jeudi 31 janvier 2013

Air Mag hors-série n°3 : Kharkov, mai 1942

Retour des oldies avec la recension, aujourd'hui, d'un vieux numéro de la revue Air Mag-hors-série. La revue classique et son hors-série existent toujours, ayant été repris en 2010 par le groupe Artipress. Ce numéro-là est ancien puisqu'il date vraisemblablement de fin 2005-début 2006 (ce n'est pas marqué dans le magazine donc j'ai cherché un peu).

Ce numéro est vraisemblablement la traduction d'un travail réalisé par un spécialiste russe, Dimitriy Karlenko. Il a l'avantage de revenir sur un affrontement aérien relativement méconnu : les combats dans les airs pendant la contre-offensive soviétique à Kharkov, en mai 1942, vus essentiellement ici du côté des VVS. Or depuis les travaux de David Glantz, qui a remis à l'honneur l'Armée Rouge au sein de l'étude du conflit germano-soviétique, beaucoup d'auteurs, dans les magazines actuels, se servent à tout crin de cet exemple pour montrer que les Soviétiques ne font pas encore le poids face à la Wehrmacht en mai 1942 (il y a sans doute une part de vérité) et insister sur les faiblesses, les défauts de l'Armée Rouge.

Mais, et c'est bien là le point à retenir de ce numéro, assez court au demeurant pour le texte mais fortement illustré, dans les airs, les VVS ne déméritent pas, loin de là, face à la Luftwaffe. En dépit d'une flotte dépareillée et peu nombreuse, où les survivants de Barbarossa côtoient les nouveaux appareils entrés en lice, les VVS obtiennent au début de la bataille une supériorité aérienne locale, abattent de nombreux appareils allemands et se paient même le luxe de capturer plusieurs Bf 109. Des réorganisations de structure, conséquence des expériences malheureuses de l'année précédente et qui seront efficaces sur le long terme, entravent cependant l'efficacité des VVS.

La Luftwaffe n'obtient la supériorité aérienne qu'en transférant des unités depuis la Crimée, en particulier, et joue il est vrai un rôle certain dans le succès final des Allemands. Les Soviétiques constatent que la qualité des pilotes de chasse allemands de la JG 3, par contre, diminuent avec le temps. Mais ils ont eux-mêmes perdu beaucoup de pilotes expérimentés. Au final, le front du Sud-Ouest revendique pendant la bataille un peu plus de 200 victoires aériennes, ce qui n'est pas très éloigné des pertes réelles de la Luftwaffe. Celle-ci, avec ses 600 victoires (!), réclame en fait le triple des pertes véritables des VVS, ce qui en dit long sur les revendications allemandes.

Cette bataille de Kharkov est donc bien, peut-être, l'un des exemples du renouveau de l'Armée Rouge, qui donnera sa mesure dès la fin de l'année 1942 et surtout en 1943-1945. A ne pas négliger et ne pas voir que les aspects négatifs de la performance soviétique quand on en parle...

Ellis PETERS, La vierge dans la glace, Grands Détectives 2086, Paris, 10/18, 1992, 252 p.

1139, Angleterre. Etienne de Blois et l'impératrice Mathilde se dispute le trône lors d'une sanglante guerre civile. Après le débarquement de Mathilde sur l'île, ses troupes mettent à sac la ville de Worcester. La population des environs prend la fuite dans l'espoir d'échapper aux exactions de la soldatesque. Deux jeunes nobles, neveu et nièce d'un partisan de l'impératrice, sont confiés à la garde des bénédictins, accompagnés d'une religieuse et d'un moine. Mais ils n'arrivent pas à destination. Un frère éploré vient alors à l'abbaye de Shrewsbury solliciter l'aide de l'abbé. Celui-ci envoie frère Cafdaël pour soigner le moine, recueilli blessé par les bénédictins, et faire la lumière sur cette disparition...

Ellis Peters, alias Edith Pargehter, est morte en 1995. Spécialiste de la langue et de la littérature tchèque, elle écrit ensuite des romans qui lui valent d'être décorée de l'Ordre de l'Empire Britannique. Elle avait déjà reçu une médaille pour son engagement dans le Women's Royal Naval Service pendant la Seconde Guerre mondiale. Après une trilogie sur l'Angleterre du XIIIème siècle et d'autres fictions se déroulant dans l'Angleterre contemporaine, elle accède à la notoriété en créant, en 1977, le personnage de frère Cadfaël, un moine bénédictin d'une abbaye à la frontière du Pays de Galles dans l'Angleterre du XIIème siècle, qui mène des enquêtes policières. Au total, Ellis Peters écrit une vingtaine de livres dans la série, dont la moitié est ensuite adaptée dans une série télévisée diffusée entre 1994 et 1998, et tournée en Hongrie. Les romans attirent d'ailleurs nombre de touristes à Shrewsbury, où se trouve l'abbaye bénédictine de Cafdaël.


 


La vierge dans la glace (merci Aurore !) est le sixième tome des aventures de frère Cadfaël. J'avais lu le premier tome qui ne m'avait qu'à demi-convaincu. Le quatrième était déjà meilleur (je sais, je les prends dans le désordre...). Ce sixième tome confirme mon intérêt pour la série. Il fait d'ailleurs partie de ceux adaptés pour la série télévisée. Il joue en particulier sur la notion des liens familiaux mis à l'épreuve par un contexte de guerre civile, en l'occurrence celle qui déchire alors l'Angleterre entre Etienne de Blois et l'impératrice Mathilde. En anglais d'ailleurs, cette période de troubles provoquée par la mort d'Henri I, qui s'étale de 1135 à 1153, est baptisée "the Anarchy". Le contexte est donc parfaitement retranscrit : siège et prise de Worcester, violence commise sur les civils par les combattants ou les brigands parfois dirigés par des seigneurs renégats. Bref, c'est un bon volume de frère Cadfaël. A ne pas manquer ! 






mercredi 30 janvier 2013

Hubert VEDRINE, François Mitterrand. Un dessein, un destin, Découvertes Gallimard, Paris, Gallimard, 2005, 160 p;

Hubert Védrine a toujours été un proche de François Mitterrand, de par son père d'abord et ensuite directement, dans l'opposition puis au pouvoir après 1981. On se souvient de lui comme le ministre des Affaires Etrangères du gouvernement Jospin pendant la troisième cohabitation de la Vème République. Il préside l'Institut François Mitterrand depuis 2003. Difficile, au vu de ce parcours, de présenter un récit objectif d'un des grands personnages de la Vème République. Mais Hubert Védrine s'en sort relativement bien, malgré quelques silences significatifs...

Enfant de la Saintonge et de l'Aquitaine, François Mitterrand vit une enfance heureuse, pour l'époque, dans un milieu plutôt rural auquel il restera toujours profondément attaché par nostalgie. Elevé dans un milieu catholique conservateur, il reste fidèle à cette tradition pendant longtemps, et ce dès sa montée sur Paris comme étudiant en 1934. Il s'oppose au nazisme et déplore en particulier la reculade de Munich, en 1938. Mobilisé, fait prisonnier pendant la campagne de France, Mitterrand réussit à s'évader au bout de trois tentatives en décembre 1941. Encore maréchaliste, comme bon nombre de Français, il gagne ensuite Vichy pour avoir une situation. Mais il finit par rejoindre la Résistance dès 1942, tout en menant un double-jeu délicat qui lui vaut d'être décoré de la francisque par Pétain. Obligé de partir en Angleterre en novembre 1943, il rencontre De Gaulle à Alger -moment houleux- puis regagne la France occupée en février 1944. Il participe à la fusion des mouvements de résistance des anciens prisonniers de guerre. A la Libération, pourtant, il refuse les fonctions qu'on lui propose : il n'entre véritablement en politique qu'en 1946. En janvier 1947, après avoir rejoint l'UDSR, il est choisi comme ministre des Anciens Combattants par le président du Conseil Paul Ramadier.

Au commencement était la guerre...21/« Au nom de Dieu, ils sont nôtres ! ». Le siège d'Orléans (1428-1429)


Orléans a connu plusieurs sièges ou batailles importantes durant l'histoire de France. On pense bien sûr à celui mis par Attila devant la ville en 451 pendant sa campagne en Gaule1. Le siège de 1428-1429, lui, est passé à la postérité grâce à l'intervention de Jeanne d'Arc. La ville est d'ailleurs, dès l'époque, l'épicentre du culte de la Pucelle, bien que celle-ci n'y soit en définitive pas restée très longtemps. Le siège lui-même est souvent éclipsé par la présence de Jeanne, que d'aucuns voient comme celle qui a sauvé le royaume de France d'une chute prochaine aux mains des Anglais. S'il est vrai que l'apparition de Jeanne d'Arc a galvanisé les énergies et a été savamment orchestrée par le roi et son entourage, sur le plan militaire, le siège d'Orléans est intéressant à étudier car il recèle plusieurs caractéristiques importantes de l'art de la guerre à la fin du Moyen Age, alors en pleine transition. Retour sur un siège pas comme les autres.


La « maudite guerre »


« La pitié qui était au royaume de France » : c'est ce que répond Jeanne d'Arc à ses juges, à Rouen, le 15 mars 1431, quand ils lui demandent ce qui lui enseignait l'archange saint Michel. Il faut dire que le royaume de France est alors victime, comme l'Angleterre d'ailleurs, d'une dépression démographique, due non pas à une dénatalité mais à une surmortalité provoquée par les retours réguliers de l'épidémie de peste, apparue en 1347-1349. Une certaine paupérisation de la population se fait jour, mais ne concerne pas tout le monde : les princes, de grands seigneurs, vivent bien, non pas par leurs revenus propres mais par la confiscation d'une fiscalité d'ordinaire réservée au souverain.

mardi 29 janvier 2013

Publication : la bataille d'Aschaffenbourg (Batailles et Blindés n°53)

Le n°53 de Batailles et Blindés est ou sera bientôt disponible en maison de la presse ou kiosque. J'ai l'honneur d'y apporter une troisième contribution depuis juin 2012 avec un article assez dense consacré à la bataille d'Aschaffenbourg (mars-avril 1945).

Ce combat urbain est sans doute l'un des plus intenses, et des plus méconnus aussi, de l'avance anglo-américaine à l'intérieur de l'Allemagne au cours des derniers mois de la guerre. Mais ce n'est pas le seul intérêt du propos, comme je vous laisse le découvrir dans la vidéo de présentation disponible ci-dessous.

Un complément disponible en ligne sur ce blog suivra, comme de coutume.

Bonne lecture et bon visionnage.



Ajouts aux blogolistes-mardi 29 janvier

Quelques blogs repérés ces derniers temps, notamment à l'occasion du point quotidien sur l'opération Serval :

- Arme du train, un blog qui prend la suite d'un site disparu et qui est consacré à cette arme si particulière.

- Le mamouth, que je regarde déjà depuis un certain temps, mais qui n'était pas dans les listes, de Jean-Marc Tanguy, bien connu des lecteurs de RAIDS et RAIDS Aviation. C'est chose faite.

- Forces Opérations Blog, un blog collaboratif animé entre autres par Guillaume Belan et qui s'intéresse à la dimension terrestre des opérations contemporaines.

lundi 28 janvier 2013

2ème Guerre Mondiale n°47 (octobre-décembre 2012)

Une petite recension du dernier numéro de 2ème Guerre Mondiale auquel j'ai contribué... l'éditorial de Nicolas Pontic se place en porte-à-faux de la tendance à la culpabilisation historique, qui aurait pris le contrecoup d'une historiographie "positive".

- Frank Ségretain signe à nouveau un article sur la politique des otages par les SS, avec l'exemple de la fusillade du 11 août 1942. Les SS prennent en main la répression des Juifs et de la Résistance et s'appuient sur le concours de la police française. Les représailles contre les otages connaissent ainsi un pic à l'été 1942 : on passe ensuite à la déportation.

- Paul-Yanic Laquerre revient, dans une rubrique Ecrire l'histoire, sur le mythe de la bombe atomique japonaise... si des expérimentations ont eu lieu, le Japon était loin d'avoir une bombe atomique opérationnelle.

- Benoît Rondeau se penche, dans une autre rubrique du même type, sur la question suivante : Peut-on tout remettre en cause ? Le révisionnisme historique, comme on l'appelle souvent, doit se garder de la recherche du "scoop" journalistique et des omissions qui en découlent. Enfin, il y a bien sûr le problème du révisionnisme ou du négationnisme au sens littéral, qui apparaît dans certains magazines. Prudence, donc avec cette posture...

- Vincent Bernard revient sur les Justes, ces personnes honorées par l'Etat d'Israël pour avoir aidé des Juifs à échapper à la mort pendant la Seconde Guerre mondiale.

- Benoît Rondeau dresse la fiche du général Auchinleck, commandant malheureux au Moyen-Orient éclipsé par Montgomery. Il finit ses jours au Maroc !

- une fiche Uniforme de Jean-Patrick André sur un lieutenant-colonel de chars de la 1ère division blindée, 2ème armée hongroise, en Ukraine (1942).

Nat FRANKEL et Larry SMITH, Patton's Best. An Informal History of the 4th Armored Division, Hawthorn Books, 1978, 198 p.

La 4th Armored Division reste l'une des unités les plus connues de la 3rd US Army de Patton pendant la campagne d'Europe de l'ouest en 1944-1945. C'est notamment elle qui conduit le mouvement de Blood and Guts pour secourir Bastogne et les paras de la 101st Airborne Division assiégée. Nat Frankel a servi dans les chars du 35th Tank Battalion de la 4th Armored Division. Trente ans après le conflit, il livre ses impressions sur son parcours au sein de cette division mythique à Larry Smith. On a donc à faire à un témoignage écrit bien après les faits, basé à la fois sur des souvenirs vivaces et des lectures et discussions avec d'autres vétérans de la division ou acteurs de l'époque.

Frankel est un Juif mais cela ne l'empêche pas d'aduler Patton, bien connu pour son penchant antisémite. Il ouvre le livre sur la terreur qu'inspire aux Allemands le surnom de la division, les "bouchers de Roosevelt", qui amènent parfois des redditions spontanées. Il faut dire que la propagande allemande a fait croire aux Landsern que cette division blindée avait été recrutée avec des détenus de droit commun, un grand classique ! Frankel relate aussi des combats acharnés et relativement méconnus à partir de la percée américaine de l'opération Cobra : à Rennes, lorsque la 3rd Army fonce sur la Bretagne, et surtout à Troyes, lors de la poursuite, ville qui est défendue par des unités SS.

Si Frankel se montre relativement indulgent avec Patton, il conserve une vision assez traditionnelle pour l'époque (en 1978) de l'adversaire : Rommel est ainsi montré comme le prototype du soldat-chevalier malheureux, antinazi, ainsi que la vulgate du temps de la guerre froide forgée en Occident le présentait. Le tankiste américain raconte aussi les difficultés de sa division lors du franchissement de la Moselle et de la Meuse, avec cette scène pittoresque où son Sherman tire trois obus sur un Tigre I qui rebondissent sur le blindage, le chef de char allemand sortant et passant un mouchoir sur les impacts pour se moquer de ses adversaires américains... de la même manière, Frankel signale les durs combats autour de Metz, véritable bête noire de Patton. Mais la bataille qui l'a particulièrement marquée, c'est celle de Singling, en Moselle, à la jonction entre les 3rd et 7th US Armies.

L'auteur revient aussi sur la percée de la 4th Armored Division en direction de Bastogne, et s'attache en particulier à l'adversaire, la 5. Fallschirmjäger Division, que les tankistes avaient déjà trouvé devant eux au moment de Cobra... lors de l'entrée sur le sol allemand, la Wehrmacht se défend parfois farouchement. A Kreuzberg, elle a même pratiqué la politique de la "terre brûlée" devant l'ennemi... tandis qu'à Worms, Frankel et ses camarades se font d'abord passer pour des Russes afin d'effrayer la population ! La 4th Armored Division découvre ensuite le camp de concentration d'Ohrdruf. On ne peut que rendre justice à Frankel qui consacre un long passage à décrire le raid de la Task Force Baum, épisode alors peu connu, puisque relativement caché par Patton et les historiens de l'unité, le livre de référence sur le sujet ne paraissant qu'un peu plus tard (recension ici). La cohabitation avec l'Armée Rouge en Tchécoslovaquie n'est pas toujours simple non plus...

Frankel termine son engagement en Europe en travaillant pour l'OSS dans la traque d'anciens nazis, SS, responsables des camps ou cadres importants du parti. L'ouvrage se conclut sur des considérations à propos des officiers généraux ayant commandé la division et sur les hommes de troupe que Frankel a côtoyé pendant son service. Un témoignage de première main, donc, mais écrit longtemps après les faits et qui n'offre qu'une vue partielle et partiale du parcours de la 4th Armored Division : à compléter avec des ouvrages sur l'historique de l'unité.


dimanche 27 janvier 2013

2ème Guerre Mondiale n°47 : complément-"Bazooka City"

Un témoignage de première main en complément de l'article sur le raid de la Task Force Baum. Nat Frankel, ancien tankiste de la 4th US Armored Division, a livré en 1978 son vécu dans cette unité à travers un ouvrage intitulé Patton's Best. An Informal History of the 4th Armored Division. Le 26 mars 1945, il participe à l'ouverture du corridor nécessaire à l'introduction de la Task Force Baum à travers la petite ville de Schweinheim, au sud d'Aschaffenbourg :

"Schweinheim est un enfer de tirs de bazookas [on imagine des Panzerfaüste ou Panzerschrecken, comme le montre la suite du récit]. Notre artillerie pilonne la zone à l'est de la ville, ce qui est à la fois bien et mal. Bien parce que la résistance à cet endroit sera pulvérisée, mais mal parce que cela donnera peu de raisons aux Allemands retranchés dans la ville d'en sortir... [...] Moins de trois heures après la prise de Schweinheim, les hommes de la 4th Armored Division lui donnent un surnom amené à durer : Bazooka City ! [...] A 100 mètres du premier bâtiment, un Panzerfaust pulvérise un char américain. Les hommes se dispersent et courent se mettre à l'abri : tous y parviennent sauf un. Mais les rues de Bazooka City sont étroites, si étroites qu'elles augmentent la puissance de feu des armes ennemies. Le char endommagé bloque toute progression. Heureusement, les flammes s'éteignent et un soldat parvient à ramper jusqu'à la machine en espérant qu'elle soit encore gouvernable. Ce qui est le cas : il la déplace et un deuxième char s'engage. Celui-ci est plus chanceux : il atteint le bout de la rue et commence à arroser les bâtiments à sa gauche et à sa droite. Mais le char juste derrière lui est touché. Cette fois nous ne pouvons pas le récupérer. Les soldats allemands l'encerclent et font feu de chaque côté pour tenir à distance notre infanterie. Comme si ce n'était pas déjà suffisant, deux Allemands particulièrement finauds grimpent dans le char et se servent du canon de 76. Pour la première fois à ma connaissance dans la 4th Armored Division, un canon américain est utilisé contre des soldats américains, et plutôt bien ! Notre infanterie contre-attaque mais est rejetée. Nous essayons encore une fois. Le bâtiment le plus proche de l'assaut prend complètement feu. La fumée et la chaleur sont intenses [...] Puis la radio crépite et une voix peu claire, inquiète et charitable nous ordonne de retraiter. Il semble que nous sommes battus, mais la victoire peut survenir par des voies quelque peu étranges. Nous avons déjà causé du dégât -au moins 35 prisonniers et un nombre considérable de tués et de blessés, sans doute. En retraitant, nous tirons sur la ville et visons en particulier les niches et les toits où les Allemands ont placé leurs bazookas. Les soldats ennemis se hâtent à bonne distance, et au moment où nous sortons de Bazooka City, la ville est en fait dégagée ! [...] La Task Force Baum peut ainsi passer sans mal dans la rue principale de Bazooka City - dans le sens où il faut deux à trois minutes pour être à portée d'un adversaire mortel. Elle disparaît à distance, dans le noir. Le piège s'est refermé derrière elle".

2ème Guerre Mondiale n°43 (janvier-mars 2012)

Merci à Nicolas Pontic, à nouveau, de m'avoir envoyé ce numéro sorti il y a pile un an. Un numéro qui lui aussi, comme Ligne de front n°38 que je commentais récemment, mais avant la sortie du n°7 de Guerres et Histoire, revient sur la performance de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale... effet boule de neige ou d'imitation ? Le sujet intéresse, en tout cas.

- dans un Focus, Raphaël Ramos revient sur la comparaison entre la campagne d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre civile libyenne déclenchée par le soulèvement contre Kadhafi. Intéressant.

- Patrick Toussaint signe le premier article sur le 8,8 cm Pak. Très technique, il faut s'accrocher ! Un des canons antichars les plus efficaces du conflit, mais pas exempt de défauts (lourd, encombrant) et qui faute de production suffisante, ne détrône pas le vénérable Pak 40 de 75 mm.

- dans la rubrique Ecrire l'histoire, François Kersaudy revient sur le thème "Biographies. Peut-on tout écrire ?", ou chronique d'un historien et de ses problèmes... je note que l'auteur envisage de se dispenser des sources pour des ouvrages grand public, comme il l'avait fait sur son ouvrage consacré à Hitler -échange houleux avec M. Kersaudy sur Amazon d'ailleurs, à l'époque... je ne suis pas persuadé que ce soit une bonne chose. Malheureusement, je sais aussi maintenant qu'il y a des contraintes d'édition, mais ça, c'est un autre problème.

-Vincent Bernard, du blog Le Cliophage, signe le dossier sur la Wehrmacht et les raisons de son échec. Une bonne remise en cause de certaines idées reçues : la faute à Hitler, la faute au nombre, etc. J'aime bien la division en trois de l'armée allemande en termes d'efficacité, de même que l'idée des "guerres parallèles" menées par les différentes branches. Et sur les armes de pointe, Vincent Bernard rappelle combien elles interviennent trop tard. Clairement, la haute direction allemande a failli. L'auteur procède ensuite à une réévaluation de la troisième bataille de Kharkov, souvent citée en exemple pour illustrer la maîtrise tactique et opérative allemande après Stalingrad : or, en plus de pertes assez lourdes dans le corps SS, la victoire allemande n'est due qu'à un facteur de circonstances et les Soviétiques vont en tirer les leçons. Le dossier se complète par le témoignage du général allemand Mueller-Hildebrand, interrogé par l'US Army après la guerre : cette fois-ci, comme je le demandais pour le précédent numéro, il y a un encadré d'analyse, ce qui est une bonne chose.

- dans la rubrique Ecrire l'histoire, Jean-François Muracciole continue d'envisager la question des pertes en se demandant si la Seconde Guerre mondiale a été moins meurtrière que la Première. En chiffres bruts, la réponse est clairement non, mais la réponse est plus compliquée pour les Anglo-Saxons, et l'exception soviétique est là. En outre, la violence de guerre est là : Pacifique, campagne de France (aussi meurtrière par jour que Verdun voire plus), traitement des prisonniers.

- Frank Segrétain continue sa série avec la répression de la police de Vichy contre la résistance communiste. Une pratique qui remonte à l'avant-guerre mais qui devient prioritaire avec Barbarossa. La police française se montre efficace et les Allemands ne peuvent que s'en féliciter : Laval et Bousquet pousseront à son paroxysme la collaboration avec les autorités d'occupation en 1942.

- Une fiche personnage de Benoît Rondeau sur Heinz Werner Schmidt, proche de Rommel. Toujours bien intéressantes, ces fiches.

- Enfin, Christophe Prime revient sur les attentats contre Hitler. Sujet passionnant mais ici le manque de place fait que l'auteur est obligé de passer vite sur certains points (attentat du 20 juillet, préparatifs et conséquences en particulier).

- et une fiche Uniforme sur le maquisard FFI par Jean-Patrick André.

Au final, un bon numéro, avec des sources indiquées à peu près partout.

samedi 26 janvier 2013

Histoire et Stratégie n°13 : complément-Les hélicoptères nazis

Petit complément au n°13 du magazine Histoire et Stratégie que j'ai écrit et que vous pouvez trouver actuellement en maison de la presse, ce passage, coupé faute de place, sur les voilures tournantes du IIIème Reich. Bonne lecture.

Les hélicoptères nazis : grandeur et misère des voilures tournantes du IIIème Reich


Les Allemands sont les premiers, dès 1936, à concevoir un dessin d'hélicoptère viable et à faire voler un appareil stable. Les scientifiques du IIIème Reich ont mis au point, en 1945, des hélicoptères opérationnels, et ont montré leur potentiel au combat. Dès la fin des années 30, l'Allemagne est devenue, en fait, le centre de développement des hélicoptères. Lors de la capitulation de mai 1945, plus de 20 modèles différents ont été conçus dont des autogyres, des gyroplaneurs et des cerf-volants pilotés. Les travaux allemands ne peuvent être comparés qu'à l'oeuvre de Sikorsky qui opère alors aux Etats-Unis et qui est d'ailleurs fortement inspiré par les réalisations nazies.

Au début des années 30, le professeur Heinrich Focke fabrique plusieurs exemplaires d'autogyres de Juan de la Cierva1 sous licence et commence à expérimenter ses propres hélicoptères. Focke travaille non pas avec son collègue Georg Wulf, mais avec Gerd Achgelis qui pilote alors un Fw 44 « Steiglitz » dessiné par Kurt Tank dans des shows acrobatiques -à l'instar d'un Ernst Udet2. Focke produit bientôt son propre modèle, le Fa-61, à deux rotors. Le Fa-61 réalise son premier vol le 26 juin 1936, qui dure 28 secondes, aux mains d'Ewald Rohlfs. La célèbre Hanna Reitsch effectue l'année suivante un vol de plus de 100 km entre Berlin et Brême aux commandes du Fa-61. En février 1938, l'hélicoptère, à nouveau piloté par Hanna Reitsch, reçoit un triomphe lors d'une exposition à l'intérieur de la Deutschlandhalle du palais des sports de Berlin.

Pierre MIQUEL, Les poilus. La France sacrifiée, Pocket 11537, Paris, Plon, 2000, 519 p.

Pierre Miquel, historien disparu en 2007, était devenu à partir des années 70 un des spécialistes de la Première Guerre mondiale en France : auteur prolifique, il lui avait consacré quantité d'ouvrages. Historien vulgarisateur, qui était apparu dans de nombreux documentaires et à la télévision de manière générale, d'aucuns le comparent à Michelet dans son souci de défendre les valeurs républicaines et de dresser, à travers la Première Guerre mondiale, une fresque de la France.

Ce livre, sur les poilus de la Grande Guerre, est paru en 2000. Dans une longue introduction, Pierre Miquel fait la continuité entre la Première Guerre mondiale et la Seconde, où certains poilus ont combattu de nouveau... il crée aussi un parallèle entre l'occupation des territoires russes à l'est par l'armée allemande jusqu'en 1918 et ce qui se passera, plus tard, au moment de Barbarossa : il y trouve des similitudes. Il rappelle également le soutien de l'armée et de la grande industrie à la montée du nazisme. Pour Pierre Miquel, ces deux guerres mondiales ne sont finalement qu'une "guerre de trente ans". Pour l'historien, la guerre devient moderne dès 1914, les poilus n'apparaissant que plus tard, en 1915. On s'étonne de la citation d'un ouvrage d'Ernst Nolte en note de bas de page...

Pour le reste, on a là un ouvrage bâti à coups de témoignages et de descriptions du quotidien des soldats français, ainsi qu'allemands, dans une moindre mesure, pendant les quatre années de guerre. Toutes les opérations sont passées en revue, avec force détails de la part des combattants. Dans la lignée de ses ouvrages précédents, Pierre Miquel pointe les erreurs du commandement -tous les grands chefs y passent : Joffre, Pétain, Foch...-, la supériorité de l'artillerie lourde allemande au début du conflit, la meilleure utilisation des mitrailleuses, les tranchées ou ouvrages allemands plus solides... et l'incroyable gâchis en vies humaines par des offensives stériles et incroyablement coûteuses. Pour autant, cette description manque parfois de recul et d'analyse : on ne s'élève que trop rarement au-dessus du simple récit. En outre, Pierre Miquel ne fait que mentionner les combattants des Dardanelles et du front d'Orient, et s'intéresse essentiellement aux combats au sol, pas à ceux dans les airs ou des blindés, par exemple. Tout cela laisse un goût d'inachevé et la lecture devient rapidement fastidieuse, au gré des attaques successives et des massacres qui vont avec.

Si l'on ajoute au fil du texte une note renvoyant vers un ouvrage de Jean Mabire (sic), des cartes placées en fin d'ouvrage et donc de peu d'utilité pour se repérer dans la lecture, et une bibliographie assez datée, on comprendra que ce livre peut constituer une bonne introduction, mais qu'il est à compléter par d'autres lectures plus savantes.


 

vendredi 25 janvier 2013

Décès de l'historien Jacques Heers (1924-2013)

On apprend aujourd'hui le décès de Jacques Heers, médiéviste et spécialiste du monde urbain et de l'Italie, disparu le 10 janvier à 88 ans. Originaire de la Sarthe, titulaire de ses concours après la Seconde Guerre mondiale (CAPES en 1948, agrégation l'année suivante), il avait enseigné dans plusieurs établissements militaires.

C'est la rencontre avec Fernand Braudel qui le lance dans l'histoire médiévale et dans la soutenance d'une thèse sur le monde urbain à Gênes, qui va dynamiser l'intérêt pour ces deux thématiques, les villes et l'Italie, parmi les historiens médiévistes de l'époque.

Jacques Heers a également signé, bien plus tard, nombre de biographies : Louis XI, Jacques Coeur, Gilles de Rais... ces dernières années, bien que beaucoup lu car ces ouvrages demeurent très accessibles pour le grand public, il a été très contesté par d'autres historiens qui remettaient en cause ses positions.

On ne peut nier que Jacques Heers avait des positions datées voire conservatrices, en particulier quand on lit ses ouvrages consacrés, par exemple, à la Première Croisade ou à la chute de l'empire byzantin (bibliographies anciennes, vision très approximative du monde musulman en particulier). Matei Cazacu, dans la biographie de Gilles de Rais que je commentais récemment, visait directement, mais sans le nommer (sic), Jacques Heers et son propre travail sur le personnage, qui n'était pour lui que de peu d'intérêt.
 
Saluons néanmoins la mémoire d'un historien du Moyen Age qui savait, cependant, faire oeuvre de vulgarisation, même s'il fallait compléter ces lectures avec d'autres travaux plus récents.

Opération Serval-jeudi 24 janvier

- Sévaré et Diabali sont consolidés, côté français, tandis qu'à Bamako, une compagnie du 3ème RIMa de Vannes sécurise l'aéroport. Les frappes continuent sur le nord (notamment à Gao et Ansongo, à 80 km plus au nord) et le Groupe aéromobile déploie des éléments à Mopti et Diabali. Le transport de nouvelles unités continue via la Marine Nationale et les avions de transport tactique, dont désormais un C-17 américain. Plus de 2300 soldats français sont engagés sur le terrain dans l'opération Serval.

- le Groupement Tactique Interarmes (GTIA) français se divise désormais en trois sous-groupements. Les deux premiers sont engagés à Sévaré et Diabali, respectivement, mais n'ont pas rencontré d'opposition pour le moment. Quelques éléments stationnent aussi à Markala. Le dernier sous-groupement est à Bamako mais est désormais libéré par l'arrivée de la compagnie du 3ème RIMa.

- manoeuvre tactique d'Ansar Eddine que la formation d'un Mouvement Islamique de l'Azawad soi-disant prêt à ouvrir des négociations ? Il semblerait.


- André Bourgeot, directeur de recherches au CNRS et spécialiste du Sahel, est pessimiste, pour le moment, sur la dimension politique du conflit au Mali, qui reste éclipsée par l'intervention militaire française. Tout est à reconstruire...

- enfin, on avait prévenu, l'armée malienne semble commettre de plus en plus d'exécutions sommaires, particulièrement à Sévaré. Le climat est particulièrement malsain, d'autant plus qu'aujourd'hui encore, l'armée malienne annonce avoir arrêté des combattants adverses.
 

jeudi 24 janvier 2013

Sept hommes à l'aube (Operation Daybreak) de Lewis Gilbert (1975)

1941. Heydrich (Anton Diffring), chef de l'appareil de sécurité tentaculaire du IIIème Reich, le RSHA, devient protecteur général de Bohême-Moravie, afin de renforcer la mainmise allemande sur l'ancienne Tchécoslovaquie considérée à la fois comme trop improductive et trop rétive à l'égard de l'Allemagne. Avec l'accord du gouvernement tchécoslovaque en exil, Londres monte une opération commando pour assassiner Heydrich afin de regonfler la résistance locale et de montrer aux nazis qu'aucun de leurs dirigeants n'est intouchable dans l'Europe occupée. En décembre, trois parachutistes tchécoslovaques, Josef Gabcik (Anthony Andrews), Jan Kubis (Timothy Bottoms) et Karel Svoboda sont parachutés dans leur pays d'origine. Leur mission : entrer en contact avec la résistance et planifier un attentat pour assassiner Heydrich...

Le film est basé sur l'ouvrage d'Alan Burgess (recension ici), lui-même une version romancée de l'opération Anthropoïd, parfaitement authentique. Il pâtit pourtant de la faiblesse du scénario et d'un jeu d'acteurs assez moyen : Anton Diffring, qui ressemble certes à Heydrich et est accoutumé aux rôles de méchants Allemands de la Seconde Guerre mondiale, n'arrive guère à camper efficacement un personnage qui devait en imposer davantage. La scène de l'attentat elle-même manque un peu de panache, contrairement à l'assaut final dans l'église de Prague où se sont retranchés les parachutistes, comme dans le roman d'ailleurs. Mention spéciale également au rendu de la destruction de Lidice, petit village tchèque rasé en représailles de l'assassinat de Heydrich. Malgré tout, Lewis Gilbert est loin, avec de film, des réalisations plus conséquentes qu'il a pu faire sur certains James Bond (On ne vit que deux fois, etc). A voir cependant pour se rappeler un épisode fameux de la Seconde Guerre mondiale, et pour les plans filmés dans la Prague de la Tchécoslovaquie communiste, 7 ans à peine après le printemps de Prague...


Le générique de 7 hommes à l'aube met tout de suite dans l'ambiance (!). En dessous, la scène de l'attentat.





mercredi 23 janvier 2013

Vidéo : 2ème Guerre Mondiale n°47

Comme convenu, voici une petite vidéo de présentation du dossier du n°47 de 2ème Guerre mondiale, et de l'article sur la Task Force Baum, assortie d'un extrait du Deutsche Wochenschau. Bon visionnage.


Publication : 2ème Guerre Mondiale n°47

Un peu en retard (j'attendais la livraison du magazine), je signale la publication de deux ensembles différents de ma plume dans le n°47 de la revue 2ème Guerre Mondiale, actuellement en vente.

J'ai signé le dossier du numéro intitulé "Tigres de papier ? Le schwere Panzer-Abteilungen au combat". Il s'agit d'une analyse, à partir d'un travail américain notamment, de l'efficacité supposée des bataillons indépendants de chars lourds Tigres allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. J'en profite pour développer, à partir de l'exemple du s. Panzer-Abteilung 501, deux récits d'engagements particulièrement méconnus, en m'appuyant également sur des sources russes, ce qui permet un utile rééquilibrage de la perspective.

L'autre article que j'ai également écrit pour ce numéro est l'histoire de la Task Force Baum, le raid mené sur le camp de prisonniers allemands d'Hammelburg, entre les 26 et 28 mars 1945, par des éléments de la 4th Armored Division, sous les auspices de Patton. Objectif : libérer les prisonniers américains mais surtout le lieutenant-colonel Waters, le propre gendre de Bloods and Guts détenu dans le camp... et l'histoire se finit mal pour la Task Force Baum, à quelques semaines de la capitulation allemande.

Une vidéo de présentation de tout ça suivra dans peu de temps.

Au commencement était la guerre...20/Bloody Rising Sun : les Japonais et le combat tactique à Khalkhin-Gol/Nomonhan (2)



L'offensive japonaise de juillet 1939


Les principaux combats de Nomonhan peuvent être divisés en deux phases. En juillet, l'armée impériale japonaise lance deux offensives successives mais n'arrive pas à déloger les Soviétiques de leurs positions. Les pertes subies par les Japonais les forcent à rester sur la défensive jusqu'à la fin des combats. Sur les conseils du major Masanobu et du lieutenant-colonel Takushiro, le général Komatsubara opte pour un enveloppement. La force principale (71ème et 72ème régiments d'infanterie de la 23ème division, 13ème régiment d'artillerie de campagne, 23ème régiment du génie avec le 26ème régiment de la 7ème division en réserve) doit éliminer les troupes soviétiques près de la colline 721, traverser la rivière Halha puis obliquer au sud vers le pont de Kawamata, afin de détruire l'artillerie et les dépôts soviétiques sur la rive ouest. Parallèlement, le groupe de Yasuoka (64ème régiment d'infanterie, 2ème bataillon du 28ème régiment d'infanterie, 3ème et 4ème régiments de chars, 1ère régiment d'artillerie de campagne indépendant et 24ème régiment du génie indépendant) doit attaquer les forces soviétiques sur la rive est, au nord de la rivière Holsten. La jonction entre les deux pinces doit permettre d'encercler les unités soviétiques et de les anéantir. Les Japonais pensent que leur attaque de flanc forcera les troupes de l'Armée Rouge à évacuer la rive est ; en outre, ils franchissent pour la première fois la frontière entre le Mandchoukouo et la Mongolie extérieure soviétique.

La force nord s'empare comme prévu de la colline 721 le 2 juillet et traverse la Halha dans la nuit. Les Japonais montent sur la colline Baintsagan et avancent sur 6 km au sud. Un peu plus loin, ils sont bloqués par le tir de l'artillerie soviétique qui ouvre le feu depuis la colline Dungar-Obo. L'Armée Rouge contre-attaque ensuite sur trois côtés avec 450 chars ou automitrailleuses, réduisant à néant la pointe japonaise. Les combats exercent rapidement une attrition sévère sur les troupes nippones. Le seul ponton transportable que celles-ci ont amené avec elles ne peut être recomplété sur la rive ouest. Les Japonais doivent finalement se replier sur la rive est le 5 juillet, alors que Yasuoka a dû lui aussi faire face à forte partie dans ce secteur. Celui-ci envoie le 2ème bataillon, 28ème régiment couvrir le flanc droit pendant que les deux régiments de chars attaquent un ennemi que sur la foi de renseignements erronés, Yasuoka croit en pleine retraite. Il sacrifie donc la planification à la vitesse d'exécution. Les chars japonais sont conçus pour le soutien d'infanterie : dans les opérations de poursuite, ils doivent traquer l'ennemi désorganisé. Ici la situation est différente car l'artillerie soviétique de la rive ouest peut viser à loisir les blindés nippons. Yasuoka opte donc pour une attaque nocturne, mais ceci accroît la difficulté de coordonner l'action des chars avec l'infanterie, d'autant plus que les Japonais manquent de moyens de tranmission, de fusées éclairantes, etc. Les tankistes ne connaissent pas la position exacte de l'ennemi, ni sa force et le terrain. Ils pensent qu'une pression continue sur un ennemi en déroute suffira à l'achever. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, les blindés japonais commencent une charge hasardeuse sous une pluie battante qui se termine en multiples actions indépendantes où la moitié des véhicules va finalement être perdue.

mardi 22 janvier 2013

Opération Serval-mardi 22 janvier

- les forces françaises et maliennes ont donc sécurisé à la fois les approches de Bamako du côté de Diabali et de de Konna-Sévaré (ci-contre, un technical customisé avec tourelle de BRDM-2 détruit à Diabali : peut-être d'ailleurs un véhicule de l'armée malienne retourné par les rebelles...). 150 hommes du 3ème RIMa de Vannes s'apprête à partir pour le Mali.

- l'armée française préfère d'ailleurs laisser le contrôle des villes à l'armée malienne. Les frappes visent désormais Tombouctou, place forte d'AQMI, le mouvement qui s'est fait le plus menaçant à l'égard de la France depuis 2007.

- une aide logistique venue de Libye pour le groupe qui a procédé à l'attaque d'In Amenas ? Pour l'instant, on est dans l'expectative...

-et puis Serval, ce n'est pas seulement une guerre au sol ou dans les airs, mais aussi sur le web. Les services français du ministère de la Défense ont été victimes d'attaques pirates ces derniers jours.

- Jean-François Bayart, directeur de recherches au CNRS, émet un avis très critique sur la responsabilité de la France quant à la faillite de l'Etat et de l'armée au Mali.

- je signale aussi l'état des lieux de l'armée nationale tchadienne, qui a envoyé un contingent au Mali, que j'ai dressé aujourd'hui. Les soldats tchadiens des forces spéciales arrivés au Niger seraient en train de se déplacer vers la frontière avec le Mali.





L'armée nationale tchadienne : un essai d'état des lieux

Le Tchad a décidé d'envoyer 2 000 hommes pour soutenir la MISMA au Mali. 200 hommes des forces spéciales sont déjà déployés à Niamey, au Niger, pour verrouiller la frontière avec le Mali. Pour autant, on s'interroge beaucoup sur le net sur l'efficacité supposée des forces tchadiennes, qui fournissent le contingent africain le plus important jusqu'ici.

L'armée tchadienne est l'héritière de la colonisation française, à l'indépendance, en 1960. Les Forces Armées Tchadiennes gardent cette dénomination sous la présidence de Tombalbaye (1960-1975) puis du général Malloum (1975-1979). Lorsqu'Hissène Habré s'empare du pouvoir en 1982 contre son rival Goukouni Oueddei, ses troupes, les Forces Armées du Nord (FAN), servent de noyau à une nouvelle armée nationale, baptisée FANT (Forces Armées Nationales du Tchad). Sous le régime d'Hissène Habré, les FANT comprennent des soldats de plusieurs ethnies, en particulier des Toubous, des Zaghawas et des Hadjerai. Lorsqu'Idriss Déby chasse Hissène Habré du pouvoir en décembre 1990 et devient le nouveau président du Tchad, et malgré une tentative de réorganisation de l'armée sous l'égide de la France afin qu'elle soit plus représentative du pays, les forces tchadiennes, devenues l'Armée Nationale Tchadienne, sont de plus en plus dominées par l'ethnie Zaghawa. Depuis fin 2011, après quelques coupes, l'ANT comprendrait un peu plus de 30 000 hommes (18 000 dans l'armée de terre, 7 à 10 000 dans la gendarmerie, 2 à  5 000 dans la Garde nationale et nomade du Tchad).

Depuis la prise du pouvoir par Idriss Déby, en 1990, l'armée tchadienne est surtout dédiée à la lutte contre les différents mouvements rebelles opposés au pouvoir central. En février 2008, des mouvements rebelles, sans doute appuyés en sous-main par le Soudan qui reste leur sanctuaire, et qui a un lourd contentieux avec le président tchadien, avaient réussi une offensive éclair sur N'Djamena, l'assaut n'étant brisé que par des chars T-55 et des hélicoptères de combat Mi-24 dans les rues mêmes de la capitale. L'armée tchadienne a une certaine expérience de la contre-insurrection mais aussi de combats de plus grande intensité : il ne faut pas oublier que la guerre civile couplée à l'intervention libyenne entre 1978 et 1987, contrebalancée par l'intervention française (à trois reprises), a été largement remportée, au sol, par des tactiques mises en oeuvre par l'armée d'Hissène Habré (à suivre ici, un article sur le sujet, dans les prochaines semaines, quand je l'aurais fignolé).

L'affrontement latent avec le Soudan et l'offensive des rebelles en 2008, brisée de justesse, ont par ailleurs conduit à de nombreux achats de matériel. L'Ukraine avait vendu au Tchad 2 hélicoptères Mi-24 en 2007, deux autres Mi-24 et 3 avions d'attaque au sol Su-25 Frogfoot en 2008, et la même année, 80 véhicules de combat BMP-1 et 8 véhicules de transport de troupes BTR-3E, ainsi que 12 000 armes légères en 2006-2007. Aujourd'hui, l'armée de l'air tchadienne alignerait 6 Su-25 Frogfoot, une escadrille complète, dont certains avaient été utilisés en mai 2009 pour bombarder, sans doute, des positions rebelles au Soudan. En 2008, la France, toujours présente au Tchad avec le dispositif Epervier remontant à l'intervention libyenne (1986), avait cédé 25 VAB à l'armée de terre. Le colonel Kadhafi avait aussi, avant sa chute, soutenu le renforcement de l'armée d'Idriss Déby, qui avait pris le pouvoir en 1990 avec son appui. En 2006, 2 Aermacchi SF 260, avions légers utilisés pour des attaques au sol contre les rebelles, ont été réparés par la Libye. En février 2008, celle-ci aurait également fourni des munitions pour les chars T-55 et les hélicoptères Mi-24 au moment de la bataille de N'Djamena. En 2007-2008, le Tchad a également touché pas moins de 82 AML-90 Eland Mk 7, des véhicules blindés armés d'un canon de 90 mm fournis par la Belgique (et rachetés précédemment à l'Afrique du Sud) via la France. Israël a livré également un certain nombre de véhicules blindés légers RAM-2000 depuis 2006. La Bulgarie a vendu deux automoteurs d'artillerie 2S1 au Tchad en 2008 et un autre pays d'Europe de l'Est avait déjà fourni deux hélicoptères Mi-171 en 2006. Le poing blindé tchadien repose encore sur les vénérables T-55, mais probablement une vingtaine sur les 60 disponibles en 2008 ont été détruits par les rebelles lors de leur offensive. Un Mi-24 avait sans doute été également perdu. L'armée de terre dispose également d'autres véhicules blindés, en particulier de construction française : ERC-90, des plus anciennes AML-60/90, des VLRA...

L'une des meilleures unités actuelles de l'armée tchadienne serait celle, antiterroriste, créée en juin 2004, entraînée par  des unités américaines MARSOC lors de la Pan Sahel Initiative, avec un régiment à trois bataillons, en tout au moins 450 hommes (sic) depuis 2005. Mais on dispose de peu d'informations sur cette unité.


A lire :


- Guillaume Belan, sur Forces Opérations Blog.
- RFI, sur les limites de l'armée nationale tchadienne.   


Défilé de l'armée nationale tchadienne en 2010. On note le nombre important de véhicules blindés légers (VAB français, 2:42) et de technicals (1:55, 2:22) caractéristiques de l'art de la guerre mené par l'armée tchadienne pendant la guerre civile et l'intervention libyenne. A noter la présence d'un unique Mi-24 (0:40), de véhicules israëliens RAM-2000 (2:28), des BMP-1 (3:06), des BTR-3 (2:55) des chars T-55 (3:10), de pièces d'artillerie M-46 de 130 mm (2:03), de SAM SA-6 (3:36).