dimanche 30 septembre 2012

Café Stratégique n°18 : Les conséquences stratégiques des élections américaines (jeudi 11 octobre 2012)

La saison des Cafés Stratégiques de l'Alliance Géostratégique reprend le jeudi 11 octobre prochain.

Maya Kandel, chargée d'étude sur les Etats-Unis et la relation transatlantique à l'IRSEM, viendra parler de la stratégie nationale américaine et de ses tendances, des enjeux liés aux prochaines élections.

A 19h00, au café Concorde (cf affiche ci-contre).

Jean-Jacques MARIE, Lénine. La révolution permanente, Paris, Payot, 2011, 528 p.

Jean-Jacques Marie est agrégé de lettres classiques, licencié d'histoire et diplômé en russe de l'INALCO depuis 1961. Entré jeune à la SFIO, il rejoint ensuite progressivement le mouvement trotskyste et devient membre du Parti des Travailleurs en 1992. Depuis 2001, il a signé plusieurs biographies des grands dirigeants ou personnages importants de l'URSS -Staline, Trotsky, Khrouchtchev et maintenant Lénine.

Dans son avant-propos, Jean-Jacques Marie revient sur les tentatives jusqu'ici inabouties pour retirer le mausolée de Lénine de la place Rouge, à Moscou. Le fantôme de Lénine est souvent exorcisé, en Russie, en le présentant en tueur sanguinaire, et en rappelant ses origines juives -ce qui renvoie pour certains au fantasme du complot juif mondial des protocoles des Sages de Sion. La nomenklatura, depuis la chute de l'URSS, s'est en effet vite débarrassée du père fondateur, qui multipliait les hyperboles verbales à propos de ses collaborateurs -à "fusiller", "pendre", "arrêter". De là à faire de Lénine un génocidaire, à l'image d'Hitler, il n'y a qu'un pas, que franchissent certains historiens très critiques à l'égard du communisme. Jean-Jacques Marie rappelle que ces hyperboles sont pourtant dues au contexte de guerre et de révolution dans lequel évolue Lénine. Les Blancs font d'ailleurs de même pendant la guerre civile : ainsi, le général Kornilov qui veut sauver la Russie même s'il faut pour cela en brûler la moitié et tuer les trois quarts de ses habitants... Il faut dire que Lénine et son action souvent examinés en fonction d'un postulat idéologique. Or les bolcheviks ont mis en oeuvre certaines réformes démocratiques, malheureusement dans un pays ravagé par la guerre, le typhus et le choléra, ce qui en a limité singulièrement la portée. Jean-Jacques Marie fait un parallèle évident avec la situation actuelle : Lénine, lui, a refusé de rembourser la dette en 1917. Son audace a échoué parce qu'elle est restée cantonnée à un seul pays. Le travail de l'historien est compliqué par l'accès aux archives mais aussi par le peu de documents personnels laissés par Lénine lui-même. Il a subordonné toute son existence à la révolution, il a écrit 300 000 pages en 30 ans. D'où le risque de prendre tous ces bons mots pour argent comptant (le fameux "Le socialisme, c'est les soviets plus l'électrification" dont ou oublie souvent de citer la fin : "avec au moins, d'abord, deux ampoules par salle de lecture et siège du Soviet de chaque village"). Enfin, Jean-Jacques Marie pose la question phare de son livre : Lénine a-t-il changé pendant son parcours politique ?

Canonisé par Staline après sa mort en janvier 1924, Lénine voit son souvenir perpétué par une floraison de prénoms bâtis sur son surnom. Aujourd'hui, on le range volontiers parmi les créateurs du totalitarisme aux côtés de Mussolini ou d'Hitler. L'effondrement de l'URSS en 1991 semble marquer la fin de l'utopie léniniste, la fin d'une parenthèse historique. Un moyen comme un autre de nier les crises du capitalisme financier jusqu'à aujourd'hui. Lénine, pendant son existence, s'est dévoué corps et âme à cette "révolution permanente" qu'il jugeait indispensable.

Dans sa biographie, exercice difficile s'il en est, Jean-Jacques Marie développe en fait une première synthèse consacrée à Lénine et parue en 2004, sans doute insuffisante. Un des mérites du livre, en dépit de l'arrière-plan idéologique évident -j'ai rappelé où se place l'auteur...-, est de souligner les quelques apports positifs de la révolution d'Octobre et des bolcheviks là où une certaine historiographie -qui a remporté le combat dans les manuels scolaires- n'y voit qu'un monceau de monstruosités et les germes du totalitarisme parachevé par Staline. Jean-Jacques Marie insiste beaucoup sur le dépassement de Lénine par une bureaucratie de parti qui trouve son origine à la fois dans le communisme de guerre et dans l'ancienne corruption propre au régime tsariste -et pourtant c'est bien Lénine qui est à l'origine de ce que l'on appelé le communisme de guerre... Jean-Jacques Marie explique beaucoup de choses par le contexte mais, paradoxalement, il se focalise surtout sur les oeuvres et discours de Lénine en n'ouvrant pas le propos sur des analyses un peu plus larges. L'analyse des principales oeuvres du personnage reste courte. Un défaut d'ailleurs que l'on retrouve dans les biographies de Staline ou de Khrouchtchev qu'il m'est également arrivé de lire précédemment. L'approche est plutôt équilibrée -on est loin d'une hagiographie : Jean-Jacques Marie décrit ainsi correctement le chaos consécutifs aux révolutions de 1917, n'évite pas les réactions très conservatrices de Lénine sur sa liaison avec Inessa Armand- mais laisse tout de même un peu sur sa faim, impression que j'avais déjà ressentie à la lecture des deux biographies citées ci-dessus. En revanche, l'auteur montre bien le long cheminement politique de Lénine, qui semble néanmoins se terminer au moment de la première période d'exil sous le tsar. Aucun livret photo n'illustre l'ouvrage et les cartes sont malheureusement trop peu nombreuses. Une bibliographie indicative est fournie en fin de volume.


Ci-dessous, en novembre 2011, Jean-Jacques Marie présente son ouvrage sur Lénine à la librairie Tropiques


Lenine 1 par urbain_glandier

samedi 29 septembre 2012

Tank : les grands combats (Greatest Tank Battles-2011). 73 Easting et les hauteurs du Golan

La chaîne Historia diffuse ces temps-ci une série documentaire sur les grands combats de chars. Ce n'est ni plus ni moins que la traduction (parfois mauvaises d'ailleurs en ce qui concerne les termes militaires techniques) d'une série canadienne reprise aux Etats-Unis, Greatest Tank Battles, lancée en 2011 et qui compte à ce jour 20 épisodes en deux saisons (10 épisodes chacune). Historia diffuse actuellement les épisodes de la première saison.

Comme souvent, le point de vue est très américanocentré. La série fait appel à des images de synthèse mêlées aux images d'archives, et met en scène des témoins des affrontements. Mais d'un seul côté seulement : dans le premier épisode sur la bataille de 73 Easting, ce sont des Américains qui parlent ; dans le deuxième épisode sur les combats du Golan en octobre 1973, ce sont les Israëliens... même si un professeur d'histoire syrien est "mobilisé", d'ailleurs plus pour faire joli... défaut trop courant de ces floppées de documentaires que l'on voit depuis une bonne dizaine d'années.

La qualité des épisodes semble variable et en tout état de cause, ce n'est pas le meilleur documentaire du genre. Sur le Golan, par exemple, l'épisode n'explique pas véritablement comment les Israëliens l'ont emporté face aux vagues de blindés syriens. Il suffit de se reporter à l'article de l'allié Michel Goya dans le n°32 de Trucks and Tanks que je commentais récemment pour bien mieux comprendre les tenants et les aboutissants de l'affaire (sans compter que les chiffres de pertes, par exemple, diffèrent). Comme quoi un documentaire ne remplace jamais un bon livre ou bon article... et même plusieurs pour faire bonne mesure.

En outre, l'un des spécialistes interrogés dans les deux épisodes concernés, Kenneth Pollack, est l'auteur d'un ouvrage qui a contribué à mobiliser l'opinion américaine en faveur de l'invasion de l'Irak en 2003 -et en particulier les libéraux, d'ailleurs. Ancien analyste de la CIA, Pollack était convaincu de la nécessité d'envahir l'Irak pour les Etats-Unis... son ouvrage sur les Arabes en guerre (une revue des conflits auxquels les armées arabes ont pris part depuis 1945) se concentre exclusivement sur les conflits conventionnels, négligeant les guérillas et autres mouvements insurrectionnels, et ne remet pas en perspective ces armées dans un contexte plus large (politique, socio-économique, culturel...). Par une analyse purement militaire, il semble plaquer des conceptions très occidentales sur des armées arabes qui ne fonctionnent absolument pas de la même façon... il aurait peut-être été bon de faire appel à d'autres spécialistes, en contrepoint.

Je regarderai les prochains tout de même, pour voir si le tableau que je dresse ici perdure dans les épisodes suivants...


Ci-dessous, les deux premiers épisodes en VO sur la bataille de 73 Easting et les hauteurs du Golan en octobre 1973.



 



Légion Etrangère n°3 (juillet-août-septembre 2012)

Le nouveau magazine Légion Etrangère, édité par le groupe Hommell, en est à son troisième numéro. Comme l'annonce l'éditorial de Jean-Luc Messager, le magazine devrait bientôt connaître une version numérique sur le site correspondant. A noter que la revue dispose aussi, désormais, de sa page Facebook.

- la rubrique Actualités revient sur la figure du père Lallemand, ancien aumônier militaire de la Légion.

- le dossier est consacré au rôle de la Légion dans les opérations de maintien de la paix de l'ONU sous le casque bleu. On y trouve en particulier quelques pages intéressantes sur la première mission menée au Cambodge, puis quelques autres plus classiques sur la force expédiée à Sarajevo.

- Frédéric Guelton, directeur des recherches du Service Historique de l'Armée de Terre (SHAT), et qui a signé l'éditorial du numéro de la RHA où j'ai moi-même proposé un article, revient sur la création du bataillon de Polonais de la Légion après l'écrasement du soulèvement de 1830 par l'empire russe et l'émigration qui s'ensuit. Une création à proprement parler "aux forceps"...

- on trouve ensuite une courte relation, anniversaire oblige, des combats à Bir Hakeim (ou Hacheim, pour faire plaisir à Jean-Luc Synave : un encadré explique d'ailleurs le pourquoi du nom). C'est un peu bref et ça laisse peut-être un peu sur sa faim...

- le Portfolio est dédié au 1/3ème REI en Indochine, dans le secteur de Bac Ninh, en 1953. Il insiste sur la vie quotidienne des légionnaires en garnison.

- Jean Alfonsi termine sa revue du 1er REC par l'engagement dans la guerre d'Indochine et au-delà, jusqu'en 1955. L'occasion aussi d'évoquer les moyens amphibie mise en oeuvre par les Français grâce au soutien américain, Crabes et autres Alligators. Petite erreur en revanche p.55 : un encadré présente le char Chaffee, mais sur la photo, c'est un M4 Sherman qui est montré... à noter que l'article mentionne une bibliographie indicative.

- les pages suivantes sont consacrées à la présentation de deux figures de la Légion pendant la Grande Guerre, le capitaine Ricciotto Canudo, à l'origine de la notion de "7ème art" qui désigne le cinéma, et Blaise Cendrars, écrivain non moins célèbre.

- la section "Dans les archives" revient sur la demande formulée par la Légion de conserver, au moment du départ de l'Algérie, la maison-mère de Sidi Bel Abbès... entreprise qui ne sera bien sûr pas couronnée de succès, contexte oblige. On conçoit que la chose était difficile à "avaler" pour l'ALN... et la demande un peu osée.

- la partie "Uniformes" présente en détails le paquetage du 2ème REI en Indochine.

- on retrouve enfin les parties consacrées aux miniatures et au cinéma. Dans celle-ci, Jean-Luc Messager revient sur le volet de Laurel et Hardy à la Légion, Les deux légionnaires (1931), évidemment rempli de poncifs...

Au final, un magazine plutôt de bonne facture, sans trop de gloriole pro-Légion, avec quelques pépites. Seul défaut peut-être, le prix : 9,90 euros, c'est beaucoup face à une concurrence (au sens large) parfois plus fournie et davantage bon marché. Ceci dit le magazine est trimestriel, ce qui amortit aussi le coût à l'achat...

vendredi 28 septembre 2012

Eric HAMMEL, Fire in the Streets. The Battle for Hue, Tet 1968, Pacifica Military History, 1991, 372 p.

Eric Hammel est un journaliste américain qui s'est pris de passion pour l'histoire militaire. Il a commencé à publier des ouvrages sur le sujet en 1981 -il en est à plus d'une trentaine aujourd'hui. Ses centres d'intérêt sont essentiellement les batailles de l'US Marine Corps, pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre du Viêtnam en particulier. Dans ce livre, il raconte la bataille de Hué pendant l'offensive du Têt, au Sud-Viêtnam, en janvier-février 1968.

Malheureusement, la dizaine de cartes du livre se situe à nouveau au début. Pour se repérer dans le texte, il faut donc fréquemment s'y reporter. Il n'y a pas de véritable introduction, seulement un prologue mettant en scène le sergent Jack Lofland, de l'USMC, responsable d'un CAP (Combined Action Platoon, unité spécialement dédiée à la pacification) dans le village de Thuy Than, dans la province de Thua Thien, qui se retrouve confronté à un régiment nord-viêtnamien en mouvement pour se positionner avant l'offensive du Têt.

Les chapitres les plus intéressants sont sans doute les deux premiers (p.1-56), qui expliquent le pourquoi de l'offensive du Têt, décrivent la ville de Hué et les forces en présence de part et d'autre. Encore que la présentation de Hammel soit très convenue, notamment en ce qui concerne le rôle du siège de Khe Sanh au sein de l'offensive du Têt. En revanche, l'on peut constater l'impréparation complète des Américains face à une offensive pendant la fête du Têt : ils détectent ainsi les mouvements des 4ème et 6ème régiments nord-viêtnamiens en direction de Hué, mais ne prennent aucune mesure pour les contrer. Dans le chapitre traitant de l'assaut nord-viêtnamien sur la ville, Hammel se place à la fois du côté des troupes de Hanoï et de celles de Saïgon, mettant bien en lumière l'échec des premières qui n'arrivent pas à s'emparer du QG de la 1ère division de l'ARVN ni du complexe du MACV, ce qui entrave leur mainmise sur la cité et permet aux renforts de déboucher.


Ci-dessous, reportage de CBS pendant la bataille de Hué, au cinquième jour de la contre-offensive américaine. Les Marines tentent alors de nettoyer la partie moderne de la ville, au sud de la rivière des Parfums, face au 4ème régiment nord-viêtnamien. Ici, les combats près de l'université. Les journalistes interrogent le lieutenant-colonel Cheathal, commandant le 2/5th Marines.



 

Pour le reste, le livre s'apparente à une longue description, vue quasiment du côté américain  seulement, des efforts pour reconquérir la ville de Hué sur les communistes. Les Nord-Viêtnamiens ne sont plus évoqués ; quand aux troupes de l'ARVN, Hammel leur accorde peu de crédit, alors que leur participation à la reprise de la cité est conséquente -Marines, Rangers, troupes aéroportées, unités de la 1ère division... si le récit est une description fouillée du combat urbain, il l'est à une telle échelle que l'absence de cartes en parallèle du texte est une tare évidente. Impossible de suivre la progression des unités et les mouvements de troupes sans avoir une excellente connaissance des lieux ou à se reporter aux cartes situées en début d'ouvrage. Le livret photo au milieu du livre, avec des clichés en noir et blanc, fait un peu court -d'ailleurs Hammel a complété son livre en 2007 par un autre dédié spécifiquement aux illustration de la bataille de Hué. Il faut noter que Hammel ne se contente pas de traiter des combats à l'intérieur de la ville, mais parlent aussi de ceux menés par la 1st Air Cavalry Division pour soulager la pression sur les Marines et briser l'approvisionnement logistique des communistes combattants dans Hué.


La bataille de Hué au cinéma : Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick y place son moment de guerre du Viêtnam. Les décors où sont tournées les scènes ne correspondent absolument pas au paysage réel de la ville.


 

Il n'y a pas non plus de véritable conclusion, simplement un épilogue, où Hammel souligne en particulier la destruction de la ville suite à la bataille et les exécutions commises par les Nord-Viêtnamiens pendant qu'ils étaient en possession de la ville -et dont les charniers ne sont découverts que plus tard. La bibliographie se réduit à quelques ouvrages seulement (9 !), quelques articles, des sources officielles et surtout nombre de témoignages qui constituent l'essentiel du texte, visiblement. On ne saisit pas bien le but de l'auteur si ce n'est de montrer les prouesses -sanglantes- de l'USMC pendant la bataille de Hué. Il ne faut donc pas y chercher une analyse de la bataille au sein de l'offensive du Têt ou une démonstration sur les enjeux et les problèmes posés par le combat urbain : c'est une relation des affrontements vue surtout du côté américain, point final. En ce sens, les travaux de Hammel semblent s'apparenter au genre de ceux de Keith Nolan, dont je commentais récemment un ouvrage.

mercredi 26 septembre 2012

Fabrice LE HENANFF, Ostfront, 12bis, 2011, 64 p.

Juin 1942-janvier 1943. La campagne d'été de l'armée allemande sur le front de l'est (Fall Blau) vue à travers le destin du sergent Max Dinger, du caporal Kurt Steiner, versé dans un bataillon disciplinaire pour avoir refusé de saluer un officier qui le décorait, et du lieutenant von Vilshofen, fils d'un général particulièrement dur et impitoyable avec ses hommes et qui connaît son baptême du feu...

Voici un album dont on ne sort, à la lecture, qu'à moitié satisfait. A moitié, parce que l'auteur a visiblement effectué beaucoup de recherches sur les uniformes, les équipements, l'argot allemand du front de l'est -et visiblement il s'est servi de la revue 2ème Guerre Mondiale, ce qui fera plaisir à Nicolas Pontic ! En outre il dessine lui-même au pinceau, sans recours à l'ordinateur, et graphiquement, le résultat est très agréable à l'oeil. Il y a donc des qualités.

Mais, mais, mais, le scénario ne convainc pas. D'abord parce qu'il est trop fortement inspiré du film de Joseph Vilsmaier, Stalingrad (1993), dont sont tirés deux des personnages principaux que l'on reconnaît très bien (Dinger et von Vilshofen, von Witzland dans le film). Et cela jusque dans les erreurs : le film met en action des T-34/85 (ce qui est déjà bien), mais le char en question n'est entré en service que début 1944... là où la BD permet de dessiner des T-34/76, qui ont effectivement été utilisés pendant la bataille. Et puis, l'auteur a choisi de remplir sa BD de portraits aisément identifiables renvoyant au cinéma, ce qui laisse aussi un peu sur sa faim. P.6, on reconnaît ainsi un des personnages de la série Holocauste, p.10-11 on a droit à une inspiration de l'acteur incarnant le roi Théoden (Bernard Hill) dans le Seigneur des Anneaux, le général Heitz est inspiré du général Weidling (Michael Mendl) de La Chute, p.26 on reconnaît un soldat allemand d'Il faut sauver le soldat Ryan... etc. Je m'arrête là car la liste est longue. Il y a même un décalque de scènes du film Stalingrad Enemy at the Gates de Jean-Jacques d'Annaud, avec tous les poncifs qui y sont liés -les vagues humaines avec des soldats non armés chargeant les lignes allemandes et dont les survivants sont achevés par les cerbères du NKVD... qui seraient au contraire à revoir sur certains aspects.

On est un peu déçu de ce parti pris car Fabrice Le Henanff montre dans certains passages qu'il peut être original. Ainsi, p.12-16, on a le droit à une scène poignante de ratissage par les Einsatzgruppen aidés de supplétifs locaux sur un village russe, avec le concours de la Wehrmacht -ce qui est bien en phase avec l'historiographie. Ou quand l'auteur met en scène des détails véridiques de la bataille urbaine dans Stalingrad -le silo à grains, le danger représenté par les citernes d'essence ou de produits chimiques, les snipers, etc. Quand à l'évocation de la première bataille de Grozny à la fin de l'ouvrage (1994-1995), elle apparaît un peu décalée. Certes, on a souvent fait le rapprochement, mais à compte-là, autant montrer des scènes de combats de rues dans Berlin en 1945, où les armées de chars soviétiques se font rétamer en entrant dans la ville, négligeant l'expérience du combat urbaine subie par l'Armée Rouge. En outre le contexte est complètement différent.


La BD s'inspire -maladroitement- du film de Joseph Vilsmaier, Stalingrad (1993). Elle colle trop à son scénario au lieu de s'en démarquer. Ci-dessous, la fameuse scène où le bataillon disciplinaire allemand affronte les T-34/85 (sic) devant un Pak 38.


 



Bref, l'intention est bonne, le résultat ne semble pas à la hauteur des espérances... même si la bataille de Stalingrad n'a pas beaucoup été traitée en bande dessinée et que l'album vaut le coup d'oeil pour son graphisme... mais ça ne fait pas tout.





Ci-dessous, interview de Fabrice Le Henanff au moment de la sortie de la BD pour France 3. On reconnaît le magazine 2ème Guerre Mondiale sur la table de l'auteur. Si le souci du détail est là, on est un peu déçu par le résultat final de la BD.

mardi 25 septembre 2012

2ème Guerre Mondiale hors-série n°29 : Opération Bagration. La mort du Heeresgruppe Mitte (décembre 2011-février 2012)

Dernier numéro que Nicolas Pontic m'avait envoyé (encore merci), le hors-série (et non pas thématique ? Je me suis trompé quelque part ?) n°29 concernant l'opération Bagration. Plus précisément, Vincent Bernard traite du côté allemand face à la grande offensive soviétique de l'été 1944. Cet auteur, qui tient je le rappelle le blog Le Cliophage, s'est fait une spécialité des analyses plus larges sur la stratégie ou l'économie de guerre ainsi que sur des points de vue germanocentrés de certaines batailles ou campagnes -mais il le fait plutôt bien, et avec un discours tout à fait sain (cf le n°31 sur Anzio). Mais comme il le dit dans les commentaires du billet, c'est plutôt sur commande qu'autre chose, le German Bias remportant encore le gros du marché.

Il rappelle d'ailleurs dans son préambule que l'opération Bagration reste méconnue du public francophone -et je ne peux qu'acquiescer, puisqu'aucun livre digne de ce nom ne traite de la bataille en français. Bagration attend encore son historien... et que dire de l'appréhension du côté soviétique ! Bref, il reste encore beaucoup à faire.

Comme le souligne Vincent Bernard, la Wehrmacht est à bout de souffle en juin 1944, mais conserve encore certaines forces. Les Allemands vont cependant être victimes de la magistrale maskirovka soviétique mise en oeuvre pour Bagration, qui va leur faire croire que l'effort portera contre le groupe d'armées Nord-Ukraine. En outre, celle-ci laisse penser aux Allemands que les Soviétiques disposent d'une supériorité énorme -bien plus réduite en fait, pour rejoindre le débat à propos de l'article de Benoît Rondeau dans le n°44. Les Allemands détectent pourtant les préparatifs soviétiques une semaine avant l'attaque, mais l'aveuglement persiste. Vincent Bernard évoque aussi l'action des partisans de Biélorussie et les sabotages généralisés le 19 juin, trois jours avant le déclenchement de Bagration.

Il décrit dans la foulée l'offensive elle-même, avec la destruction du "balcon" biélorusse et la poussée sur Minsk, puis l'exploitation vers l'ouest. A noter p.59 l'intéressant tableau comparatif de la perception allemande des désastres de l'été 1944 selon les fronts (ouest, Italie, est) : le recul territorial et les pertes subies sont incomparablement plus fortes pendant Bagration qu'ailleurs... la succession d'offensives déclenchées les unes après les autres et dont Bagration n'est qu'un volet finissant de désintégrer le front allemand, avant la stabilisation provisoire fin juillet-début août devant Varsovie, où l'insurrection est abandonnée à son sort par Staline, selon l'auteur, alors que militairement, Joukov aurait pu continuer à avancer.

En conclusion, Vincent Bernard répond à la question posée sur la couverture : la Wehrmacht pouvait-elle faire mieux ? A en juger par les résultats de la succession d'opérations commencée le 10 juin avec l'attaque dans l'isthme de Carélie (cf mon article pour l'Alliance Géostratégique), on peut sérieusement en douter. Pas un secteur du front de l'est n'a échappé au désastre. Plus qu'à l'entêtement d'Hitler à ses Festerplätze (forteresses), l'échec allemand naît du manque de mobilité de plus en plus criant de ses unités, en particulier d'infanterie, et cela même alors que la production de guerre atteint des sommets. L'Armée Rouge n'a pas vaincu par la seule force du nombre -vieille rengaine des mémorialistes allemands, qui expliquent ainsi leurs échecs avec l'obstination d'Hitler-, mais parce qu'elle a su planifier une stratégie cohérente, des successions d'opérations bien conçues reposant sur une concentration locale des forces -d'où l'impression allemande du "rouleau compresseur", bien moins avéré, en fait, comme cela a déjà été dit. Surtout, la faillite du renseignement allemand est totale, son mépris de l'adversaire évident : la réserve blindée ne s'est jamais trouvée au bon endroit lors de la succession d'offensives soviétiques. La Wehrmacht a bien été vaincue par meilleure qu'elle-même.

Vincent Bernard fournit une bibliographie indicative p.79, avec encore une fois l'ouvrage Osprey de Zaloga, celui de Büchner très germanocentré (par un vétéran de l'Ostfront) et celui d'Armstrong sur la maskirovka opérative. Du solide. Voilà donc un bon hors-série de 2ème Guerre Mondiale, illustrée de photos plutôt originales tirées du fond du Musée national d'histoire contemporaine slovène.

Claude BAUDEZ et Sydney PICASSO, Les cités perdues des Mayas, Découvertes Gallimard-Archéologie 20, Paris, Gallimard, 2011 (1ère éd. 1987), 176 p.

Claude-François Baudez est directeur de recherches au CNRS et archéologue. Il a étudié au Costa-Rica et au Honduras les vestiges des civilisations méso-américaines. Depuis 1971, il se consacre aux Mayas. Sydney Picasso a été la photographe de la Mission archéologique franco-brésilienne de Lagoa Santa. Dans cet ouvrage de la collection Découvertes Gallimard, les deux auteurs retracent la découverte de la civilisation maya par les Européens, de la conquête espagnole au XXème siècle.

Si Christophe Colomb a pris contact avec des pirogues des Mayas du Yucatan, les premières rencontres se terminent généralement en affrontements. Mais les conquistadors comme Cortès sauront aussi jouer des rivalités entre tribus. La conversion d'un roi du Yucatan en 1546 renverse la balance. Les missionnaires franciscains, tel Diego de Landa, prêchent la bonne parole de l'Evangile mais sont intéressés par la civilisation maya et en particulier par les vestiges des cités du Yucatan. Ce n'est pourtant qu'une partie émergée d'un vaste iceberg, car à l'époque classique, la civilisation maya s'étendait bien davantage à l'intérieur des terres, sur des territoires que les Espagnols contrôlent mal. Il faudra attendre en fait 1696-1697 pour que la région soit solidement entre les mains du colonisateur !

Au XVIIIème siècle commence, de manière un peu fortuite, l'exploration des sites mayas. Le site de Palenque est découvert en premier, et bientôt soumis au pillage par le capitaine del Rio qui veut satisfaire la curiosité de son souverain Charles III, roi d'Espagne. Ce n'est que dans les années 1820-1830 que les premières informations parviennent en Europe. Juan Galindo explore à son tour les sites et comprend que ces monuments sont l'oeuvre d'une civilisation antérieure aux Aztèques. De Waldeck, un aventurier français, réalise en 1832 les premiers dessins des sites de Palenque qui vont illustrer en 1866 l'oeuvre de Brasseur de Bourbourg. Les deux Européens sont convaincus que l'origine de cette civilisation est à chercher sur leur continent...

Avec le récit de John Stephens et Frederick Catherwood, paru en 1841, on quitte enfin l'âge romantique des aventuriers pour passer à celui des savants. Les gravures répondent à un souci d'authenticité, tout comme l'ensemble de l'oeuvre, même si les glyphes posent encore des problèmes de compréhension. En Europe, on se met aussi à la recherche des codex mayas, c'est à dire les livres écrits en hiéroglyphes avant l'arrivée des Espagnols. Seuls trois ont survécu dont l'un retrouvé par Léon de Rosny, en 1859, dans une corbeille (!) de la Bibliothèque nationale. La connaissance des Mayas progresse aussi grâce à l'abbé Brasseur de Bourbourg, qui malheureusement, à la fin de sa vie, en vient à croire que les codex racontent l'histoire de la fin de l'Atlantide...

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les Européens ont enfin compris que la civilisation maya ne doit rien aux Romains ni aux Hindous... l'apparition de la photographie va permettre d'en fixer les premières images. Désiré Charnay est le premier à le faire, même si son travail, bien accueilli, est peu diffusé. Il réalise également des moulages en papier mâché des sculptures, et rencontre un autre personnage important de l'archéologie maya, Alfred Maudslay, un Britannique. Dernier grand explorateur, Teobert Maler, un Autrichien qui a combattu aux côtés de l'empereur Maximilien, décide de se fixer sur place pour poursuivre ses études. A ce moment-là, on ne fouille pas encore les sites et les connaissances sur les Mayas restent donc très limitées : il faut attendre 1891 pour que soient donnés les premiers coups de pioches.

C'est également à cette époque qu'on se penche sur les glyphes et qu'on commence à les déchiffrer, en commençant, en particulier, par les mentions calendaires, très nombreuses. C'est par ce biais qu'on va fixer les grandes périodes de l'histoire maya : préclassique (1500 av. J.C.-300 ap. J.-C.), classique ancienne (300-600 ap. J.-C.), classique récente (600-900 ap. J.-C.) et post-classique (900-1527 ap. J.-C.).

En 1944, le photographe Giles Healy, subventionné par l'United Fruit Company, se rend dans le Chiapas, à la rencontre des Lacandons, un groupe maya qui a conservé d'anciennes traditions. Il va faire une découverte importante, celle des fresques du site baptisé Bonampak. Ces oeuvres remettent en cause la vision traditionnelle des Mayas : on y voit des scènes violentes et notamment celles de sacrifices humains. Mais il faudra un certain temps pour que la communauté scientifique accepte ces conclusions, qui bouleversent toutes les interprétations. En 1949, les archéologues mexicains entreprennent la fouille de Palenque. Les découvertes des glyphes et des sépultures montrent que les cités mayas se sont épuisées dans des luttes intestines et la course au prestige par l'érection de monuments. L'essoufflement interne, aggravé par des causes externes, est responsable du déclin de la civilisation maya classique, qui survit uniquement au Yucatan, avant de tomber dans l'oubli avec la conquête espagnole. Il aura fallu la découverte par les curieux, les romantiques, puis les savants, pour connaître un peu mieux cette civilisation maya.

Comme de coutume, la section Témoignages et Documents complète agréablement le volume muni d'une bibliographie indicative. Une bonne entame à l'historiographie de la découverte de la civilisation maya.

lundi 24 septembre 2012

"Dans l'encerclement" ("В окружении")-court-métrage de Karen Shakhnazarov (2012)

Juin 1944. L'Armée Rouge déclenche l'opération Bagration qui vise la destruction du groupe d'armées Centre en Biélorussie. Le LIII. Armeekorps allemand du général Gollwitzer est encerclé dans la ville de Vitebsk. Un T-34/76 soviétique est détruit par un Stuka. Seuls deux membres d'équipage sortent indemnes du véhicules. Ils se réfugient dans un ancien bunker soviétique abandonné en 1941 (de la ligne Staline ?). Isolé au milieu des lignes ennemies, ils vont chercher à gagner la zone occupée par les troupes soviétiques...

Ce court-métrage de Karen Shakhnazarov est inspiré de souvenirs de tankistes soviétiques vétérans de la Grande Guerre Patriotique. Il accompagne le tournage du film "Tigre blanc", sorti cette année en Russie, et qui a été proposé pour l'Oscar du meilleur film étranger. L'histoire, basée sur un roman, évoque la rencontre entre un sergent tankiste soviétique et un mystérieux char Tigre d'un blanc fantômatique pendant la Grande Guerre Patriotique.

Sur ce court-métrage, rien à dire de particulier : ce n'est pas un film et l'action prime sur le reste. Mais c'est l'occasion d'avoir un aperçu de la production russe actuelle et d'une vision de la Grande Guerre Patriotique du côté de Moscou, pour une fois. Au niveau des matériels, on ne boudera pas son plaisir non plus à voir quelques T-34/76 et T-34/85 ainsi qu'un Sdkfz 251. A déguster sans modération.

Pour la gloire (For Queen and Country) de Martin Stellman (1989)

Reuben James (Denzel Washington), un émigré de Sainte-Lucie vivant dans les quartiers pauvres de l'East End londonien, a échappé à la misère en s'engageant dans l'armée britannique. Avec son ami Fish (Dorian Helay), il sert au sein du Parachute Regiment en Irlande du Nord, en 1979, où il est pris dans un échange de tirs. Trois ans plus tard, les deux amis s'embarquent pour les Malouines dans la guerre que mène l'Angleterre face à l'Argentine. Six ans après, rendu à la vie civile, Reuben retrouve son ancien quartier. Mais personne ne lui accorde l'attention qu'il réclame au regard de ses états de service militaire, alors que la plupart de ses amis d'enfance a basculé dans les gangs et divers trafics pour assurer leur survie. Reuben veut se réinsérer légalement mais se heurte à la pauvreté de l'East End, à des policiers parfois racistes et à un Etat qui ne lui reconnaît même pas la nationalité britannique en dépit de son enrôlement dans l'armée britannique. Comme alors une lente descente aux enfers...

Certainement pas le meilleur film avec Denzel Washington -on s'ennuie un peu, le propos manque singulièrement de rythme- mais intéressant par le propos. Stellman, pour ses débuts de réalisateur, peint un tableau très sombre de la réinsertion des anciens militaires britanniques, représenté par Reuben, rejeté à la fois par les policiers blancs souvent racistes -et qui incluent certains de ses anciens frères d'armes reconvertis- et par ses anciens amis d'enfance noirs tombés dans la délinquance. Un portrait au vitriol de l'Angleterre de la fin de l'ère Thatcher, malheureusement desservi par une mauvaise réalisation. Le scénario a pourtant été travaillé par Trix Worrell, un ancien militaire originaire de Sainte-Lucie, comme Reuben dans le film. Clairement, la source d'inspiration se situe dans les émeutes de Broadwater Farm, à Tottenham, en octobre 1985, qui virent d'ailleurs la première mort d'un policier britannique lors d'une émeute depuis 1833.

Ci-dessous, le début du film avec la musique de Michael Kamen (Band of Brothers). 


La bataille de Passchendaele (Passchendaele) de Paul Gross (2008)

1917, crête de Vimy. Le sergent canadien Michael Dunne (Paul Gross) s'empare d'une position fortifiée dans une église mais perd la plupart de ses hommes. Il achève à la baïonnette un jeune soldat allemand blessé et il est bientôt décoré pour son exploit. Mais, souffrant pour l'armée de neurasthénie, il est renvoyé à l'arrière, au Canada, pour récupérer de ses blessures. Il rencontre à l'hôpital de Calgary, dans l'Alberta, une jeune infirmière, Sarah Mann (Caroline Dhavernas), d'une famille d'origine allemande. Celle-ci est bientôt ostracisée par la population locale lorsqu'on apprend que son père a quitté le Canada en 1915 pour s'engager dans l'armée allemande, où il a été tué sur la crête de Vimy -là même où combattent les Canadiens. Par contrecoup, Sarah est devenue dépendante à la morphine, qu'elle trouve à l'hôpital. David Mann (Joe Dinicol), son frère, cherche à tout prix à entrer dans l'armée malgré son asthme afin d'obtenir la faveur du père de sa fiancée, qui espère bien qu'il ne reviendra pas du front, étant d'un milieu social bien supérieur à celui de David. Il cherche aussi à expier ce qu'il estime être la faute de son père. Grâce à un officier britannique peu scrupuleux du bureau de recrutement où travaille le sergent Dunne, il parvient à s'engager. Dunne, tombé amoureux de sa soeur, ne voit d'autre moyen pour le protéger et gagner l'estime de Sarah que de repartir au front avec lui...

La bataille de Passchendale s'est déroulée entre juin et novembre 1917, autour de la ville belge d'Ypres. L'offensive alliée, entravée par le mauvais temps, la résistance allemande et la diversion du front italien avec le désastre de Caporetto, se termine par la prise de Passchendaele par les Canadiens. L'offensive n'a pas fait l'unanimité dans le camp allié. Le film est inspiré de l'expérience de Paul Gross avec son grand-père maternel, qui a servi dans la Canadian Expeditionary Force (CEF) pendant la Grande Guerre. La scène de l'exécution à la baïonnette du soldat allemand au début du film est inspiré des souvenirs du grand-père de Paul Gross, qui l'ont particulièrement hanté.

Le 10th Battalion de la CEF dans lequel sert Dunne fait partie de la 1st Canadian Division et participe à toutes les grandes batailles où sont engagés les Canadiens pendant la Première Guerre mondiale. Lors de l'affrontement sur la colline 70, pendant Passchendaele, l'unité est la plus décorée des forces engagées, un soldat obtenant même la Victoria Cross. A la fin du film, on voit le 10th Battalion secourir le 8th Battalion (The little black devils) et celui-ci décrocher, croyant être relevé, ce qui est là encore inspiré d'un événement authentique.

Le film lui-même n'est pas un grand moment de cinéma et correspond plutôt à la mémoire canadienne de l'expérience de la Première Guerre mondiale, sans compter que l'intrigue à l'eau de rose occupe beaucoup (trop ?) de place. Les scènes de combat ne m'ont pas semblé particulièrement réalistes, même si l'accent est mis sur le combat au corps-à-corps. Le titre est trompeur car il est bien peu question, au final, de la bataille de Passchendaele, qui sert juste de toile de fond à une histoire d'amour convenue et très prévisible. Rien de transcendant donc, même si le film se regarde et peut occuper agréablement une soirée.

dimanche 23 septembre 2012

2ème Guerre Mondiale n°44 (avril-juin 2012)

Dernier numéro "standard" de la revue offert par Nicolas Pontic, que je remercie au passage. Le n°44 précède tout juste le 45 que j'ai commenté en premier, et qui m'avait un peu laissé sur ma faim en raison du déséquilibre en faveur de l'Axe présents dans certains articles. On aura compris avec mes autres recensions que mon avis est désormais plus nuancé, car la revue a prouvé qu'elle pouvait faire bien mieux. Comme quoi il ne faut pas trop se fier à l'examen d'un seul numéro -bien que cela donne quand même certaines indications... et il y a des exceptions à la règle.

Dans l'éditorial, Nicolas Pontic explique qu'il n'est pas forcément d'accord avec les conclusions d'un article, qu'on verra plus loin, qui remet en cause l'importance du front de l'est au sein de la Seconde Guerre mondiale... à mon avis, il a bien raison.

- la revue, désormais  trimestrielle, commence par un petit focus sur le jeu de plateau Mémoire 44 avant de passer à la chronique livres. Comme d'habitude, c'est fourni.

- il y a un erratum ensuite consacré au dossier du n°42, "La France pouvait-elle gagner la guerre ?". Le cofondateur du site Armée de Terre 1940, Alain Adam, intervient pour proposer de nouveaux décomptes des chars français et allemands pendant la campagne. Il relève notamment la supériorité numérique des chars allemands dans les Ardennes mais l'avantage franco-britannique évident au niveau de l'ensemble des effectifs.

- le premier article, signé Victoria Fernandez, évoque le destin des marins républicains espagnols échappés de Carthagène alors que s'effondre la République espagnole face à Franco. Une histoire peu brillante d'ailleurs pour la France républicaine puis de Vichy, qui interne ses hommes et les exploite comme des forcenés, avant le débarquement en Afrique du Nord de novembre 1942. Certains, demeurés malgré tout sur place, seront contraints de partir à nouveau au moment de la décolonisation de l'Algérie... triste retour de balancier.

- Paul-Yannic Laquerre, dans une fiche "Ecrire l'histoire", raconte comment la famille impériale japonaise est exemptée de toute responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale et la politique nipponne en raison des impératifs de la guerre froide. Ou comment Hiro Hito fut présenté comme une "marionnette", jouet des militaires, sans aucune prise sur les événements. Il faut attendre sa disparition en 1989 pour voir la légende s'effriter quelque peu, notamment sous l'action des historiens socialistes japonais puis de leurs homologues anglo-saxons -la France étant à la traîne, tout comme l'ensemble de la branche japonaise d'ailleurs, qui peine à vulgariser, hormis Jean-Louis Margolin dont les travaux peuvent prêter à débat.

- Vincent Bernard signe le dossier sur les erreurs stratégiques du IIIème Reich. Il en détermine trois, d'après les ouvrages employés. La première erreur est le renoncement à envahir l'Angleterre en septembre 1940 -mais l'Allemagne en avait-elle d'ailleurs les moyens ? La deuxième est bien sûr l'invasion de l'URSS en juin 1941, pour des raisons idéologiques, mais en sous-estimant gravement l'adversaire. La dernière est la déclaration de guerre aux Etats-Unis après Pearl Harbor, certes inévitable et à laquelle l'Allemagne se prépare depuis longtemps, mais encore une fois en méprisant ce qui va devenir l'un des fossoyeurs de l'armée allemande. Vincent Bernard fait également le point sur les erreurs plus ponctuelles. L'une d'entre elles est le Haltbefehl devant Dunkerque, cadeau militaire et moral aux Britanniques. La négligence du front méditerranéen est sans doute à éliminer, car les Allemands n'avaient de toute façon pas les moyens navals et logistiques pour voir plus grand. Sur le front de l'est, Hitler n'a jamais été en mesure de l'emporter : la Wehrmacht s'épuise au fur et à mesure des années alors que l'Armée Rouge se renforce. Les offensives tardives comme celle des Ardennes répondent à des motifs psychologiques et politiques alors que la guerre est d'ores et déjà perdue. L'Allemagne cherche à mener une guerre totale avec des moyens limités. La course à l'atome aurait pu fournir les moyens d'une décision stratégique. Quelques pages plus loin, on trouve des extraits des mémoires de Churchill ou des discours d'Hitler éclairant les erreurs stratégiques présentées ci-avant.

- Nicolas Pontic propose ensuite une fiche matériel sur le 80-cm Kanone (Eisenbangeschütz) Schwere Gustav, un monstre sur rail utilisé pendant le siège de Sébastopol, pièce d'un autre âge à l'image de l'ego démesuré du Führer.

- Benoît Rondeau réalise une fiche personnage sur Walter Koch, un des héros des Fallschirmjäger jusqu'à la campagne d'Afrique du Nord, avant de mourir dans un accident de la route en octobre 1943. J'aime bien le concept de ces fiches avec des encadrés sur les côtés en forme de lexique.

- le même auteur propose ensuite un article polémique pour répondre à la question suivante : le second front a-t-il été ouvert par les Anglo-Saxons uniquement en 1944 ? On l'aura compris, Benoît Rondeau va tenter de nous convaincre du contraire. Sur le front d'Afrique du Nord et la Méditerranée jusqu'en 1943, je suis assez sceptique. Ce front est quand même largement secondaire, hormis peut-être pour l'effort aérien qui draine fréquemment des escadres allemandes au détriment de l'Ostfront. Sur l'Italie, en revanche, l'effort allié à un impact car l'Allemagne jette déjà beaucoup plus de divisions pour prévenir tant bien que mal l'effondrement de Mussolini et du régime fasciste. Le bombardement stratégique ? Oui, il mobilise les chasseurs et un nombre considérable de canons de Flak, mais faut-il y voir un véritable abcès de fixation ? Sur le plan aérien, encore une fois, sans doute, car la défense du Reich épuise la Luftwaffe. Pour le reste, on peut en douter... quant à la bataille de l'Atlantique, les Allemands se lancent dans une guerre sous-marine qu'ils ne peuvent remporter, même s'il inflige de lourdes pertes aux Anglo-Américains. Pour répondre à l'encadré p.58, si l'historiographie soviétique a minimisé l'aide du Prêt-Bail (considérable) au nom de la guerre froide -mais les Anglo-Américains n'ont-ils pas eu trop souvent tendance à la même époque à ne pas parler du front de l'Est pour se concentrer sur le second front de Normandie ou ailleurs... comme certaines revues françaises ?- je ne suis pas sûr que les historiens russes actuels soient si obtus (à vérifier). Enfin, si Hitler donne la priorité au front de l'ouest à l'automne 1943, c'est aussi parce que les Soviétiques sont encore en Ukraine, devant Kiev, et bien loin des frontières du Reich... Quant au jugement sur l'Armée Rouge dans la conclusion, on peut ne pas être d'accord. Celle-ci n'a pas gagné que par sa simple supériorité numérique, même si celle-ci joue un rôle évident. La supériorité matérielle des Soviétiques n'est pas due qu'au Prêt-Bail : les chars, les avions, les canons, les armes légères sont produits en URSS (parfois avec des matériaux fournis par l'aide alliée). Quant aux chiffres, ils parlent d'eux-mêmes, et si Hitler donne la priorité à l'ouest entre automne 1943 et jusqu'en janvier 1945 d'après Benoît Rondeau, il n'en demeure pas moins que la Seconde Guerre mondiale se joue là, pour le théâtre européen. On l'aura compris, on peut contrer les arguments avancés par l'auteur par autant d'autres. Surtout, il faudrait peut-être aller voir du côté des historiens russes, qui ne sont à mon sens pas tous à jeter aux orties... contrairement à beaucoup de leurs homologues ou prétendus tels occidentaux. Un vieux fond de guerre froide pousse encore à voir les Soviétiques comme des partisans d'un régime totalitaire uniquement négatif, uniquement considéré par ce prisme. Un peu réducteur quand même, bien que je reconnaisse que l'Armée Rouge est tout aussi fortement politisée que l'est l'armée allemande d'en face... personnellement je ne me suis pas trop penché sur cette question : je réponds à partir de mes propres connaissances. Au moins l'article m'a donné l'envie d'en savoir plus.

- Stéphane Lamache évoque ensuite le premier sondage Gallup réalisé en France après le débarquement de Normandie, en juillet 1944. Il s'agit de rassurer la troupe sur sa perception par la population civile, histoire de regonfler son moral... mais le sondage en est affecté.

- Christophe Prime retrace la guerre sous-marine menée par les "silent hunters" américains dans le Pacifique contre la flotte marchande et militaire japonaise. Le Japon n'a pas misé sur les sous-marins et sur la lutte anti-sous-marine. Mal lui en a pris : après quelques ajustements, les sous-marins de l'US Navy vont harceler le commerce maritime japonaise et contribuer à l'asphyxie de la sphère de co-prospérité. Ils réussissent là où les Allemands ont échoué. Paradoxalement, cette victoire a été longtemps méconnue en raison d'un voile jeté par les vainqueurs eux-mêmes, soucieux que l'on ne fasse pas l'amalgame avec les U-Boote...

- enfin, une fiche uniforme de Jean-Patrick André présente un fantassin du Grenadier-Regiment 917 de la 242. I.D., chargé de la défense de Toulon au moment du débarquement en Provence. J'avoue être un peu sceptique sur ses fiches uniformes dédiées aux Allemands...m'enfin. En quatrième de couverture, un profil de Marder III par Thierry Vallet.

Voici donc un numéro encore intéressant. Des articles engagés -celui sur les marins républicains espagnols, un autre polémique -celui de Benoît Rondeau- contrebalancé par le dossier de Vincent Bernard, et de petits compléments forts instructifs (famille impériale japonaise, guerre sous-marine dans le Pacifique). Seul regret : les sources. Elle me semblent un peu faibles pour le dossier (7 titres, dont un daté et les mémoires de Speer, sur les 5 autres, il y a l'ouvrage de François Delpla, qui ne fait pas l'unanimité à ce que j'ai pu en lire sur Ma pile de livres par exemple ; je n'ai pas lu l'ouvrage de Philippe Masson, mais je doute). Sur l'article polémique, même chose, du bon et du moins bon (Yves Buffetaut, qui j'imagine signe encore les hors-série Militaria, est clairement limite niveau positionnement idéologique ; quant au Bagration de Steven Zaloga chez Osprey que j'ai moi-même commenté, comme précisé par Benoît Rondeau, il est mentionné pour les chiffres). Et rien sur la guerre sous-marine dans le Pacifique (ce qui m'embête un peu) et les deux fiches Ecrire l'histoire -même si le format l'explique, et qu'on sent que les auteurs maîtrisent leur sujet, avec des positions tout à fait saines au regard de l'historiographie. Mis à part ce bémol, c'est tout de même un numéro à parcourir, en ne se fiant pas qu'à la couverture...


Mise à jour : Benoît Rondeau, l'auteur de l'article polémique, est intervenu dans les commentaires. Je corrige le billet en fonction des précisions apportées.

Gilles CHAILLET, Christian GINE, Les boucliers de Mars, tome 2 : Sacrilèges, Paris, Glénat, 2012, 56 p.

Rome, sous le règne de Trajan. Le préfet Charax et ses hommes ont échappé au châtiment suprême qui leur était réservé par le gouverneur de Syrie, Cornelius Palma, grâce à une intervention "divine"... Charax retourne à Rome grâce à la protection d'Hadrien, du moins le croit-il à ce moment-là. Mais il constate que les témoins gênants de l'attaque des Parthes contre la IVème légion Scythica disparaissent peu à peu... à Rome, cependant, une délégation parthe crée la stupeur en livrant Vahram, le général qui a mené l'attaque, sur ordre du roi Chosroès, au grand dam de l'intéressé. Pendant que les meurtres liés à l'affaire parthe continuent à Rome et que Charax prend conscience des ramifications d'un complot destiné à déclencher la guerre, il doit faire face aux avances de la femme d'Hadrien, Sabine, véritable responsable de son retour à Rome...

Gilles Chaillet, décédé en septembre 2011 après la sortie du premier tome, a signé le scénario de cette BD en forme de "western" sous Trajan. Si la couverture est superbe, la bande dessinée elle-même m'avait un peu laissé sur ma faim après le premier tome, cependant assez documenté. Le deuxième tome se déroule presque intégralement à Rome et évacue les scènes de combat présentes dans son prédécesseur. L'intrigue se focalise ici sur le complot qui a provoqué l'attaque des Parthes. Quels sont les Romains mêlés à ces sombres machinations ? On commence à deviner un peu, mais c'est encore bien sombre. Qui est la mystérieuse femme qui est intervenue à Apamée ? Mystère. Les deux albums gagnent peut-être à être lus d'une seule traite -avant le troisième, qui bouclera la trilogie : le deuxième tome parvient à donner l'envie de connaître la fin de l'histoire. Mais il manque toujours un je ne sais quoi qui rendrait la BD vraiment incontournable. On déplore aussi l'absence de notes de notes ou d'une bibliographie indicative pour renforcer la dimension pédagogique de l'oeuvre, évidente à la lecture.



samedi 22 septembre 2012

Ajouts aux pages du blog + blogolistes-samedi 22 septembre 2012

Webothèque :


- ajouts de quelques sites ou blogs supplémentaires, dont celui déjà signalé ailleurs, chez des alliés ou blogs amis, de Sandrine Picaud-Monerrat, spécialiste de l'histoire militaire moderne (dont je n'ai pas encore lu les ouvrages et articles, mais ça ne saurait tarder).


Dans les blogolistes :


- le blog Military in the Middle East, qui s'intéresse aux forces du Moyen-Orient et en particulier aux véhicules.

- le blog de Jacques Sapir, signalé par Sonia Le Gouriellec (merci encore), économiste français mais aussi spécialiste des questions de défense et de stratégie du monde russe et soviétique. On lui doit notamment La Mandchourie oubliée aux éditions du Rocher et aussi une très bonne analyse à chaud, par exemple, du conflit russo-géorgien de 2008 (à lire absolument).

Ils ont combattu pour la patrie (Oni srazhalis za rodinu) de Sergueï Bondartchouk (1975)

Juillet 1942. Alors que les Allemands ont déclenché l'opération Blau, leur grande offensive d'été dans le sud de l'URSS en direction du Caucase et de Stalingrad, un régiment soviétique décimé se replie à travers les steppes arides menant au Don. Le film suit le parcours des survivants de ce régiment, qui doivent s'enterrer rapidement pour faire face aux assauts des chars et des avions allemands, avant de poursuivre une retraite sans fin au milieu d'une population anxieuse devant l'arrivée de l'ennemi...

Suite de la revue des "classiques" -et moins classiques- films de guerre du cinéma soviétique. Ils ont combattu pour la patrie, comme La Neige Chaude, est inspiré d'un roman, celui de Mikhaïl Chokholov. Bondartchouk, devenu cinéaste officiel en URSS, a connu la gloire avec son adaptation de Guerre et Paix (1966-1967) de Tolstoï ou bien encore avec sa mise en scène de Waterloo (1970). Pour ce film-là, il dispose d'une abondance de moyens. La distribution est remarquable, avec notamment Vassili Choukchine qui interprète Pietr Lopakhine, le soldat joyeux luron, et qui meurt d'ailleurs sur le tournage. Bondartchouk lui-même interprète le soldat Zviaguintsev, tandis que d'autres acteurs phares de l'ère brejnévienne sont également présents.

Bien que reprenant le discours officiel sur le conflit, il est à noter que le film tranche remarquablement avec ce qui a été montré jusque là par le cinéma soviétique. D'abord le choix de la période elle-même : la retraite à l'été 1942 avec la bataille dans Stalingrad, un moment où l'URSS reste, selon les mots de Jean Lopez, "au bord du gouffre" -bien que les Russes eux-mêmes soient probablement d'un avis différent. En tout cas cette phase de retraite n'est guère glorieuse pour l'Armée Rouge. En outre, le film n'hésite pas à montrer des soldats qui s'interrogent sur le sens de leur combat, et une population civile hostile à des militaires qui battent en retraite devant l'ennemi. Enfin, le scénario s'attache surtout à montrer les soldats eux-mêmes, pas les chefs, des soldats travaillés par des questions quotidiennes : peur de la mort, nourriture, boisson, flirts... sans parler de la réalité peu reluisante des hôpitaux de campagne soviétiques, dans la fameuse séquence où un soldat est opéré sans anesthésie ni alcool !

Comme dans La Neige Chaude, l'équipe aligne des T-34/85 à la fois dans le camp soviétique et pour représenter les chars allemands -des carcasses les faisant ressembler cette fois plus à des Panzer III et IV bien présents à ce moment-là, et moins à des Tigres. Il y a cependant un aspect grandiose dans ces films soviétiques à voir ces vagues de chars surgir au sommet des crêtes, quelque chose qui manque dans les productions occidentales, je trouve -hormis peut-être dans La bataille des Ardennes (1965) d'Annakin. Bondartchouk est sans doute un réalisateur très esthétique dans ses productions.  Au chapitre des erreurs, notons la redoutable efficacité des fusils antichars PTRD de l'infanterie soviétique face aux blindés allemands -des armes certes efficaces contre les premiers modèles de chars allemands, mais à très courte portée... en revanche le film insiste bien sur la supériorité aérienne allemande à ce moment-là de l'offensive d'été 1942 -pour l'anecdote, des soldats ont bien abattu des appareils avec les fusils antichars PTRD, en particulier pendant la bataille de Stalingrad, mais pas à un rythme aussi effrené...

Les studios Mosfilm ont également mis en ligne ce film de 2h30 en deux parties, ici et ici.

Quand la guerre fait son cinéma...18/Tali-Ihantala 1944 (2007)

Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique. Ce sera le dernier avant un certain temps, sans doute, en raison de mes autres occupations.


Date de réalisation : 2007.
Réalisateurs : Ake Lindman et Sakari Kirjavainen.


L'histoire : 10 juin 1944. L'Armée Rouge lance une grande offensive contre les défenses finlandaises barrant l'isthme de Carélie. Les Finlandais doivent trouver la force de résister à un assaut d'envergure. D'abord repoussés de près de 100 km, ils vont coordonner leurs efforts pour barrer la route aux Soviétiques à Tahli-Ihantala... pour les Finlandais, cette victoire acquise en juillet 1944 est la plus grande bataille jamais livrée sur le sol scandinave, et le garant de leur indépendance. Le film propose un aperçu de l'affrontement à travers le destin de soldats finlandais appartenant en particulier aux 1ère division blindée et 6ème division d'infanterie, qui jouent un rôle important dans les combats.


L'histoire (vraie) : La bataille de Tali-Ihantala (25 juin-9 juillet 1944) peut être considérée comme l'aboutissement de la guerre de Continuation (1941-1944) que mène la Finlande aux côtés de l'Allemagne nazie, face aux Soviétiques. Ce coup d'arrêt porté à la grande offensive déclenchée le 10 juin 1944 dans l'isthme de Carélie est même considéré par un documentaire réalisé récemment sur le sujet comme un vrai « miracle ». Pourtant, l'offensive de l'Armée Rouge force la Finlande à négocier un armistice dès le 19 septembre 1944, et même à se retourner contre l'ancien allié allemand. Alors, y a-t-il eu « miracle » ou non à Tali-Ihantala ? Il faut d'emblée préciser qu'à l'instar du conflit germano-soviétique, l'historiographie du conflit russo-finlandais pendant la Seconde Guerre mondiale a été et reste encore dominée par le point de vue de la Finlande, alliée de l'Allemagne jusqu'en 1944.

vendredi 21 septembre 2012

Philippe LEGIN, L'abbaye de Murbach en Haute-Alsace, Paris, La Goëlette, 2003, 86 p.

L'abbaye de Murbach, en Haute-Alsace, est l'un des fleurons de l'art roman. C'est en 728 que l'évêque de Strasbourg et le roi des Francs autorisent une communauté de moines conduite par saint Pirmin à s'installer au pied du Grand Ballon d'Alsace. L'édifice actuel, ou ce qu'il en reste, a été bâti au XIIème siècle. Murbach a joué un rôle important dans l'histoire de l'Alsace et de la haute vallée du Rhin, jusqu'à la disparition de la communauté monastique avec la Révolution en 1790. L'abbé de Murbach, prince du Saint-Empire Romain Germanique, était un personnage avec lequel il fallait compter dans cette région frontalière avec le royaume de France. C'est l'histoire de cette abbaye et de ses occupants que Philippe Legin propose de raconter ici.

La première partie de l'ouvrage (qui fait les deux tiers du propos) consiste en un historique de l'abbaye, fondée par Saint Pirmin alors que fait rage le débat entre moines irlandais suivant Saint Colomban et moines romains catholiques. La règle bénédictine en vigueur à Murbach va à terme assurer le succès de Rome. La fondation est soutenue par Eberhard, un puissant laïc local qui a le titre de comte. L'abbaye se place sous le vocable de Saint Léger, lié à la famille des Etichonides. Sous Charlemagne, Murbach est citée par Alcuin comme un des hauts lieux de la "renaissance carolingienne" et se signale en particulier par une très riche bibliothèque. Pillée par les Hongrois en 926, l'abbaye, qui a récupéré du drame, devient une véritable principauté territoriale sous les Ottoniens. Mais à force de bâtir des forteresses pour protéger leurs possessions, les abbés s'endettent, alors que le recrutement s'étiole en raison de préoccupations trop temporelles, et devient exclusivement nobiliaire à partir de 1335. Pendant les troubles liés à la guerre de Cent Ans, Murbach connaît son lot de calamités, voyant passer de très près les écorcheurs du futur Louis XI en 1445. Le redressement survient dans la seconde moitié du XVème siècle autour de la figure de l'abbé Barthélémy d'Andlau : Murbach devient l'abbaye la plus puissante d'Alsace. Soutenu par les Habsbourg, l'abbé devient un puissant personnage et peut ainsi faire face à la grave crise de la guerre des Paysans en 1525. L'abbaye reçoit de Charles Quint, en 1544, le privilège de battre monnaie. Regroupée avec la communauté de Lure, en Franche-Comté, Murbach accueille à partir de 1587 des abbés commendataires, une situation qui perdure jusqu'en 1756. Ce qui provoque d'énormes querelles à chaque succession d'abbé, le candidat soutenu par les Habsbourg étant souvent contrecarré par un autre issu de la communauté de moines. Dans la décennie 1630-1640, l'abbaye voit le passage de troupes et ses ravages pendant la guerre de Trente Ans, qui confirme l'intérêt du royaume de France pour la région. Avec le traité de Westphalie de 1648, Murbach est néanmoins restée principauté d'Empire. Elle est finalement intégrée à la France en 1680. Sous le règne de l'abbé Philippe de Loewenstein, d'intenses constructions sont entreprises. L'église est rebâtie au XVIIIème siècle mais en 1759, sous l'abbé Casimir de Rathsamhausen, l'abbaye déménage à Guebwiller où il faut tout construire à neuf. Benoît d'Andlau, le dernier abbé, doit faire face aux événements de la Révolution. Après un bref épisode de violence sous la Grande Peur, l'abbaye, vidée de des occupants émigrés, est vendu comme bien national à partir de 1792, mais ses archives sont conservées. Abandonnée en 1759, l'abbaye de Murbach est entretenue avant d'être victime d'infiltrations d'eau importantes au XXème siècle. Des travaux de restauration ont lieu entre 1982 et 1985.



La deuxième partie est consacrée aux monuments de Murbach. Plus courte (un tiers de l'ouvrage), elle décrit l'abbaye comme la plus représentative de l'art roman en Alsace. Originalité, sa ressemblance très nette avec les basiliques impériales de Germanie, telle celle de Spire. On fixe généralement la date de construction entre 1135 et 1190. Depuis les travaux du XVIIIème siècle, il ne reste plus que le transept couronné de deux tours et le chevet. Le décor est assez baroque pour l'époque, à tel point qu'on a pu parler d'atelier de Murbach. L'intérieur est plutôt sobre aujourd'hui mais cela contraste avec la tradition bénédictine où le décor intérieur tenait une grande place. Il ne reste que deux monuments, le tombeau des 7 moines assassinés par les Hongrois en 726 et le gisant d'Eberhard, le patron de la fondation, ainsi que 5 statues anciennes en bois. En outre, à peu distance de l'abbaye, un sanctuaire dédié à Notre-Dame de Lorette a été bâti, en 1693.

Une bibliographie indicative est fournie en fin de volume. L'ouvrage, plutôt factuel, n'en comporte pas moins certaines analyses replaçant l'abbaye à travers les époques, et vaut surtout pour sa qualité d'impression et ses nombreuses et très agréables illustrations : une excellente introduction à ce magnifique sanctuaire qu'est l'abbaye de Murbach.