour la figure du colonel Nicholson, Boulle s'inspire largement de ses contacts malheureux avec des officiers français en Indochine, après avoir choisi de mettre en scène les Britanniques. Nicholson symbolise en quelque sorte, d'une manière satirique, un sens du devoir dévoyé, où la fierté contribue aux plans de l'adversaire. Les romans de Pierre Boule sont marqués par son expérience personnelle en Asie du Sud-Est, avec des héros souvent face à des choix impossibles, voire absurdes, et qui font l'épreuve de la relativité du bien et du mal.

Le roman est adapté au cinéma par David Lean, en 1957, avec Alec Guinness dans le rôle de Nicholson. Le film diffère assez nettement du roman, notamment en ce qui concerne le personnage de Shears, interprété par William Holden. Bien accueilli par la critique, le film remporte 7 Oscars dont celui du meilleur film et assure la carrière internationale de D. Lean. Comme le roman toute fois, que Boulle ne présentait pas comme inspiré directement de l'histoire, le film comporte probablement de nombreuses erreurs par rapport à la réalité, et en particulier sur le traitement des prisonniers par les Japonais -beaucoup plus dur que ne le montrent, finalement, le roman ou le film.



dimanche 23 mars 2014

Rostislav ALIEV, The Siege of Brest 1941. A Legend of Red Army Resistance on the Eastern Front, Pen & Sword Military, 2013, 219 p.

Le siège de Brest-Litovsk, forteresse occupée par l'Armée Rouge après l'invasion de la Pologne en 1939, aux premiers jours de l'opération Barbarossa, fait partie de la légende de la Grande Guerre Patriotique côté soviétique. Une légende qui a mis un certain temps à se construire après la guerre, et qui est aujourd'hui battue en brèche par cet ouvrage. L'épisode a même eu droit à son film en 2010, russo-biélorusse, Battle or honor. La bataille de Brest-Litovsk, d'Alexander Kott. Rostislav Aliev, journaliste formé à l'université en histoire, a publié en 2008, en russe, ce livre basé en particulier sur des recherches intensives du côté allemand ; Stuart Britton, traducteur quasi attitré de Pen and Sword Military pour le front de l'est, livre ici la version anglaise, cinq ans plus tard. J'avais moi-même utilisé le travail en russe de R. Aliev pour mon hors-série du magazine 2ème Guerre Mondiale consacré à l'opération Barbarossa.

Aliev a bâti son ouvrage sur une étude des archives russes et allemandes, sur des collections de témoignages dans les deux camps et surtout sur les documents de la 45. I.D., la principale unité allemande engagée à Brest-Litvosk, relatifs à la bataille. L'Armée Rouge elle-même ne prend conscience de la résistance de la forteresse qu'au printemps 1942, lorsqu'elle capture des documents sur la 45. I.D. pendant la contre-offensive d'hiver. L'épisode est monté en épingle par la propagande soviétique en juin 1942, avant de retomber quelque peu dans l'oubli. C'est le travail du journaliste S. Smirnov qui sort la défense de la forteresse de Brest des limbes de l'histoire en 1957, fournissant une version soviétique et "officielle" de la bataille. Aliev se propose quant à lui de faire une comparaison équilibrée entre points de vue allemand et soviétique, qui manque, de son point de vue, en majorité, dans les travaux occidentaux.

samedi 22 mars 2014

A propos de la guerre en Syrie : sur Medi1 Radio

Depuis septembre dernier, il m'arrive d'être interrogé par Pierre Boussel, journaliste et écrivain français, qui travaille depuis 1999 au Maroc pour Radio Méditerranée Internationale, une station de radio bilingue (arabe/français) qui diffuse dans l'ensemble du bassin méditerranéen, notamment au Maghreb.

D'ordinaire je n'interviens que pour de courtes séquences à destinations des flashs d'information, mais il y a deux jours, j'ai pu parler un peu plus longuement à l'occasion du raid israëlien en réplique à l'attaque de paras sur le plateau du Golan. Vous pouvez réécouter cette intervention ici.

Dernière précision : on m'a affublé le qualificatif "d'historien du Proche-Orient" sur cette page, ce n'est évidemment pas le cas, je souligne. Bien que j'opère effectivement selon la "méthode historienne", le plus rigoureusement possible, je ne suis pas encore, évidemment, un "historien" au sens universitaire du terme. Je tenais à le préciser pour éviter toute méprise.

jeudi 20 mars 2014

Thomas FLICHY (dir.), Opération Serval au Mali. L'intervention française décryptée, Paris, Lavauzelle, 2013, 124 p.

L'opération Serval, déclenchée par l'armée française au Mali en janvier 2013, a entraîné un certain "boom" éditorial avec la parution, parfois rapidement après le début des opérations, d'ouvrages consacrés à la situation au Mali ou aux dessous de l'intervention de la France (une dizaine de titres jusqu'à ce jour, au moins). J'avais déjà commenté récemment l'ouvrage paru sous la direction de M. Galy, certes pas parfait, mais qui fournissait un tableau assez complet, paru en juin 2013. Ce livre-ci est même sorti encore plus tôt, en mars : il est l'oeuvre d'un collectif d'auteurs, sous la direction de T. Flichy. Le format est court, avec un peu plus de 100 pages de texte.

L'introduction, qui commence curieusement comme une sorte de roman (en gros : bienvenue les Français, nous vous attendions !), souligne que l'intervention française répond à des motifs stratégiques, à savoir maintenir et accroître sa position dans une région où l'on trouve du pétrole et de l'uranium. Les auteurs se félicitent de l'intervention d'une armée française au matériel vieillissant et au budget réduit (mais qui arrive à point nommé, même si ce n'est pas discuté ici, alors qu'on discute budget de la défense en France...). On se demande d'entrée si le livre se limitera strictement à une approche militaire, contrairement à l'ouvrage susmentionné. Et grosso modo, c'est bien le cas, malheureusement pas forcément dans le meilleur sens du terme.

Le tableau historique du Sahel postule notamment que la colonisation a fait du sud le point fort face à un nord privé de son pouvoir traditionnel. Si l'image traditionnelle du Touareg est bien abordée, le chapitre ne montre pas que cette image disparaît temporairement durant la conquête coloniale, particulièrement dure, pour réapparaître seulement ensuite. En revanche, il est bien souligné que la conquête de ce territoire a surtout reposé sur l'action de militaires avides de gloire ; un territoire pauvre, sous-administré plus que colonisé, et destiné à fournir des hommes et des ressources à la métropole, dans la mesure de ses (faibles) moyens.

Si le deuxième chapitre montre que le Mali possède certes de l'or, un potentiel qui reste à trouver en pétrole et en uranium, il n'insiste peut-être pas assez sur la proximité du Niger, qui explique aussi, en partie, l'intervention française, en raison de ses mines d'uranium et de la présence d'Areva. La partie consacrée à la "zone grise" des trafics ne parle pas de l'implication plus que probable de pans entiers de l'Etat malien et même de l'armée, et manque un peu de précision et de profondeur. On est plus convaincu en revanche par la présentation de l'attitude américaine, plus que prudente, et qui consiste à favoriser une approche indirecte. Les enjeux stratégiques expliquent effectivement l'implication de la France, comme le rappellent les auteurs.

Pour ceux-ci, la situation malienne résulte directement du résultat de la guerre déclenchée en Libye. Le berceau de la rébellion, c'est Kidal. Le chapitre insiste aussi sur la figure d'Iyad Ag Ghaly, effectivement importante dans la troisième rébellion touarègue. Mais paradoxalement, s'il met bien en lumière le rôle de Kadhafi, le livre est beaucoup plus discret sur le rôle de l'Algérie, qui a aussi manipulé à son profit -et souvent contre la Libye- les rébellions touarègues. Le conflit actuel s'inscrit aussi dans l'opposition entre un islam traditionnel, confrérique ou soufique, et un islam plus fondamentaliste importé de la péninsule arabique. La justification de l'intervention française par le droit, en particulier à l'ONU, semble quelque peu limitée (et prend sans doute une trop grand place dans ce court ouvrage), d'autant que comme le rappellent les auteurs, la définition du terrorisme dans cette  dernière organisation laisse à désirer. L'opération Serval vise avant tout à bloquer la progression d'Ansar Eddine sur Bamako, à protéger les ressortissants français et à réaffirmer la présence de la France dans une zone stratégique. La France fait le choix d'une intervention armée, quasiment seule, une tendance qui se confirme depuis la guerre en Libye. Celle-ci ne peut suffire à elle seule à solutionner les problèmes du Mali, avec notamment la question du nord du pays, toujours non réglée. Les organisations islamistes peuvent tenter d'infiltrer les centres urbains : Gao, Tombouctou, Bamako, et profiter des "zones refuge" du pays comme l'Adrar des Ifoghas.

Pour les auteurs, l'opération Serval plaide dans le sens d'une recomposition des interventions française sur un partenariat d'actions civilo-militaires, en liant le tout à une nouvelle association avec le Mali, à reconstruire, et plus généralement avec l'Afrique.

En conclusion, le collectif d'auteurs souligne la nécessité de régler la question du nord du pays, où la situation des Touaregs est comparée à celle des Kurdes. La crainte est celle d'une déstabilisation de toute la bande sahélienne, qui menacerait les intérêts stratégiques français. D'où la volonté d'une nouvelle forme d'intervention de la France, de l'UE, des Etats-Unis, en s'appuyant notamment sur les acteurs africains, non en les mettant en tutelle. La France a fait le choix d'une intervention armée, seule, unilatérale. Et la conclusion se termine à nouveau comme un roman (en gros, les Français sont amenés à rester...).

Le livre se conclut ainsi à la p.87 seulement. En annexe, un court texte qui présente le regard de la France sur les prémices de la première rébellion touarègue, en 1963, des textes officiels, et une fin étonnante sur un scénario d'anticipation, le scénario du pire qui pourrait se dérouler dans le conflit (et qui jusqu'à présent n'est pas encore arrivé). Il n'y a malheureusement pas de bibliographie récapitulative pour reprendre toutes les référence qui apparaissent en notes, à l'instar du livre dirigé par M. Galy.

En refermant le livre, on est un peu frustré, parce qu'on se dit que certains développements auraient mérité d'être prolongés. On voit mal l'enchevêtrement des jeux d'échelle (local, régional, mondial) de la crise. Certains acteurs sont peu ou pas traités, comme l'Algérie. Surtout, l'opération Serval et son contexte sont vus à travers le prisme franco-français, ce qui peut éventuellement se comprendre pour une telle publication, mais on attendait quand même un peu mieux. Il n'est que peu question, par exemple, de l'armée malienne, dont la fragilité est à l'image de celle de l'économie du pays et parfois de la société, et qui symbolise aussi l'échec, quelque part, d'un soutien américain et français qui n'a pas fonctionné. Le propos est plus convaincant quand il est question des enjeux stratégiques de Serval, de l'armée française, du contexte militaire sur place. Mais c'est largement une impression plus qu'en demi-teinte qui demeure. On a l'impression d'un ouvrage "bricolé", réalisé en peu de temps, et qui sent parfois le travail bâclé sur certains points, alors qu'il est beaucoup plus pertinent sur quelques autres (mais peu), manifestement. C'est dommage. Et ce d'autant plus qu'il n'est parfois pas exempt d'un regard un peu daté sur l'Afrique ; il faut dire qu'un ouvrage paru à peine deux mois après le début de l'opération Serval, écrit uniquement par des personnes liées à l'armée française, c'était un peu risqué. Sans doute un peu trop.



L'autre côté de la colline : interview de R. Porte (Joffre)

Sur L'autre côté de la colline, vous pouvez lire à partir de ce matin l'interview que j'ai réalisée auprès de R. Porte, à propos de sa biographie de Joffre parue le mois dernier. Je ficherai le livre un peu plus tard, en raison du ralentissement d'activité que j'ai annoncé. Bonne lecture !

mercredi 19 mars 2014

Stéphane FRANCOIS, Le nazisme revisité. L'occultisme contre l'histoire, Paris, Berg International, 2008, 125 p.

Stéphane François est un spécialiste des sous-cultures occultistes et ésotériques, et a en particulier étudié leurs rapports avec les milieux de l'extrême-droite européenne, ciblant les courants néo-paganistes, l'ufologie et la Nouvelle Droite.

Le but de ce court essai est d'étudier le thème de prédilection d'une littérature marginale : le nazisme et ses crimes seraient expliqués par une arrière-pensée occulte. Se construit ainsi le concept "d'occultisme nazi" qui est une réécriture de l'histoire en tentant de tout expliquer à travers des spéculations irrationnelles ou pseudo-scientifiques, en vouant aux gémonies les "historiens officiels", accusés d'être des idiots ou des agents de la désinformation. Le thème a connu un vrai décollage avec la publication du Matin des magiciens en 1960 et le lancement de la revue Planète l'année suivante.

Le nazisme a-t-il été une forme de néo-paganisme ? Il est vrai qu'il baigne dans l'atmosphère völkisch et que la fascination pour le paganisme européen antique est forte, mais elle n'a rien à voir avec le néo-paganisme. Celui-ci s'inspire évidemment du romantisme, et le mouvement völkisch est encore différent. Certains aryosophes, une fraction de ce mouvement, influencés par la théosophie de Blavatsky, tablent ainsi sur un christianisme aryen. Une bonne partie du mythe de l'occultisme nazi est à chercher dans la Société Thulé, qui fait partie de cet ensemble. Les rapports entre cette société secrète assez confidentielle et le nazisme ont en en réalité été très lâches. Les nazis ont d'ailleurs tout fait pour minimiser leurs liens avec le mouvement völkisch. Cela n'a pas empêché le Matin des magiciens de relayer le mythe d'un occultisme orientalisant, inspiré de la théosophie.

mardi 18 mars 2014

Nicholas MONSARRAT, La mer cruelle, Paris, Presses Pocket, 1979, 533 p.

1939. L'Angleterre vient de déclarer la guerre à l'Allemagne. Le capitaine de corvette Ericson, réserviste de la Royal Navy, prend le commandement d'une corvette de classe Flower, un navire bricolé pour la lutte anti-sous-marine des plus rudimentaires, le Compass Rose. Il doit déjà composer avec un second australien, James Bennett, guère formaté pour son poste. Il accueille bientôt deux officiers à peine sortis de l'école, Lockhart et Ferraby. Bientôt les officiers et les hommes du Compass Rose sont propulsés dans toute la dureté de la bataille de l'Atlantique. L'ennemi le plus redoutable, c'est la mer, souvent cruelle...

Le Lieutenant Commander Monsarrat était un romancier britannique particulièrement connu pour ses oeuvres portant sur la mer. The Cruel Sea (1951) est peut-être le plus fameux, notamment parce qu'il a été adapté au cinéma quelques années plus tard. Etrange destinée que celui de cet homme, plutôt pacifiste, qui s'ennuie dans des études de droit et se lance, de 1934 à 1939, dans l'écriture comme auteur indépendant pour des journaux et, déjà, dans des romans. Pendant la guerre, en tant que réserviste de la Royal Navy, il sert sur des petits bâtiments chargés de l'escorte des convois et s'y comporte bien : il finit la guerre comme commandant d'une frégate. Il prétend avoir vu le fameux navire fantôme "le Hollandais Volant" dans le Pacifique. Après la guerre, il entame une carrière diplomatique puis se consacre entièrement à l'écriture en 1959.

La Mer Cruelle, sa première oeuvre post-guerre, est considérée comme la meilleure et c'est celle qui reste le plus lue aujourd'hui. Elle est largement inspirée du parcours de Monsarrat pendant la guerre : il a commandé une corvette de classe Flower et d'autres modèles de corvette, ainsi que plusieurs frégates. Le parcours de l'officier Lockhart rappelle la biographie de l'auteur, qui décalque probablement sa propre expérience. C'est l'un des premiers livres qui raconte la vie des petits bateaux chargés de l'escorte des convois dans l'Atlantique.




 




En 1953, Charles Frend s'inspire du roman pour réaliser un film, La Mer Cruelle, avec notamment Jack Hawkins, Stanley Baker et le jeune Denholm Elliott. Le résultat est plutôt intéressant ; personnellement, j'aime beaucoup le film, que j'ai d'ailleurs vu avant de lire le livre (ce qui évite la sensation du puriste). On y retrouve l'esprit du roman, en raccourci évidemment, malgré quelques longueurs. Le film, soutenu dans la production par la Royal Navy, a remporté un grand succès en Angleterre à sa sortie, et a également été plébiscité aux Etats-Unis.

La Mer Cruelle reste un classique de la littérature sur la bataille de l'Atlantique, probablement mieux réussi et un peu plus profond que le HMS Ulysses d'Alistair McLean que je commentais l'autre jour.

samedi 15 mars 2014

Supplément au 2ème Guerre Mondiale n°53 : disponible sur le nouveau site du magazine

Une fois n'est pas coutume, je publie en avance un court supplément pour le prochain numéro du magazine 2ème Guerre Mondiale, le 53, bientôt disponible à la vente.

C'est un court supplément en appoint du dossier sur les liens entre nazisme, ésotérisme et occultisme, construit en trois parties : après avoir rappelé les liens entre ces composantes, je montre rapidement comment s'est construit le mythe d'un nazisme occulte après la guerre et comment ce mythe s'est répandu dans la culture populaire.

Le supplément est disponible sur le nouveau site du magazine, récemment ouvert : notez l'adresse car il va probablement s'enrichir au fil des semaines. Bonne lecture !

vendredi 14 mars 2014

Daniel HEMERY, Ho Chi Minh. De l'Indochine au Viêtnam, Histoire 97, Découvertes Gallimard, Paris, Gallimard, 1999 (1ère éd. 1990), 192 p.

Daniel Hémery est maître de conférences honoraire de l'université Parius-VII. Il a enseigné l'histoire de l'Asie orientale et dirigé un laboratoire de cette université consacré à cette thématique ; lui-même a travaillé sur les mouvements sociaux et politiques du Viêtnam contemporain. On lui doit un ouvrage sur la colonisation de l'Indochine avec Pierre Brocheux, également auteur d'une biographie de Ho Chi Minh que j'ai déjà commentée précédemment, ici.

Comme il le rappelle dès le premier chapitre, le Viêtnam se construit au miroir de la Chine voisine, à la fois modèle et envahisseur, et la communauté nationale en gestation est irréductible à toute assimilation. L'Etat bureaucratique, construit autour de la famille impériale, le noyau familial et villageois, et la classe des lettrés, assurent la permanence du Viêtnam jusqu'au XIXème siècle. Maintenu à l'écart de l'innovation, le Viêtnam est mal armé pour affronter la conquête française qui démarre sous le Second Empire pour viser le marché chinois. Il faudra néanmoins de longues années de combats pour que le compromis franco-chinois fasse apparaître l'Indochine. Les résistances populaires durent jusqu'en 1897, alors que l'Union indochinoise est née dix ans plus tôt, avec de multiples statuts pour les territoires concernés. Hô Chi Minh naît près de Vinh dans ces années troublées. Son père, issu de l'élite mandarinale, est révoqué en 1910 pour faute grave et sombre dans la misère. Le jeune adolescent est formé dans les écoles de Hué, mais il est plus autodidacte que lettré classique ou récepteur d'un savoir moderne. Il semble plus attiré par un nationalisme réformiste, au départ, et choisit de s'embarquer pour la France comme maître d'hôtel sur l'Amiral Latouche-Tréville, en 1911.

mercredi 12 mars 2014

Café Stratégique n°33 : Les militaires dans les médias (Bénédicte Chéron)

Le volet 33 des Cafés Stratégiques s'intitule Les militaires dans les médias. L'invitée est Bénédicte Chéron, enseignante, chercheuse à l'IRSEM, qui travaille sur la représentation du fait guerrier et du fait militaire, guerre et cinéma, les mémoires de guerres et notamment celles des guerres de décolonisation. On lui doit en particulier un ouvrage sur Pierre Schoendoerffer, paru en 2012. Le café aura lieu demain, jeudi 13 mars, à 21h00, au café le Concorde comme de coutume.

L'autre côté de la colline : le putsch de la Brasserie (David François)

Depuis deux jours, vous pouvez lire sur L'autre côté de la colline l'article de David consacré au putsch raté d'Hitler de novembre 1923, le fameux "putsch de la Brasserie". Avec les derniers articles, nous poursuivons une tendance, alors que nous fêtons le premier anniversaire de ce blog collectif, qui nous mène en dehors de l'histoire militaire. De mon côté, je travaille sur un gros papier pour mon prochain article qui permettra de fêter comme il se doit l'anniversaire du blog. Bonne lecture !

mardi 11 mars 2014

Supplément 2ème Guerre Mondiale Thématique n°34 : quelques considérations sur Stalingrad

Je ne suis pas complètement absent de la toile, comme je le disais en réponse à de sympathiques commentaires reçus hier, en réaction à mon dernier billet. La preuve avec ce supplément, qui arrive un peu tard, faute de temps, pour le dernier thématique de 2ème Guerre Mondiale. Bonne lecture !


Pour de nombreux auteurs, la bataille de Stalingrad, un des tournants de la guerre, est surtout une bataille décisive d'annihilation avec de profondes conséquences stratégiques. Elle a donc été beaucoup étudiée sur les plans stratégique et opératif. Pourtant, pour S.J. Lewis, cette bataille est surtout intéressante au niveau tactique, en ce sens qu'elle préfigure largement les conflits contemporains. La bataille voit ainsi le déploiement, de part et d'autres, d'effectifs imposants, qui subissent de lourdes pertes et nécessitent des quantités énormes de munitions. Les systèmes logistiques sont considérables, de même que ceux pour l'évacuation des blessés. L'aviation joue un rôle certain pour l'interdiction des lignes de communication. Le plus important est peut-être que le combat urbain influe grandement sur les décisions opératives et stratégiques de la bataille.

lundi 10 mars 2014

IMPORTANT : ralentissement d'activité pour les six prochains mois (au moins)

Petit billet, ce matin, pour annoncer que le blog va connaître un ralentissement d'activité prolongé, et ce jusqu'en septembre, si ce n'est définitivement. A cela plusieurs raisons :

1) La diffusion d'un abondant contenu gratuit ici-même (fiches de lecture, articles, etc) est une activité chronophage. Sans doute un peu trop au regard de la vie d'un homme normalement constitué (lol). Je rétrograde donc dans l'activité sur le PC pour me consacrer à des choses un peu plus essentielles. Ce qui n'empêche pas que je sois encore très attaché à la diffusion d'un contenu gratuit et de qualité, si possible : les fiches de lecture et les articles continueront (et de même sur L'autre côté de la colline, blog collectif qui fête son premier anniversaire et qui a réussi à durer, ce qui n'est déjà pas mal, avec une belle cadence d'articles gratuits tout aussi disponibles), mais à moindre rythme, probablement.


2) Je dois aussi, à titre personnel, me concentrer sur quelques projets importants : la thèse en histoire, l'écriture de plusieurs ouvrages, etc. Tout cela est difficilement compatible avec une présence en ligne qui était la mienne jusqu'ici. Question de priorités.


3) Enfin, j'invoquerai le besoin de sortir un peu d'un milieu où écrire de manière critique (je pense notamment aux fiches de lecture) n'est pas toujours bien vu, ni apprécié à sa juste valeur. Mes prises de position depuis un certain temps déjà m'ont valu pas mal d'inimitiés ici et là, et il est bon parfois de prendre un peu de hauteur et de s'extraire du bourbier. Et pour des choses, qui, tout compte fait, n'intéressent qu'une poignée de personnes et qui ne changeront pas l'histoire du monde. Cela a pris un tour parfois très désagréable, c'est bien dommage, mais mieux vaut s'épargner de telles futilités et aller à l'essentiel.

Merci à toutes les personnes qui sont passées par ici ces derniers temps et qui ont enrichi le débat, m'ont amené à réfléchir, parfois à me remettre en question, via les commentaires ou en off, par mail notamment.

A bientôt !

dimanche 9 mars 2014

Fred DUVAL, Jean-Pierre PECAU et Boyan KOVACEVIC, Jour J, tome 9 : Apocalypse sur le Texas, Paris, Delcourt, 2012, 56 p.

Octobre 1962. La crise des missiles de Cuba dégénère en guerre nucléaire. Un sous-marin soviétique torpille un porte-avions américain, déclenchant des frappes aériennes américaines sur Cuba, puis une riposte nucléaire soviétique qui détruit Washington. La réponse automatisée des Etats-Unis pulvérise l'URSS, la réplique par les SNLE soviétiques efface New York de la carte. Les Etats du Sud se détachent des Etats-Unis et forment des états néoconfédérés sous la direction d'un Protecteur, qui n'est autre que... Charlton Heston, faisant régner la terreur religieuse et du White Power, arborant les initiales sordides du Klux Klux Klan. Quatre ans plus tard, en 1967, les Etats-Unis moribonds demandent le soutien de leurs alliés anglais et français : le Mexique, derrière lequel manoeuvre la Chine, s'apprête à envahir le Texas pour s'emparer de son pétrole. Le président Kissinger souhaite une intervention franco-britannique mandatée par l'ONU, après l'invasion mexicaine, pour rétablir son pouvoir sur le territoire américain -la Californie ayant fait également sécession sous l'autorité du président Nixon. Mais les Etats-Unis ignorent que le Protecteur a envoyé son âme damnée, frère Lee, capturer un site de missiles Titan miraculeusement épargné par la guerre nucléaire...

J'avais déjà commenté les premiers tomes de la série uchronique de Delcourt, Jour J. Une série inégale mais avec de très bons volumes néanmoins. Il y a maintenant 15 (!) tomes, et je n'arrive que progressivement à compléter la série, avec le n°9, Apocalypse sur le Texas. Ici, l'événement à l'origine de l'uchronie est la crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, qui faillit bien plonger le monde dans une guerre nucléaire. L'entrée en matière est donc satisfaisante (avec une scène fameuse où on fait de la planification stratégique dans une boutique de souvenirs dévastée, avec des jouets en guise de pions), même s'il faut attendre le milieu de l'album pour avoir des explications -incomplètes cependant-, ce qui est un peu dommage.


En effet, si le scénario tient la route, et si l'histoire est palpitante, mais sans être la meilleure de la série à mon avis, c'est au détriment de l'uchronie elle-même. On sait ainsi simplement que Nixon est devenu président de Californie et indépendant suite à l'attaque nucléaire, mais sans plus. L'intervention franco-britannique au Mexique est calquée sur celle de Suez en 1956, et les références à l'expédition française au Mexique de Napoléon III sont évidentes tout au long de l'album -jusqu'au nom du colonel qui assiège les Français dans la base de missiles Titan : Vigo, celui de Camerone... excellente idée par contre que d'avoir fait des Etats du Sud une nouvelle sécession -même si là encore, on aurait aimé en savoir plus- dans le climat délétère des années 1950-1960, autour du White Power, du Klux Klux Klan et du prophétisme religieux (on notera le clin d'oeil assez ironique au général Lee, puisque l'âme damnée de Charlton Heston qui ne laisse que des cadavres et des croix enflammées sur son chemin s'appelle... frère Lee). Tout ça sonne juste. On appréciera aussi la peinture de De Gaulle, la mention du sous-marin Le Redoutable, la discrète allusion au rôle de Kennedy s'il avait survécu (cf la même question qu'on se pose souvent sur le Viêtnam). L'album colle peut-être d'ailleurs un peu trop à une trame historique précise qui, si elle n'est pas connue, risque de dérouter plus d'un lecteur, car les explications ne sont pas là, sans compter, comme je le disais, que tout le développement uchronique n'est pas expliqué (d'où sortent les Etats néoconfédérés de C. Heston, par exemple, etc). Il y a quelque chose de frustrant dans cette série à tomes indépendants, en un seul volume, qui ne permettent pas de développer correctement l'uchronie et le scénario. C'est à mon avis un des défauts majeurs de l'exercice. On le voit bien quand on compare avec les tomes 3 et 4 qui allaient de pair, et qui permettaient justement d'aller un peu plus loin à ce niveau. 








Le tome vaut le détour dans la série, assurément, mais pour moi ce n'est pas le meilleur, même s'il est dans le haut de la liste quand même.




mercredi 5 mars 2014

Laurent OLIVIER, Nos ancêtres les Germains. Les archéologues au service du nazisme, Paris, Tallandier, 2012, 314 p.

Laurent Olivier, conservateur en chef du patrimoine, est en charge des collections celtiques et gauloises au Musée d'Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye. En 2008, il avait publié un ouvrage, issu d'un dossier pour une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), où il s'attaquait, visiblement, à une archéologie pour lui dépassée mais qui était en réalité celle des années 1960-1970, manifestant ainsi un décalage avec la réalité de la discipline actuelle.

Dans cet ouvrage paru en 2012, Laurent Olivier se propose de revenir sur un moment méconnu de l'archéologie, qui n'a été mis au jour que récemment : sa compromission avec le nazisme, en France comme en Allemagne. L'archéologue a fouillé dans les archives du Musée d'Archéologie Nationale pour retrouver les liens existants entre les Français et les nazis, l'Ahnenerbe de Himmler en particulier, mais il a aussi cherché à Metz, et en Allemagne. Il se serait heurté, ce faisant, à l'hostilité de la profession en France, qui refuserait d'ouvrir les yeux sur la période, contrairement à son homologue allemande, beaucoup plus ouverte selon lui à la question depuis la chute du mur de Berlin. Ce qui est d'autant plus regrettable, toujours d'après ses dires, parce que l'héritage de cette archéologie nazie a survécu à la disparition du régime.

lundi 3 mars 2014

Alistair MAC LEAN, HMS Ulysses, Paris, Le Livre de Poche, 1968, 433 p.

Pendant la bataille de l'Atlantique, durant la Seconde Guerre mondiale. Le HMS Ulysses, un croiseur léger rapide et bien armé, vient de connaître un début de mutinerie, son équipage ayant été poussé à bout dans l'escorte de convois. A titre de sanction, l'amirauté se contente de lui faire à nouveau prendre part à un convoi, le FR-77, à destination de Mourmansk. Sur le trajet, l'Ulysses devra affronter la mer démontée de l'Arctique, les U-Boote et les navires de surface allemands, et la Luftwaffe...

Ce roman a été écrit par Alistair Mac Lean, un auteur écossais qui a servi lui-même pendant la guerre dans la Royal Navy, à bord d'un croiseur léger de classe Dido, le HMS Royalist (qui inspire probablement le HMS Ulysses). Mac Lean est l'auteur d'autres romans célèbres adaptés en films à grand succès : Les canons de Navarone, Ice Station Zebra, Quand les Aigles Attaquent. HMS Ulysses, qui n'a jamais été adapté au cinéma, est pourtant le roman qui a lancé sa carrière d'écrivain. Publié en 1955, c'est donc une histoire inspirée du parcours de l'auteur pendant la guerre, mais la trame fait immanquablement penser au sort tragique du convoi PQ-17 (d'ailleurs cité dans une note). Le choix du nom du navire lui-même n'est pas anodin : l'Ulysses traverse une véritable odyssée dans le roman...

HMS Ulysses est un classique du genre, aux côtés, par exemple, de La Mer Cruelle, de Monsarrat, que je suis également en train de lire. Un récit tragique, au sens antique du terme, où les hommes sont écrasés par la fatalité du destin et la puissance des éléments naturels.



samedi 1 mars 2014

L'autre côté de la colline : Choc et effroi. Los Zetas

Après deux articles sur le même sujet en 2011 et 2013, ici-même et sur l'Alliance Géostratégique, je publie un troisième article sur Los Zetas, la fameuse organisation mexicaine qui est pour beaucoup dans la militarisation du conflit entre l'Etat mexicain et les cartels, pour L'autre côté de la colline. Plus long, l'article est sans doute aussi un peu plus complet que ses deux prédécesseurs, avec une description actualisée jusqu'en janvier 2014. Bonne lecture !