vendredi 28 décembre 2012

Bon Réveillon et bonne année 2013 ! (en avance)

En raison des fêtes de fin d'année et autres occupations, l'activité du blog est suspendue pour quelques jours. L'occasion pour moi de souhaiter aux lecteurs du blog de joyeuses fêtes et une bonne et heureuse année 2013 à l'avance, ainsi qu'à tous mes camarades de l'Alliance Géostratégique et d'écriture, qui se reconnaîtront. Retour en 2013 ou un tout petit peu avant pour de nouveaux billets et sans doute aussi un petit bilan de l'année écoulée, riche à souhait. Avec pour vous quitter une illustration faite maison à partir d'une image représentant la bataille de Little Big Horn (1876), afin de coller au thème d'un derniers billets sur Custer. Au passage, merci à Vincent Bernard pour les références, il comprendra.


jeudi 27 décembre 2012

Catherine WOLFF, L'armée romaine. Une armée modèle ?, Biblis 31, Paris, CNRS Editions, 2012, 221 p.

Les éditions du CNRS ont eu la bonne idée, en septembre 2011, de lancer une collection de poche, Biblis, qui multiplie les parutions cette année (d'autres volumes seront prochainement commentés ici). Le n°31 est signé Catherine Wolff, professeur d'histoire romaine à l'université d'Avignon et des Pays du Vaucluse. Catherine Wolff est une spécialiste de l'armée romaine et en particulier de la question des prisonniers de guerre ; sa thèse portait sur les brigands dans l'Orient romain sous le Haut-Empire. On lui doit aussi un tome de la collection Illustoria sur la campagne de Julien l'Apostat en Perse (363), que je n'ai pas encore lu.

Dans ce petit ouvrage, l'historienne se propose de répondre à cette simple question : l'armée romaine, instrument de conquête à la fin de la République et sous le Haut-Empire, était-elle véritablement une armée modèle, comme Auguste et ses successeurs ont bien voulu nous le faire croire à travers différentes oeuvres de propagande laissées à la postérité ?

Après une rapide présentation de l'armée romaine elle-même, qui en montre toutes les évolutions et donc la complexité, Catherine Wolff précise qu'elle s'attachera surtout aux légions et aux auxiliaires, de l'époque républicaine à la fin du règne de Commode, en 192 ap. J.-C. . Pour répondre à la négative à la question initiale, l'historienne se concentre sur trois exemples significatifs : les désertions, les passages à l'ennemi et les mutineries.

Les désertions et les passages à l'ennemi ont bien existé dans l'armée romaine, ce que révèlent en partie les sources écrites, mais ne sont pas les mêmes selon qu'on a à faire à une guerre entre Romains et Barbares ou à une guerre civile entre Romains. Les transfuges sont un mal nécessaire des guerres romaines mais le passage à l'ennemi reste dangereux et les conséquences hasardeuses. Les raisons du passage à l'acte sont nombreuses : peur, problèmes matériels, aspiration à de meilleures conditions, problèmes de commandement, motifs politiques (en particulier pendant les guerres civiles). Les citoyens romains désertent plus facilement pendant les guerres civiles, alors que les auxiliaires le font plutôt lors de guerres "classiques".


Ci-dessous, court extrait d'Astérix chez les Bretons (1986), adaptation de la BD parue vingt ans plus tôt. Comme le dit Catherine Wolff sans sa conclusion, Astérix a contribué à renforcer l'image mythique d'une armée romaine de légionnaires uniformes en lorica segmentata, employant la tortue et bâtisseurs de camps retranchés identiques.
 

 

Le légionnaire prête un serment de fidélité dès son incorporation dans l'armée romaine. La désobéissance aux ordres, que l'on peut apercevoir dans les sources, est une faute grave, mais qui n'est pas systématiquement réprimée. Les mutineries se produisent souvent sur la question du butin ou de solde, ou lorsque les conditions matérielles des soldats sont trop pénibles, comme lors de la révolte de 14 ap. J.-C. en Pannonie à l'avènement de Tibère. Les légionnaires s'en prennent souvent aux centurions. Les mutineries du début de la République sont liées aux conflits entre patriciens et plébéiens. Durant les guerres civiles, il est fréquent que toute une armée se mutine et change de camp, parfois en raison de problèmes liés au commandement. La cause principale reste cependant l'intérêt, le profit et le butin. Les mutineries ont été fréquentes sous la République et le Haut-Empire. Pour la première période, un historien a distingué trois phases : jusqu'en 280 av. J.-C., les mutineries sont provoquées par les conflits politiques entre patriciens et plébéiens ; entre 280 et 90, un consensus politique fait diminuer le nombre de mutineries ; après 90 et jusqu'en 40, le renouveau des fissures au sein du groupe dirigeant et les revendications personnelles des plébéiens (motivés par l'intérêt et non par la défense du groupe) entraînent une escalade des mutineries et leur succès fréquent. A l'inverse, les désertions et les passages à l'ennemi ont été fréquents pendant la deuxième guerre punique contre Hannibal.

Quelles sont les raisons du succès des armes romaines ? Pour Catherine Wolff, celles-ci tiennent à l'obstination du Sénat, au vaste réservoir d'hommes à disposition des Romains, au fait que Rome ne combat que rarement sur plusieurs fronts et que son armée a évolué, contrairement à beaucoup d'adversaires, par exemple. Mais les Romains l'emportent aussi car ils savent récompenser et punir leurs soldats. Les récompenses tiennent en une multitude de décorations, organisées sous l'Empire et alors distribuées en fonction du grade et du statut, contrairement à la République. Les punitions sont particulièrement sévères à l'égard des transfuges et des déserteurs. Associés aux brigands dans les textes de l'Empire tardif, ceux-ci sont punis normalement par la mort, sous des formes variées, dont le fustuarium, bastonnade collective infligée par les camarades. La décimation, surtout appliquée au Ier siècle av. J.-C., a marqué les esprits. Dans le cas des mutineries, ce sont souvent les meneurs qui sont exécutés ou des solutions alternatives sont trouvées. Il n'y a pas de règle véritable sous la République et les punitions dépendent fréquemment de la personnalité du commandant. La discipline acquise dans l'armée romaine reste cependant un pilier de l'institution : elle est donnée notamment par un entraînement intensif.

Au final, Catherine Wolff conclut sur l'idée que malgré les manquements, cette discipline triomphe au sein de l'armée romaine, et ce faisant, elle ne répond pas vraiment à la question qu'elle avait posé au départ, ou de manière contradictoire. Deux hommes ont joué un rôle important : Scipion l'Africain, l'un des premiers à avoir compris l'importance de l'entraînement systématique, justement, et César, créateur d'un pouvoir absolu. Cependant les mythes perdurent et notamment celui de l'opposition convenue entre l'armée romaine quasi invincible du Haut-Empire et celle, décrépie, de l'Antiquité Tardive. L'historienne conclut sur les films, les dessins animés comme Astérix ou l'aventure des groupes de reconstitution, toutes choses qui contribuent souvent, malgré tout, à véhiculer une image fantasmée du soldat romain. Image que se livre se propose de déconstruire un peu, et l'on ne peut que s'en satisfaire, d'autant plus que c'est à un prix modique. A noter, les illustrations insérées en parallèle du texte, la chronologie en fin de volume et l'importante bibliographie.

Et un petit clic sur les liens commerciaux pour aider le blog, merci ! Un livre que vous pouvez aussi acquérir par ce biais.



Revue Historique des Armées n°268 (3ème trimestre 2012) : Insurrection, contre-insurrection

Alors que le dernier numéro trimestriel de la Revue Historique des Armées pour l'année 2012, le n°269, est paru récemment (avec un dossier consacré à l'image de l'ennemi), j'ai enfin pris le temps de lire intégralement le numéro précédent dans lequel j'avais moi-même signé un article sur la guerre du Viêtnam, pour le dossier Insurrection, contre-insurrection.

Quelques articles que j'ai retenus :

- Aux origines lointaines du "service action". Sabotages et opérations spéciales en cas de mobilisation et de guerre, 1871-1914. Gérard Sawicki décrit les projets d'attentats à la bombe ou autres opérations spéciales avant l'heure mises au point par la France entre la défaite de 1871 face à la Prusse et le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Beaucoup de réflexions et d'ingéniosité pour, au final, peu de résultats !

- La puissance aérienne dans la guerre du Rif. Le colonel Paul Armengaud et l'émergence de l'emploi tactique de l'aviation (1925-1928). Le capitaine Gilles Krugler relate l'emploi grandissant des forces aériennes par la France pendant la guerre du Rif, au Maroc. Prémices lointaines d'une réflexion sur la "puissance aérienne".

- La gendarmerie face à l'insurrection de Bab el-Oued en mars 1962. Le capitaine Benoît Haberbusch revient sur l'affrontement franco-français de la fin de la guerre d'Algérie lorsque les gendarmes participent au bouclage du quartier de Bab el-Oued peuplé de nombreux partisans de l'Algérie française, voire pro-OAS. Selon l'auteur, les opérations -qui n'ont rien du simple maintien de l'ordre lorsque l'on voit le matériel et les effectifs engagés, et la dépense de munitions- constituent le dernier exemple de combats de rues de la gendarmerie française dans notre histoire contemporaine et de la lutte de gendarmes contre des Français.

mercredi 26 décembre 2012

Custer, l'homme de l'ouest (Custer of the West) de Robert Siodmak (1967)

1865. Le général Custer (Robert Shaw), l'un des plus fameux sabreurs de la cavalerie de l'Union, cherche à s'employer après la fin de la guerre de Sécession. Son supérieur, le général Sheridan (Lawrence Tierney), lui propose de partir en territoire dakota pour étendre l'influence des Etats-Unis contre les tribus indiennes. Custer s'en va donc avec sa femme Elizabeth (Mary Ure) prendre la tête du 7th Cavalry Regiment. Il cherche d'abord à faire de son unité un régiment combattif, puis entreprend de contrer les velléités belliqueuses des Cheyennes...

Le film aligne grosso modo la même intrigue que celui de 1941 consacré au même sujet, La charge fantastique, avec Errol Flynn dans le rôle de Custer. Il prend le parti étrange de mixer une approche à la fois critique de l'expansion américaine à l'ouest -les Indiens sont bien montrés comme victimes d'attaques par les troupes américaines ou les pionniers- et au contraire très élogieuse de Custer, présenté comme le prototype du chevalier en puissance et exonéré de toute responsabilité dans les massacres d'Indiens commis par le 7th Cavalry. A noter aussi des scènes complètement incohérentes dans le scénario -Robert Ryan, qui fait une apparition de 10 minutes en tant que déserteur parti à la recherche de l'or en territoire indien, repris et bientôt fusillé, sans que l'on sache bien pourquoi, mais qu'il a bien fallu, sans doute, caser quelque part. Le film donne l'impression d'un mélange assez bizarre, où Custer, un peu sauvé par l'interprétation de Robert Shaw, toujours excellent, est complètement dépassé par des "magouilles" réglant le sort des Indiens à Washington, sur fond de corruption et de compromission d'anciennes gloires de la guerre de Sécession comme Sheridan. Quant à Mary Ure, elle semble comme transparente dans le rôle d'épouse aimante idolâtrant Custer. Celui-ci semble incarner un héros tragique de pièce grecque, peinture qui ne colle pas vraiment avec la réalité. Entièrement tourné en Espagne, le film souffre donc de longueurs qui ne le rendent que moyennement intéressant. Certainement pas la meilleure mouture faite à partir du parcours de Custer jusqu'à sa fin épique à Little Big Horn (un peu pâlichonne dans le propos, d'ailleurs).







lundi 24 décembre 2012

MAËL et KRIS, Notre Mère La Guerre, Troisième Complainte, Futuropolis, 2011, 64 p.

Mai 1917, pendant l'offensive du Chemin des Dames. Le lieutenant Vialatte, qui avait mené l'enquête sur les femmes assassinées en Champagne deux ans plus tôt, sert désormais dans "l'artillerie spéciale" aux commandes d'un char Saint-Chamond bapti"Eglantine". Blessé lors d'un engagement, il reçoit à l'hôpital la visite de Janvier, devenu commandant à l'arrière, et qui, par cajolerie et par la menace, l'invite à reprendre l'enquête autour de la section Peyzac dont la plupart des membres a trouvé la mort lors d'un assaut allemand deux ans plus tôt. Aidé par un membre de son équipage, Desloches, Vialatte retourne à Paris, alors que l'armée française est travaillée par les mutineries consécutives à l'échec de l'offensive Nivelle. Les découvertes qu'il fera dans le "milieu" parisien vont relancer une enquête pleine de rebondissements...


Retour à l'enquête originelle pour ce troisième tome après un deuxième qui était, comme je le disais, plus de transition. Les auteurs ne négligent cependant pas le front avec la charge des Saint-Chamond dès les premières pages de la BD, et bien plus tard l'intervention des gaz. Cependant, le troisième volume est l'occasion de replacer les combattants par rapport à l'arrière, et ce en pleine période de mutinerie après la sanglante aventure de l'offensive Nivelle. Les auteurs se gardent bien de tomber dans des clichés éculés, comme le montre la scène du train des permissionnaires à la gare. Le dessin arrive toujours aussi bien à rendre le caractère très sombre des affrontements de la Grande Guerre. Allez, encore un tome et l'on connaîtra la fin de l'histoire (!).


dimanche 23 décembre 2012

MAËL et KRIS, Notre Mère La Guerre, Deuxième Complainte, Futuropolis, 2010, 64 p.

Janvier 1915, front de Champagne. Le lieutenant Vialatte, officier de gendarmerie, poursuit son enquête après l'assassinat de trois jeunes filles dans les tranchées ou à proximité. Il opère toujours au sein de la section "spéciale" du caporal Peyzac, originaire de la même région que lui, et constituée d'adolescents sortis d'une maison de redressement pour être envoyés au front. De découverte en découverte, Vialatte est de plus en plus soupçonneux à l'encontre de certains membres de la section. Bientôt, une quatrième victime est trouvée par des tirailleurs sénégalais, la nuque brisée. Elle n'était autre que l'amante du capitaine Janvier, officier d'état-major qui avait accueilli Vialatte à son arrivée sur le front avec des phrases de Péguy. Janvier, rendu fou de douleur par la perte d'un être cher, insiste pour emmener Vialatte auprès de la section Peyzac, sous les obus et la mitraille...

J'avais commenté il y a près de deux ans le premier tome de ce qui devait être une trilogie et qui s'est transformé en quatuor, le dernier tome venant tout juste de paraître. Le premier volume avait marqué les esprits, non seulement en raison du thème choisi, mais aussi par les dessins. Les atrocités de la guerre -dans un ton qui se veut proche de celui d'un Tardi- sont introduites par un "cogne", un gendarme qui faisait figure de planqué dans le premier tome. Dans le deuxième, au contraire, on part sur les chapeaux de roue avec une charge à la baïonnette sur la tranchée allemande d'en face...où l'on ne compte plus les pertes. Le tome deux fait cependant figure de transition car l'enquête progresse assez peu, au final. C'est plutôt l'occasion d'un retour sur le rôle de la femme, ou plutôt de l'absence de la femme, pour le combattant. En tout cas, Notre Mère la Guerre soutient la comparaison avec l'oeuvre de Tardi, au point que l'enquête, dans ce tome, fait figure de simple ajout. Criant d'authenticité.

Ci-dessous, une présentation du tome.

 



La Brigade Héroïque (Saskatchewan) de Raoul Walsh (1954)

Printemps 1877. L'inspecteur O'Rourke (Alan Ladd), de la police montée canadienne, accompagné de son demi-frère Cree, Cajou (Jay Silverheels), rentre d'une saison de chasse bien remplie dans le nord du Canada. Il tombe sur les restes d'un convoi attaqué par les Indiens et récupère tant bien que mal la seule survivante, Grace Markey (Shelley Winters). Celle-ci tente de s'enfuir mais est bientôt attaquée par 4 Sioux Américains dont 2 sont abattus par O'Rourke et Cajou. Ce sont en fait les Sioux Américains qui ont franchi la frontière après leur victoire à Little Big Horn contre Custer et le 7th Cavalry, pour tenter de soulever les Crees. Rentré au fort Saskatchewan, O'Rourke doit tenir compte du caractère inflexible du nouveau commandant du camp, Benton (Robert Douglas), qui veut désarmer les Crees pour éviter qu'ils ne s'allient aux Sioux. Cajou, ivre de rage, rejette son demi-frère et pactise avec les Sioux tandis que Benton reçoit l'ordre de quitter Fort Saskatchewan, sous la menace d'une attaque, pour Fort Walsh...


Voilà un film qui n'est pas considéré par la critique comme l'un des meilleurs de Raoul Walsh, et pourtant il m'avait marqué étant adolescent. Et d'abord par les décors naturels, puisque le film a été tourné dans le Banff National Park. Les personnages ne sont malheureusement pas à la hauteur des paysages mais le propos a de quoi séduire, malgré tout. D'abord parce qu'il met en scène la police montée canadienne, assez rare dans les westerns américains, ensuite parce qu'il reste justement l'un des westerns que les parents peuvent utiliser pour introduire les adolescents au genre, en raison même de sa naïveté. Pas de violence en effet dans les scènes de bataille (malgré un rapide et soft gros plan sur un homme scalpé), et un ton encore très paternaliste à l'égard des Indiens. Les adolescents pourront également facilement s'identifier à Alan Ladd, même si certains effets spéciaux sont quelque peu désuets (explosions en particulier). On signalera aussi la performance de Robert Douglas (déjà vu dans Ivanhoé) qui incarne à merveille le commandant borné qui finit par reconnaître ses torts. Bref, un bon divertissement malgré quelques déformations avec les réalités -les Sioux n'ayant jamais tenté de soulever les Indiens canadiens, l'uniforme de la police montée n'étant adopté qu'en 1897, les décors du film étant ceux de l'Alberta et non de Saskatchewan ce qui a déçu beaucoup de touristes (!).




vendredi 21 décembre 2012

Guerres et Histoire n°10

Merci au service de presse pour l'envoi de la revue. Pour ne pas faire doublon avec la recension d'Adrien Fontanellaz, je développerai ici d'autres points.

Avec l'éditorial d'abord, qui me semble encore une fois tirer à tort à boulets rouges sur l'Ecole des Annales. Certes celle-ci a quelque peu boudé l'histoire militaire, mais certains historiens qui en faisaient partie se sont malgré tout intéressés à cette thématique (on pense à Bloch, mais il y a d'en autres, en histoire ancienne par exemple). En outre, l'Ecole des Annales a également fourni, par certains côtés, des éléments qui sont désormais intégrés dans la "nouvelle histoire bataille" chère à Guerres et Histoire. Il me semble donc que c'est une opposition qu'il faudrait enfin surmonter pour faire quelque chose de plus équilibré. Voeu pieux pour l'instant.

- le témoignage est celui de Zvika Gringold, tankiste israëlien qui affronte les blindés syriens sur le plateau du Golan en 1973. Intéressant et plus efficace que l'épisode de documentaire The Greatest Tank Battles sur le même sujet !

- la rubrique Caméra au Poing s'intéresse à la guerre de Crimée. Si comme de coutume les photos sont superbes, le texte, signé Alain Gouttman, rejoint la tendance actuelle qui consiste à remettre au pinacle le Second Empire. Certes, ledit régime n'a pas été épargné par la IIIème République, mais on en est revenu depuis quelques années (j'en ai déjà beaucoup parlé, voir ici par exemple), et j'ai l'impression qu'on tombe désormais dans l'excès inverse qui consiste à ne vanter que les mérites du régime, qui rappelons-le, s'installe après un coup d'Etat et reste, jusqu'au bout, plus ou moins autoritaire et répressif. Ca me désole d'autant plus que c'est une période qui m'intéresse. Là encore, il serait temps d'en faire une histoire dépassionnée...

- le dossier sur la guerre de Cent Ans est un bon dossier de vulgarisation. Laurent Henninger décrit ce qui s'apparente plus à mon sens à une mutation militaire qu'à une révolution. Dans la partie "Cent ans et autant de guerres", par contre, il y a me semble-t-il une erreur p.41 : ce n'est pas Charles Ier d'Orléans qui fait assassiner Jean Sans Peur à Montereau en 1419... pour la simple et bonne raison qu'il est prisonnier en Angleterre depuis Azincourt. Ce sont des proches de Charles VII, effectivement anciennement partisans orléanais, qui organisent probablement l'attentat avec l'accord tacite du souverain. Il y a ensuite une étude fouillée du longbow, une interview de l'historien Philippe Contamine à propos de la campagne de Jeanne d'Arc, puis Benoist Bihan termine en évoquant les transformations qui mènent d'Azincourt à Castillon. A noter que les références, bien présentes p.55, mériteraient peut-être d'un un peu classées par type, ce serait plus clair.

- l'article qui démonte le mythe de la charge des lanciers polonais contre les Panzer (issu, pour le coup, d'un mauvais journalisme) tire sur une ficelle un peu grosse, mais c'est bien mené. Une ou deux références écrites d'ailleurs n'auraient pas été du luxe pour ceux qui, comme moi, auraient voulu approfondir.

- Farid Ameur signe un très bon article d'introduction à la guerre anglo-américaine de 1812 sur laquelle vient justement de paraître un livre en français signalé sur Guerres et conflits. Très instructif.

- la double page sur la Sten résume l'essentiel sur ce pistolet-mitrailleur devenu l'icône de la résistance en Europe occupée, mais qui était loin d'être une arme parfaite.

- avec l'article sur les Champs Catalauniques, je me suis trouvé dans une position assez particulière : c'est en effet un sujet que je maîtrise assez bien, étant donné que j'ai fait mon master/DEA d'histoire sur Sidoine Apollinaire, une des sources ténues sur la bataille en question. On ne peut pas être spécialiste de tout, mais pour le coup, dans mon cas, c'est plutôt vrai pour cette thématique. On peut constater qu'il manque plusieurs ouvrages importants dans la bibliographie indicative (qui n'est qu'indicative, mais quand même), dont le seul (et court) ouvrage en français sur la campagne (recension ici). Sur la question des effectifs, plutôt que des évaluations approximatives des forces en présence, il vaut mieux ne pas se prononcer comme je l'avais fait pour l'Alliance Géostratégique ici. Quand l'auteur affirme que la Gaule n'a pas connu de bataille aussi importante depuis César, ça reste à prouver, en particulier si l'on pense aux guerres civiles romaines de l'Antiquité Tardive (Lyon, 197, mais aussi Strasbourg, contre les Alamans, en 357, etc). La bataille n'est pas contextualisée (causes de la campagne, etc). La place des Alains au centre ne s'explique pas seulement pour des raisons de fiabilité (un général risquerait-il de perdre le milieu de sa ligne ?), mais aussi parce qu'Aétius souhaite probablement profiter du punch des lanciers cuirassés alains contre les Huns. Quant à la légende de Sainte-Geneviève sauvant Paris, comme le montre Lededynsky, ce n'est probablement qu'une savante construction hagiographique à partir de raids de fourrageurs et des exagérations colportées par les réfugiés fuyant l'avance de l'armée d'Attila. De même, si Aétius cherche à faire contrepoids aux Wisigoths avec les Huns en laissant partir les premiers au lendemain de la bataille, Thorismond sait bien où est son intérêt : les querelles de succession chez les Goths ont toujours été féroces et il doit s'imposer contre ses frères, récupérer le trésor à Toulouse (il meurt assassiné dès 453). Il n'est donc probablement pas si naïf que ne semble le penser l'auteur. Bref, tout cela mériterait d'être approfondi, avec l'emploi de l'ancien mais toujours solide ouvrage de Wolfram sur les Goths (1990).

- Michel Goya livre sa vision, en dix points, d'Ardant du Picq. Ironie du sort, boudé par les Français, il est beaucoup lu chez nos amis d'Outre-Atlantique.

- l'évocation s'intéresse, tout en beauté, aux raids des avions à réaction allemands sur le pont de Remagen.

- intéressant article ensuite de Joanne Taffe sur la New Model Army, l'armée de Cromwell pendant la guerre civile anglaise.

- autre article fort instructif, celui sur les Liberty Ships, une des clés de la victoire américaine pendant la Seconde Guerre mondiale... même si l'effort industriel ne profite pas à tout le monde, et en particulier à la main d'oeuvre desNoirs.

-on trouvera aussi les chroniques habituelles (J.-D. Merchet, Charles Turpin).

Mise à jour 1 : dans la bibliographie indicative du dossier, p.55, on est surpris de ne pas trouver certaines références anglo-saxonnes, mais aussi françaises, notamment parmi les travaux les plus récents (Xavier Hélary, etc).

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mardi 18 décembre 2012

Shelby L. STANTON, The Rise and Fall of an American Army. U.S. Ground Forces in Vietnam, 1965-1973, Presidio Press, 2003 (1ère éd. 1985), 423 p.

Shelby L. Stanton est un ancien officier de l'US Army ayant servi plusieurs années au Viêtnam. Blessé, il a été décoré. Depuis la fin du conflit, il s'est reconverti, à partir de la décennie 1980, dans l'écriture d'ouvrages dédiés particulièrement à la guerre du Viêtnam mais aussi à l'histoire militaire américaine.

L'ouvrage de Stanton est préfacé par le colonel Harry Summers, l'homme qui avait déclaré en 1973 à un général nord-viêtnamien lors des accords de Paris que "l'armée américaine n'avait jamais perdu une guerre, et de toute façon n'en perdrait jamais une" . Il est alors, au moment de la publication de ce livre, l'un des tenants de l'école historiographique dite révisionniste au sujet de la guerre. Cette école, proche du pouvoir sous l'ère Reagan, cherche à revaloriser la prestation de l'armée américaine au Viêtnam et conclut fréquemment sur l'idée que celle-ci a remporté une victoire militaire, tout en étant victime des errements des politiques et des élites. C'est exactement ce que fait Summers dans cet avant-propos : il vide son sac pour ainsi dire sur les soi-disants experts qui pointent les erreurs ou les faiblesses de l'armée américaine, sur le président Kennedy qui aurait voulu à tout crin imposer un "art spécial" de la contre-insurrection, etc. Pour Summers, le GI ou le Marine a mené au Viêtnam un combat plutôt conventionnel contre le Nord-Viêtnamien voire le Viêtcong, en particulier dans l'assaut de positions retranchées et autres complexes de bunkers. L'infanterie américaine a tenu la dragée haute à l'adversaire tout en lui infligeant des pertes considérables. Bref, l'armée n'a pas démérité.

Comme le dit Stanton dans son introduction, il cherche quant à lui à dresser un tableau de la levée et de l'engagement des unités de l'US Army et de l'USMC au Sud-Viêtnam, tout en évoquant en parallèle l'armée sud-viêtnamienne, l'ARVN -une ambition malheureusement presque pas réalisée dans le livre. Il écarte cependant volontairement l'évocation des pertes, jugeant les statistiques produites par l'armée américaine peu fiables au regard de la course au body count, tandis que les pertes américaines sont elles aussi manipulées par le commandement. Comme l'indique la bibliographie présente en fin d'ouvrage, Stanton se repose essentiellement sur des documents officiels, des ouvrages produits par l'US Army et l'USMC, et sur quelques sources secondaires. On ne peut pas véritablement classer Stanton dans l'école révisionniste, car à l'inverse de Summers, il n'élude pas les carences et les problèmes propres à l'engagement de l'armée américaine au Viêtnam : simplement, il passe très vite dessus et à tendance à les relier à des causes extérieures à l'armée. On pourrait le qualifier, avec un brin de provocation, de "compagnon de route" du révisionnisme.

[Adrien FONTANELLAZ] Guerres et Histoire n°10

Adrien Fontanellaz nous propose sa recension du dernier numéro de Guerres et Histoire. Pour ma part, ne l'ayant pas encore reçu et donc lu, je ne me prononce pas. Le dossier semble remplir son objectif de vulgarisation même si le terme de révolution militaire peut désormais laisser un peu dubitatif, comme Laurent Henninger le rappelle lui-même dans la vidéo de présentation du dossier. L'avantage est d'abord de sortir enfin de la période contemporains dans laquelle les dossiers de Guerres et Histoire avaient tendance à s'enfermer. Gageons que ce sera renouvelé avec d'autres thèmes et d'autres périodes.



Avec près de deux ans d’existence, la revue Guerre & Histoire est maintenant bien installée dans la presse spécialisée.  Voici une recension brève et non exhaustive du dernier numéro en date, l’index complet se trouvant ici. (http://historicoblog3.blogspot.ch/2012/12/guerres-et-histoire-n10-sortie-le.html)

L’éditorial de Jean Lopez invoque la vocation du magazine, à savoir contribuer à la réhabilitation de l’histoire militaire, puis introduit le dossier central du numéro, consacré à la guerre de Cent ans. Ce dernier est des plus intéressants, du moins pour un néophyte en la matière à mon image. Il comprend, entre autres, un article de Benoist Bihan qui décrit les mutations subies par l’ost royal, un autre détaille les aspects techniques et tactiques du Longbow, mais aussi le contexte sociologique particulier qui permit sa diffusion en Angleterre. Une interview de deux pages de Philippe Contamine menée par Laurent Henninger revient par ailleurs sur la campagne de Jeanne d’Arc. Ce dossier central a l’avantage de revenir sur une période, qui malgré son importance, reste moins évoquée que d’autres, et relaie aussi auprès du lectorat francophone les théories répandues dans le monde anglo-saxon sur les révolutions militaires. En effet, cette série de guerres aurait été la matrice du passage de l’état médiéval à l’état moderne, avec l’émergence de l’infanterie, l’apparition du canon, le déclin de la chevalerie, l’apparition d’armées soldées directement par le roi et la nécessité de disposer de systèmes fiscaux permettant de les financer etc… On peut par contre se demander si parler de révolution pour décrire des processus graduels s’étalant sur plusieurs siècles est adapté ; le royaume de France n’est pas passé de Louis XI à Louis XIV du jour au lendemain. 

Un autre point fort de ce numéro est l’interview de Zvika Gringold, tankiste israélien de la 188e brigade de Tsahal. Celui-ci décrit les conditions dantesques vécues par les équipages de chars lors des affrontements sur le plateau du Golan en 1973. Certains aspects tactiques très intéressants en ressortent, comme la coordination entre infanterie et blindés syriens, ainsi que les méthodes utilisées par les équipages israéliens pour contrer les missiles Sagger ennemis. Des encarts bienvenus mettent en perspective l’interview et détaillent brièvement le contexte et les buts de l’offensive syrienne.

Ce numéro comprend par ailleurs un article de Farid Ameur sur la guerre de 1812 entre les Etats-Unis et l’Angleterre, un sujet là aussi peu traité. Laurent Pericone revient sur les Liberty Ships, qui résument à eux seuls la toute-puissance des USA en guerre, et Eric Tréguier relate la bataille des Champs Catalauniques, en relativisant l’implication des Huns et des Romains. Michel Goya présente par ailleurs Ardant du Picq, visionnaire ayant perçu très tôt l’importance de la peur chez le combattant et la nécessité d’adapter les tactiques d’infanterie en fonction de l’importance grandissante du feu tout au long du XIXième siècle. A noter qu’une recension récente sur le blog Ma pile de livres (http://www.mapiledelivres.org/dotclear/index.php?post/2012/11/25/Etudes-sur-le-Combat%2C-de-Charles-Ardant-du-Picq) se montrait assez sévère avec un des ouvrages de ce dernier. Jeanne Taaffe commet un très intéressant article sur la New Model Army de Cromwell, alors que Yasha MacLasha revient sur le mythe de la charge polonaise contre les panzers en septembre 1939.  Si la revendication de « casser du mythe » exprimée par le titre de la rubrique est une ficelle marketing un peu lourde, l’article en lui-même revient de manière vraiment intéressante sur la fabrication de cette image d’Epinal de la deuxième guerre mondiale, qui a fini par symboliser à elle seule la campagne de Pologne.

Enfin, le lecteur trouvera les rubriques habituelles du magazine, dont les chroniques de Charles Turpin et Jean-Dominique Merchet, et la critique de livres, films et jeux récemment sortis.

Bref, ce dixième numéro aborde des sujets variés et dans l’ensemble peu évoqués. 

Adrien Fontanellaz

http://histoiresmilitaires.blogspot.ch/

lundi 17 décembre 2012

Vidéo : les opérations aéromobiles

Comme promis, en avant-première, une présentation rapide du contenu du prochain numéro du magazine Histoire et Stratégie, que j'ai écrit, et qui est dédié aux opérations aéromobiles. La vidéo dure 11 mn mais je n'interviens que pendant 5 mn environ : j'ai enrichi mes interventions d'un extrait de la série L'enfer du devoir (1987) et d'extraits de deux documentaires en rapport avec le sujet traité (Discovery Channel, Wings, sur le Mi-24 et l'Afghanistan, et Vietnam in HD de History Channel). Bon visionnage !




samedi 15 décembre 2012

Dominique LORMIER, La bataille de Stonne. Ardennes, mai 1940, Paris, Perrin, 2010, 184 p.

Dominique Lormier est un écrivain qui multiplie ces dernières années les ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale (entre autres sujets de prédilection, car il écrit beaucoup...). Depuis 2005 et la publication du livre Comme des lions : le sacrifice héroïque de l'armée française, il s'est engagé dans une entreprise de réhabilitation de la performance des soldats français pendant la campagne de mai-juin 1940, tant il est vrai que le souvenir d'une débâcle sans nom reste encore attaché à la prestation de l'armée française face aux Allemands. Ces ouvrages sont ainsi des plaidoyers, plutôt descriptifs, et qui tirent peut-être un peu trop sur la corde du "cocorico" national en voulant redresser l'image du soldat français de 1940.

Cet ouvrage sur la bataille de Stonne ne déroge pas à la règle. L'auteur se fait un plaisir de rappeler en introduction que l'historiographie n'a pas beaucoup progressé sur la campagne de France... ce qui est loin d'être le cas, en particulier depuis le début des années 2000. La comparaison des pertes allemandes quotidiennes entre la campagne de France et l'opération Barbarossa (plus élevées dans le premier cas, d'après Dominique Lormier ?) peut prêter à sourire quand on se rappelle l'ampleur des opérations sur le front russe. La bataille de Stonne serait relativement méconnue, elle aussi -alors que l'auteur, faisant le tour des publications consacrées au sujet, ne peut que constater qu'elles se multiplient depuis quelques années : un autre ouvrage, des articles dans revues spécialisées comme Batailles et Blindés, etc. Stonne, le "Verdun de 1940" selon de nombreux témoignages d'officiers, soldats et historiens allemands, a été en effet l'enjeu de combats acharnés en raison de sa position géographique : dominant la plaine de Sedan, le village aurait pu être le point de départ d'une contre-attaque française sur le flanc des Panzerdivisionen engagées dans la course à la Manche. Pour les Allemands, la possession du village sécurisait leurs arrières.

La première partie (les 75 premières pages, soit presque la moitié du total...) est consacrée à un tableau des forces en présence pendant la campagne de France, française et allemands en particulier, et à un résumé de l'offensive jusqu'à la bataille de Stonne. Le lecteur de Comme des lions... n'apprendra pas grand chose de neuf. P.38, en parlant du général Huntzinger, Dominique Lormier a cette phrase étonnante : "Nous sommes loin de la brillante carrière d'un général Rommel ayant acquis ses grades par des exploits militaires retentissants sur les fronts français, italien et roumain en 1914-1918." . Certes, si Rommel reste dans la Reichswehr en 1919 en raison de son expérience au feu, quand on sait que Rommel n'a dû son avancement après l'arrivée au pouvoir d'Hitler qu'à ses relations privilégiées avec le Führer, et ce jusqu'à pendant la Seconde Guerre mondiale, l'affirmation a de quoi surprendre.


Ci-dessous, épisode de la série Greatest Tank Battles dédiée à la campagne de France avec évocation de la bataille de Stonne. Le documentaire a même fait appel à François Vauvilliers de la maison Histoire et Collections... et met quelques images de T-34 détruits (!) après l'évocation de la bataille de Stonne !
 

 



La deuxième partie revient sur les premiers combats à Stonne, livrés les 14 et 15 mai 1940. La 10. Panzerdivision et le régiment Grossdeutschland butent sur la résistance tenace des 3ème DIM, 3ème DCR et 6ème GRDI en particulier. La qualité de la défense s'explique par la présence de nombreux canons antichars, de blindés capables de tenir la dragée haute aux antichars et chars allemands -H-39, B1bis- et à une artillerie française bien placée et bien renseignée, donc très meurtrière dans ses feux. A noter quand même que le pilonnage de l'artillerie allemande et des Stukas rend progressivement intenable l'occupation du village lui-même par les troupes françaises, Stonne étant bientôt évacuée, les troupes s'installant de part et d'autre.



Ci-dessous, reportage de France 3 Champagne/Ardennes sur la bataille de Stonne. En plein dans la "frénésie des lions de 1940", même si le reportage rappelle quand même, au détour d'une phrase, que la bataille n'a rien changé au sort de la campagne... ouf !



 



Dans la troisième partie, Dominique Lormier raconte les exploits des chars lourds français B1bis qui sèment un temps la terreur parmi les troupes allemandes, avant que celles-ci ne trouvent certains points faibles, comme la grille de ventilation présente sur le côté du char. Les Français sont renforcés par des éléments de la 6ème DIC tandis que les Allemands engagent deux divisions d'infanterie, les 16. et 24. ID., mieux adaptées sans doute à ce combat d'attrition que des Panzerdivisionen...

Enfin, pour la quatrième et dernière partie, l'auteur explique comment les attaques allemandes sont successivement brisées entre les 18 et 25 mai. L'artillerie française fait encore une fois preuve de brio en raison de maladresses allemandes -faible discipline radio, officiers perdus avec des documents importants en première ligne. Fantassins, cavaliers des GRDI et troupes coloniales luttent pied à pied. Du 14 au 25 mai, les Français perdent 7 500 hommes sur 42 500 engagés (17%), les Allemands 26 500 sur 90000 (29%). Mais Dominique Lormier ne donne pas la composition tués/blessés/disparus/prisonniers, qui serait peut-être intéressante à connaître. D'après le témoignage d'un ancien officier d'unité antichar française présent lors des combats (et lui aussi auteur d'un livre sur le sujet), Stonne est l'un des rares exemples de bonne coordination interarmes du côté français, pendant la campagne (même si l'absence de l'aviation est quelque peu ressentie, en particulier pour abattre les avions de reconnaissance allemands qui règlent les tirs d'artillerie).

En conclusion, Dominique Lormier précise que la résistance française à Stonne a contraint les Allemands à y engager d'importants effectifs. Une autre offensive allemande les 9 et 10 juin est également repoussée, mais les Panzerdivisionen finissent par percer plus à l'ouest, au nord de Reims, malgré des pertes en chars conséquentes.

Si le livre fournit une bonne description de la bataille de Stonne et une bibliographie indicative, l'on peut regretter, d'abord, l'absence de cartes de situation plus précises (hormis une carte générale présente en début de volume) qui oblige à s'imaginer mentalement les lieux du combat. Il n'y a pas non plus d'illustrations, ce qui est dommage. Le plus regrettable sans doute, c'est que ce livre, sorti en 2010, pour l'anniversaire des 70 ans de la campagne de France, s'inscrit pleinement dans une frénésie "commémorative" cherchant à aller au-delà du travail historiographique déjà mené et qui fait la part belle aux défauts de la belle mécanique allemande et au contraire aux atouts de l'armée française et de l'effort de réarmement mené en particulier par le Front Populaire. Dominique Lormier met ainsi au pinacle les combats autour de Stonne qui n'ont pas eu un grand impact sur le déroulement de la campagne : les Panzerdivisionen ne sont pas inquiétées dans leur cavalcade vers la Manche... ce que l'auteur, qui ne fait pas de contextualisation, ne rappelle pas. Ce récit purement factuel n'apporte pas grand chose de neuf et semble surtout servir la volonté de Dominiquer Lormier de revaloriser à tout crin la prestation du soldat français en 1940. Au mieux, on peut le conseiller à des lecteurs novices souhaitant sortir des stéréotypes éculés sur la campagne de France, mais il faudra aller voir d'autres ouvrages pour comprendre un peu mieux les tenants et les aboutissants des récentes évolutions historiographiques.


N'hésitez pas à cliquer sur les liens ci-dessous pour soutenir le blog, voire à acquérir les ouvrages si vous êtes intéressés.




vendredi 14 décembre 2012

Publication : Histoire et Stratégie n°13, les opérations aéromobiles

J'ai écrit le prochain numéro, à paraître fin décembre 2012, de la revue Histoire et Stratégie, le 13, consacré aux opérations aéromobiles : c'est ce que j'annonçais en fait dans la page Travaux en cours...

Un grand merci à Benoist Bihan qui m'a permis d'écrire pour la première fois pour cette revue. Un gros travail encore inédit pour moi d'une centaine de pages et de quelques 150 illustrations.

Ce numéro, dont vous trouverez le sommaire et l'éditorial sur le blog de DSI (je reproduis néanmoins le sommaire ci-dessous pour être complet), porte donc sur l'emploi des hélicoptères depuis 1945. Plus précisément, le propos se centre sur trois études de cas : la France, les Etats-Unis et l'URSS/Russie.

J'ai essayé d'être le plus simple possible tout en fournissant une certaine analyse qui est souvent, en fait, un condensé réalisé par mes soins des ouvrages ou articles que vous trouverez dans la bibliographie en fin de volume. Entre autres parties originales, vous pourrez lire notamment une partie traitant des expérimentations menées par les Marines avec leurs hélicoptères pendant la guerre de Corée, et une autre dédiée à la naissance de l'aéromobilité dans l'Armée Rouge qui, pour le coup, est peu traitée.

Je ferai sans doute dans quelques jours une vidéo de présentation de ce numéro. En attendant je vous invite à parcourir le sommaire, donc, ci-dessous.


Éditorial


INTRODUCTION – LES OPÉRATIONS AÉROMOBILES, DU MYTHE À L’HISTOIRE


1RE PARTIE – LA FRANCE, PIONNIÈRE DES OPÉRATIONS AÉROMOBILES


Guerre d’Indochine, guerre d’Algérie (1946-1962) – la naissance de l’ALAT

Naissance de l’hélicoptère et premières expériences

La France récupère à son profit l’expérience allemande

Expérimentations indochinoises

L’hélicoptère en Algérie : un outil bientôt indispensable

Naissance des opérations aéromobiles en Algérie

Les DIH et les premiers hélicoptères armés

De l’Algérie à la Libye (1962-2011) – De l’aéromobilité à l’aérocombat

Voilures tournantes au-dessus de Kaboul

Les Tigre en Afghanistan

L’intervention de l’ALAT en Libye : une projection de puissance ?

La doctrine actuelle de l’ALAT : l’aérocombat


2E PARTIE – LES ÉTATS-UNIS, LA PUISSANCE AÉROMOBILE


Les Marines et leurs hélicoptères pendant la guerre de Corée (1950-1953)

Les débuts de l’hélicoptère chez les Marines

L’envoi précipité des hélicoptères du VMO-6 en Corée du Sud

Le VMO-6 dans la contre-offensive de MacArthur jusqu’au Yalu

Le VMO-6 dans la dernière phase de la guerre de mouvement en Corée

L’arrivée du HMR-161 et les expérimentations d’assaut aérien par les Marines

Des expérimentations menées jusqu’à la fi n du conflit

Quand la cavalerie prend son envol – La 1st Cavalry Division au Vietnam

Aéromobilité et guerre nucléaire

Army Aviation vs US Air Force

Le moment décisif : le Howze Board
 
De la 11th Air Assault Division (Test) à la 1st Cavalry Division (Airmobile)
 
L’assaut aérien : la campagne de la vallée de Ia Drang

La poursuite

Focus : Le UH-1 Huey : un hélicoptère de légende

Nettoyer : la 1st Cavalry Division s’essaie à la pacification

La flexibilité

Le raid : les opérations « Pegasus » et « Delaware »

L’écran de cavalerie

L’exploitation

Le retrait et le déclin

Forces et faiblesses de l’action de la 1st Cavalry Division au Vietnam

L’AirLand Battle face aux Soviétiques

Quand l’US Army se recentre sur l’Europe et la guerre conventionnelle face au Pacte de Varsovie…

La première reconnaissance du niveau opératif de la guerre dans l’US Army
 
Les hélicoptères et l’aéromobilité dans l’AirLand Battle

Hélicoptères et contre-insurrection : le cas somalien

L’hélicoptère en contre-insurrection : un atout…

… mais un outil fragile

« Gothic Serpent » : quand l’hélicoptère trébuche

L’aéromobilité pendant les opérations « Desert Storm » (1991) et « Iraqi Freedom » (2003)

L’aéromobilité et l’AirLand Battle à l’épreuve de la guerre du Golfe (1990-1991)

Le cas des hélicoptères de l’USMC

Raids en profondeur ou soutien aérien rapproché ?

Le succès en demi-teinte d’« Iraqi Freedom » (2003)


3E PARTIE – URSS/RUSSIE : UNE AUTRE APPROCHE DE L’HÉLICOPTÈRE


Le développement de la doctrine aéromobile soviétique

L’URSS, les autogires et finalement l’hélicoptère

Le décollage des hélicoptères grâce aux engins de Mil

L’intégration de l’aéromobilité au sein des forces aéroportées de l’Armée rouge

Les réformes doctrinales soviétiques et la naissance de l’ère aéromobile dans l’Armée rouge

L’étape ultime : la création des brigades d’assaut aérien

La « révolution » afghane

L’hélicoptère, outil indispensable

Le renouveau de l’emploi des hélicoptères soviétiques

Quelques assauts aériens vus par des officiers soviétiques

Les troupes aéromobiles soviétiques au cœur des combats

Focus : Le Mi-24 Hind, le « char d’assaut volant »

Tchétchénie, Géorgie : les hélicoptères russes au combat à l’ère postsoviétique

Les hélicoptères russes dans la première guerre de Tchétchénie (1994-1996)

Les leçons mises en œuvre au cours de la deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2002)

Les forces aéroportées après la chute de l’URSS

Focus : Vladimir Shamanov, icône des VDV et « boucher » de la Tchétchénie

L’emploi des hélicoptères russes pendant la guerre contre la Géorgie (7-12 août 2008)

Les forces aéroportées russes dans la guerre contre la Géorgie

Conclusion – La pertinence de l’aéromobilité au XXI e siècle

Bibliographie indicative