mercredi 31 juillet 2013

Christian INGRAO, Les chasseurs noirs. La brigade Dirlewanger, Tempus 286, Paris, Perrin, 2009, 284 p.

Christian Ingrao, historien contemporanéiste, dirige depuis 2008 l'Institut d'Histoire du Temps Présent (IHTP). C'est un spécialiste de l'histoire culturelle du militantisme nazi et des pratiques de violence allemandes, notamment sur le front de l'est. En 2006, il publie cet ouvrage consacré à la Sondereinheit Dirlewanger.

Le travail de Christian Ingrao se situe dans la lignée des nouvelles monographies d'unités, telles celles de Smith ou de Browning. La brigade Dirlewanger a déjà fait l'objet de quelques travaux, notamment dans le monde anglo-saxon, mais d'aucun, alors, qui prennent en compte les nouveaux questionnements de l'historiographie : expérience individuelle et collective de la violence de guerre, culture de guerre, imaginaires cynégétiques et pastoraux, construction sociale des gestuelles de violence, c'est ce que se propose d'étudier ici l'historien à travers le choix de la brigade Dirlewanger. Il s'appuie notamment sur le travail de Bertrand Hell qui traite de l'imaginaire de la chasse. Le problème principal est celui des sources, qui ne couvrent pas toutes les opérations de l'unité et restent donc lacunaires. Il s'agit aussi de rebondir sur la thématique du consentement et de la contrainte qui a agité le monde des historiens français spécialistes de la Seconde Guerre mondiale, et ce d'autant plus que l'unité a un profil bien particulier.

mardi 30 juillet 2013

Sylvain GOUGUENHEIM, Tannenberg 15 juillet 1410, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2012, 263 p.

La collection L'histoire en batailles de Tallandier s'enrichit au fil des mois. L'un des derniers volumes, sorti l'an passé, est ainsi consacré à la fameuse bataille de Tannenberg, en 1410, qui oppose les chevaliers Teutoniques aux Polonais et aux Lituaniens. Il est signé de la main de Sylvain Gouguenheim, un historien médiéviste français qui est un des grands spécialistes des ordres religieux militaires, et en particulier des Teutoniques. Sylvain Gouguenheim avait publié en 2008 le fameux ouvrage Aristote au mont Saint-Michel, destiné au grand public, et qui a fait l'objet d'une vive polémique parmi les historiens. Le livre minimisait en effet le rôle du monde musulman dans la transmission de l'héritage grec antique en Occident, et s'inscrivait dans des débats éminemment contemporains : d'ailleurs, il a été apprécié et soutenu par la plupart des historiens, journalistes et essayistes d'extrême-droite. Il semble malheureusement que Sylvain Gouguenheim se soit aventuré sur un terrain où il n'était pas spécialiste : sa thèse est partisane et sélectionne les sources en fonction de ses objectifs, et il semble bien que certaines idées soient plus que contestables. On se demande bien pourquoi il s'est lancé sur cette thématique. Avec ce livre sur la bataille de Tannenberg, Sylvain Gouguenheim est plus dans ses cordes, pour ainsi dire.

Comme il le rappelle dans sa préface, la bataille de Tannenberg, en 1410, a été effacée par celle de septembre 1914, lorsque les Allemands écrasent deux armées russes non loin du champ de bataille médiéval. C'est l'aide de camp de Ludendorff qui propose d'appeler la bataille du nom de Tannenberg, bien qu'elle ne se soit pas déroulée exactement à cet endroit. Il fallait que le souvenir de la défaite des Teutoniques soit particulièrement puissant pour mériter d'être vengé ainsi.

Olivier HANNE, Charlemagne, l'empereur des temps hostiles, Biographies express, Paris, Bernard Giovanangeli Editeur, 2006, 144 p.

Les éditions Bernard Giovangeli proposent depuis maintenant une dizaine d'années de plus en plus d'ouvrages, qui sont surtout liés à l'histoire du Premier Empire ou de l'armée française, et essentiellement du point de vue de la mémoire des combattants. Néanmoins le spectre s'élargit, comme le montre cette collection Biographies express, où l'on trouve ce volume dédié à Charlemagne. Il est signé Olivier Hanne, un chercheur en histoire médiévale qui a réalisé sa thèse sur la formation intellectuelle du pape Innocent III.

L'ouvrage ne comporte malheureusement pas d'introduction où l'auteur précise ses intentions. Il démarre directement sur le premier chapitre, où Olivier Hanne présente le monde dans lequel évolue Charlemagne, probablement né en 747. Un monde entre Seine et Rhin, en Austrasie, où les conditions de vie sont rudes, tout comme les moeurs des Francs qui ont succédé à l'Empire romain. La culture reste le fait des monastères, en particulier. La famille de Charlemagne, les Pippinides, a réussi à s'imposer, grâce à ses possessions foncières, ses réformes ecclésiastiques et surtout via l'habileté de ses chefs, Charles Martel et Pépin le Bref, le père de Charlemagne, qui fait déposer le dernier roi mérovingien, Childéric III, en 751. Pépin se fait sacrer par le pape Etienne II avec ses deux fils en 754, avant d'aller combattre en Italie du Nord. A sa mort, en 768, il laisse en héritage cette relation étroite entre son royaume et la papauté, un trône désormais solide et une législation que Charlemagne va s'attacher à renforcer.

lundi 29 juillet 2013

Patrick CABANEL, Histoire des Cévennes, Que-Sais-Je n°3442, Paris, PUF, 2009, 128 p. (1ère éd. 1998)

Patrick Cabanel, professeur d'histoire contemporaine à l'université Toulouse-Le Mirail, publie en 2009 la 5ème édition revue de son Que-Sais-Je sur l'histoire des Cévennes.

Les Cévennes n'ont jamais eu, contrairement à d'autres régions du Midi, une unité politique ou administrative : aujourd'hui encore, elles restent partagées entre plusieurs départements (Gard et Lozère pour l'essentiel). C'est la guerre des Camisards, au début du XVIIIème siècle, qui les font connaître et cartographier : paysage construit, les Cévennes ont également été le lieu d'une révolution industrielle et d'un capitalisme à la française, tout en restant une terre de refuge pour les proscrits. Patrick Cabanel place donc son histoire des Cévennes sous le signe du temps long cher à Braudel.

La définition des Cévennes est passée d'un constat géographique à une autre plus culturelle : elles ont été "inventées" par R.L. Stevenson en 1878. Les Cévennes sont à la fois une marche et une porte, mais elles n'existent que par une construction d'une identité historico-culturelle, bien qu'elles soient connues, déjà, par les géographes de l'Antiquité. Elles sont un piémont où circulent des hommes et des marchandises, entre le massif au nord et la plaine au sud. Montagnes de vallées, les Cévennes comprennent une forêt presque entièrement artificielle (châtaigniers), et nombre de murs des clôtures et de terrasses, ouvrages de l'homme en partie abandonnés au XXème siècle.

De fait, les Cévennes entrent véritablement dans l'histoire au XVIème siècle, avec l'arrivée du châtaignier, du mûrier et du ver à soie, et du protestantisme. Les périodes anciennes et médiévales restent mal connues. Il manque ainsi une synthèse de géographie historique et une autre d'histoire médiévale sur ce massif. Occupées dès le Paléolithique, les Cévennes sont ensuite divisées entre plusieurs tribus gauloises. On sait qu'il y eut plusieurs villae importantes sous l'Empire romain, avant que la montagne ne devienne une frontière entre royaumes franc et wisigoth. La période médiévale est surtout riche pour les XIVème et XVème siècle : la famille d'Anduze a cependant un pouvoir seigneurial important dès le Xème siècle. Les Cévennes donnent même un pape à la chrétienté, Urbain V. Le châtaignier bouleverse le paysage agricole et bâti.

Le calvinisme pénètre très tôt dans les Cévennes, dès 1530 : le massif est un bastion méditerranéen du protestantisme. Les catholiques deviennent minoritaires, mais cela n'empêche pas la coexistence de villages voisins des deux confessions, qui s'opposent néanmoins fréquemment. Outre le clergé, les voyageurs/colporteurs et les artisans du cuir et du textile semblent avoir joué un rôle important dans la diffusion de la Réforme. Les Cévennes traversent ainsi les guerres de religion du XVIème siècle, avant de servir de forteresse au duc de Rohan au XVIIème siècle : celui-ci signe d'ailleurs la paix d'Alès depuis Anduze. Les Cévennes sont ensuite administrées par un consistoire propre, mais la société reste tout aussi inégalitaire que celle des catholiques ; en revanche, la population est plus alphabétisée et ce en français. La révocation de l'édit de Nantes, en 1685, les dragonnades, violences et autres moyens de pression sèment la terreur dans les Cévennes mais ne parviennent pas à éradiquer la Religion Prétendue Réformée. A peine 2 000 Cévenols rejoignent le "Refuge" des pays protestants voisins de la France. Les autres "nouveaux convertis" restent mais ne sont pas gagnés à Rome : ils suivent les prêches des prédicants au Désert, malgré les persécutions, avant de se soulever à partir de 1702 : c'est la guerre des camisards. Les autorités en viennent à pratiquer la politique de la terre brûlée pour l'emporter : aveu d'impuissance face à des hommes soutenus par la population, profitant du terrain et qui suscitent de l'intérêt dans l'Europe protestante. En 1710, le pays est ruiné, la population décimée, mais la révolte a en quelque sorte sauvé le protestantisme français : le royaume se rend compte qu'on ne peut en venir à bout par la force. Sous la houlette d'Antoine Court, le protestantisme renaît de ses cendres après la fin des camisards et la disparition du prophétisme.

Les Cévennes vont ensuite connaître leur révolution industrielle, après le temps de la polyculture et du châtaignier. Le mûrier, présent dès la fin du Moyen Age, s'impose au XVIIIème siècle et la soie devient un moteur économique jusqu'à l'apparition d'une maladie, la prébine, au milieu du XIXème siècle. Il faut importer des graines du Japon avant que Pasteur n'éradique le mal en 1869. La soie est produite et filée sur place. De même, dès la fin de l'Ancien Régime, on commence l'exploitation du charbon et de métaux. C'est dans les Cévennes qu'est fondée la firme Pechiney, qui entame la fabrication de l'aluminium à partir de 1860. Alès devient ainsi une ville-usine.

La région connaît son âge d'or entre 1800 et 1950 : démographique, économique, culturel et même politique en raison des liens étroits avec la IIIème République. La mémoire du protestantisme cimente l'identité des Cévennes, qui restent une pépinière de pasteurs. La force des Cévennes, c'est que toute la société protestante adhère à cette mémoire du Désert et de la révolte des Camisards dans une formidable cohérence. La maison du chef Rolland est ainsi racheté par la Société d'Histoire du Protestantisme Français et transformée en musée du Désert (1911). Le Réveil protestant touche également les Cévennes où se maintient, aussi, la minorité catholique. Les Cévenols adhèrent massivement à la Révolution, puis confirment ensuite leur attachement à la République, dans l'hostilité à Napoléon III, notamment, puis plus tard en étant dreyfusardes. Le massif fournit beaucoup de "hussards noirs" de la République.

Le XXème siècle est néanmoins le temps du recul, démographique d'abord, en raison des catastrophes agricoles, économique ensuite, à cause de la concurrence. La soie, l'activité minière, périclitent, et l'exode rural fait son oeuvre. L'émigration, saisonnière, devient définitive après la Seconde Guerre mondiale. Pendant le conflit, les Cévennes sont une place forte de la Résistance, parfois animée par des protestants, dans la ligne directe des Camisards. On y cache aussi beaucoup de Juifs. La démographie se redresse dès 1975, avec l'amorce du mouvement hippie et l'arrivée de néo-ruraux. L'espace est même de plus en plus convoité. Sur le plan économique, c'est le tourisme qui prédomine, avec également la création du Parc National des Cévennes. Celles-ci sont une terre littéraire par excellence : après Stevenson, une première génération s'affirme dans les années 1920, une autre dans les années 1960, une troisième aujourd'hui. Des films et des documentaires racontent l'histoire des Cévennes -camisards surtout- ou y sont tournés.

Voici au final une bonne introduction à l'histoire des Cévennes, même si la seule carte est insuffisante et placée en fin de volume. La bibliographie thématique (p.123-126) permet d'aller plus loin.

Marc GABOLDE, Akhenaton. Du mystère à la lumière, Histoire 478, Découvertes Gallimard, Paris, Gallimard, 2005, 128 p.

Marc Gabolde, égyptologue, maître de conférences à Montpellier-III, est un spécialiste de la période amarnienne. Il a dirigé des fouilles, à partir de 1998, dans la nécropole royale de Tell el-Amarna. Il est donc tout indiqué pour écrire ce Découvertes Gallimard consacré à Akhenaton.

Amenhotep IV, futur Akhenaton, hérite au XIVème siècle av. J.-C. d'un empire égyptien qui compte parmi les grandes puissances du Proche-Orient. Paradoxalement, alors que le personnage a fasciné à la fois les chercheurs et le grand public, la documentation le concernant reste très lacunaire. Akhenaton, qui règne de 1356 à 1339 avant notre ère, est le dixième roi de la XVIIIème dynastie, la première du Nouvel Empire. Il dirige un ensemble à l'unité retrouvée contre les Hyksôs, où le pharaon est un chef à la fois politique et religieux, monarque itinérant d'un pays dont la culture fascine ses voisins, qui influencent en retour une société égyptienne cosmopolite. La religion est un polythéisme complexe, mais sous la XVIIIème dynastie, on assiste à la solarisation de nombreuses divinités locales et à la montée en puissance de la figure d'Amon, qui devient le dieu dynastique, en particulier à Thèbes. Le grand-père d'Akhenaton, Thoutmosis IV, a mis fin aux guerres de conquête et a établi de solides relations diplomatiques avec les autres puissances. Le règne de son fils, Amenhotep III, assez mal connu, est cependant une période de prospérité où le culte solaire prend déjà de l'ampleur. Son propre fils, le futur Akhenaton, naît assez tard dans le règne et n'était pas destiné à régner : un frère aîné décède subitement. Quand son père meurt, Amenhotep IV monte sur le trône à l'âge de dix ans.

Dès la deuxième année de son règne, il met en avant une nouvelle divinité, le soleil incarné sous la forme du disque-Aton. Après avoir célébré un jubilé après trois ou quatre ans de règne (au lieu de trente ans), il épouse Néfertiti, peu connue par ailleurs, mais dont il reste le magnifique buste conservé à Berlin. Le pharaon commence alors des constructions à Karnak et modifie l'architecture des sanctuaires. Comme il n'arrive pas à imposer sa nouvelle divinité au clergé d'Amon, le pharaon commence à s'éloigner de Thèbes et recherche un emplacement pour une autre capitale. Le culte d'Aton est la première forme de monothéisme, encore qu'Amenhotep ne fait que prolonger une phénoménologie née sous le Nouvel Empire, qui correspond à une crise du polythéisme égyptien. Le rapport à la mort est ainsi beaucoup plus prosaïque, même si les rites funéraires sont conservés.

An l'an VII de son règne, le pharaon, devenu Akhenaton, s'installe dans sa nouvelle capitale, à Tell el-Amarna, à 250 km au nord de Thèbes. Marquée par des stèles frontières, Akhetaton est un espace dédié à Aton, autour des palais royaux et des sanctuaires. Des faubourgs se développent autour pour accueillir les membres de la cour, les fonctionnaires, les ouvriers, ainsi que des nécropoles. La vie est rythmée par le culte d'Aton et les dévotions du pharaon. La vie quotidienne est animée : on l'entrevoit grâce à quelques tombes de notables. La situation de l'Egypte sous le règne est mal connue mais on ne signale ni révolte ni famine : l'expérience religieuse du roi semble être un épiphénomène. La découverte des lettres d'Amarna a permis de découvrir les relations diplomatiques entre l'Egypte et ses puissants voisins. La réception des tributaires, en l'an XII, est un temps fort du règne.

Entre l'an XIV et l'an XVII du règne, de nombreux proches du pharaon décèdent, dont trois de ses six filles, tandis que naît son fils Toutânkhaton, le futur Toutânkhamon. Alors que les troupes égyptiennes combattent en Palestine, Akhenaton meurt à son tour et laisse probablement le pouvoir à sa fille Merytaton, qui a peut-être co-dirigé l'Egypte mariée à un prince hittite, vite assassiné, avant de régner seule. La fille d'Akhenaton commence un retour vers les cultes traditionnels et Amarna est progressivement abandonnée. Toutânkhamon parachève la restauration et fait marteler le nom de son père et ses figurations sur tous les monuments. La période amarnienne a été vécue par les Egyptiens comme un traumatisme religieux, mais a laissé son empreinte. Akhenaton est redécouvert au XIXème siècle en tant que précurseur du monothéisme religieux, avant d'être récupéré au XXème siècle par Freud ou les marxistes.

Cette bonne introduction est comme d'habitude complétée par la partie "Témoignages et documents", où on lira en particulier, outre les textes d'époque, les commentaires des égyptologues ayant travaillé sur la période amarnienne. La bibliographie figure aux pages 120-121, classée de manière thématique.

lundi 22 juillet 2013

Terre damnée (Copper Canyon) de John Farrow (1950)

Après la guerre de Sécession. Un groupe d'anciens soldats confédérés s'est installé comme mineurs de cuivre dans une vallée du Nevada. Mais la seule fonderie de Coppertown est la propriété d'un Nordiste qui a perdu un fils à la guerre, et qui refuse de traiter le minerai des anciens rebelles. En outre, la ville est sous la coupe du shérif et de son adjoint, Travis (Macdonald Carey), un homme de main envoyé avec une femme, Lisa Roselle (Hedy Lamarr), par un puissant personnage afin de mettre les lieux en coupe réglée. Les mineurs, désespérés, font appel aux services de Johnny Cooper (Ray Milland), un tireur de foire derrière lequel ils croient reconnaître le colonel Desmond, une légende de l'armée confédérée...

Un western très classique (trop ?) à l'époque de la Reconstruction, après la guerre de Sécession, qui peine à trouver ses marques. Les moyens étaient pourtant conséquents mais l'ensemble manque de rythme et même le final, spectaculaire, est brouillon. Ray Milland a visiblement du mal à s'adapter au western, qui n'est à vrai dire pas son genre de prédilection. Son rôle de tireur d'élite dans des spectacles itinérants est bien la seule originalité, ou presque, du film. Les paysages n'impressionnent pas, le jeu des acteurs non plus, sauf peut-être pour Carey qui interprète le méchant libidineux. Reste le thème et quelques scènes qui captent un peu l'attention. 


Gung Ho ! (1943) de Ray Enright

Janvier 1942. Le corps des Marines américains demande des volontaires pour une unité spéciale, chargée des missions les plus périlleuses. Le sergent "Transport" (Sam Levene) arrive pour rencontrer une vieille connaissance, le lieutenant-colonel Thorwald (Randolph Scott). Celui-ci, qui a combattu en Chine, lui explique qu'il avait quitté les Marines pour observer les tactiques de guérilla des communistes chinois face aux Japonais, qu'il souhaite appliquer à la future unité. Le cri de ralliement de celle-ci sera "Gung Ho !", ou "travailler ensemble", en chinois. Parmi les volontaires qui se présentent, un paysan (Rod Cameron), un prêtre ordonné (Alan Curtis), un jeune homme issu d'un milieu social défavorisé devenu boxeur amateur (Robert Mitchum)... bientôt commence un entraînement intensif sous la houlette de Thorwald. Les survivants de la sélection sont dépêchés à Hawaï, où ils peuvent voir les effets de l'attaque sur Pearl Harbor et débuter une formation au combat de jungle. Bientôt, les Américains débarquent à Guadalcanal et l'unité reçoit l'ordre de faire route pour sa première mission...


Gung Ho !, réalisé pendant la guerre, en 1943, s'inspire de l'assaut du 2nd Raider Battalion d'Evan Carlson sur l'atoll de Makin, les 17-18 août 1942. Le raid, qui vise à détourner l'attention des Japonais du débarquement à Guadalcanal et à collecter des informations sur les îles Gilbert tout en détruisant le maximum d'installations. C'est un succès, puisque la garnison japonaise est anéantie, mais plus pour regonfler le moral de la population américaine, car aucun prisonnier n'est capturé et les Japonais, avertis, renforceront la défense de l'archipel, ce qui ne sera pas sans conséquences sur l'assaut de novembre 1943. Le raid a aussi permis de tester les tactiques de Raiders, des bataillons d'élite formés au sein des Marines pour des missions équivalentes à celles des forces spéciales. Ces bataillons seront ensuite dissous, faute d'emploi. A noter que le film se garde bien d'évoquer le sort de 9 Marines "oubliés" sur l'île pendant le décrochage, capturés par les Japonais puis exécutés après avoir été transférés à Kwajalein... guerre oblige.

Le film a bénéficié du concours des Marines puisque les scènes ont été tournées dans leurs installations à San Diego et Camp Pendleton, en Californie, comme de nombreux autres réalisés pendant la guerre. Le thème principal est celui d'un groupe d'élite mené par un chef charismatique, favorisant l'esprit d'initiative et l'excellence au combat, capable de surclasser des Japonais qui manqueraient de faculté d'adaptation. Certaines anecdotes sont cependant directement inspirées du parcours de Carlson, peu orthodoxe. Les scènes de combat ne sont pas forcément des meilleures mais se laissent regarder : on peut sourire en voyant les efforts faits pour camoufler les armes américaines maniées par les Japonais (des Chinois et des Philippins, en réalité) afin qu'elles ressemblent à celles des soldats du Mikado. A côté de Randolph Scott, qui domine l'ensemble, on remarque la prestation du jeune Robert Mitchum.

Un honnête film de propagande, à la gloire des Raiders des Marines et de l'effort américain dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre Mondiale.



dimanche 21 juillet 2013

Alexei FEDOROV, Partisans d'Ukraine, tome 1 : L'organisation clandestine, J'ai lu leur aventure 125, Paris, J'ai Lu, 1966, 255 p.

Ce numéro 125 de la fameuse collection bleue "J'ai lu leur aventure" ne reprend pas, pour une fois, les mémoires d'un ancien nazi, mais celles d'Alexei Fedorov, secrétaire du Comité Régional de Tchernigov au sein du parti communiste d'Ukraine, au nord de Kiev, entre cette dernière ville et celle de Gomel.

Fedorov dirige pendant la Grande Guerre Patriotique l'un des groupes de partisans les plus actifs de cette région de l'Ukraine. Ce premier tome montre combien l'organisation des partisans soviétiques sur les arrières de la Wehrmacht n'a pas été chose facile. Elle avait été anticipée avant la guerre, mais les belles constructions théoriques du parti ne tiennent plus devant la violence du choc de l'attaque allemande, le 22 juin 1941, même si, en fin de compte, elles s'avèrent utiles par certains côtés.

Fedorov, après le bombardement et l'occupation de Tchernigov par les Allemands, erre lui-même plusieurs mois à travers les forêts, les marais et les campagnes d'Ukraine, en compagnie de soldats de l'Armée Rouge pris derrière les lignes allemandes -et qui formeront souvent l'essentiel des premiers groupes de partisans-, de paysans souhaitant échapper à l'occupation ou de personnages plus atypiques, comme ce vieillard parlant allemand et qui ne veut pas être réquisitionné comme interprète, préférant s'en aller à chaque fois avec sa vache !

Fedorov découvre que l'organisation clandestine prévue avant le déclenchement des hostilités n'a pas pu se mettre en place. Il faut tout repenser, tout reconstruire, au milieu d'une population plutôt complice des partisans, mais qui compte aussi des éléments antisoviétiques n'hésitant pas à rallier l'occupant pour rétablir l'ancien régime tsariste ou pour y trouver leur profit, comme ce criminel de droit commun visiblement passé au service des Allemands.

L'auteur a néanmoins tendance à penser que la majorité des Ukrainiens a soutenu le camp soviétique pendant la guerre, ce qui est probablement loin d'être le cas. Hormis dans quelques passages, il n'y a cependant aucune intention réelle de propagande : Fedorov expose sans fard ses doutes, ses hésitations, ses ratés même -comme lorsqu'il tire sur un homme qui se fait un peu trop pressant et qu'il suspecte d'être un mouchard, et qu'il rate ! La peinture du mouvement partisan à ses débuts, dans la région de Tchernigov, n'a ainsi rien de glorieux, bien au contraire : on manque d'armes, d'expérience militaire, d'entraînement, même si la population fournit le gîte et le couvert.

Un volume qui a donc le mérite de présenter, dans cette collection bleue, la Grande Guerre Patriotique, sous un angle original, celui des partisans, et par le biais d'un acteur. Cela reste évidemment un témoignage écrit après les faits -comme Fedorov le reconnaît lui-même- et donc à prendre comme tel. Mais on se consolera en se disant que ce n'est finalement pas si courant.


Keith William NOLAN, The Battle for Saigon Tet 1968, Pocket Books, 1996, 274 p.

Keith William Nolan, décédé en 2009, était un Américain, diplômé en histoire, qui a écrit une douzaine de livres sur les grandes opérations de la guerre du Viêtnam. Ses ouvrages ont tous le même profil : ils reposent essentiellement sur une collecte de témoignages de vétérans américains, enrichie de quelques éléments d'analyse et précisions factuelles. La lecture en est donc parfois un peu fastidieuse, bien que remplie de détails intéressants. C'est une base américanocentrée qui permet d'apprécier le déroulement d'une opération, mais il faut la compléter par des lectures plus poussées -la bibliographie se limite d'ailleurs à quelques ouvrages officiels et à des travaux secondaires à prolonger par d'autres.

La seule carte générale, qui montre l'ensemble de la région de Saïgon, est malheureusement disposée au début de l'ouvrage. Or Nolan, qui a l'immense mérite ici de bataille l'ensemble de l'offensive du Têt dans et autour de Saïgon (dans l'ordre : Tan Son Nhut, la capitale, Bien Hoa et Long Binh), n'a pas pensé à inclure des cartes tactiques, ce qui est bien dommage, car le lecteur n'est pas forcément familier des lieux évoqués.

Comme le rappelle Nolan dans son introduction, l'offensive du Têt est lancée par les Nord-Viêtnamiens alors que les Américains conservent l'illusion d'être en train de remporter le conflit depuis leur intervention en 1965. Si Westmoreland reste focalisé sur le siège qui se développe autour de la base de Khe Sanh, le général Weyand, qui commande les forces américaines autour de Saïgon, obtient en janvier 1968 le retrait d'une quinzaine de bataillons américains engagés vers la frontière cambodgienne pour les positionner plus en arrière, près de la capitale. Les assaillants vont ainsi faire face à deux fois plus de troupes américaines qu'ils ne l'escomptaient.

Sur la base aérienne de Tan Son Nhut, le Viêtcong parvient à pénétrer jusqu'à la piste, avant d'être repoussé notamment par l'intervention de deux bataillons aéroportés sud-viêtnamiens encore présents car retardés pour leur départ vers Khe Sanh. Nolan, d'ailleurs, focalisé sur le point de vue américain, ne rend pas assez justice, comme beaucoup de ses confrères, au rôle qu'a tenu l'ARVN dans l'offensive du Têt, même s'il reconnaît à demi-mots qu'elle ne s'est pas effondrée comme l'espérait les Nord-Viêtnamiens. Les Américains sont surpris de voir l'adversaire abandonner sa tactique traditionnelle du "hit and run" et de le voir s'accrocher au terrain. Malgré une supériorité évidente en puissance de feu, ils sont contraints de déloger le Viêtcong maison par maison, et l'emploi massif de l'appui-feu mine aussi le travail de pacification entrepris auprès de la population sud-viêtnamienne, car les dégâts sur les zones habitées sont importants.

A Saïgon même, laissé à la garde des Sud-Viêtnamiens, il y a seulement un bataillon de police militaire américain, dont cette fois-ci la puissance de feu s'avèrera des plus limités pour faire face à l'assaut adverse. Nolan décrit avec précision, du côté américain, l'attaque contre l'ambassade américaine, promise à une étonnante célébrité. Les assauts viêtcongs sur la capitale, nombreux, sont rapidement mis en échec, mais donnent parfois lieu à des combats très violents, comme près du cantonnement BOQ 3 où les MP's américains ont fort à faire pour venir à bout d'un adversaire mieux armé. Il faut l'intervention d'unités mécanisées venues de l'extérieur de la ville pour faire pencher la balance en faveur des Américains.

Sur la base aérienne de Bien Hoa, dont la sécurité avait été renforcée après une attaque de sapeurs en février 1967, le renseignement américain avait déterminé la probabilité d'une attaque dans la nuit de l'offensive du Têt, mais pas de cette ampleur. Les assaillants sont délogés notamment grâce à l'intervention d'unités de la 101st Airborne Division et l'emploi massif de gunships, dont des nouveaux hélicoptères Cobra.

Au complexe de Long Binh, où se trouve le poste de commandement de la IInd Field Force et un important dépôt de munitions, le général Weyand n'est pas complètement surpris. Le renseignement a en effet réussi à déterminer qu'une attaque aurait lieu, grâce à une espionne ayant des liens familiaux avec un commandant viêtcong. Preuve de l'efficacité, parfois, d'un renseignement local, qui n'empêche en rien la surprise face à l'ampleur de l'offensive du Têt. Les Américains ont judicieusement placé autour du complexe des patrouilles de reconnaissance qui servent de "sonnettes". Les combats n'en sont pas moins acharnés, en particulier dans les hameaux autour du complexe, comme ce "village des veuves", où sont installées les familles des soldats de l'ARVN morts au combat, ainsi que des exilés catholiques du Nord-Viêtnam.

En conclusion, malgré le succès militaire américain, Nolan rappelle que le Têt pulvérise les déclarations de l'administration Johnson et de l'armée quant au déroulement du conflit. C'est une défaite psychologique, car la nation n'est pas prête à sacrifier tant d'hommes et de ressources face à un adversaire qui, lui, encaisse sans broncher des pertes immenses pour atteindre des objectifs d'ailleurs plus cohérents. Nolan est un peu dur avec l'armée sud-viêtnamienne, qui contribue tout de même largement à repousser l'offensive du Têt, mais il est vrai que celle-ci, malgré son succès, reste handicapée par de graves faiblesses structurelles, dont la faute retombe aussi sur les Américains, ce que l'auteur ne dit pas. Nolan semble penser que l'offensive était inutile, car les Etats-Unis se seraient de toute façon retirés, à terme. On peut raisonnablement en douter : le Têt est bien le tournant de la guerre du Viêtnam.


samedi 20 juillet 2013

YANN et Alain HENRIET, Dent d'ours, tome 1 : Max, Dupuis, 2013, 50 p.

Octobre 1944. A bord du porte-avions USS Yorktown (CV-10, deuxième du nom), le pilote Max Kurtzman, volant sur Corsair, abat plusieurs avions japonais lors d'une attaque kamikaze. Revenu à San Diego avec son porte-avions qui doit réparer ses dégâts, Max est aussitôt arrêté par la police militaire. On lui reproche d'apparaître, plus jeune, sur un numéro de la revue nazie Der Adler, en 1935. Max, jeté en prison, repense alors à ce qui est à l'origine de tout : son enfance en Silésie, en 1930, où il rêve de devenir pilote à côté de ses camarades allemands Werner et Hanna...

On connaît Yann pour ses scénarios talentueux, et notamment celui d'une des dernières séries parues, Le pilote à l'Edelweiss, sur la Grande Guerre. Difficile de se démarquer de la concurrence en cette période de floraison des BD sur l'aviation militaire. Associé ici à Alain Henriet au dessin, Yann brode une histoire qui utilise en partie, on le sent, les mêmes ficelles, sur la Seconde Guerre mondiale. Ce début est peut-être un peu moins réussi que celui du pilote à l'Edelweiss.

On note ainsi que le Fighting Lady, censé être le Yorktown de la classe Essex, est en fait... le Saratoga, d'après son profil p.18. De même, l'engagement des F4U Corsair sur porte-avions de la Navy en octobre 1944 semble bien précoce : rappelons que ces appareils, initialement rejetés comme avions embarqués par l'US Navy, servent d'abord à terre, à partir des îles, aux côtés des escadrilles des Marines, avant que celles-ci ne soient finalement embarquées sur porte-avions fin 1944 et surtout en 1945.


Difficile également de croire à cette rencontre entre un jeune Juif, un Allemand et Hanna Reitsch, personnage bien réel, en Silésie, en 1930. Bien qu'Hanna Reitsch soit effectivement née dans cette région. Les relations entre les trois adolescents sont d'ailleurs un peu convenues (et ils en savent beaucoup sur les événements politiques pour leur âge...), même si la montée du nazisme et son encadrement de l'aviation, d'abord à travers le vol à voile et l'engagement dans les Jeunesses Hitlériennes, sont bien mis en scène. Yann fait également intervenir dans l'aventure le général Donovan, patron de l'OSS, ancêtre de la CIA. A noter également dans les dernières pages de l'album l'apparition du Me 163 Komet, entre les mains de Reitsch, contre une formation de B-17.

Malgré cette entame en demi-teinte, on ne peut que se réjouir de la présence de 4 pages d'interview de Yann en fin d'album, où il explique notamment ses choix scénaristiques. Il n'était peut-être pas nécessaire de remonter jusqu'aux Vandales (!) pour justifier du choix de la Silésie, la période moderne suffisait amplement. Intéressant de voir aussi que Yann était un lecteur assidu de Buck Danny, du Fana de l'aviation et regardait avec avidité les Têtes Brûlées -ce qui peut renvoyer, si vous êtes intéressé, à mon article de L'autre côté de la colline.

Le dessin est agréable sans être forcément inoubliable (sans parler de la couverture, magnifique et qui attire l'oeil), et on attend le deuxième tome intitulé Hanna -Dent d'ours, j'ai oublié de le dire, renvoyant à un talisman précieusement conservé par Max autour de son cou. Car malgré les quelques défauts que j'ai mentionnés, c'est du solide.



L'autre côté de la colline : la bataille de Xuan Loc (9-21 avril 1975)

Pour terminer les publications du mois de juillet sur L'autre côté de la colline, je signe ce jour un article consacré, à nouveau, à la bataille de Xuan Loc (9-21 avril 1975). J'avais déjà abordé la question pour l'Alliance Géostratégique il y a déjà un an, mais le sujet m'intéressant encore et avec de nouvelles sources, j'offre en particulier une description plus précise de l'affrontement, tout en résumant les grandes lignes de la campagne de 1975 jusqu'à la bataille.

Avec les vacances, le mois d'août donnera probablement lieu à un article plus court, et peut-être plus analytique.

vendredi 19 juillet 2013

Richard D. NOLANE et MAZA, Wunderwaffen, tome 3 : Les damnés du Reich, Paris, Soleil, 2013, 48 p.

Mi-novembre 1946. Bergier a réussi à échapper à la traîtrise du réseau de résistants polonais infiltré par les nazis et se dirige vers la zone spéciale d'Auschwitz. Pendant que Rudel et son escadrille s'en prennent à un bâtiment soviétique au-dessus de la mer Noire, Murnau doit subir les tests de l'Ahnenerbe qui confirment ses visions au seuil de la mort : celles du visage du Führer qui apparaît inexplicablement alors qu'il a ordonné la mise à mort du pilote. Murnau commande bientôt la nouvelle escadrille de Triebflügel qu'il a contribué à mettre au point pour la production en série...

L'uchronie des éditions Soleil, basée en particulier sur les prétendues "armes miracles" des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, poursuit son chemin, et plutôt de belle façon. Néanmoins, en refermant ce tome, et après l'avoir lu deux fois de suite, j'ai l'impression d'un petit essoufflement. Certes, on découvre enfin la raison du secret posé sur la zone spéciale d'Auschwitz (dans le genre Soleil vert, mais on se demande quand même d'où les nazis parviennent à déporter encore des Juifs en 1946, au vu des cadences d'extermination réelles pendant la guerre...), et quelques nouveaux appareils font leur apparition, comme ce P-61D spécial de l'OSS qui largue Bergier, ou comme ces hélicoptères Fl 282 Kolibri, réellement expérimentés par les Allemands (on voit aussi un Focke-Achgelis Fa 223 p.27). Mais quelque part, on se dit que les Allemands, à bord de leurs super-machines de guerre, ont un peu la vie trop facile contre les Alliés, à l'image du raid anti-navire de Rudel au-dessus de la mer Noire, ou de l'attaque des Triebflügel contre les B-29 à la fin de l'album. A noter cependant les Gloster Meteor qui escortent ces mêmes B-29, dont une escadrille de la France libre (!). La conclusion du tome apporte de nouvelles interrogations en redirigeant l'intrigue vers l'Antarctique, haut lieu de toutes les thèses assez farfelues, d'ailleurs, sur la survie des nazis après la guerre, comme le rappelait le complément placé à la fin du premier tome. Ce tome 3 pose aussi la question de la responsabilité des Alliés à l'égard des camps. On peut regretter peut-être de ne pas avoir davantage de détails en fin de volume sur le Triebflügel, qui tient un rôle important dans ce troisième tome ; en outre, il semble passer rapidement de l'état de prototype à la production en pré-série ! Ici, Richard D. Nolane propose une interview d'un spécialiste fictif américain du IIIème Reich qui évoque la montée en puissance d'Himmler (histoire de mettre l'eau à la bouche du lecteur pour la suite) avant d'être interrompu et tué dans un attentat à la bombe qui pulvérise les locaux de la radio. Petite satisfaction personnelle : p.27, le château du Wewelsburg n'est plus situé en Prusse (erreur que j'avais signalée précédemment) mais bien en Westphalie.



Bref, la série commence à mon avis à tourner en rond : on aimerait assister à un renversement, car même dans une uchronie, on n'a pas forcément envie de voir les nazis l'emporter, a fortiori quand le héros principal est un pilote de la Luftwaffe passé dans la SS... le scénario semble écartelé entre l'aspect uchronique et les combats aériens, mais ce sont ces derniers qui sont encore les plus efficaces. L'histoire part un peu dans tous les sens, passe d'un personnage à l'autre, sans lien réel, les Alliés ne trouvent toujours pas de parade aux armes nazis, et la série, qui devait compter deux tome au départ, en alignera probablement 4 voir plus... reste à savoir si elle rebondira de meilleure façon dans les suivants. 


Vidéo-L'autre côté de la colline : la bataille de Xuan Loc (9-21 avril 1975)

Ci-dessous, vous trouverez une vidéo d'introduction à mon prochain article sur L'autre côté de la colline, à paraître le 20 juillet, sur la bataille de Xuan Loc. Je voulais expérimenter de nouvelles choses sur les vidéos, malheureusement de petits problèmes techniques m'en ont empêché : le traditionnel exposé est absent, avec seulement un extrait du meilleur documentaire américain sur la guerre du Viêtnam. Mais ce n'est que partie remise... bon visionnage !


jeudi 18 juillet 2013

Philippe RICHARDOT, La fin de l'armée romaine 284-476, Bibliothèque Stratégique, Paris, Economica, 2005, 408 p.

En 2005, Philippe Richardot, agrégé et docteur en histoire, livre la troisième édition de son ouvrage La fin de l'armée romaine (284-476) chez Economica. Cet ouvrage, paru initialement en 1998, comblait un manque. En effet, rares sont les historiens qui livrent des réflexions sur l'armée romaine des IVème-Vème siècles ap. J.-C., en particulier après le règne de Constantin. Or l'armée, qui a été au coeur de la grande crise du IIIème siècle, l'est aussi des événements qui conduisent à la chute de l'Empire romain d'Occident et à la survie de l'Empire romain d'Orient. L'historien insiste sur le rôle des deux empereurs Dioclétien et Constantin, qui selon lui relève de la même école de pensée. Le livre n'est sans doute pas la référence définitive sur le sujet, mais il est tout de même incontournable.

Le propos suit un plan thématique. Dans le premier chapitre, Philippe Richardot souligne la place de la fonction militaire chez les empereurs romains des IVème-Vème siècle, souvent eux-mêmes soldats de métier. On peut discuter en revanche de l'interprétation la "réforme" de Gallien, au IIIème siècle, qui écarte les sénateurs de la fonction militaire. En revanche, il est vrai que les empereurs du Vème siècle sont progressivement dépossédés de leur fonction militaire. En Occident, des généralissimes, souvent d'origine barbare, dirigent en sous-main les restes de l'Empire derrière un empereur fantoche ; en Orient, en revanche, des personnalités parfois plus fortes maintiennent la continuité.


Philippe BOUIN, La peste blonde, Policier 6360, Paris, J'ai Lu, 2002, 317 p.

1668. Alors que les négociations entre les grands Etats d'Europe vont bon train à Aix-la-Chapelle, le lieutenant général de police du royaume de France, La Reynie, reçoit une lettre anonyme dénonçant des malfaiteurs qui trafiqueraient des perruques imprégnées du bacille de la peste ! La maladie, après avoir décimé l'Angleterre, s'étend en effet sur certaines villes du nord du royaume. La Reynie prend immédiatement des mesures de quarantaine pour parer à la contagion dans la capitale. Mais il faut arracher le mal à la source ; pour cela, il fait appel à Dieudonné Danglet, son commissaire secret, et à sa bande de gueux tout droit issus de la cour des Miracles...

Philippe Bouin, né en 1949, s'est consacré entièrement à l'écriture à partir de l'an 2000. La peste blonde est le deuxième tome des aventures de Dieudonné Danglet, officier du lieutenant général de police de Louis XIV, La Reynie : je prends donc la série en cours de route. Difficile de prime abord de rentrer dans le roman policier, dont les 50 premières pages sont difficiles à avaler. Heureusement, la trame, bâtie autour d'un fait parfaitement authentique -la lettre anonyme reçue par La Reynie le 1er mai 1668- prend vite le pas sur ces premières lourdeurs et l'on se plonge facilement dans l'intrigue mise en place par l'auteur, d'autant que c'est plutôt bien mené et que l'auteur a fait, visiblement, quelques recherches. L'envers du décor des fastes de Versailles, en quelque sorte, bien que le propos ne soit pas marqué par une vision trop pessimiste de la société du temps -le héros est un adepte de Descartes et a foi dans le progrès de l'humanité, ce qui ne manque pas de surprendre pour le XVIIème siècle.

Il va falloir que je récupère le premier tome et les suivants pour confirmer...


mercredi 17 juillet 2013

Eric ALARY (dir.), Les grandes affaires criminelles en France, Nouveau Monde poche, Paris, Nouveau Monde Editions, 2013, 379 p.

Eric Alary, professeur de classes préparatoires à Tours et à Sciences Po, est un spécialiste de l'Occupation, de la gendarmerie française et du thème des frontières. Pour décortiquer les "grandes affaires criminelles" apparues au XIXème siècle via la presse, il a réuni un panel d'auteurs (11), historiens et juristes essentiellement, afin de présenter les cas les plus emblématiques du genre, à grand renfort d'illustrations et en évoquant même deux affaires à la Réunion. Ces affaires continuent parfois d'alimenter les peurs collectives des Français et le sentiment d'insécurité, parfois de manière complètement irrationnelle.

Autant le dire tout de suite, le résultat est décevant. Si 38 affaires sont présentées dans l'ordre chronologique, elles le sont tout au plus chacune sur une dizaine de pages maximum, ce qui est parfois trop court pour présenter tous les tenants et aboutissants des cas avancés, malgré le renfort des illustrations (qui auraient pu d'ailleurs être davantage commentées). La formulation alambiquée, par moments, n'aide guère à la compréhension, et le rythme est coupé par des encadrés qu'il aurait peut-être mieux valu rajouter en annexes de l'ouvrage. Le livre se concentre d'ailleurs surtout sur les crimes les plus anciens dans la chronologie, de 1796 à 1949, les derniers étant expédiés en quelques pages (4 pour Carlos ou l'affaire Grégory). On en ressort quelque peu frustré, en dépit de la présence d'une bibliographie somme toute limitée (36 sources secondaires et 3 sources primaires, soit à peine une référence par affaire, et elles ne sont pas classées pour mieux s'y retrouver...).

Pour ma part, je trouve cela dommage, d'autant plus qu'il s'agit d'une réédition (le livre est initialement paru en 2007 en grand format), et que la version Nouveau Monde Poche n'apporte visiblement pas grand chose de plus hormis un prix moindre, ce qui est certes appréciable. Et pourtant, le sujet m'intéresse, sinon je ne l'aurais bien sûr pas acheté... l'ouvrage a cependant le mérite de traiter des cas volontairement choisis et quelque peu remis en contexte pour montrer, à l'aide des encadrés, comment la justice et les forces de l'ordre se sont adaptées pour contrer de nouvelles formes de criminalités, mais aussi que certaines peurs n'ont rien de neuf : à la Belle Epoque, on tremblait devant les "apaches" de Paris tout comme on tremble aujourd'hui devant une autre forme de délinquance juvénile...

mercredi 10 juillet 2013

Un an après...

Voilà un an que je suis en disponibilité de l'Education Nationale, comme je l'annonçais à l'époque. L'heure de tirer un petit bilan.

A la question principale que je me posais alors, à savoir est-il possible de redémarrer en sortant de l'Education Nationale et d'exercer une autre activité, même au début "de secours", et de s'en sortir, la réponse est clairement oui. Il n'y a donc aucune fatalité pour les enseignants qui vivent mal leur profession et qui veulent passer à autre chose. Simplement, il faut un peu préparer le terrain en amont, c'est certain : c'était mon cas. Petit tour d'horizon des pistes que j'avais choisies.

L'autre côté de la colline : guerre de rues à Berlin (1929-1933) (David François)

Sur le blog collectif L'autre côté de la colline, David François propose le deuxième article du mois, dédié aux affrontements dans les rues de Berlin entre communistes et nazis, jusqu'à l'arrivée d'Hitler au pouvoir, en 1933. Un thème original et peu traité qui nous fait sortir de l'histoire militaire à proprement parler, ce qui risque d'ailleurs de se reproduire dans les prochains articles.

Pour l'instant, je reste pour ma part dans l'histoire militaire avec, à paraître le 20 juillet, un nouvel article sur la bataille de Xuan Loc (1975), que j'avais déjà traitée il y a un an pour l'Alliance Géostratégique. Mais cette fois-ci, je proposerai un portrait plus précis de la bataille elle-même, grâce à l'utilisation de nouvelles sources dont je ne disposais pas l'an passé.

lundi 8 juillet 2013

Vincent MICHELOT, Kennedy, Folio Biographies 97, Paris, Gallimard, 2013, 294 p.

La collection Folio Biographies est assez inégale, comme de nombreuses autres du même type. Il faut faire attention à qui écrit pour être pleinement satisfait... ce tome dédié à Kennedy, signé Vincent Michelot, agrégé d'anglais, professeur d'histoire politique des Etats-Unis à Sciences Po, fait plutôt partie des bons volumes.

L'hypothèse développée par Vincent Michelot est que le court mandat de Kennedy comme président représente une transition à la fois pendant la guerre froide, entre les deux blocs, mais aussi sur un plan intérieur. Le règne de F.D. Roosevelt marque l'amorce d'un changement américain vers la modernité, mais celle-ci n'est pas encore inscrite dans la loi et le système politique des Etats-Unis. Les deux grands partis, démocrate et républicain, sont de grosses machines, dominées par des Blancs mâles, quasi médiévales. L'élection de Kennedy, âgé seulement de 43 ans, catholique de surcroît, est donc en soi un bouleversement. En 1960, les Etats-Unis restent sous la coupe d'un pôle conservateur de représentants élus qui n'ont pas encore acté de l'aspiration des Noirs à exercer pleinement leurs droits civiques ; en outre, Eisenhower a dénoncé, avant de quitter ses fonctions, le "complexe militaro-industriel" qui prendrait d'autant plus d'importance avec la guerre froide... à la fin de la décennie 1960, les Etats-Unis ont effectué le virage vers la modernité et ressemblent déjà plus à ce que seront ceux de Barack Obama. Pourtant, ce virage doit autant à Lyndon Johnson, le successeur de Kennedy, et à sa "Grande Société", qu'à JFK lui-même. En réalité, les deux présidences se suivent et se complètent : Kennedy a plus marqué la scène sur le plan extérieur, Johnson sur le plan intérieur, comme deux volets complémentaire de l'incarnation de l'Etat américain. Les deux hommes symbolisent l'exception  de la fonction présidentielle américaine. La fin tragique de Kennedy conduit à ce que sa présidence passe rapidement au range de mythe, d'autant plus que les présidents américains sont souvent comparés. Pour Vincent Michelot, Kennedy marque les esprits car il tourne les conventions pour mieux les faire imploser de l'intérieur : c'est ainsi qu'il procède avec le parti démocrate encore largement tributaire des "Dixicrates" (les démocrates sudistes ségrégationnistes). Et Kennedy se construit également par rapport à la figure de son père, de son milieu d'origine, de ses racines irlandaises et catholiques.

Kennedy a manoeuvré avec le pôle conservateur pour faire passer quelques projets importants sur le plan intérieur : le programme spatial, les mesures en faveur des handicapés, le Peace Corps, des baisses d'impôts. En revanche, il ne peut prolonger l'action de l'Etat-Providence tel que l'avait conçu Roosevelt : le barrage est infranchissable. C'est Johnson, plus en faveur auprès des Dixiecrates, qui arrive à légiférer sur l'assistance aux pauvres, sur la couverture médicale, et d'autres projets sociaux. Johnson, profitant de l'émotion suscitée par l'assassinat de Kennedy et par l'avance obtenue aux élections de 1964, parvient aussi à capitaliser sur l'action en faveur des droits civiques. Sur le Viêtnam, Kennedy en a fait un théâtre de choix de containment face au communisme plutôt que le Laos voisin : pour citer Bundy, conseiller national à la sécurité, Kennedy s'engageait au Viêtnam car il ne s'agissait pas d'être bête, Johnson car il ne s'agissait pas d'être lâche.

Peut-être, d'ailleurs, que Vincent Michelot n'insiste pas assez sur ce dernier point -la politique de Kennedy en Asie du Sud-Est : on peut le regretter. De la même façon, il choisit de ne pas aborder la question de l'assassinat de Kennedy, ce qui est plus logique car son propos porte sur le personnage lui-même, son parcours avant et pendant sa présidence, et beaucoup a été dit sur le sujet. J'aurais aimé cependant qu'il y revienne un peu. La bibliographie, citée après la conclusion, est essentiellement anglophone, ce qui est classique pour un tel sujet. Une lecture qui reste stimulante et qui est une excellente introduction à JFK.

Stalingrad (1993) de Joseph Vilsmaier

Août 1942. Une unité de sapeurs allemands, retirée du front d'Afrique du Nord, assiste à une cérémonie où plusieurs hommes vont être décorés pour faits d'armes. Un nouveau lieutenant, Hans von Witzland (Thomas Kretschmann), est présent. Le sergent Manfred "Rollo" Rohleder (Jochen Nickel), à la tenue négligée, n'est finalement pas décoré. Rohleder et son ami, le caporal Fritz Reiser (Dominique Horwitz), étaient proches de l'ancien lieutenant, blessé en Afrique. Les sapeurs sont finalement envoyés sur le front de l'est, où fait rage la bataille de Stalingrad. Ils peuvent constater à leur arrivée que les combats n'ont rien d'une partie de plaisir ou d'actions d'arrière-garde, contrairement à ce que prétend la propagande de Goebbels. Von Witzland est témoin de la brutalité de certains soldats allemands contre les prisonniers soviétiques, qui laisse les autres officiers complètement indifférents. Commandés par le capitaine Hermann Musk (Karel Hermanek), les sapeurs attaquent une des usines de Stalingrad et s'emparent de leur objectif, mais au prix de très lourdes pertes. Ils sont alors plongés dans la terrible lutte d'attrition qui dévaste les ruines de Stalingrad...

La bataille de Stalingrad a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques, aussi bien en Occident qu'en URSS et en Russie. On retient surtout le film de Jean-Jacques Annaud (2001), mais il avait été précédé par bien d'autres comme celui de Joseph Vilsmaier. A noter que Fedor Bondartchouk prépare un nouveau film sur Stalingrad qui sortira cette année, avec Thomas Kretschmann, qui jouait dans celui de Vilsmaier (je remets la bande-annonce pour ceux qui l'auraient manquée).





Vilsmaier choisit de traiter du côté allemand, quasi exclusivement. Le film a été tourné en Italie, en Finlande et en République tchèque, et le réalisateur a bénéficié d'un conseiller militaire allemand pour le tournage. Celui-ci choisit de focaliser le propos sur une section de sapeurs d'un des bataillons effectivement dépêchés dans Stalingrad juste avant la contre-offensive soviétique du 19 novembre 1942. Ces bataillons devaient permettre de réduire les dernières poches de l'Armée Rouge sur la rive de la Volga. On sait qu'il n'en fut rien. Ces bataillons d'élite furent, eux aussi, décimés dans ce désastre allemand. Vilsmaier a l'intelligence d'élargir le propos et de ne pas montrer simplement la déchéance des soldats de la Wehrmacht encerclés dans la ville et de plus en plus livrés à leur propre sort. Il montre ainsi la brutalité des combattants allemands à l'égard des soldats soviétiques et leur indifférence relative à l'égard du sort des civils pris en plein milieu de la bataille -qui sont d'ailleurs, pour certains, fusillés, une fois l'encerclement réalisé, pour ne pas avoir à les nourrir (une scène d'exécution est montrée dans le film).


Ci-dessous, l'arrivée des sapeurs à Stalingrad, la fameuse scène de la brutalité des soldats allemands contre les prisonniers soviétiques, et l'assaut de l'usine.


 

La reconstitution est impressionnante et les scènes de combat sont devenues quasiment mythiques (assaut des T-34/85, ici mal placés mais qui font tellement plaisir à voir, contre les Pak et les fantassins allemands, notamment). Sur le plan cinématographique, je trouve que le film se tient bien jusqu'à cette dernière scène (le duel face aux chars soviétiques), en revanche, la dernière grosse demi-heure sombre un peu plus dans le pathos -ce qui, vu le sujet, est certes quasiment inévitable- et parfois dans l'invraisemblable (l'exécution du capitaine allemand ; la tentative de sortie désespérée du Kessel avec une Soviétique "retournée" par l'attention du lieutenant von Witzlandà). En revanche, le final résume à lui seul le choc terrible que constitue la défaite de Stalingrad pour Hitler et l'Allemagne nazie. Le Stalingrad de Vilsmaier est d'une certaine façon incontournable pour qui s'intéresse au front de l'est : loin des thèmes choisis par Annaud, il offre, d'une certaine façon, une vision beaucoup plus crue de ce qu'a été cet affrontement titanesque dans les décombres de la ville.


Ci-dessous, la scène mythique où les restes du bataillon disciplinaire allemand affrontent les T-34 soviétiques.



samedi 6 juillet 2013

Caroline ROE, Le glaive de l'archange, Grands Détectives 3330, Paris, 10/18, 2001, 318 p.

Gérone, Espagne, 1348-1353. La ville accueille la deuxième plus importante communauté juive de toute la Catalogne médiévale, frappée par la Grande Peste qui décime la population. Isaac, médecin de son état, devenu aveugle, est régulièrement sollicité par les autorités, et notamment l'évêque, pour résoudre des enquêtes criminelles. Or, une suivante de la reine d'Aragon, déguisée en nonne, est retrouvée morte dans un des bains publics de la ville. Isaac, qui doit également soigner la nièce de l'évêque victime d'une blessure infectée dans son couvent, ne se doute pas qu'il va avoir à faire à un complot où la politique et la religion menacent directement son ami l'évêque et le trône d'Aragon...

Merci à mon épouse de m'avoir fait découvrir cette série de la collection Grands Détectives, qui date déjà de quelques années. Caroline Roe, doctorante canadienne en études médiévales, a commencé à écrire des romans policiers dès 1986. Après une première série située dans le Canada contemporain, elle signe, en 1998, ce premier tome des aventures du médecin juif Isaac, situé dans la Catalogne du XIVème siècle. La particularité de la série est que les personnages principaux sont inspirés de figures authentiques de la Catalogne médiévale, au prix de quelques anachronismes. L'évêque Bérenger a bien existé au XIVème siècle, quand à Isaac l'aveugle, il est inspiré d'un célèbre savant juif des XIIème-XIIIème siècle qui a vécu dans le sud de la France.

Ce premier tome, assez dense, s'attache surtout à mettre en place les personnages, et il est plus orienté vers l'enquête policière proprement dite que vers la description exclusive de l'arrière-plan historique, un défaut que l'on retrouve fréquemment dans cette collection. Le suspense est donc maintenu jusqu'à la fin. Tous les éléments sont présents pour lier les personnages entre eux (la famille d'Isaac notamment), mais parfois de manière un peu décousue ou espacée, et il est parfois difficile de rassembler tous les morceaux. Néanmoins, c'est un bon début qui donne envie de lire les suivants, dans un cadre géographique et une période finalement assez peu traités chez Grands Détectives.

jeudi 4 juillet 2013

Suppléments-2ème Guerre Mondiale n°49

Et voici les suppléments à deux ensembles parus dans le n°49 de 2ème Guerre Mondiale.

Celui pour le comparatif des 6 commandants d'armées de chars soviétiques est déjà en ligne : il s'agit d'un article paru sur le blog L'autre côté de la colline et qui présente en détails Mikhaïl Katoukov, l'un des 6 officiers en question, et qui dirige la 1ère armée de chars à partir de 1943. C'est par ici.

Pour le dossier sur Prokhorovka, je vous offre une partie coupée qui résumait le déroulement des opérations entre les 5 et 12 juillet, et qui faisait le lien entre les première et deuxième parties.


L'opération Zitadelle sur le flanc sud du saillant de Koursk démarre aux premières heures du 5 juillet. L'assaut initial est plutôt décevant dans le secteur du XLVIII. Panzerkorps, meilleur pour le II. SS-Panzerkorps. Hoth voit ses craintes confirmés par le blocage du III. Panzerkorps sur son flanc droit. La deuxième ligne de défense soviétique est loin d'être atteinte, mais Hoth reste confiant : les divisions allemandes n'ont visiblement pas encore rencontré d'éléments de corps blindés ou mécanisés soviétiques, et il pense avoir encore un jour supplémentaire avant l'arrivée des réserves opératives de l'Armée Rouge. Or, en réalité, Vatoutine a déjà mis en mouvement la 1ère armée de chars de Katoukov et les 2ème (à la jonction entre la 6ème et 7ème armée de la Garde) et 5ème (pour barrer la Psel) corps blindés de la Garde. Ce sont pas moins d'un millier de blindés que Vatoutine place à la fois dans un rôle offensif et défensif.

Le 6 juillet, le II. SS-Panzerkorps, dont les deux flancs sont exposés, est violemment contre-attaqué par les 2ème et 5ème corps blindés de la Garde et par les éléments de la 1ère armée de chars. Hausser envoie la Totenkopf pour essayer de franchir le Donetz Nord et soulager le III. Panzerkorps, mais elle ne peut venir à bout de la 375ème division de fusiliers soviétiques retranchée là. Les pertes soviétiques sont lourdes et Vatoutine demande, en fin d'après-midi du 6 juillet, le déblocage des réserves stratégiques pour repousser l'assaut de la 4. Panzerarmee. Staline ordonne le tranfert au Front de Voronej des 2ème et 10ème corps blindés, tandis que le Front de la Steppe met en mouvement la 5ème armée de chars de Rotmistrov et la 5ème armée de la Garde. Ce sont, à nouveau, plus d'un millier de blindés soviétiques qui rallient le champ de bataille. Hoth se rend compte que les réserves opératives sont entrées en action dès le deuxième jour de l'offensive, alors que le XLVIII. Panzerkorps n'est pas encore venu à bout de la deuxième ligne défensive soviétique.

Le 7 juillet, le II. SS-Panzerkorps avance davantage que son voisin de gauche : il emporte la deuxième ligne de défense et il n'est plus qu'à une dizaine de kilomètres des faubourgs de Prokhorovka. Mais Hoth choisit d'arrêter la progression au nord-est des Waffen-SS pour les réorienter à l'ouest, afin de soutenir le XLVIII. Panzerkorps. Or, Vatoutine a prévu de lancer une contre-attaque contre le II. SS-Panzerkorps le 8 juillet avec 4 corps blindés. Hoth cherche en fait à encercler avec les deux corps blindés les unités de chars soviétiques dans la boucle de la Pena. Le 10ème corps blindé s'attaque à la Leibstandarte, les 5ème corps blindé de la Garde et 2ème corps blindé à la Das Reich, tandis que le 2ème corps blindé de la Garde avance sur le secteur évacué par la Totenkopf. Ce sont près de 600 chars que les Soviétiques jettent contre les Waffen-SS privés de leurs blindés envoyés plus à l'ouest. Mais l'assaut de Vatoutine, qui aurait pu avoir des conséquences incalculables, n'est pas coordonné et dégénère en une multitude d'attaques tronçonnées que les Allemands vont pouvoir repousser, en profitant notamment des nombreux canons antichars présents au sein de la Das Reich. L'aviation allemande intervient aussi avec ses appareils d'attaque au sol Hs 129 et détruit un certain nombre de blindés soviétiques du 2ème corps blindé de la Garde, tandis que la brigade de tête du 10ème corps blindé est étrillée par les Tigres en réparation de la Das Reich. Manstein, inquiet de la situation sur son flanc est, fait déplacer deux des divisions du XXIV. Panzerkorps de réserve près de Kharkov. En face, l'Armée Rouge met en branle vers Prokhorovka la 5ème armée de chars de la Garde, et la 5ème armée de la Garde, qui rejoint le Psel, entre Oboïan et Prokhorovka : des divisions contre des armées.

Au 9 juillet, le XLVIII. Panzerkorps n'a toujours pas réussi à détruire les forces blindées soviétiques dans la boucle de la Pena. Hoth renvoie les blindés au II. SS-Panzerkorps, inquiet des contre-attaques de la veille. Il semble encore se soucier de détruire les réserves opératives soviétiques à l'ouest plutôt que de pousser vers le Psel, en parallèle de la progression des Waffen-SS. George Nipe pense que Hoth souhaite avant tout détruire la 1ère armée de chars de Katoukov avant d'envoyer le XLVIII. Panzerkorps soutenir la progression du II. SS-Panzerkorps au nord-est, vers Prokhorovka. D'après lui, Hoth, qui a bien prévu cette dernière progression dès le mois de mai, n'a pas déplacé l'effort vers le nord-est pour aller à la rencontre de la 5ème armée de chars de la Garde soviétique, puisqu'il n'a, selon lui, pas connaissance de l'arrivée de cette formation. Vatoutine, de son côté, renforce la 1ère armée de chars de Katoukov en retirant les 5ème corps blindé de la Garde et 10ème corps blindé du secteur de Prokhorovka pour les déplacer sur la route d'Oboïan.

Pour le 10 juillet, les deux objectifs restent l'encerclement des blindés dans la boucle de la Pena à l'ouest et la capture des hauteurs dominant Prokhorovka et le franchissement du Psel à l'est par les Waffen-SS pour attaquer la localité elle-même. La Totenkopf parvient finalement à prendre pied sur la rive nord du Psel, au prix de durs combats. Le lendemain, la division fait passer ses chars au nord de la rivière après avoir construit des ouvrages sur le cours d'eau. La Leibstandarte avance sur Prokhorovka malgré la tenace résistance du 2ème corps de chars de Popov, épuisé, qui est relevé dans la nuit du 10 au 11 par une des divisions de la 5ème armée de la Garde, la 9ème aéroportée du colonel Sazonov. Cette même armée envoie plusieurs divisions, dont la 95ème de fusiliers de la Garde, face aux hommes de la Totenkopf au nord du Psel.

Le 11 juillet, Hoth est confirmé dans son attention sur le flanc ouest par l'apparition du 10ème corps blindé soviétique dans le secteur, dont le commandant adjoint est d'ailleurs tué dans les combats, et son corps retrouvé par les Allemands avec certains documents importants. Hoth pense qu'il lui est finalement plus profitable d'écraser les réserves opératives soviétiques au sud du Psel, dans un terrain compartimenté, plutôt que d'aller franchir la rivière lourdement défendue et de détruire les blindés soviétiques au nord du cours d'eau. En outre, les contre-attaques blindées semblent cesser à l'est et le III. Panzerkorps a enfin débloqué la situation sur le Donetz Nord. Hoth enjoint à Hausser d'engager les forces soviétiques au nord du Psel et de nettoyer les approches de Prokhorovka.