vendredi 28 février 2014

Publication : DSI HS n°34

Et voilà, c'est fait... après avoir signé deux numéros complets du magazine Histoire et Stratégie, j'inaugure un premier article pour son grand frère, le magazine DSI, grâce à l'entremise de Joseph Henrotin, le rédacteur-en-chef de ladite publication.

Ce hors-série de DSI est consacré aux hélicoptères de combat. Je fournis une petite contribution sur la vision russe (et soviétique) de l'emploi de ces appareils, ce qui prolonge un peu le premier numéro de Histoire et Stratégie que j'avais écrit, consacré aux opérations aéromobiles, en actualisant un peu le propos jusqu'en 2013.

Bonne lecture !

mardi 25 février 2014

Les djihadistes français en Syrie : la version en anglais sur Jihadology.net (A. Zelin)

En complément du billet d'hier sur les djihadistes français en Syrie, j'ai le plaisir de vous annoncer qu'une version en anglais du même article a été publiée ce jour sur le blog Jihadology.net d'Aaron Zelin.

A. Zelin est le "Richard Borrow Fellow" du Washington Institute for Near East Policy. Il travaille sur les salafistes et djihadisme à travers le monde, ainsi que sur les "printemps arabes" et leurs conséquences depuis 2011. Il est aussi consultant et conférencier pour l'USMA au USMA West Point’s Combating Terrorism Center’s Practitioner Education Program. Son blog Jihadology.net fait autorité dans toutes ces thématiques. C'est donc une satisfaction personnelle pour moi qu'il ait accepté de publier la traduction en anglais de mon billet sur les djihadistes français en Syrie.

samedi 22 février 2014

L'autre côté de la colline : interview de Marc-Antoine Brillant (A. Fontanellaz)

Michel Goya a cosigné, avec Marc-Antoine Brillant, un ouvrage aux éditions du Rocher qui revient sur la guerre entre Tsahal et le Hezbollah à l'été 2006. Adrien Fontanellaz est allé interroger ce dernier pour en savoir plus. Pour ma part, je n'ai pas encore eu l'occasion de lire l'ouvrage en question, mais je vais tâcher. Bonne lecture !

jeudi 20 février 2014

Jean-François MURACCIOLE, La libération de Paris 19-26 août 1944, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2013, 298 p.

La collection L'histoire en batailles de Tallandier s'est enrichie l'an passé d'un titre consacré à la libération de Paris, en août 1944. Il a été écrit par Jean-François Muracciole, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Montpellier III, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, et de la Résistance en particulier, qui intervient parfois dans le magazine 2ème Guerre Mondiale.

Comme il le souligne en introduction, la libération de Paris constitue un paradoxe : événement fameux, elle est pourtant boudée par les historiens, même si une énorme masse de témoignages d'acteurs paraît quelques mois après la fin des événements et au-delà, à commencer par celui du général von Choltitz. En revanche, on ne compte que quelques ouvrages d'historiens (4 en français, plus les travaux étrangers) consacrés à la question. Jean-François Muracciole insiste sur le fait que la trame événementielle est bien établie : aucune surprise majeure à attendre donc. En outre la libération de Paris, sur le plan militaire, a tout d'un affrontement secondaire. En revanche, son importance symbolique est énorme : l'enjeu de la bataille est bien politique, entre Vichy, De Gaulle, les communistes, la résistance intérieure et Von Choltitz. Si De Gaulle sort vainqueur, c'est grâce à l'appui d'Eisenhower, et au ralliement de la police parisienne, pourtant instrument de la politique de répression de Vichy.

lundi 17 février 2014

Krisztian UNGVARY, Battle for Budapest. 100 Days in World War II, I.B. Tauris, 2011, 366 p.

Ce livre, paru en anglais en 2003, est en fait la traduction d'un ouvrage hongrois écrit par K. Ungvary, sorti initialement en 1999. Istvan Deak, le préfacier, souligne combien le siège de Budapest, pour une capitale européenne, a été long et coûteux. Il commence en novembre 1944 et dure jusqu'au 13 février 1945, avec un million de civils pris au piège dans la ville, dont plus de 100 000 Juifs. 40 000 d'entre eux, au moins, y sont tués. Le traducteur, Ladislaus Löb, est lui-même un survivant du massacre des Juifs hongrois. Comme le rappelle Deak, on peut déjà noter que l'un des atouts principaux du livre est sa volonté de dépasser la simple "histoire bataille" du siège de Budapest, pour fournir quelque chose de plus profond, un essai d'histoire globale du siège en quelque sorte. Loin de s'épancher sur la défense "héroïque" des forces germano-hongroises et sur les crimes de l'Armée Rouge, comme de nombreux articles de magazines, l'historien raconte au contraire les faiblesses et tiraillements de la défense, le traitement des civils par les deux camps, et offre ainsi un portrait plus nuancé des Soviétiques -bien que le manque de sources ne lui permette pas d'être définitif. On le sent néanmoins déterminé à balayer les enjeux d'une bataille qui vit périr au bas mot 160 000 personnes, combattants et civils mêlés. Comme il le dit lui-même, Ungvary s'est surtout reposé sur les témoignages hongrois (en plus des documents d'archives) pour illustrer son propos, les témoignages allemands étant sujet à caution, souvent, et les témoignages soviétiques étant difficilement accessibles.

Dans l'introduction, il revient sur l'engagement de la Hongrie de l'amiral Horthy aux côtés de l'Allemagne, avec la montée en puissance des Croix Fléchées dès 1938. La Hongrie participe à la campagne contre la Yougoslavie puis à l'invasion de l'URSS ; mais l'Angleterre, par exemple, ne déclare la guerre à la Hongrie, sous la pression soviétique, que le 7 décembre 1941. La Hongrie entame pourtant des négociations secrètes avec les alliés occidentaux dès 1942, à tel point que les Allemands finissent par occuper le pays, le 19 mars 1944, pour prévenir toute défection. Les nazis en profitent pour déporter la communauté juive hongroise -plus de 400 000 personnes, sur 700 000, le sont jusqu'en juin. Le 15 octobre, alors que les Soviétiques se rapprochent des frontières de la Hongrie, Horty annonce son intention de conclure une paix séparée avec les Alliés. Il est immédiatement déposé par la réaction allemande qui installe à sa place Szalasi, le chef des Croix Fléchées. L'aviation alliée commence alors à bombarder la Hongrie, ce qu'elle avait  fait de manière limitée jusque là.

dimanche 16 février 2014

Les Sacrifiés (They Were Expendable) de John Ford (1945)

Décembre 1941. Un squadron de vedettes lance-torpilles PT, sous le commandement du lieutenant Brickley (Robert Montgomery), est expédiée à Manille pour protéger les Philippines contre une éventuelle agression japonaise. Mais ils sont considérés comme quantité négligeable par le commandement militaire local. Un des officiers de Brickley, le lieutenant "Rusty" Ryan (John Wayne), dégoûté de tant de mépris, commence à rédiger une lettre pour être transféré sur destroyer. Mais la nouvelle de l'attaque sur Pearl Harbor le fait changer d'avis. Bientôt, les vedettes lance-torpilles subissent un premier raid aérien japonaise et se défendent vaille que vaille, prouvant leur utilité. Elles vont être engagées sur tous les fronts...

They Were Expendable a été réalisé par John Ford, un réalisateur de légende aux Etats-Unis. Pendant la guerre, il est commandant dans la réserve de l'US Navy, chef de l'unité photo de l'OSS, et tourne plusieurs documentaires de renom, dont celui sur la bataille de Midway (1942), où il est blessé. Présent à Omaha Beach le 6 juin 1944, il observe le débarquement de la première vague et pose lui-même pied à terre avec les US Coast Guards plus tard. Il n'a jamais hésité à s'exposer au feu pour les besoins du tournage de ses documentaires. They Were Expendable est le dernier film qu'il ait réalisé pendant la guerre ; John Ford ne l'aimait pas, et pourtant, il y avait consacré de l'argent. Il est sorti quelques mois après la fin des hostilités. Ford a été manifestement très dur sur le tournage avec John Wayne, qui a été exempté du service militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Wayne en concevra d'ailleurs beaucoup d'amertume, ce qui explique sans doute le ton ouvertement patriotique de nombre de ses films d'après-guerre. Quand Ford a des problèmes de santé, il se repose sur Montgomery -qui lui a en plus vraiment commandé une vedette lance-torpilles pendant la guerre- pour la réalisation -celui-ci finira, à terme, réalisateur lui-même. C'est d'ailleurs le seul de film de guerre de John Ford, et il transpire l'authenticité : pas d'héroïsme, mais le parcours d'hommes au départ méprisés -ceux des vedettes lance-torpilles- et qui font beaucoup, en réalité, au milieu de la débâcle des Philippines, moment qui n'a rien de glorieux ou presque pour l'armée américaine. La romance fait d'ailleurs plus décoration qu'autre chose. Le film s'assimile presque à un documentaire.



Le film a reçu un soutien important de l'US Navy et a été tourné à Biscaine Key et Florida Keys, zones qui ressemblaient au Pacifique. Des vedettes lance-torpilles PT de classe Elco sont fournies, de même que des appareils américains des bases avoisinantes, que l'on reconnaît aisément, pour simuler les avions japonais. 
 


L'autre côté de la colline : Perdre la guerre froide. La somme de toutes les erreurs (2/2)

Depuis hier sur L'autre côté de la colline, vous pouvez lire la deuxième partie de l'article de J. Percheron sur la guerre froide. Bonne lecture.

vendredi 14 février 2014

Publication : 2ème Guerre Mondiale Thématique n°34, l'enfer du combat urbain (1939-1945)-février/avril 2014



Le nouveau thématique de 2ème Guerre Mondiale est disponible à la vente. Il porte sur les combats urbains de la Seconde Guerre mondiale.

La dimension du combat urbain pendant le conflit m'intéresse depuis longtemps. J'ai eu l'occasion, dans d'autres articles, d'évoquer certains cas précis, que l'on retrouvera moins développés dans ce numéro parfois. Ici, il s'agit surtout de brosser un portrait large : quelle est l'appréhension du combat urbain par les belligérants avant la guerre, comment y réagissent-ils quand ils sont confrontés, et ces adaptations garantissent-elles le succès, ou sinon, l'échec ?

Comme souvent, la difficulté tient aux sources disponibles. S'il existe de nombreux travaux sur des combats urbains précis -j'en cite un certain nombre en bibliographie-, il n'existe pas à ma connaissance de synthèse assez complète pour englober l'ensemble de la problématique du combat urbain pendant la Seconde Guerre mondiale, de la théorie à la pratique et ses évolutions. Les seuls éléments disponibles s'intéressent d'ailleurs plus à l'Europe de l'ouest qu'au front de l'est et au Pacifique. Il a donc fallu "bricoler" avec les sources disponibles. J'ai choisi volontairement deux exemples connus, Arnhem en 1944, et Stalingrad en 1942-1943, pour les aborder sous un angle plus original que le sempiternel récit souvent germanocentré. Le troisième exemple, Taierzhuang, pendant la guerre sino-japonaise, en 1938, est quasiment inconnu. Dans chaque chapitre, je présente également d'autres exemples de combat urbain pour comparer avec les cas étudiés. Après une introduction générale, il y a donc un découpage par front, puis une conclusion d'ensemble. L'important, à mon sens, est que les sources sont mentionnées, en notes et dans la bibliographie finale. Au moins, le lecteur sait d'où vient l'information et peut s'y reporter.

J'essaierai si possible de faire une vidéo et de rajouter un ou deux suppléments. Bonne lecture. !

jeudi 13 février 2014

Histoire et Stratégie n°17, supplément n°2 : Tonnerre roulant. Les blindés américains dans la guerre du Golfe

La guerre du Golfe représente sans doute le zénith de l'arme blindée américaine. Jamais celle-ci n'est arrivée sur le champ de bataille aussi bien préparée qu'en 1990. La doctrine de l'armée américaine a été profondément révisée depuis la fin de la guerre du Viêtnam en 1973 et les blindés bénéficient d'un intérêt sans précédent. Les M1A1 Abrams sont couverts par l'infanterie mécanisée, l'artillerie autopropulsée, les sapeurs mécanisés et les hélicoptères d'attaque. Après une intense campagne aérienne, les blindés américains pénètrent au Koweït et traversent le désert pour frapper les flancs et les arrières du dispositif irakien. En moins de cinq jours, Saddam Hussein est contraint de retirer son armée du Koweït pour sauver son régime. La guerre du Golfe représente, in fine, la première guerre de mouvement d'envergure pour l'arme blindée américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. La division blindée type est « éclairée » par les M3 Bradley et les hélicoptères OH-58D du squadron de cavalerie. Derrière suivent les trois brigades, qui possèdent chacune plus de puissance de feu qu'une division blindée de la Seconde Guerre mondiale, avec 2 ou 3 bataillons de chars M1A1 (58 chars chacun) et un bataillon de véhicules blindés M2A2 (54 véhicules chacun). Sans compter les unités de soutien, et un bataillon d'artillerie pour chaque brigade, avec 24 M109A2, et plus de 250 véhicules en tout. L'Aviation Brigade comprend deux bataillons d'AH-64 Apache, une compagnie de UH-60 Blackhawk et une section d'OH-58D. En mouvement pendant Desert Storm, une division blindée américaine occupe de 25 à 45 km de front sur une profondeur de 80 à 150 km, avec 22 000 hommes et plus de 1 940 véhicules chenillés, sans compter 7 200 véhicules à roues et les hélicoptères. La 3ème armée américaine emploie deux corps pour attaquer la Garde Républicaine irakienne. Pour le général Starry, un des fondateurs de l'AirLand Battle, le corps d'armée est l'unité adéquate pour appliquer la doctrine tactique de l'US Army. C'est aussi le pont entre le tactique et l'opératif, ce qui va s'appliquer aux manoeuvres du VIIème et XVIIIème corps. L'instruction des tankistes insiste désormais sur le tir sur cibles multiples pour chaque char, en mouvement et équipage enfermé à l'intérieur.

mercredi 12 février 2014

Café Stratégique n°32 : Les révolutions arabes, trois ans après... (Jean-François Daguzan)

Le 32ème volet des Cafés Stratégiques sera consacré aux suites des révolutions arabes, qui ont commencé il y a maintenant trois ans, et qui ont débouché sur des situations bien différentes selon les pays concernés. C'est Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), et qui travaille notamment sur les problèmes stratégiques en Méditerranée et au Moyen-Orient, tout en dirigeant la revue Maghreb-Machrek, qui viendra en discuter le jeudi 13 février, à partir de 19h, au café Le Concorde.

P.S. : le mort arabe sur l'affiche signifie "révolution".

mardi 11 février 2014

L'autre côté de la colline : perdre la guerre froide (1/2) (Jérôme Percheron)

Jérôme Percheron, qui nous avait proposé un article sur une bataille de la guerre en Angola au début du blog collectif L'autre côté de la colline, récidive avec la première partie d'un article dédié à la guerre froide, vue sous un angle global. Il ne prétend pas à l'exhaustivité, c'est plutôt un rappel, basé sur certaines sources, du déroulement général de cette période importante, vue à travers les deux camps. Bonne lecture !

lundi 10 février 2014

Publication : Les deux faces de Janus. Les soldats américains à Joigny et dans l'Yonne (1944-1945)

Vous pouvez commencer à découvrir à partir d'aujourd'hui un article en plusieurs parties que j'ai signé pour une agence privée de valorisation du patrimoine de la ville de Joigny, dans l'Yonne : Au fil de Joigny.

Il est issu de la rencontre, assez fortuite, avec M. Bertrand Urban, le président de la société en question. Cet article porte sur un moment qui constitue en quelque sorte une "zone grise" dans l'histoire du département pendant la Seconde Guerre mondiale : l'après-libération jusqu'au départ des troupes américaines cantonnées dans l'Yonne après la fin de la guerre, d'août 1944 à décembre 1945. Plus précisément, la question était de voir comment s'était passée la cohabitation entre Français à peine libérés et tout juste soumis à l'autorité du Gouvernement Provisoire de la République Française, qui s'installe après la Libération, et soldats américains qui cantonnent dans l'Yonne à partir de ce moment-là. La première partie, que vous pouvez lire ici, présente rapidement le parcours du département pendant la guerre jusqu'à la Libération, afin de mieux comprendre ce qui suit.

Pour réaliser cet article, je me suis inspiré de travaux d'historiens tout à fait pertinents sur le sujet, et notamment la fameuse somme publiée par l'ARORY (Association pour la Recherche sur l'Occupation et la Résistance dans l'Yonne) en 2006. Vous pouvez consulter la fiche de lecture de cette ouvrage que j'ai mise en ligne ici même, . Je vous encourage à consulter le site de l'ARORY, que j'ai indiqué en lien ci-dessus, et qui offre des compléments tout à fait utiles à l'ouvrage ainsi qu'aux autres publications de l'association. La ville de Sens propose également en ligne le livret d'accompagnement de l'exposition permanente de l'ARORY, L'Yonne dans la Seconde Guerre mondiale, qui tourne dans le département : à télécharger ici.

J'ai également utilisé des ouvrages portant sur les unités américaines elles-mêmes, et notamment le livre de Stephen Ambrose sur la Easy Company, 2nd Battalion, 506th PIR de la 101st Airborne Division, puisque l'unité a stationné dans l'Yonne en 1945. Vous pouvez également trouver la fiche de lecture de cet ouvrage ici. L'article inclut également des témoignages américains collectés par mes soins et qui illustrent cette période de cohabitation en 1945.

J'aurais probablement l'occasion de revenir plus avant sur ce sujet dans les prochains jours. Bonne lecture !

dimanche 9 février 2014

Convoi vers la Russie (Action in the North Atlantic) de Lloyd Bacon (1943)

Pendant la Seconde Guerre mondiale. Le pétrolier conduit par le capitaine Steve Jarvis (Raymond Massey) est coulé dans l'Atlantique Nord par un U-Boot. Jarvis et le premier officier, Joe Rossi (Humphrey Bogart), ainsi que quelques membres d'équipage, grimpent dans un canot. Quand l'équipage du U-Boot les filme, les marins invectivent les matelots allemands, qui éperonnent le canot. Les survivants sont secourus après 11 jours passés sur l'océan...

Convoi vers la Russie, réalisé en pleine Seconde Guerre mondiale, devait être au départ un documentaire. Mais avec les images de plus en plus nombreuses, la Warner en fait un film avec comme conseiller technique Richard Sullivan, un jeune officier de 23 ans dont le navire a été torpillé par un U-Boot. L'US Navy ayant interdit le tournage en mer en raison des risques, il a fallu tout faire en studio. Le film a d'ailleurs été intégré dans la formation des marins de la marchande en raison de son caractère pédagogique, sur certains points. D'authentiques avions allemands et soviétiques ont été utilisés pour le tournage.



Le film n'est sans doute pas un des plus fameux dans la carrière d'Humphrey Bogart. La dimension patriotique, évidente en contexte de guerre, est bien présente, mais on notera l'attention portée aux détails -comme l'insistance sur le fait de ne pas être trop bavard à terre pour les marins, afin d'éviter de transmettre des informations aux éventuels espions nazis. On insiste aussi sur la coopération interalliée, y compris avec les Soviétiques -certaines scènes ont même un air de convoi PQ-17... si le film est long, il ne peut tricher complètement avec la réalité, comme le montre les scènes où les marins de la Navy doivent former les marchands à l'utilisation des pièces d'artillerie montées sur le Liberty Ship. Et ce même si l'on distingue facilement les montages maquettes. A noter que Raoul Walsh et Don Siegel ont participé à la réalisation.


Sur Facebook

https://www.facebook.com/Historicoblog3?ref=hl

Pour mémoire, je rappelle que vous pouvez suivre l'actualité du blog, de mes publications, coups de gueule et autres réflexions charmantes (mdr) sur la page Facebook du blog, cliquez sur l'image ci-contre pour y accéder et n'hésitez pas à "liker", ça fait toujours plaisir!

Idem pour la page du livre L'offensive du Têt, que je remets à jour depuis peu, cliquez sur l'image ci-dessous pour y atterrir. Le blog est progressivement actualisé également.


 

samedi 8 février 2014

Qiu XIAOLONG, Mort d'une héroïne rouge, Paris, Seuil, 2001, 502 p.

Shanghaï, 1990. Deux pêcheurs découvrent un cadavre de jeune femme dans un canal isolé à la périphérie de la ville. L'inspecteur Chen, étoile montante de la police locale, membre du parti, qui vient d'obtenir une promotion et un appartement indépendant, et poète à ses heures, et son adjoint, Yu, sont chargés de l'enquête. Malheureusement pour eux, l'affaire prend un tour politique quand ils découvrent que la décédée, Hongying, était une Travailleuse Modèle de la Nation. Une fille discrète et célibataire qui est pourtant morte étranglée après avoir eu des rapports sexuels. Ils vont vite découvrir qu'à Shanghaï, on peut facilement mener une double vie...

Qui Xiaolong est né à Shanghaï. En 1966, son père est arrêté pendant la Révolution Culturelle par les Gardes Rouges. En 1976, il entre à l'université et étudie la littérature anglo-américaine. Pendant les événements de la place Tienanmen, en 1989, il est aux Etats-Unis : associé aux opposants, il ne peut plus revenir en Chine. Il enseigne ensuite à la Washington University de St-Louis.

L'enquête policière de ce roman est surtout un prétexte à une bonne dose d'humour et de dérision concernant la Chine communiste de l'ouverture économique, mais du verrouillage politique. On y découvre plus sur la vie quotidienne des habitants de Shanghaï et celle de ses policiers que sur les fils d'une intrigue criminelle finalement assez légère. Il faut dire aussi que c'est le premier volume de la série (qui en compte 8 à ce jour), l'auteur prend donc le temps de camper son personnage principal, son univers et l'ambiance générale de son histoire. Rafraîchissant, en tout cas.




mercredi 5 février 2014

All men are brothers (Dong kai ji) de Cheh Chang et Ma Wu (1975)

Chine, sous la dynastie Song. Les 108 bandits, qui combattaient les officiers corrompus du pouvoir, obtiennent leur pardon de l'empereur. Celui-ci les envoie combattre un usurpateur, retranché dans la forteresse de Hangzhou. 7 volontaires s'infiltrent dans la ville, puissamment défendue, pour servir d'espions et trouver un moyen de faire pénétrer l'armée de l'empereur dans la place. Mais l'un d'entre eux, Tornade Noire, ne peut s'empêcher d'attaquer les soldats de l'usurpateur : découverts, les 7 hommes sont pris au piège dans la ville. Un seul d'entre eux parvient à gagner l'extérieur pour donner les informations nécessaires à la victoire de l'armée impériale...

All men are brothers (parfois aussi appelé Seven Soldiers of Kung Fu), sorti en 1975, suit de trois ans Water Margin (La Légende du Lac), du même réalisateur, avec les mêmes acteurs. Le tout est inspiré d'une légende chinoise (les 108 bandits) et d'un roman-fleuve, Water Margin. Les deux volets ont en fait été tournés l'un après l'autre, mais décalés dans leur sortie sur grand écran. On arrive quand même à s'y retrouver sans avoir vu le premier épisode, d'autant qu'un petit moment du film, après l'introduction, mentionne les épisodes qui se sont déroulés entretemps. La trame de l'histoire est donc le rachat des 108 bandits qui se mettent au service de l'empereur Song pour affronter l'usurpateur Fang La.


Originalité du film dans le genre wu xia pian, quasiment toutes les scènes se déroulent en extérieur, avec la ville fortifiée comme décor. On reste fidèle au genre avec énormément de combats, entre quelques-uns des 108 bandits (les 7 infiltrés dans la ville plus d'autres à l'extérieur) et une débauche de figurants, qui opèrent à mains nues ou avec armes blanches. Le scénario n'est par conséquent par très épais, et le studio Shaw Brothers en rajoute dans les effets sanguinolents, comme lors du combat final contre l'usurpateur où le plus brave des 108 bandits combat avec un bras en moins (!). A noter que John Woo avait participé comme assistant réalisateur à Water Margin, mais n'est pas présent pour All men are brothers. Bref, un film dans la lignée des Shaw Brothers à conseiller aux amateurs du genre, ou à ceux qui veulent se détendre après un bon soir de travail (comme moi).

mardi 4 février 2014

François BURGAT et Bruno PAOLI (dir.), Pas de printemps pour la Syrie. Les clés pour comprendre les acteurs et les défis de la crise (2011-2013), Paris, La Découverte, 2013, 357 p.

Près de trois ans après son déclenchement, la révolution syrienne n'est toujours pas achevée. Elle s'est même transformée en véritable guerre civile. A l'appel de deux spécialistes français, François Burgat et Bruno Paoli, un panel de 28 auteurs, chercheurs et autres, ont accepté de contribuer à cet ouvrage collectif pour mieux cerner les enjeux de la crise syrienne. C'est parce que je m'intéresse moi-même de très près au conflit syrien depuis six mois (voir ici) que j'ai fait l'acquisition de cet ouvrage, qui me semblait important.

Les éditeurs rappellent en introduction qu'évaluer les "printemps arabes" se heurte non seulement à la spécificité nationale, mais aussi à l'infléchissement politique de ces derniers. La violence est réapparue, à la fois dans les régimes autoritaires qui cherchent à maintenir ou à reconquérir leur pouvoir, mais aussi chez ceux qui les combattent. Ceux qui prédisaient l'émergence d'une nouvelle société civile semblent aujourd'hui bien "défaits" -tout est relatif- par ceux qui, au contraire, annonçaient une dérive sectaire que l'on peut apercevoir en Syrie. Le livre se construit en deux grandes parties : la première vise à faire comprendre la spécificité du contexte syrien, d'abord, la seconde le caractère régional et international, ensuite, de la crise. Seul bémol au propos, comme le rappel le duo d'éditeurs : les contributions ont pour la plupart été écrites au printemps 2013, en tout cas avant l'été, l'engagement massif du Hezbollah, les attaques chimiques du 21 août et l'offensive rebelle en pays alaouite. Le conflit progresse, évolue, et les événements les plus récents ne sont donc pas pris en compte.

Histoire & Stratégie n°17, supplément : Les blindés américains dans l'offensive du Têt

Pour remettre en perspective l'offensive du Têt, je vous renvoie à mon livre sur le sujet.

Avant le déclenchement de l'offensive du Têt, la plupart des formations blindées des quatre zones tactiques du Sud-Viêtnam sont en position pour repousser une attaque. Les unités américaines sont placées à l'extérieur des villes, pour bloquer les routes d'infiltration et encaisser le premier assaut. Les unités sud-viêtnamiennes sont placées dans les villes, ou à côté, pour anticiper les soulèvements dans les centres urbains. Mais les formations blindées s'attendent davantage à des tirs d'artillerie indirects ou des embuscades, comme de coutume, et non à une offensive généralisée de l'ampleur du Têt. Comme le montre trois exemples différents, les blindés vont faire la preuve, durant le Têt, de leur utilité comme force de réaction, faisant souvent basculer le cours de la bataille par leur intervention.

A 21h00, le 30 janvier 1968, le lieutenant-colonel Otis, commandant du 3rd Squadron, 4th Cavalry, reçoit l'ordre de porter secours à la base aérienne de Tan Son Nhut, au nord de Saïgon. Otis désigne le capitaine Virant, commandant de la Troop C, pour ce faire. La Troop C est à Cu Chi, à 25 km au nord-ouest de Saïgon ; une de ses sections protège le pont Hoc Mon, à 10 km en avant. A 4h15, Otis reçoit l'ordre de courir sus à un régiment viêtcong qui a attaqué à la base ; la Troop C se met en route en un quart d'heure, passe sous le commandement opérationnel de la base aérienne, doit rencontrer un guide au sud du pont pour approcher de Tan Son Nhut. Jusqu'au pont, Otis survole la colonne en hélicoptère au-dessus de la route n°1, lâche des fusées éclairantes pour décourage les embuscades.

lundi 3 février 2014

L'autre côté de la colline : la guerre d'indépendance turque (David François)

Sur L'autre côté de la colline, vous pouvez trouver depuis deux jours l'article de David François consacré à la guerre d'indépendance turque. Ce conflit, assez oublié, a pourtant participé au redécoupage du Proche-Orient au lendemain de la Première Guerre mondiale, dont on sent évidemment certaines conséquences aujourd'hui, en pleine guerre civile syrienne. Bonne lecture !

Alexander MLADENOV et Ian PALMER, Mil Mi-24 Hind Gunship, New Vanguard 171, Osprey, 2010, 48 p.

Le New Vanguard sur le Mi-24 Hind d'Osprey est écrit par un quasi inconnu, Alexander Mladenov, supposé spécialiste de l'aviation soviétique et des pays de l'Est et qui vit en Bulgarie.

Le Mi-24 Hind, cousin du AH-1 Cobra américain, s'en démarque pourtant : plus grand, plus lourd, il n'est pas conçu seulement comme un hélicoptère antichar ou d'appui aérien rapproché opérant en embuscade. Il correspond plus à une version héliportée de l'avion d'assaut Il-2 Sturmovik de la Seconde Guerre mondiale. Il reste encore utilisé aujourd'hui par plus de 60 forces aériennes à travers le monde, et plus de 2 300 exemplaires ont été construits entre 1969 et 2009.

Dès 1966, Mil et Kamov sont en compétition pour fournir à l'Armée Rouge son premier véritable hélicoptère de combat. Mil capitalise sur l'expérience du Mi-8 et du Mi-14 de la marine pour bâtir un prototype à deux moteurs, capable d'embarquer le missile antichar Shturm V et une mitrailleuse de 12,7 mm sous le nez. Le prototype V-24 vole en septembre 1969. Les exemplaires de pré-série sont construits à l'usine de Panki, près de Moscou, les suivants à Arsenyev, en Extrême-Orient. Le nouvel hélicoptère souffre de défauts des jeunesse, qu'il faut corriger. Les premiers Mi-24A entrent en service dans un centre d'entraînement de Voronej en 1970. Le 319ème régiment indépendant d'hélicoptères, qui est la première formation à toucher le Mi-24A, est proche de l'usine d'Arsenyev. Chaque régiment de l'Armée Rouge comprend deux escadrilles d'hélicoptères d'attaque ; avec 15 régiments au début des années 1980, ce sont pas moins de 400 Mi-24 qui sont en ligne. En 1989, 44 régiments indépendants sont équipés du Mi-24, ainsi que 40 escadrilles indépendantes. Le Mi-24 est aussi en service dans d'autres branches armées de l'Armée Rouge. La Russie, qui hérite d'une bonne partie de la flotte après 1991, aligne encore 200 machines.




Le Mi-24A n'est qu'une version de transition, entrée en service en 1972. Les pilotes se plaignent de la mauvaise visibilité et du manque de protection de la cabine. Une version B est rapidement développée et les 240 Mi-24A/U (version d'entraînement) sont exportés pour beaucoup dans les pays amis. Le Mi-24D, version améliorée, commence à être produite à Arsenyev en 1973, et à Rostov-sur-le-Don pour l'exportation (Mi-25). En tout 650 exemplaires sont produits jusqu'au milieu des années 1980. Le Mi-24V reste la version la plus populaire du Hind (Mi-35 à l'export). Un millier d'exemplaires sont construits entre 1976 et 1986, et 400 de plus pour l'étranger. Le Mi-24P, lui, embarque un canon de 30 mm au lieu de la mitrailleuse de 12,7 mm : 620 sont construits entre 1981 et 1989. Le Mi-24VP, construit à seulement 25 exemplaires à partir de 1989, dispose d'un canon de 23 mm. Il existe également une version de guerre NBC du Hind et une autre pour l'observation d'artillerie. Les Russes ont développé le Mi-24PN, pour le combat de nuit, qui entre en service en 2004. Le Mi-35M, version améliorée, est vendu au Vénézuela et au Brésil. Les compagnies israëlienne IAI et sud-africaine ATE proposent chacune des ajouts supplémentaires à l'appareil, de même que SAGEM, qui a développe les Mi-24 de l'Ouzbékistan.

Le Mi-24 reste attaché à la guerre d'Afghanistan menée par les Soviétiques, qui a vu plus de 400 opérations héliportées d'envergure. Au départ, il n'y a que 6 Mi-24A déployés dans le pays, mais deux mois après l'invasion, on compte déjà 40 Mi-24D. Les Mi-24 remplissent une multitude de rôles. Les opérations héliportées les plus conséquentes, au milieu des années 1980, réunissent jusqu'à 60 hélicoptères. 122 Hinds auraient été perdus entre 1979 et 1989. 36 Mi-24 avaient également été cédés aux Afghans. Le Hind avait connu son baptême du feu pendant la guerre de l'Ogaden (1977-1978) opposant l'Ethiopie à la Somalie : on le retrouve plus tard pendant la guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée (1998-2000) dans les deux camps. Les Hinds irakiens ont parfois affronté les hélicoptères iraniens pendant la guerre Iran-Irak, mais ont surtout servi à l'arrière, contre les soulèvements intérieurs. Ils ont également appuyé les opérations héliportées lors de l'invasion du Koweït en 1990. En revanche, la flotte reste au sol pendant les guerres du Golfe. La Libye a engagé des Hinds au Tchad et la Syrie au Liban. On retrouve les Hinds en Angola, au Sierra Leone et au Soudan. L'armée indienne et celle du Sri Lanka les emploient contre les Tigres Tamouls, jusqu'en 2009. Le Nicaragua et le Pérou ont également utilisé le Mi-24 au combat, de même que la Croatie pendant le conflit en ex-Yougoslavie, et la Macédoine un peu plus tard. Récemment encore, la guerre en Géorgie a vu l'emploi de Mi-24 dans les deux camps, en 2008. En Tchétchénie, le Hind, plutôt discret lors du premier conflit (1994-1996), est plus visible durant le second, à partir de 1999, bien qu'une trentaine de machines seulement soit engagée. Les Mi-24, au départ, réalisent 30% de missions en chasse libre.

Encore une fois, ce volume de la collection New Vanguard illustre les choix qui sont faits par l'éditeur : il s'agit avant tout d'une présentation technique de l'appareil. L'histoire et l'analyse de l'emploi opérationnel sont limitées à la portion congrue : les deux exemples les plus traités sont l'Afghanistan et la Tchétchénie, bien connus par d'autres publications par ailleurs. En outre, le propos est affaibli ici par l'absence complète de sources, ce qui est plutôt rare dans les volumes récents d'Osprey. Et c'est bien dommage, même si l'auteur connaît indéniablement son sujet. Cela ne dispense pas, malgré tout, de suivre un minimum de méthode. Les illustrations, pour finir, ne sont pas des meilleures.



dimanche 2 février 2014

Le Viêtnam depuis 2000 ans, Les collections de l'Histoire n°62 (janvier-mars 2014)

Le dernier numéro des collections de l'Histoire est consacré au Viêtnam, alors que l'on entame en 2014 une année France-Viêtnam. Comme le rappelle l'avant-propos, les historiens dépassent aujourd'hui le face-à-face entre colonisateurs et colonisés pour montrer la naissance d'une armée moderne, et un Etat moderne, sur le modèle soviétique et chinois. Mais le Viêtnam n'est pas né avec la conquête française. Son histoire commence il y a 2 300 ans dans la vallée du Fleuve Rouge, s'émancipe de la tutelle chinoise au Xème siècle puis descend vers le sud. Les Français s'appuient, dès 1858, sur un empire administré dans la tradition chinoise. Le Viêtnam, coeur de l'Indochine coloniale, forge l'imaginaire asiatique des Français. Le communisme et la guerre ont cependant accouché d'une puissance émergente dont les habitants n'ont pas été forcément le relais du colonisateur, comme a l'air de le penser l'auteur dudit avant-propos. Le propos se découpe en quatre parties : le Viêtnam avant la colonisation, pendant la colonisation, durant la "guerre de trente ans" (1945-1975) et après.

Philippe Papin décrit comment un prince chinois, au IIIème siècle avant notre ère, fonde le royaume d'Au-Lac, même si ce royaume devenu indépendant revient rapidement dans l'orbite chinoise. Une élite sino-viêtnamienne se forme durant le millénaire de présence chinoise. Le Viêtnam prend cependant son indépendance au moment de la fragmentation de l'empire Tang, processus consacré en 1010. Le pays reste tributaire de la Chine, mais le bouddhisme rivalise avec le confucianisme des Chinois. Il résiste aux invasions mongoles, puis défait la domination des Ming sous la direction de Le Loi, en 1428. Un âge d'or s'installe jusqu'en 1497, date à laquelle le pays se divise en deux : ancienne dynastie Lê au nord, dynastie des Nguyen au Sud. Ces derniers progressent vers le sud, jusqu'au Cambodge. Le commerce se développe, même si des révoltes ont lieu, et que les Chinois doivent être à nouveau chassés en 1789. Un rejeton de la famille Nguyen réunifie le pays dès 1802. Calqué sur le modèle chinois, le nouvel empire est enfin devenu une puissance régionale. Andrew Hardy rappelle cependant que le pays est une mosaïque de populations. Les anthropologues le découvrent au début du XXème siècle et insistent désormais sur les très fortes structures internes de ces sociétés. Les minorités ont en fait été repoussées par le processus de construction du pays à partir du XVème siècle, comme les ethnies des Hauts-Plateaux, séparées d'un commun accord des Viêtnamiens par la construction d'une muraille, comme l'ont montré des fouilles récentes. Les Français, en 1946, tentent d'instrumentaliser les minorités. Les civilisations des montagnes ont beaucoup souffert des guerres d'Indochine et du Viêtnam. Le pouvoir communiste cherche à sédentariser les tribus et écrase par la force les soulèvements. Mais l'armée se charge en même temps de bâtir l'infrastructure. Le Parti n'est plus le seul vecteur d'intégration : les évangélistes ont investi le terrain, le café planté sur les terres est exporté, et les minorités, bien que fières de leurs origines, deviennent viêtnamiennes. Emmanuel Poisson insiste sur le fait que le mandarinat était une bureaucratie moderne, mais pas selon les critères occidentaux. Les fonctionnaires, contrôlés par le pouvoir, sont en fait peu nombreux. Ils subjuguent par leur apparat. Ils sont recrutés par concours, et un certain nombre de villages sont de véritables pépinières. Mais dès le XVème siècles, certains employés ou soldats sont nommés mandarins pour faits d'armes. Le mandarin est formé à sa future tâche. Il n'exerce pas dans sa circonscription d'origine, envoie des rapports tous les trois ans. A partir du XVIème siècle, les mandarins préfèrent le retrait à l'engagement. C'est sur leur base que se greffe l'Etat colonial au XIXème siècle.

samedi 1 février 2014

François NEVEUX, L'aventure des Normands VIIIème-XIIIème siècle, Tempus 252, Paris, Perrin, 2009, 387 p.

François Neveux, professeur d'histoire médiévale à l'université de Caen, a pris sa retraite en 2009, l'année même de parution en poche de cet ouvrage, initialement sorti en 2006. C'est un spécialiste de la Normandie médiévale, un disciple de Lucien Musset.

Ecrit en collaboration avec Claire Ruelle, le livre commence par un prélude, trois épisodes de la geste normande : l'arrivée des Vikings à l'embouchure de la Seine, le 12 mai 841 ; la bataille de Hastings, le 14 octobre 1066 ; et le couronnement de Roger II de Sicile, le 25 décembre 1130. Il cherche à montrer quels étaient les points communs entre les Normands de ces trois épisodes. Le livre, écrit par un universitaire, est très abordable, ce qui est sans doute sa principale qualité.

Les Normands sont les hommes du Nord, appelés aussi païens ou Danois (le peuple le plus anciennement organisé) par les chrétiens. Ils désignent ensuite les habitants du duché de Normandie, fondé au Xème siècle. Les Scandinaves sont entrés en contact avec l'Occident au VIIIème siècle, à travers des expéditions navales, commerciales ou guerrières. Nous n'avons quasiment que la vision des vaincus, les chrétiens victimes des attaques. Le terme viking, lui, n'apparaît qu'au XIXème siècle. Avant le contact avec l'Occident, peu de sources : des inscriptions runiques, et des sources écrites toutes postérieures ou presque, dont les fameuses sagas. L'archéologie reste la plus prometteuse pour apporter de nouvelles connaissances. La langue, le proto-norrois, est comprise dans toute la Scandinavie. Agriculteurs, pasteurs, les Scandinaves développent leurs échanges à partir du VIIIème siècle. Villes et comptoirs font leur apparition. La société, moins égalitaire qu'on ne l'a dit, comprend trois classes, et la richesse divise les hommes libres. La polygamie est pratiquée pour les hommes. Le père est chef de famille. L'assemblée n'est pas non plus, comme le prétend une croyance fort répandue, démocratique : les plus puissants la dominent. La royauté n'apparaît que progressivement : élective, sacrée, on la voit émerger d'abord au Danemark. En Norvège et en Suède, elle est plus fragile. La religion, complexe, vénère surtout quelques dieux : Odin, Thor, etc. Les âmes des morts jouent un rôle considérable dans la vie des vivants. Le culte est familial, les usages funéraires variés.


Steven ZALOGA et Tony BRYAN, T-62 Main Battle Tank 1965-2005, New Vanguard 158, Osprey, 2009, 58 p.

Steven Zaloga, un des spécialistes fétiches d'Osprey pour l'armée soviétique et l'armée américaine, signe encore ce volume de la collection New Vanguard consacré, cette fois-ci, au char T-62. Ce blindé montre combien le développement des chars en URSS a pu être fonction des contingences politiques et des pressions d'une usine de production montante du coeur du pays. Ce char est finalement produit en masse pour l'Armée Rouge dans les années 1960 et jusqu'au début des années 1970. Son canon à âme lisse a servi à développer de nouveaux types de munitions. Surtout, le T-62 a été massivement exporté : il joue un rôle important dans la guerre du Kippour, reste en première ligne en Afghanistan, pendant le conflit Iran-Irak et sur d'autres champs de bataille depuis, comme en Syrie.

Le T-62 trouve son origine dans la question de l'armement des chars. Dans les années 1950, le canon de 100 mm soviétique commence à manquer de punch face aux M48A2, M60 ensuite et au Chieftain britannique. Les Soviétiques disposent d'obus APC et HEAT; mais n'ont pas développé les APDS (Armor Piercing Discarding Sabot). La compétition fait alors rage entre les bureaux de dessins de l'usine de Nijni-Tagil, issue d'un déménagement effectué en 1941, et celle de Kharkov, revenue à sa place d'origine pendant la guerre, mais qui est à l'origine de la première. Le bureau de Nijni-Tagil expérimente un prototype avec canon de 100 mm à âme lisse, et un autre capable de tirer des missiles. Khrouchtchev encourage le bureau à poursuivre dans la voie des chars lance-missiles, tirant le Drakon. Le projet est cependant abandonné avec la chute de Khrouchtchev en 1964, et l'on passe à des expérimentations d'un canon T-12 Rapira avec projectile APFSDS. Nijni-Tagil développe alors un nouveau canon à âme lisse de 115 mm, qui suppose de modifier la tourelle du T-54/55. En décembre 1960, le M60 arrive au sein des unités américaines en Europe. Tchouïkov, qui commande les forces terrestres soviétiques, exige d'avoir un canon de calibre supérieur au nouveau canon de 105 mm du char américain M60. Le T-62, avec son canon à âme lisse de 115 mm, est donc adopté en 1962. Le nouveau char arrive aux unités du groupe d'armées en Allemagne dès 1963. La production continue jusqu'en octobre 1973 : 19 019 T-62 sont fabriqués à Nijni-Tagil. A cette date, le char constitue 75% du parc des forces du groupe d'armés soviétique en Allemagne. En Occident, il est découvert surtout au moment du printemps de Prague, en 1968.


Le T-72 sera en grande partie construit sur l'expérience du T-62. L'idée d'un char lance-missiles n'est pas abandonnée, on tente encore de monter des AT-3 Sagger sur le T-62. Le T-62 modèle 1972 dispose d'une mitrailleuse antiaérienne de 12,7 mm pour lutter contre les hélicoptères. Entre 1981 et 1985, 785 T-62 voient leur blindage modernisé pour la version M, qui dispose aussi de meilleurs contrôles de tir. Le T-62 n'a pas été produit en dehors de l'URSS, à l'exception de 80 exemplaires seulement par la Bulgarie. En revanche, 5 000 des 19 000 exemplaires construits par Moscou ont été exportés dans les années 1970 et 1980, l'Irak, la Syrie et l'Egypte étant les trois premiers bénéficiaires en nombre. Les Chinois capturent un T-62 pendant les escarmouches de 1969, qui leur servira à développer leurs propres blindés. En 1973, l'Egypte a touché 200 T-62 et la Syrie 500. Dans le Sinaï, puis dans le Golan, c'est moins les caractéristiques techniques que les conditions tactiques et la qualité des équipages qui font la différence. Sur le Golan, les Israëliens sentent bien que le T-62 est meilleur que le Centurion Shot : meilleur blindage, meilleure puissance de feu. Les Irakiens ont le même problème pendant la guerre Iran-Irak et les grandes batailles de chars, jusqu'en 1982. On peut dire aussi que les pertes syriennes au Liban, déjà, sont moins importantes. Le T-62 se retrouve en première ligne lors de l'invasion de l'Afghanistan, la 40ème armée du sud de l'URSS ayant des matériels plus anciens que les autres fronts plus critiques. Les Soviétiques perdent 385 chars durant la guerre, presque tous des T-62, mais les pertes totales sont de 1 340 chars, toutes causes confondues. L'armée afghane actuelle aligne encore quelques-uns de ces chars fournis par les Soviétiques au gouvernement de l'époque. En 1991, il ne reste plus que 3 000 T-62 en service au sein de l'Armée Rouge mais la plupart sont dans des zones de crise : les T-62 verront le combat en Tchétchénie et même en Géorgie en 2008. L'Irak aligne encore 500 T-62 pendant la guerre du Golfe, il est en service dans les meilleures unités de l'armée régulière, l'élite de la Garde Républicaine étant passée au T-72.

A nouveau, le volume est très instructif sur la partie technique, d'autant que le T-62 a un parcours original, et qu'il a été moins abordé que d'autres chars soviétiques (d'ailleurs la bibliographie est entièrement russe). Mais on peut encore regretter que la partie analyse soit réduite à la portion congrue : même sur le plan de l'emploi au combat à l'exportation, Zaloga se contente de rabâcher le sujet archi-connu du Kippour, alors que d'autres conflits beaucoup moins connus (comme la guerre Iran-Irak, pour n'en citer qu'un) aurait mérité cette place. Dommage ! A noter qu'à cette date, les illustrations ne sont plus au centre avec légendes à la fin, mais sont disséminées au fil du texte, ce qui rajoute en confort de lecture.