vendredi 31 janvier 2014

André LOEZ, Les 100 mots de la Grande Guerre, Que-Sais-Je, Paris, PUF, 2013, 128 p.

Avec la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, les ouvrages se multiplient sur le sujet, en France comme à l'étranger. André Loez, docteur en histoire contemporaine, professeur agrégé et chargé de cours à Sciences Po, est l'auteur ou le coauteur de plusieurs ouvrages sur la Grande Guerre. Comme il le rappelle dans l'introduction, le centenaire, c'est aussi l'occasion de faire le point sur la recherche, des questions débattues, et de les passer au grand public, ce qui constitue le but de ces "100 mots". Volontairement, André Loez a privilégié l'univers francophone, à travers les causes de la guerre, le déroulement du conflit, les acteurs, la vie des soldats au front, celle à l'arrière, l'empreinte de la guerre, la mémoire et les débats entre historiens. Les entrées incluent d'ailleurs beaucoup de citations de contemporains. Comme il l'explique, ce Que Sais-Je vient compléter celui déjà existant et présentant une approche d'histoire militaire plus traditionnelle, écrit par Jean-Jacques Becker, que j'avais commenté récemment.

Les 100 mots s'ouvrent par l'entrée Alcool (!), dont la consommation, bien réelle, n'est pas sans susciter des remous parmi la troupe. Sur l'Alsace-Lorraine, l'historien rappelle aussi combien la population, après la victoire, fut tenue en suspicion, accusée de "germanophilie". Les anciens combattants, qui jouent un rôle très important dans l'entre-deux-guerres, sont beaucoup moins visibles après 1945, même si le décompte macabre des "derniers poilus" les remet sur le devant de la scène plus tard. L'archéologie joue un rôle de plus en plus important pour faire progresser les recherches. André Loez rappelle aussi combien la bataille de la Marne fut célébrée avec une "ferveur mystique" côté français.


Helmut BORSCH-SUPAN, Antoine Watteau, h.f. Ullmann, 2007, 140 p.

Premier volume, je crois, où je n'accroche pas vraiment, dans cette collection pourtant peu onéreuse (4 euros), superbement illustrée et avec un texte dense (bien qu'un peu trop petit, peut-être). Il faut dire que la période n'est pas non plus parmi mes préférées. Mais il m'a semblé ici que le spécialiste parlait... pour le spécialiste, et pas forcément pour un public un peu plus large. Il faut dire que la vie d'Antoine Watteau, né en 1684, est assez énigmatique. On dispose de très peu d'écrits de sa main, il a mené une vie modeste et retirée. Son oeuvre reste finalement la meilleure source sur lui-même. S'il a développé son talent à Paris, à partir de 18 ans, il n'est jamais devenu un peintre de cour.

Sa plus grande oeuvre, L'Enseigne de Gersaint, relève à la fois de la provocation et d'une certaine résignation. Il s'inspire des modèles flamands et des Grands Vénitiens, non des Français. Watteau s'est aussi beaucoup servi de la commedia dell'arte, dont il était un fervent partisan. L'enseigne vise à la fois à attirer les clients du magasin et à les critiquer. La beauté associée à l'ironie.

L'Enseigne de Gersaint (1720). Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/94/Gersaint.jpg


Arrivé à Paris en 1702, Watteau a pour maître Claude Gillot. Il se consacre beaucoup à la peinture décorative avec figures et ornements. Mais Watteau a également traité des sujets militaires, à partir de 1709, ce qui n'est pas une surprise pour un natif de Valenciennes, place encore disputée à l'époque. Il peint surtout des scènes de bivouac ou de marche, pas des scènes de bataille avec la cavalerie, modèle du genre à l'époque. Mais la grande passion de Watteau, c'est le théâtre : il représente des scènes de masse, qui étaient appréciées dans l'art flamand. Les compositions à nombreux personnages sont fréquentes jusqu'en 1712. Il fait ainsi un portrait de la Comédie Italienne qui peut revenir en France, sur autorisation du Régent, en 1716. Pierrot est son personnage favori. Watteau inscrit de plus en plus la réalité dans ses tableaux du monde du théâtre.

Pierrot.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f5/WatteauPierrot.jpg


Le Pélerinage à l'île de Cythère (1717) est l'une de ses oeuvres les plus emblématiques. La scène est basée sur le mouvement et comporte de nombreux personnages, comme La Mariée du village, où les 108 personnes constituent un ensemble harmonieux. Dans ses tableaux, Watteau insère souvent des statues ou des bustes antiques, et notamment ceux de Vénus. Admis à l'Académie, il est désigné peintre des fêtes galantes. Il s'inspire de Rubens, se sert des statues pour indiquer des choses sur le tableau. La composition de ces fêtes galantes est très variée. Watteau est en outre un grand dessinateur, en particulier de personnages, en préparation de ses toiles. Il réalise des portraits à la sanguine et à la pierre noire. Il représente des Savoyards, des Persans, des petits Noirs. Il inaugure l'art français du dessin du XVIIIème siècle qui se poursuivra avec François Boucher et Honoré Fragonard. Watteau n'a fait que quelques scènes d'intérieur. Dès 1712, il place ses tableaux dans des parcs aménagés, puis s'inspire des paysages des Italiens (Titien) à partir de 1716. Les enfants, qui tiennent une part de plus en plus importante au fil des années, sont représentés comme en harmonie avec la nature. Après un séjour en Angleterre, dont on ne sait pas grand chose, Watteau revient en France et y meurt en 1721. Les séjours de peintres français à Londres étaient fréquents à la fin du XVIIème siècle. Boucher s'inspirera de Watteau, mais de façon très personnelle. Malheureusement, la dernière page de la conclusion a été coupée, et il nous manque les derniers mots...



Le volume se complète comme d'habitude par une chronologie du peintre, un glossaire et une bibliographie sélective. 



mercredi 29 janvier 2014

Vidéo : Histoire et Stratégie n°17 (février-avril 2014)

Voici la vidéo de présentation du dernier numéro de Histoire et Stratégie. J'évoque le découpage en trois parties, le tout entrecoupé de petits extraits vidéos, comme de coutume, en rapport avec chacune. Bon visionnage !



mardi 28 janvier 2014

Publication : Histoire et Stratégie n°17 : L’arme blindée américaine, fer de lance de l’US Army (février-avril 2014)

Le prochain numéro de Histoire et Stratégie sera bientôt disponible à la vente. C'est le deuxième numéro de ce magazine que je signe, après un premier consacré aux opérations aéromobiles. Vous pouvez trouver le sommaire sur le blog de DSI, ici, ainsi que l'éditorial, ici.

La rédaction d'un numéro d'Histoire et Stratégie est toujours un travail considérable, prenant, mais exigeant et passionnant. Exigeant parce qu'il faut aborder un sujet non pas simplement sous l'angle du récit ou de la dimension matérielle, mais plus largement, sous l'angle de l'analyse, de la réflexion, de la remise en perspective des évolutions doctrinales, des opérations, etc. Bref, d'une histoire militaire un peu plus "totale" que dans d'autres publications. Passionnant parce qu'après avoir défini le sujet, que l'on a choisi en accord avec la rédaction, on peut s'y lancer à corps perdu, l'ampleur du magazine permettant de développer davantage que dans d'autres publications.


J'avais choisi, donc, de traiter de l'arme blindée américaine, de 1917 à nos jours. Un sujet qui me tentait depuis un certain temps maintenant, notamment pour éclaircir certaines zones d'ombre, ou pour aborder des choses moins connues mais qui m'étaient plus familières (comme l'emploi des blindés au Viêtnam). Comme de coutume, je fournirai au moins un supplément en ligne et une ou deux vidéos seront publiées cette semaine pour présenter le numéro.

Bonne lecture !

[Nicolas AUBIN] Vincent ARBARETIER, L'école de la guerre, Sedan 1940 ou la faillite du système de commandement français, Economica, 2011, 150 p.

Une nouvelle fiche de lecture proposée par Nicolas Aubin. Merci à lui ! Je précise que l'avis exprimé dans cette fiche n'engage bien sûr que son auteur.



Le Lt-Colonel Vincent Arbarétier est officier des transmissions et docteur en Histoire (sa thèse de doctorat portait sur la stratégie allemande en Méditerranée). Cette double casquette lui donne toute la légitimité pour aborder ce sujet souvent ignoré ou brocardé. Quand je l'ai feuilleté, ce livre m'a paru remarquable. L'introduction posait en particulier fort bien les enjeux de l'étude :


"La problématique consiste alors à se demander si les Français ont été vaincus à cause de leur retard technologique dans le domaine de leur système de commandement, ou bien, si les Allemands ont réellement élaboré une doctrine en matière de commandement, qui leur a permis de vaincre si vite celle qui passait alors pour la 1ere armée du monde. Cette étude prend pour base le cas concret de la 55e DI face au XIXe corps blindé de Guderian qui, mal renseignée, a tenté de réagir face à un ennemi écrasant, sans avoir la possibilité de coordonner son action avec d'autres grandes unités". Vincent Arbarétier saisit bien que la question implique de se pencher tant sur la technique (les transmissions françaises étaient-elles matériellement inférieures ?), que sur les méthodes et l'organisation de commandement mais aussi sur sa doctrine (penser le commandement) ce qui explique que une approche comparative.


Hélas, l'introduction est la meilleure partie de l'ouvrage.



dimanche 26 janvier 2014

Fabrice BALANCHE, Atlas du Proche-Orient arabe, Paris, PUPS, 2012, 134 p.

Fabrice Balanche, géographe français, est l'un des spécialistes de la Syrie. Il vient de soutenir son habilitation à diriger des recherches, en novembre 2013 ; jusqu'ici maître de conférences à l'université Lyon 2-Louis Lumière, il est directeur du Groupes d'Etudes et de Recherches sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO). On l'a vu régulièrement dans les médias depuis le début de l'insurrection en Syrie. Fabrice Balanche est surtout un spécialiste du pouvoir alaouite, depuis le coup d'Etat de 1963 ; ses analyses du conflit ont parfois prêté à débat, comme par ce trio de chercheurs qui a mené une enquête de terrain, en Syrie, pour cerner un peu mieux les origines du soulèvement puis son développement.

Dans ce livre, Balanche se propose de faire un atlas du Proche-Orient, contour assez flou en France, qui englobe la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine et Israël. La région est largement déterminée par le conflit israëlo-palestinien. Cette région correspond à une réalité géographique, le Bilad es-Sham des Omeyyades (VIIème siècle), qui a toujours été disputée par les conquérants étrangers. L'émir Faycal avait essayé de l'unifier en 1918, mais les mandats français et britanniques et la colonisation juive ont consommé la fragmentation politique. Depuis 1948, en raison du conflit israëlo-palestinien, cet espace ouvert à l'époque ottomane s'est progressivement fermé. Le conflit a influencé la construction des Etats arabes, même si les voies politiques et économiques sont parfois différentes ; néanmoins les pays appartiennent à la même aire culturelle. Fabrice Balanche explique qu'il a préféré comparer les territoires palestiniens à Israël, ce qui peut soulever des interrogations, car c'est reproduire, in fine, le schéma du conflit israëlo-arabe. Le propos se divise en 8 chapitres. Les trois premiers posent le cadre physique et l'histoire récente de la région. Les trois suivants abordent les dynamiques socioéconomiques. Le septième chapitre, sur les territoires palestiniens, apparaît du coup quelque peu incongru dans l'ensemble, conclu par un dernier chapitre sur les conflits pour le contrôle du Proche-Orient.

samedi 25 janvier 2014

Steven J. ZALOGA et Hugh JOHNSON, T-54 and T-55 Main Battle Tanks 1944-2004, New Vanguard 102, Osprey, 2004, 48 p.

Ce volume de la collection New Vanguard d'Osprey, qui se focalise sur l'étude du matériel militaire, est encore une fois signé Steven Zaloga, le spécialiste de l'Armée Rouge et du matériel soviétique (en plus d'être également un bon connaisseur du matériel américain). Et pour cause : il s'agit ici de traiter la série des chars T-54/T-55, qui a été aussi répandue à travers le monde depuis la guerre froide que le fusil d'assaut AK-47, dont le créateur est mort récemment. On les retrouve encore sur les champs de bataille de la guerre en Syrie, dans les deux camps.

Au départ, c'est un bureau de dessin de l'usine n°173 de Nijni-Tagil, qui produit le T-34, et qui décide de trouver un remplaçant au T-34/85, dès 1944. On prend comme base le T-34, surblindé à l'avant en enlevant le mitrailleur de caisse, toujours armé d'un canon ZIS-S-53 de 85 mm. Le T-44, qui approche le Panther en termes de performances, ne fait que 65% du poids de ce dernier. 20 exemplaires sont produits en 1944 à l'usine de Kharkov réinstallée, 965 en 1945 et 1 823 en tout jusqu'en 1947.


vendredi 24 janvier 2014

Gunga Din (1939) de George Stevens

Dans les années 1880, à la frontière nord-ouest de l'Inde, colonie britannique. Des inconnus attaquent un avant-poste anglais et massacre la garnison de Tantapur. Le colonel Weeds envoie un détachement pour évaluer la situation sous les ordres de trois sergents baroudeurs et amis des Royal Engineers, MacChesney (Victor McLaglen), Cutter (Cary Grant) et Ballantine (Douglas Fairbanks Jr). Parmi les porteurs indiens qui les accompagnent, il y a Gunga Din (Sam Jaffe), porteur d'eau, qui ne rêve que de devenir un soldat de sa Grâcieuse Majesté...

Gunga Din témoigne du succès de la thématique des Indes dans le cinéma américain après Les 3 lanciers du Bengale de Hattaway, sorti en 1935. La charge de la brigade légère de Curtiz sort l'année suivante, et la RKO, à son tour, offre un budget colossal à la disposition de Howard Hawks pour réaliser cette adaptation d'un poème de Kipling. Hawks étant trop lent, la RKO confie la réalisation à George Stevens. Le film est tourné dans le désert californien.





Film d'aventures qui a remporté un grand succès à l'époque (il est cependant sorti la même année qu'Autant en emporte le vent et Le magicien d'Oz), Gunga Din a, par certains côtés, mal vieilli. Autant les scènes d'action restent spectaculaires, malgré la pauvreté des effets spéciaux bien sûr, autant les passages intermédiaires comportent de nombreuses longueurs. Stevens a misé sur les plans de bataille, en particulier, et cela se voit : les scènes comiques entres les trois sergents sont parfois à la limite de la caricature. Pendant le tournage de la scène où les trois sergents résistent en haut du temple au siège des Thugs en attendant les secours, il fait très chaud et les acteurs se rafraîchissaient avec des bières. Comme la lumière était bonne, Stevens leur a imposé de rester longtemps en place, malgré la chaleur qui était plus forte ce jour-là ; un peu éméché, McLaglen, n'en pouvant plus, a uriné du haut de l'édifice, faisant hurler de rire ses deux collègues... Le côté quelque peu décalé des trois sergents britanniques n'empêche d'ailleurs pas le propos d'être plutôt un ode à la gloire de l'Empire, même si le réalisateur a eu la bonne idée de faire figurer Kipling, notamment dans la scène finale, pour faire le lien avec le poème. Malheureusement, le grimage de Sam Jaffe, qui joue Gunga Din (censé être un jeune garçon, mais l'acteur a 47 ans...), et du chef des Thugs, un acteur italien, n'est pas très convaincant. Reste que le film a sans doute contribué à inspirer Steven Spielberg pour le deuxième volet d'Indiana Jones, Le temple maudit : les scènes du pont suspendu et celles des Thugs évoquent immanquablement quelque chose... 



mardi 21 janvier 2014

L'autre côté de la colline : Du chaos à la lumière (Nicolas Aubin)

Nicolas Aubin, qui me propose de temps à autre des fiches de lecture, contribue désormais ponctuellement à L'autre côté de la colline (il rejoint la page correspondante). Son premier article porte sur la question logistique pendant la guerre hispano-américaine de 1898. A la fois original et passionnant : un véritable galop d'essai pour les projections d'une armée en devenir, dont Cuba fut en quelque sorte la matrice... Bonne lecture !

lundi 20 janvier 2014

Reproduction des articles du blog : me demander mon accord et mentionner la source !

Un petit encadré de plus dans la colonne de droite, sous forme d'avertissement à la reproduction : toute personne qui souhaite reprendre un de mes billets sur le web (sur un blog, un site, etc) dans son INTEGRALITE (je précise) doit me demander l'autorisation AVANT et mentionner bien sûr mon nom et le lien vers le billet en question sur Historicoblog (3).

Je procède à cette modification car, encore une fois, certains blogs ou sites liés à l'extrême-droite ou approchant reprennent mes billets sans me demander mon avis, et ce même s'ils mentionnent la source. C'est encore arrivé à deux endroits différents pour la récente fiche de lecture de l'ouvrage de Benoît Rondeau sur la guerre du désert. Or je n'ai pas forcément envie que mon nom ou mon travail soit associé à de tels sites. Il faudra donc désormais me demander l'autorisation préalablement via l'adresse mail que vous pouvez trouver juste au-dessus dudit encadré.

dimanche 19 janvier 2014

Café Stratégique n°31 : Sur les champs de bataille

Le prochain Café Stratégique de l'Alliance Géostratégique aura lieu jeudi 23 janvier prochain, à 19h00, au café le Concorde, comme de coutume.

L'invité est le sergent-chef Jocelyn Truchet, du 13ème BCA, auteur de Blessé de guerre. Engagé en Afghanistan, celui-ci y a laissé une jambe en mai 2010, après six mois de présence sur place, d'où le titre de son ouvrage. Il a consigné ses impressions au quotidien sur le conflit en Afghanistan.

Je signale aussi que le colonel Michel Goya sera présent à ce Café Stratégique.

vendredi 17 janvier 2014

Michel GALY (dir.), La guerre au Mali. Comprendre la crise au Sahel et au Sahara. Enjeux et zones d'ombre, Paris, La Découverte, 2013, 198 p.

Pas facile de traiter, à chaud, un conflit qui n'est pas encore terminé. Parlant régulièrement de la guerre en Syrie depuis septembre 2013, je sais de quoi je parle... et pourtant, sous la houlette de Michel Galy, professeur de géopolitique à l'ILERI, un panel de spécialistes a essayé de le faire.

Dans la préface, Bertrand Badie souligne que la crise n'est pas seulement malienne, mais régionale. Les échelles sont très importantes. Le problème malien remonte en fait à la période de l'indépendance, c'est aussi un échec politique. Crise nationale, crise régionale, crise continentale même pour Badie, car l'Union Africaine n'a pas encore les moyens de répondre à de tels défis. En outre, la guerre au Mali est liée au "printemps arabe" de par les effets de la chute de Kadhafi en Libye sur la situation dans le pays. Comme le souligne le préfacier, l'intervention militaire à elle seule est trompeuse : elle ne règlera pas les questions politiques et sociales. L'opération française est menée par l'ancienne puissance coloniale, puissance extérieure quoiqu'on en pense ; c'est aussi quelque part l'échec d'un multilatéralisme en matière de sécurité. Réduire l'adversaire à des terroristes criminels (alors que les mouvements affrontés ont un ancrage social évident, pour certains) n'arrange rien. Une victoire militaire peut-elle déboucher sur un résultat politique conséquent ? L'intervention militaire nourrit les sociétés guerrières, renforce la tutelle d'une société dépendante, aggrave le "prétorianisme".

Michel Galy rappelle quant à lui dans l'introduction que la guerre commence en janvier 2012, un an avant l'intervention française. Le conflit, comme on l'a dit, dépasse l'enjeu local, il est quasiment global, de par ses ramifications. Les Touaregs ont été marginalisés par le découpage colonial, puis depuis les indépendances. Sur le problème touareg s'est surimposé la radicalisation de l'islam depuis les années 2000, vers le wahhabisme, particulièrement au Mali. Pour Michel Galy, la France est en partie responsable du délitement de la situation, notamment en soutenant des élections truquées, en misant sur les Touaregs qui se sont rapidement alliés aux djihadistes, en reprenant le discours de la "guerre contre le terrorisme" de G.W. Bush. Pour lui, le scénario de sortie de crise est plus celui d'un "état de guerre" indécis.

mardi 14 janvier 2014

[Nicolas AUBIN] Henri de Wailly, Weygand, De Gaulle et quelques autres, La Somme 16-28 mai 1940, Lavauzelle, 1983, 379 p.

Nouvelle fiche de lecture proposée par Nicolas Aubin, merci à lui.

Avec cet ouvrage, le second d’une quadrilogie, Henri de Wailly poursuit son exploration des combats le long de la Basse-Somme. Le premier tome (le coup de faux) était consacré au bombardement et à la prise d’Abbeville le 20 mai 1940, celui-ci prend davantage de recul et embrasse quinze journées qualifiées de décisives vues du côté des alliés. .. D’où le titre «Weygand, De gaulle et quelques autres». Il s’agit de suivre une vingtaine d’acteurs allant du général en chef jusqu’à l’obscur trouffion pour comprendre la difficile reconstruction du front sur la Somme et les contre-attaques bâclées qui se succèdent entre Abbeville et Amiens pour espérer rompre l’encerclement du GA1 victime du coup de faux. A propos de cette histoire, deux thèses s'opposent: l'une considère que si les Allemands avaient été repoussés là, tout aurait pu changer. L'autre thèse considère que les cartes étaient déjà jouées et qu'il n'était plus possible de redresser la situation. Henri de Wailly semble incliner dans le sens des premiers même si à travers son récit, les autres partisans pourront y trouver aussi de la matière à fourbir leurs arguments. 
 
A sa sortie (1983), l’ouvrage comblait une lacune dans la recherche, cette période étant largement ignorée et les lecteurs ne connaissaient en général que deux contre-attaques françaises (Montcornet et Abbeville le 29 mai… légende gaullienne oblige). De Wailly qui ne semble pas un gaulliste convaincu écorne cette légende (on le ressentira davantage dans son ouvrage suivant : De gaulle sous le casque.)

Le livre se présente comme un récit quotidien qui, pour chaque journée, alterne de courts chapitres (1 à 2 pages) consacrés à un acteur. On va et on vient entre l’arrière et le front en permanence, entre le soldat et le chef avec parfois une parole donnée au civil perdu dans la débâcle. Ce choix dynamique donne une véritable dramaturgie et un côté thriller très agréable pour une lecture sous la couette mais il oblige à beaucoup chercher quand on veut suivre l’odyssée d’une seule unité ou reconstruire les étapes d’un engagement sur plusieurs jours. La part belle accordée aux témoignages, le recours aux dialogues directs contribuent aussi à être plongé au cœur de la bataille. L’anecdote s’imbrique à la Grande histoire telle ces tensions entre Julitte, l’officier de liaison auprès de la
1st Arm Div, et le major Ross… anecdote, anecdotique je ne pense pas tant elle illustre à merveille les méfiances réciproques et tant ces méfiances ont ralenti ou affaibli les opérations inter-alliées.

Concrètement, la première partie de l’ouvrage porte sur la tardive prise de conscience du coup de faux par les autorités, la difficulté à reconstituer un front, la dichotomie entre les punaises accrochées sur la carte à Vincennes et la triste réalité sur le terrain où les unités montent en ligne dans le plus grand désordre… puis vient le temps des contre-attaques quand les alliés enchaînent les attaques improvisées contre les têtes de ponts allemandes sur la Somme que de Wailly résume ainsi : «
 Echec sanglant à Abbeville, attaque blanche à Picquigny, échec au sud d’Amiens : hélas il faut encore avancer d’une station dans ce récit répétitif. Aujourd’hui le 27 mai une autre unité est parvenue sur le front de la Somme et, de la même façon, elle a été jetée instantanément sur l’ennemi invisible, sans aviation, presque sans artillerie avec pour tout soutien, dix chars Hotchkiss du groupement de Langle « Attaquer ! Attaquer ! Attaquer ! avait ordonné le général Besson. ». Il parle ici de la13e DI (p.254). Notez que les attaques de la 4e DCR puis de la 2e DCR ne sont pas abordés ici mais dans les deux tomes suivants.

Henri de Wailly est un enfant de la débâcle (né en 1934), un marin et un ancien combattant de la guerre d’Algérie et il «
est hanté par le désolant naufrage de sa nation» (je cite sa présentation), cet itinéraire se ressent et de Wailly cherche à exorciser ce traumatisme. Il n’est donc pas neutre dans sa prose au contraire il fait partager son écœurement face à l’impréparation française, face aux atermoiements ou au contraire au manque de discernement criminel des généraux alliés. Il compare les combats très coûteux de la deuxième semaine (300 chars perdus) à un effort fourni par un homme pour refermer une porte ouverte dans un mur qui s’écroule autour de lui. Il dénonce le gâchis matériel et, bien sûr, humain de contre-attaques menées dans l’anonymat ou le mépris telle celle de la 1st Arm Div le 27 mai qui brise ses reins au Sud d’Abbeville et qui est perçu comme un « épiphénomène regrettable mais à tout prendre sans conséquence » par les autorités françaises… comme si on pouvait se permettre de gaspiller une des dernières unités motorisées alliées. Il dresse un parallèle avec les offensives de la 1ere Guerre Mondiale. Finalement, on ressort avec une impression finalement assez caricaturale ou stéréotypé où les actes héroïques ont été gâchés par l’imbécilité de généraux minables ou imbus d’eux même… et de citer les deux heures perdues par le général Frère et son état-major pour marquer sa sympathie à l’égard de celui de la 2e région militaire qui avait ordre de rester à Amiens alors que Frère évacuait. Deux heures de compassion car, dixit Frère, un départ précipité «me paraissait peu élégant, nous lui tenons donc compagnie jusqu’à 17 h». Un historien aujourd'hui ne se contenterait plus de ce simple constat, il chercherait à expliquer pourquoi les généraux français ont été désarçonnés. Et c'est sur ce point que l'on doit douter des possibilités d'un redressement, tant la détresse de l'état-major est le fruit non d'une conjoncture désastreuse ou d'incompétences individuelles mais traduit l'effondrement de toute une infrastructure mentale et organisationnelle.

Ce style direct parfois vindicatif peut énerver ou, au contraire, séduire par sa faculté à vous projeter au cœur de la bataille, au cœur de la réalité vécue sur le terrain. Il manque aussi le pendant allemand car l’auteur fait le choix légitime de laisser le lecteur dans la peau des Alliés en manque de renseignement sur cet adversaire invisible. Si Henri De Wailly a consulté de nombreuses archives alliées (en particulier anglaises) et collecté des dizaines de témoignages, toute cette documentation ne porte que sur le même camp. Les cartes sont indigentes mais cela est fréquent dans un livre des années 80.

Il n’en demeure pas moins que ce livre reste remarquable : bien écrit, haletant, poignant, avec une documentation solide… indispensable à mon avis dans une bibliothèque sur le désastre de 1940.

Nicolas Aubin

lundi 13 janvier 2014

2ème Guerre Mondiale n°52 : supplément au dossier du "triangle sanglant"

Pour compléter le dossier sur le "triangle sanglant" en Ukraine, voici le point de vue allemand avec ce témoignage d'un commandant de compagnie motocycliste de la 11. Panzerdivision. Bonne lecture !


Von Hofgarten est à la tête d'une compagnie de motocyclistes du 61ème bataillon. Il y a une compagnie de ce type dans chacun des 7 bataillons motorisés de la Reichswehr en 1935. En octobre 1934, le 16ème régiment de cavalerie de la 3ème division de cavalerie de Thuringe est démonté et réorganisé en deux régiments motorisés avec des motos et des side-cars. En 1935, ces deux régiments constituent les 3 bataillons de motocyclistes des 3 premières Panzerdivisionen.

Le bataillon de von Hofgarten est constitué à l'automne 1940 : il comprend un état-major, 3 compagnies de motocyclistes-fusiliers et une compagnie de motocyclistes-mitrailleuses, ainsi qu'une compagnie lourde avec moyens du génie, artillerie de campagne et artillerie antichar. En tout, environ 800 hommes. Les bataillons de motocyclistes servent à la fois à la reconnaissance mais aussi à raids, pour établir des têtes de pont par exemple. Ils souffrent en revanche dès que le terrain devient boueux et impraticable, comme ce sera le cas à la fin de Barbarossa en Ukraine ; en outre, ils manquent de puissance de feu face à un ennemi qui serait bien retranché.

Le bataillon a été constitué sur le terrain de manoeuvres d'Ohrdruf entre août et septembre 1940. Von Hofgarten a été chef de section puis de compagnie dans le 1er bataillon de motocyclistes, blessé pendant la campagne à l'ouest, puis arrive en septembre au 61ème bataillon de motocyclistes. Il peut ainsi comparer les deux formations : le 1er était une unité de professionnels, officiers et sous-officiers, avec presque aucun réserviste. Ce n'est plus le cas avec le 61ème : certains hommes ont été transférés d'autres unités et n'ont pas l'expérience des motocyclistes, un tiers seulement a l'expérience du combat. La cohésion n'est obtenue que par l'entraînement intensif puis avec la campagne des Balkans. La compagnie de mitrailleuses de von Hofgarten n'atteint son effectif complet qu'en janvier 1941. Vu le type de formation, le rôle de l'officier est central : il doit diriger de l'avant et montrer l'exemple. En outre les mitrailleuses sont importantes aussi pour le bataillon. Les motocyclistes démontent fréquemment pour monter sur les chars qui mènent la progression, afin de réduire les nids de résistance. Début juin 1941, la compagnie de motocyclistes participe à un exercice de la 11. Panzerdivision où elle incarne l'infanterie russe. Von Hofgarten témoigne d'ailleurs que les Allemands n'ont que fort peu de renseignements sur les tactiques de leur adversaire.

Voici comment von Hofgarten décrit le début des opérations :

"Après l'ouverture du feu par l'artillerie lourde à 3h15 le 22 juin, le bataillon doit attendre l'aube pour traverser la rivière sur un pont du génie. Une petite tête de pont a été créée par d'autres unités. Comme le 15. Panzer-Regiment est en pointe, le bataillon n'est engagé que dans de petites actions entre les 22 et 25 juin. La résistance ennemie est faible et désorganisée, et des forces plus importantes ne sont pas encore apparues. Ce n'est que le 26 juin que le bataillon, cette fois en pointe, bute sur une résistance plus coriace à Ostrog, dans la zone de Dubno, après 90 km de marche. Par une attaque surprise, la compagnie réussit à rejeter l'ennemi dans les faubourgs est d'Ostrog. Pourtant, la compagnie se trouve dans une situation critique car le bataillon ne la rejoint pas avant plusieurs heures, notamment en raison de l'état des routes. L'infanterie soviétique se reprend et lance plusieurs contre-attaques. Notre artillerie antichar détruit un vieux blindé soviétique. Notre compagnie de mitrailleuses repousse aisément l'assaut de une ou deux compagnies ennemies, notamment parce que celles-ci doivent grimper une pente devant les faubourgs est. L'artillerie ennemie n'est pas engagée. Les canons lourds, pourtant, frappent Rovno, sur la gauche du bataillon.".


Pour en savoir plus :


David M. GLANTZ (éd.), The Initial Period of War on the Eastern Front 22 June-August 1941, Frank Cass Publishers, 1993, p.318-335.

dimanche 12 janvier 2014

2ème Guerre Mondiale n°52 (janvier-février 2014)

Mise à jour : on lira avec intérêt les remarques du rédacteur en chef, Nicolas Pontic, en commentaire.

Retour sur le numéro 52 de 2ème Guerre Mondiale auquel, comme je l'ai déjà dit, j'ai largement contribué.

 - à noter qu'en plus des divers écrits que j'ai produits, vous trouverez p. 4-5 quatre fiches de lecture de mon cru, sur Himmler et l'empire SS (Edouard Calic), La traque d'Eichmann (Neal Bascomb), La guerre sans haine (réédition des carnets de Rommel, Berna Grünen), Dentistes héroïques de la Seconde Guerre mondiale (Xavier Riaud).

- je dois revenir, encore une fois (j'en ai souvent parlé, mais je souhaite développer un peu, ces propos n'engagent bien sûr que moi, en aucune façon la rédaction du magazine) sur le cas Pierre Tiquet. Cet auteur se fait une spécialité, pour ce magazine et pour d'autres, de livrer des témoignages de combattants de l'Axe (et souvent de la Waffen-SS), sans aucune distance critique, bruts (sans commentaire), et non sans cacher une possible "admiration" pour les nervis de la machine de guerre nazie. C'est ce que l'on constate ici avec le témoignage de Eero Kiviranta, chef de section de troupes de choc finlandais, qui décrit les combats en Carélie orientale, en 1941. Il est très important, me semble-t-il, quand on est auteur dans de tels magazines, d'adopter une attitude conforme à la "méthode historienne" (et ce sans être forcément un historien de métier...), en particulier quand on recueille des témoignages. Or il n'y a rien "d'historien" à fournir un simple témoignage dépourvu d'une contextualisation (avec références si possible ; dans les numéros précédents, il y avait parfois un encadré ou autre chose qui correspondait), de cartes, par exemple, sans parler d'une prise de position assez nette en faveur des Allemands ou, ici, des Finlandais (ce n'est pas moins pire de parler de "l'ogre russe"...). Comme je n'ai pas l'habitude de parler pour ne rien dire, je propose donc ici au rédacteur en chef, Nicolas Pontic, de lui fournir s'il le souhaite un exemple de témoignage soviétique "traité" selon une méthode un peu plus pertinente que ce qui est proposé par cet auteur (et sans complaisance à l'égard de l'Armée Rouge bien sûr, mais sans dénigrement non plus, évidemment). Je peux également traiter un témoignage allemand ou de l'Axe, qui ne sera peut-être pas inédit, mais qui sera un minimum critiqué, vu la place de la rubrique (courte quand même, il faut bien le dire).

Pour le reste, les thèmes traités sont des plus intéressants, et le numéro particulièrement réussi, qu'on juge un peu :

- Vincent Bernard revient sur ce qu'on appelle, de manière générique, les Osttruppen. L'article a en fait le mérite de bien séparer les différentes catégories de combattants, ou non-combattants, venus de l'est, qui ont servi à un moment ou à un autre sous la bannière nazie. De ce point de vue, les encadrés sont fort utiles. En revanche, la taille de l'article ne permet pas de traiter un ou deux exemples précis, ce qui aurait été bien pour illustrer la différenciation (un Ostbataillone, une unité de la Waffen-SS, une étant impliquée dans l'extermination à l'est, etc). La bibliographie semble difficile à composer sur le sujet.

- le même auteur signe la chronique Ecrire l'histoire sur le massacre de Katyn. Vincent Bernard tente, en deux pages, de faire le tour d'une question qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme il le rappelle, dès le procès de Nuremberg en 1945, et même avant, les Alliés anglo-américains savaient à quoi s'en tenir quant à la responsabilité du massacre. Les Soviétiques ne l'ont admis qu'en 1990, par la voix de Gorbatchev. L'enquête russe qui suivra reste largement minimaliste dans son évaluation du nombre de victimes polonaises. Ceci dit, les Polonais vont très loin en réclamant la qualification de "génocide" en ce qui concerne le massacre de Katyn. Vladimir Poutine avait reconnu dès 2008 la responsabilité de l'URSS et de Staline pour l'exécution des Polonais. L'accident d'avion de 2010 qui a coûté la vie au président Kaczynski a relancé les théories du complot, qui foisonnent aussi autour de la mort du général Sikorski, en 1943, dans les mêmes circonstances. En novembre 2010, la Douma, le Parlement russe, a pourtant adopté une résolution officialisant la responsabilité de Staline et d'autres responsables soviétiques en ce qui concerne les exécutions de Katyn, même si certains Russes continuent de nier la vérité (le Parti Communiste, notamment, mais aussi certains journaux).

- l'autre volet de la chronique Ecrire histoire, de Paul-Yanic Laquerre, évoque la résurgence des expériences monstrueuses de l'armée japonaise, entre 1981 et 1989, après qu'elles aient été dissimulées pendant des décennies. Le motif ? MacArthur et les Américains, qui ont interrogé les responsables du programme japonais d'expérimentation bactériologique et autres expériences abominables dès septembre 1945, ont voulu préserver la famille impériale japonaise, largement compromise, et récupérer les résultats de la recherche nipponne face aux Soviétiques. C'est pourquoi la question ne fut évoquée que par accident au procès de Tokyo, alors que l'URSS la mettait en avant en 1948 lors du procès de Khabarovsk. C'est pourquoi aussi la plupart des tortionnaires japonais se recyclèrent après la guerre dans le secteur médical ou pharmaceutique du pays, sans être inquiétés. Le constat est accablant. Dommage que l'auteur ne cite pas ses sources.

- Franck Ségretain continue sa série d'articles en abordant la question de la répression allemande en France. Comme il l'explique, dès la fin de 1943, cette répression, de plus en plus militarisée, ne vise plus seulement les "partisans", mais aussi la population considérée comme complice. On est frappé de la similitude entre les ordres donnés par Sperrle en février 1944 et ceux promulgués quelques mois avant en Grèce, comme le relate l'historien Mark Mazower : à chaque fois, on enjoint aux officiers allemands de se montrer impitoyables, sous peine de sanction -ce qui dépasse même l'attitude des troupes sur le front de l'est ! L'escalade militaro-policière voit les Allemands utiliser l'aviation, se servir du droit international pour dénier à l'adversaire le statut de combattant et donc légitimer les exécutions sommaires, à tel point que fin avril-début mai 1944, on spécifie aux troupes qu'il faut faire preuve de davantage de "modération". Néanmoins, en France, rien de comparable au front de l'est : les troupes commettent bien moins d'exactions, ce qui n'est pas le cas de la Sipo-SD, en particulier au premier semestre 1944.

- la fiche Uniformes de Jean-Patrick André porte sur un adjudant-chef du 19ème régiment de dragons.

samedi 11 janvier 2014

Raphaël LEFEVRE, Ashes of Hama. The Muslim Brotherhood in Syria, Hurst&Company, 2013, 273 p.



Raphaël Lefèvre travaille au King's College de l'université de Cambridge pour sa thèse ; il s'est spécialisé sur le mouvement islamique syrien. Comme il le rappelle dans le prologue, beaucoup d'observateurs ne pensaient pas, au départ, que le printemps arabe puisse gagner la Syrie, régie par les "Hama rules" : un renvoi au massacre de Hama, en 1982, où le régime d'Hafez el-Assad n'avait pas hésité à écraser dans le sang une rébellion islamiste. Or, en réalité, le souvenir meurtri de cet événement a alimenté la contestation au régime après les premiers incidents à Deraa, en mars 2011. Le siège de Homs, en février 2012, a rappelé à beaucoup de Syriens le massacre tragique de Hama. Il y a donc un contentieux à régler entre les sunnites et le régime. Mais celui-ci, tout comme les autres minorités, est également marqué par la mémoire des événements de Hama. Les Alaouites craignent un retour de l'insécurité des années 1979 et 1982 et le régime instrumentalise la menace supposée des Frères Musulmans pour sa propagande. Il a souvent agité l'épouvantail des Frères Musulmans et a continué de le faire pendant la guerre civile. Pourtant, on connaît fort peu de choses, en particulier en Occident, sur les Frères Musulmans syriens. C'est ce vide que se propose de combler R. Lefèvre, qui est parti interroger les Frères Musulmans syriens eux-mêmes, tout en recoupant bien sûr ces interviews avec d'autres sources des plus fiables, et jusqu'aux documents capturés au moment de la mort d'Oussama Ben Laden. Il a eu accès aux mémoires d'importants membres du djihad syrien -notamment Abou Musab al-Suri. Le livre propose une approche chronologique, en quatre parties.

vendredi 10 janvier 2014

L'autre côté de la colline : les oiseaux de métal de Jiro Horikoshi (A. Fontanellaz)

L'autre côté de la colline reprend son rythme de publication en cette nouvelle année 2014. Après mon article sur la guerre des camisards, Adrien Fontanellaz livre un billet sur les oiseaux de métal de Jiro Hirokoshi, le concepteur du Zéro japonais. Cet article coïncide, et ce n'est pas un hasard, avec la sortie prochaine du dernier film de Hayao Miyazaki, Le vent se lève, qui est une biographie inspirée de la vie de Hirokoshi (voir bande-annonce ci-dessous). Bonne lecture !



jeudi 9 janvier 2014

John MADDOX ROBERTS, Les fantômes de Saïgon, Folio Policier 674, Paris, Gallimard, 2012, 454 p.

1995, Californie. Mitch Queen, un producteur de cinéma de Hollywood, sollicite Gabe Treloar, un ancien policier devenu détective privé, pour enquêter sur les menaces dont le film qu'il prépare fait l'objet. Les deux hommes se connaissent bien : ils ont servi au Viêtnam dans la police militaire, à Saïgon, et en particulier pendant l'offensive du Têt en 1968. Or le film de Queen, Rue Tu Do, met justement en scène le Saïgon de ces années-là. Y aurait-il un lien entre les menaces et le passé des deux vétérans ?

John Maddox Roberts, né en 1947, est lui-même un vétéran du Viêtnam, où il a réalisé son "tour of duty".. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages de fiction et vit aujourd'hui au Nouveau-Mexique.

Ce qui m'a intéressé dans ce roman, c'est un scénario bien ficelé -malgré un final peut-être un tantinet convenu- qui s'inscrit dans une vision originale de la guerre du Viêtnam, pour un vétéran. Toute l'histoire tourne notamment autour de ces fameux "fantômes", les déserteurs américains cachés dans le grand Saïgon et en particulier à Cholon, le quartier chinois (phénomène tout à fait authentique). En outre, les protagonistes ne sont pas des soldats du front mais des policiers militaires, rôle pas plus facile pour autant -ce sont eux qui seront en première ligne au déclenchement du Têt dans la capitale, je vous renvoie à mon livre. Par ailleurs, une partie de l'histoire s'inscrit aussi dans la suite méconnue du Têt, la deuxième vague des attaques que les Américains baptisent par dérision "mini-Têt", mais qui se déroule au mois de mai 1968, qui est le plus sanglant de toute le conflit pour l'armée des Etats-Unis. Sur ce plan-là, l'auteur connaît son sujet.

Mené comme un western, qui se passe d'ailleurs dans la Californie de 1995, voici un excellent roman policier, bien ficelé. Roberts casse bien des mythes sur l'image convenue de la guerre du Viêtnam que nous a parfois laissée le cinéma d'Hollywood, qui, et ce n'est sans doute pas un hasard, est également le protagoniste du récit. La touche personnelle de l'auteur consiste à démolir les mythes en montrant, paradoxalement, comment son héros se laisse lui-même prendre à des fantasmes qui n'ont rien à envier parfois au scénario des superproductions américaines.



mercredi 8 janvier 2014

Publication : Carto n°21 (L'offensive du Têt)

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution d'un article de mon cru dans le magazine Carto, dédié depuis quelques années à la vulgarisation en géographie (et dont le blog figure d'ailleurs dans ma liste de liens). Cet article, en partenariat avec les éditions Tallandier, porte sur mon livre, L'offensive du Têt, sorti fin août 2013 et que vous pouvez toujours commander sur le site de l'éditeur, sur Amazon ou d'autres sites en ligne bien évidemment. Vous pouvez aussi consulter mon blog associé au livre, en sommeil actuellement, mais que je continue à alimenter ponctuellement.

Il s'agit d'un résumé de mon ouvrage pour la rubrique Histoire du magazine, et donc de l'offensive du Têt, par conséquent. Ce n'est pas ma première collaboration avec le groupe Areion puisque j'ai déjà réalisé l'an passé un numéro du magazine Histoire et Stratégie, et qu'un autre est à venir bientôt... à suivre.

Bonne lecture !

mardi 7 janvier 2014

Bas les masques. Ce qui se joue derrière le combat contre l'EIIL en Syrie

Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique.


Mise à jour 7 (17 janvier 2014) : précisions supplémentaire sur le Front Islamique.


Mise à jour 6 (14 janvier 2014) : al-Qaïda leaks partie 2 plus des précisions sur le Front Islamique et les combats en cours.

Mise à jour 5 (13 janvier 2014) : actualisation sur les combats en cours (dernier paragraphe).


Mise à jour 4 (10 janvier 2014) : rajoute sur l'historique d'EIIL à partir des al-Qaïda Leaks, les confidences d'un membre d'EIIL passé à al-Nosra sur Twitter.


Mise à jour 3 (9 janvier 2014) : quelques précisions sur l'EIIL.


Mise à jour 2 (8 janvier 2014) : compléments après la publication de plusieurs articles, notamment sur l'implication du Front Islamique.


Mise à jour 1  (7 janvier 2014) : après la publication d'un nouvel article d'A. Lund.


A partir du 3 janvier 2013, l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe constitué essentiellement de combattants étrangers et mené par Abou Bakr al-Baghdadi, a été chassé d'une bonne partie de son territoire du nord de la Syrie par plusieurs autres factions rebelles. Cette éruption ne doit pas surprendre : elle n'est que la conclusion assez logique de près de six mois de tiraillements et de tensions entre une formation considérée comme étrangère au contexte syrien par bon nombre de groupes rebelles, même si certaines factions avaient toujours voulu maintenir le contact avec l'EIIL. Plus largement, l'affrontement nous en dit beaucoup plus sur l'état de la recomposition de l'insurrection syrienne et sur ses dimensions régionales et internationales, via les soutiens extérieurs.

[Nicolas AUBIN] Henri DE WAILLY, Le coup de faux, assassinat d'une ville, Copernic, 1980, 255 p.

Nicolas Aubin nous propose une nouvelle fiche de lecture.


Henri de Wailly est un auteur que j'ai plaisir à lire tant il sait distiller de l'émotion dans ses ouvrages.

"Le coup de faux" constitue le premier tome d'une quadrilogie concernant les batailles d'Abbeville à la fin mai 1940. Il sera suivi de "Weygand, De Gaulle et quelques autres", puis "De Gaulle sous le casque" et enfin "La victoire évaporée". Ecrite sur une vingtaine d'année de recherches tous azimuts, cet ensemble forme une brillante et précise description des événements qui ont frappé Abbeville. Ne nous trompons pas, quand de Wailly se lance dans cette quadrilogie, ce qui l'intéresse, c'est sa ville ; Abbeville mais au fil de ses recherches, l'étude va vite dépasser la petite monographie locale pour brosser remarquablement l'esprit de ce qu'a été la campagne de France.

La première force de De Wailly c'est d'avoir collecté des centaines de témoignages des militaires (à l'exception des Allemands qui tous ont refusé de parler) mais aussi et surtout 150 civils pris dans l'enfer de la bataille, d'avoir consulté de nombreuses archives disponibles tant publiques (SHD, Public Record Office, Archive départementales et communales…) que privées. Cela lui permet de décrire les événements avec une précision et une humanité exceptionnelle.

Cette humanité est à mon sens la 2e qualité de cette série. Jamais la dimension criminelle de la guerre n'est oubliée… cela pourra énerver les amateurs "d'art de la guerre" mais en ces temps de frappe chirurgicale, faire connaitre cette dimension aux jeunes générations me semble indispensable. Les individus y sont happés et broyés.

Qu'en est-il de ce premier volet ? "Le coup de faux" est sous titré "assassinat d'une ville" car l'auteur cherche à décrire et comprendre les causes des violents bombardements qui ont frappé la ville le 20 mai 1940. Parallèlement il décrit avec force détails sa conquête par la Kampfgruppe Von Prittwitz de la 2. Pz-Div. en n'omettant pas la participation anglaise à la bataille.

Le plan de l'auteur est celui d'un enquêteur, il part des faits : l'horreur du bombardement restituée par une description maison par maison, famille par famille plongée dans l'incendie de cette belle journée de mai. Il n'oublie pas les réfugiés, ni l'assassinat sauvage de 21 d'entre eux suspectés d'être des espions. Il passe ensuite à la bataille suivant la montée en ligne de la 35th brigade anglaise, son isolement et sa destruction en fin de journée dans le plus complet anonymat et l'extrême confusion qui anime les états-majors alliés. Enfin il termine par la bavure de la Luftwaffe qui attaque le soir une ville déjà conquise.

Dans un 2e temps il revient sur le coup de faucille, suit la préparation allemande en remontant à la guerre d'Espagne, puis accompagne rapidement les Schützen le long du corridor jusqu'à Abbeville. De Wailly offre donc un contrepoint mais toujours avec le souci de s'effacer derrière le témoignage et l'anecdote, mais l'anecdote bien choisie celle qui apporte, éclaire tout en dynamisant le propos.

Le style est direct, parfois péremptoire et l'auteur ne mâche ni ses mots ("boucherie, assassinat, incompétence, absurdité, horreur, misère…"), ni ses commentaires sur les occasions et les vies gâchées... La guerre n'y est ni fraiche, ni joyeuse… le plus souvent tragiquement absurde. Les amateurs d'ordres de bataille, de cartes détaillées, d'analyse stratégique ou de doctrine en seront pour leur faim car ici on traite de l'humain, de sa grandeur (Le Moyne) et de sa misère (les assassinats de part et d'autre). De Wailly dresse un remarquable tableau de l'ambiance de cette campagne.

Il y a sous la plume de De Wailly une volonté édificatrice indéniable :"L'horreur d'Abbeville n'est pas exceptionnelle. Elle est banale au contraire, dans l'Europe de ces années là. Après celui de Guernica – le prototype -, auprès de Varsovie, Rotterdam, Coventry, Leningrad, Dresde..; le massacre d'Abbeville est une anecdote. Si l'on mesure l'horreur à l'échelle de meurtres collectifs, Abbeville n'arrête pas l'intérêt. L'assassinat industriel de foules anonymes, l'écrasement de villes irremplaçables, la mort lente d'enfants brûlés près du cadavre de leur mère, l'ignominie de ces combats qui n'en sont pas, de ces combats sans adversaires, tout cela va s'étendre. Il n'y a pas de leçon à tirer, ni d'horreur à dénoncer : la guerre nous a appris bien pire". Il y a pourtant bel et bien une leçon de tirée une fois le livre refermé…

N'y cherchez pas des analyses stratégiques, des plaques d'immatriculations, des commentaires abscons sur les comparaisons de blindages, des discussions d'états-majors, des digressions sur les relations entre Hitler et ses généraux, ce n'est pas son propos… le propos est local et humain. Il est clair que la place essentielle accordée au témoignage oblige le lecteur à faire preuve de recul critique sur des points de détails ou en marge du sujet… mais cela ne remet en rien le propos en cause et la ligne directrice de De Wailly est solide.

Bref un livre qui ouvre une quadrilogie que j'adore, indispensable pour sentir les événements même si elle ne se suffit pas.


Nicolas Aubin

lundi 6 janvier 2014

Vidéo : Far Away, les soldats de l'espoir (2011)-chronique cinéma, 2ème Guerre Mondiale n°52

Pour changer un peu, un commentaire audio de la chronique cinéma du n°52 de 2ème Guerre Mondiale, qui porte sur le film Far Away, les soldats de l'espoir, qui cette fois n'est pas un choix personnel mais m'a été imposé. Je ne sais pas si la forme est mieux mais je trouve ça plus intéressant.


Vidéo : le "triangle sanglant", la première grande bataille de chars du front de l'est (2ème Guerre Mondiale n°52)

Ci-dessous, vidéo de présentation du dossier du dernier numéro de 2ème Guerre mondiale sur le fameux "triangle sanglant", le gigantesque combat de chars dans la première semaine de Barbarossa en Ukraine, entre le Panzergruppe 1 et les corps mécanisés soviétiques du secteur. A noter d'ailleurs que le Deutsche Wochenschau, dont je me suis servi pour illustrer la fin de la vidéo, montre très peu d'images des premiers jours de combat au sud du front de l'est, contrairement au nord et au centre, preuve que les combats ont été difficiles.



dimanche 5 janvier 2014

Publications : 2ème Guerre Mondiale n°52 (janvier-février 2014)

Le magazine 2ème Guerre Mondiale n°52 sera prochainement disponible en maison de la presse, kiosque, etc. J'y contribue de manière plus significative que dans le numéro précédent.

Je signe tout d'abord le dossier sur le "triangle sanglant", la grande bataille de chars des premiers jours de Barbarossa sur la partie sud du front de l'est, entre le Panzergruppe 1 et les corps mécanisés soviétiques du district militaire spécial de Kiev. Un affrontement qui a été relativement délaissé dans la presse spécialisée, et même dans l'historiographie tout court jusqu'à une date récente, je m'en explique dans la conclusion du dossier. Je tiens à souligner que je propose ici un point de vue essentiellement soviétique des combats, et volontairement : cela est lié aux sources que j'ai utilisées (certaines russes) mais aussi à une démarche qui consiste à ne pas re-présenter les énièmes récits de cavalcades de Panzer dans l'Ukraine soviétique, à l'image de ce qu'ont pu faire d'autres magazines avec la 11. Panzerdivision, souvent l'objet de ces textes d'ailleurs ce sujet, ou d'autres. Pas de Panzerporn sur ce coup-là, vous êtes prévenu.

Vous trouverez également dans ce numéro la seconde partie de la réflexion sur la stratégie défensive japonaise dans le Pacifique, qui couvre cette fois la période allant de la chute des Mariannes à la défaite finale de l'Empire du Soleil Levant.

Enfin, petit défi qu'il m'a fallu relever pour la chronique cinéma, car d'habitude c'est moi qui sélectionne le film que je vais traiter : Nicolas Pontic m'a imposé Far Away, les soldats de l'espoir (2011), qui traite d'une anecdote assez hors du commun que le film sud-coréen a rendu assez connue désormais. Défi assez bien relevé, même si j'aurais voulu pouvoir disposer de davantage de sources.

Une vidéo abordant au moins le dossier, peut-être une sur le film, et des compléments suivront dans les prochains jours. Bonne lecture !

" And fight them until there is no more remains of association, and religion is for Allah. ". A portrait of the foreign fighters of the uprising in Syria

This is the english text of my french article about Syria's foreign fighters. Enjoy it !


" And fight them until there is no more remains of association, and religion is for Allah.1 ". A portrait of the foreign fighters of the uprising in Syria.




Update n°3, Januar 14th, 2014 : Dutchs + Tunisians + some details about others parties (Australians, foreign fighters groups).

Update N°2, Januar 10th, 2014 : Egyptians.


Update N°1, Januar 7th, 2014 : Spaniards + Harakat al-Sham Moroccans.


The war in Syria prompted the intervention of thousands of foreign fighters who came to support the rebels fighting against Bashar al -Assad. The attention of the West focuses , of course, those who are fighting to groups linked to al- Qaeda , and that could potentially pose a threat in these countries, but also remember that foreign intervention is probably much greater in favor of Bashar al- Assad2. This article aims to outline an overall picture of the phenomenon of foreign fighters who came to fight in Syria alongside the insurgency in order to disassemble some received ideas and provide detailed examples that help to better understand the reality of the phenomenon , from reliable sources.


" Foreign volunteers in Syria, how many divisions ? "


In Europe , the influx of foreign volunteers alongside the rebels began to worry from spring 2013. The Independent estimated 100 Britons are already parties; Figaro talking about 50-80 French ; Der Spiegel evokes dozens of Germans and Jyllands -Poste speaks 45 Danes. The Netherlands raise their alert due to the return of some at country, among the hundred or more Muslims who went to fight in Syria. At this time, it is between 140 and 600 Europeans who have gone to fight the insurgents , or 7-11 % of total foreigners volunteers3.