jeudi 31 mai 2012

Décès de l'historien Robert Fossier

Le blog de l'histoire signalait récemment la disparition de Robert Fossier, né en 1927, l'un des principaux historiens français spécialistes du Moyen Age en Occident, et décédé le 25 mai 2012.

Agrégé d'histoire et passé par l'Ecole des Chartes, Robert Fossier avait consacré sa thèse à la vie économique de l'abbaye de Clairvaux, des origines au XVIIème siècle (1949), où il pourfendait les Cisterciens, dont les granges détruisaient selon lui l'habitat rural traditionnel. Il ne devient assistant à la Sorbonne qu'en 1957 et chargé de cours à l'université de Nancy II en 1961. Dix ans plus tard, il est professeur à Paris-I après sa thèse de doctorat et devient professeur émérite en 1993, date où il prend sa retraite.

Robert Fossier s'inscrit dans la droite ligne de l'Ecole des Annales de Marc Bloch et Lucien Febvre, plutôt sur l'aspect économique et social comme l'indique le titre de sa thèse de 3ème cycle. En 1968, sa thèse de doctorat porte sur la Picardie, la terre et ses hommes. Il se consacre à l'étude des sociétés rurales au Moyen Age en Occident, à la paysannerie, à la féodalité -un terme qu'il récusait au profit de celui de "pouvoir seigneurial", acteur important selon lui de la réorganisation des terroirs villagegois (il invente la notion d'"encellulement"). Robert Fossier était soucieux de faire oeuvre de vulgarisation comme le montre ses derniers ouvrages parus (Ces Gens du Moyen Age, 2007) ; il a également rédigé un certain nombre de manuels pour les étudiants en histoire (j'en ai moi-même feuilleté certains lorsque j'étais en DEUG 2). Compagnon de Bernard Guénée, Robert Delort ou Jacques Le Goff, il préfère répondre à la demande "sociale" de Moyen Age en traitant ses côtés les plus sombres et les plus obscurs, en faisant une histoire des humbles et non des élites.

Un entretien réalisé par l'Ecole des Chartes avec des vidéos, et la bibliographie de l'historien par ici.

mercredi 30 mai 2012

Concours Guerres et Histoire : 5ème et dernier gagnant, Gof

Gof est donc le 5ème est dernier gagnant du concours pour remporter le numéro 6 de Guerres et Histoire avec son DVD du film La Mer Cruelle et son livret.

1) Günther Prien, qui rejoint les sous-marins en 1935, devient la star de l'arme des U-Boote après avoir envoyé par le fond le cuirassé Royal Oak le 14 octobre 1939, dans la rade de Scapa Flow. Durant les dix-huit mois suivants, il s'avère être l'un des meilleurs commandants de sous-marins : lors d'une seule patrouille, la 6ème, en juin 1940, il coule pas moins de 8 navires. Son U-Boot, le U-47, est souvent le premier sur zone et transmet les coordonnées des convois aux autres sous-marins. Le 20 février 1941, le U-47 quitte Lorient et s'en prend au convoi OB-290 quatre jours plus tard, torpillant 4 bâtiments. Le dernier message radio du sous-marin est reçu le 7 mars. La perte du U-47 et de Prien reste entourée d'un certain mystère : on l'attribue traditionnellement au destroyer anglais HMS Wolwerine, mais une nouvelle hypothèse penche pour une torpille qui aurait effectué un cercle avant de revenir frapper le sous-marin.

2) C'est bien sûr le cuirassé HMS Royal Oak que torpille Prien le 14 octobre 1939 dans la rade de Scapa Flow.

3) Il s'agit de Robert Bartels.

Merci encore à Guerres et Histoire de m'avoir proposé ce concours, bravo aux gagnants et merci à tous ceux qui ont participé ! Pour suivre la collection de DVD de Guerres et Histoire et éventuellement commander certains d'entre eux, c'est par ici.

mardi 29 mai 2012

John PRADOS, La guerre du Viêtnam 1945-1975, Paris, Perrin, 2011, 835 p.

La guerre du Viêtnam, le conflit opposant les Etats-Unis au Nord-Viêtnam et au Front National de Libération ou Vietcong au Sud-Viêtnam, ne passionne pas les historiens ni les éditeurs en France. On peut établir un parallèle avec la guerre d'Indochine (1946-1954) conduite par les Français, qui reste aussi un parent pauvre de l'historiographie hexagonale, contrairement au conflit algérien. M'intéressant moi-même au conflit depuis en gros un an et demi, je lis essentiellement en anglais, comme ont pu le constater les lecteurs assidus du blog par le biais des fiches de lecture que je dresse périodiquement sur la question. Il n'y a aucune synthèse récente du conflit accessible pour le néophyte en français. Ce vide est désormais comblé par l'excellente initiative des éditions Perrin qui proposent une traduction (malheureusement non dépourvue d'approximations, comme toujours) de l'ouvrage récent de John Prados, sorti en 2009 aux presses universitaires du Kansas : Vietnam. The History of an Unwinnable War 1945-1975. John Prados est un historien consommé de la guerre du Viêtnam : il a écrit 17 ouvrages et quantité d'articles sur ce sujet et sur d'autres de l'histoire politique, militaire ou diplomatique des Etats-Unis. On lui doit par exemple des travaux sur le rôle de la CIA pendant la guerre du Viêtnam ou un magistral tome sur la piste Hô Chi Minh, que je commenterai sans doute plus tard ici-même. Assez bizarrement (ou pas ?), le titre français exclut une partie du titre original : an Unwinnable War, ou la guerre ingagnable. En effet, John Prados se place très clairement dans une historiographie de gauche : il a vécu au moment du conflit et a participé au mouvement antiguerre. Or l'historiographie anglo-saxonne, pléthorique, au contraire de celle en français (livres, articles, bandes dessinées, sans parler des films ou des jeux vidéos), est actuellement traversée par un débat houleux. Depuis quelques années, un courant historiographique dit révisionniste est apparu, incarné notamment par Michael Lind, Lewis Sorley ou bien encore Mark Moyar, qui cherche à prouver que les Etats-Unis étaient en mesure de remporter la guerre du Viêtnam. La posture n'est pas nouvelle mais bénéficie de l'accès à de nouvelles sources ou de témoignages d'acteurs revenant sur les faits bien tardivement. Or John Prados se place dans le courant historiographique opposé au révisionnisme, celui dit parfois orthodoxe, incarné par d'autres grands historiens américains du conflit comme George C. Herring, qui postule à l'inverse que les Etats-Unis n'ont pas eu la moindre chance de véritablement l'emporter. Ce débat assez virulent a même donné lieu à un ouvrage, Triumph Revisited -en référence à l'un des livres phares de Mark Moyar, Triumph Forsaken-, où les historiens contredisent le postulat révisionniste de ce dernier sur la période du gouvernement de Diêm au Sud-Viêtnam, en lui offrant un droit de réponse à la fin de chaque partie du livre. Evidemment, sur ce débat planent les opérations menées par les Américains en Afghanistan et en Irak. C'est une donnée qu'il faut bien avoir en tête quand on aborde cet ouvrage, et il est d'ailleurs dommage que Perrin ne l'ait pas fait préfacer par un spécialiste français du sujet, universitaire ou autre, comme Pierre Journoud, qui publie fréquemment sur la question.


Stéphane DOSSE et Olivier KEMPF (dir.), Stratégies dans le cyberespace, Cahier 2, L'Esprit du Livre, Paris, 2011, 210 p.

Honte à moi ! Je n'avais toujours pas lu le cahier n°2 de l'Alliance Géostratégique paru l'an passé auquel j'ai contribué avec 7 autres alliés sous la direction de Stéphane Dossé et d'Olivier Kempf. Oubli désormais réparé. Je renvoie à la présentation générale faite à l'époque par l'allié Mon Blog Défense, par ici.

La cyberguerre et le cyberespace de manière générale ne sont pas ma tasse de thé, mais la lecture est cependant instructive, même si certains articles sont très pointus et bien au-delà de mes compétences. Je remercie au passage l'allié du blog CIDRIS, de m'avoir cité dans son article sur la guerre en Géorgie (même si la série d'articles en question demanderait à être réactualisée, en particulier depuis la sortie du volume Les chars d'août du CAST).

Pour ma part, j'ai trouvé particulièrement abordables les dires de Stéphane Dossé (p.49-59), de Charles Bwele (le concepteur de ma bannière, p.59-69, p.143-150), de Jean Pujol (p.69-81), de Yannick Harrel (p.135-142). Bravo à tous en tout cas pour le travail accompli à l'occasion de ce cahier commun !

lundi 28 mai 2012

The Blood of My Brother. Journal d'un insurgé, de Andrew Berends (2005)

Avril 2004, Bagdad. Ra'ad, un photographe amateur irakien, a économisé pendant des années pour ouvrir une boutique. La nuit de l'ouverture de son petit magasin, alors qu'il s'est porté volontaire pour garder l'ancienne mosquée de Kadhimiya, Ra'ad est abattu par une patrouille américaine. Son frère Ibrahim est ivre de vengeance. Il songe à rejoindre les milices chiites qui, en ce début 2004, commencent à contester violemment l'occupation américaine en Irak. Mais Ibrahim, demeuré le seul homme de sa famille, est amené à faire un choix. Alors que certains de ses amis s'engagent dans la milice de Moqtada al-Sadr, Ibrahim doit reprendre la boutique de son frère pour faire vivre sa mère et ses deux soeurs...

Le documentaire d'Andrew Berends est une plongée "de l'autre côté de la colline", parmi les Irakiens vivant la naissance de l'insurrection contre les Américains, et en particulier dans la communauté chiite. On y voit les premiers affrontements dans Sadr City et à Nadjaf. L'auteur a voulu montrer que derrière les chiffres de victimes sempiternellement répétés par les média à cette époque de la guerre en Irak, il y avait des hommes, des femmes, des victimes, et que chaque mort entraîne un lot incalculable de conséquences. Il fait volontairement le choix de se placer du côté des Irakiens, et des chiites, une opportunité alors ouverte mais qui s'est depuis largement refermée, les risques étant trop importants. Il a voulu montrer les conséquences du conflit sur la population irakienne, ce qui l'amène à côtoyer les adversaires de l'armée américaine, les miliciens de l'armée du Mahdi : dans une séquence, il se trouve derrière un sniper en train de tirer avec son Dragunov sur les GI's... lors d'une autre scène, Berends filme la police irakienne qui tire dans une foule de manifestants rameutés par al-Sistani pour séparer les combattants de l'armée du Mahdi des soldats américains. 

Ci-dessous, la bande-annonce du documentaire.




Berends se focalise sur le drame de cette famille irakienne qui semble refléter le conflit tout entier. Un certain flou entoure d'ailleurs la mort de Ra'ad, devenu un véritable martyr pour cette communauté chiite, comme souvent durant le conflit : était-il armée ou non quand les soldats américains ont ouvert le feu ? Le devenir incertain du jeune frère, Ibrahim, finalement contraint de vendre la boutique car trop jeune, désoeuvré et anéanti par la mort de son aîné pour reprendre efficacement le commerce, jette un voile sombre sur le devenir de la présence américaine en Irak, prémonition fort juste de l'éruption de violence de 2005-2006.

DSI n°80, avril 2012

Un peu en retard ces temps-ci dans la lecture des derniers numéros de DSI... et je n'arrive pas à remettre la main sur le n°81, que j'avais emmené à la maternité ! Le voilà devenu Missing In Action !

Ce numéro 80 était consacré à l'élection présidentielle avec l'interview des 6 principaux candidats à propos de la politique de défense qu'ils entendaient mener pour la France. Si ce point constitue le gros dossier du numéro, il n'empêche que j'ai relevé aussi d'autres articles ou idées intéressantes.

- dans la rubrique L'état des conflits, p.10, la rédaction affirme clairement que l'ISAF est désormais clairement considérée comme une force d'occupation par les Afghans et que la bataille pour gagner "les coeurs et les esprits" au pays des Pachtouns est quasiment perdu ou peu s'en faut. Elle avance aussi la solution du retrait comme incontournable et postule que les Américains eux-mêmes reviennent sur le paradigme de la contre-insurrection dans leur prochaine version du Field Manual correspondant. Revirement significatif, en ce qui me concerne, car pour ma part je trouvais DSI très "optimiste" sur l'Afghanistan, en général (avec néanmoins un léger changement ces derniers temps, toutefois).

- p.24-28, comme annoncé pour la nouvelle formule, la rubrique Industries de l'armement s'est bien étoffée.

- p.28-32, avant les 6 interviews des candidats à la présidentielle, Joseph Henrotin fait le point sur le bilan du quinquennat écoulé et les perspectives. Intéressant. Fait anodin à relever (mais peut-être pas tant que cela), Nicolas Sarkozy est le dernier des six candidats interrogés... qui a dit que le meilleur était pour la fin ?

- p.58-59, Joseph Henrotin dresse un tableau plutôt sombre de la pensée stratégique française. Je m'interroge un peu : ne noircit-il pas le tableau ? L'histoire militaire "totale" s'est quand même imposée depuis une dizaine d'années et cherche à croiser les disciplines, et il me semble que l'on balaye un peu aujourd'hui en dehors de l'histoire à proprement parler. Sur la pensée stratégique, en revanche, je suis moins à l'aise, je suppose donc qu'il y a un fond de vérité dans son propos.

- ce numéro spécial élections est aussi l'occasion de revenir sur plusieurs points ayant trait à l'armée hexagonale : relations armée-nation (p.68-72), la transformation réussie de l'armée de l'air (p.74-75), l'armée de terre à la recherche d'un second souffle (p.76-81, de Benoist Bihan), tableau de bord de l'armée de terre (p.82-83), le bilan de l'industrie de défense française (p.86-91 et 92-96, par Florent de Saint-Victor pour le second article).

Il y a aussi d'autres articles plus secondaires à parcourir et fort instructifs, comme de coutume. Au final, j'ai apprécié le recul de ce numéro sur des sujets comme l'Afghanistan ou le bilan autour de l'armée française et du secteur de défense. Il me semble que la rédaction de DSI se fait un peu plus critique et un peu moins thuriféraire de certaines positions officielles (situation en Afghanistan, etc). C'est donc à constater et à encourager ! En revanche, mais cela est vrai depuis que je lis DSI, je trouve toujours certains articles difficiles à aborder en raison du vocabulaire ou des termes spécifiques employés. N'est pas spécialiste qui veut !

Mise à jour : Joseph Henrotin, rédacteur-en-chef de la revue (qu'on me corrige si je dit encore des bêtises...) répond à plusieurs points que je soulève dans cette recension dans les commentaires.

dimanche 27 mai 2012

Concours Guerres et Histoire : 5ème et dernier numéro à gagner

Et voici les trois dernières questions pour remporter le dernier numéro offert par Guerres et Histoire, avec le DVD de La Mer Cruelle et son livret ! Comme de coutume, le gagnant sera le premier à répondre correctement aux trois questions via les commentaires de ce billet (l'heure du commentaire faisant foi).









1) Quel est le nom du commandant de U-Boote visible sur la photo ci-dessous ? (facile)



2) Je suis un cuirassé de la classe Revenge, lancé en 1914, j'ai participé à la bataille du Jutland en 1916. En raison de mon manque de vitesse, je suis retiré du service actif quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Ancré à Scapa Flow, j'y suis coulé le 14 octobre 1939 par le commandant de U-Boote visible sur la photo ci-dessus. Quel est mon nom ?

3) Je suis un commandant de U-Boote. Né en 1911, je rejoins la marine du Reich en 1934. En juillet 1940, je prends le commandement du U-139 du type II-D, avant d'obtenir celui du U-561 en mars 1941, un VIIC cette fois. En octobre 1942, je prends la tête du U-197, un nouveau sous-marin du type IX-D2. Je péris dans le naufrage de ce sous-marin coulé par 2 Catalinas britanniques au large de Madagascar, après repérage d'une conversation radio avec le U-181. Qui suis-je ?


Bonne chance !

Concours Guerres et Histoire : 4ème gagant, Aurélien Veil

Un petit ralentissement pour Historicoblog cette semaine mais avec les meilleures raisons du monde : me voici en effet papa pour la première fois, d'une petite Héloïse !

Pour revenir à nos moutons, le 4ème gagnant du concours est Aurélien Veil, qui a donné les trois bonnes réponses via les commentaires.

1) Le U-78 a été le seul sous-marin allemand de la Seconde Guerre mondiale a être coulé par un tir d'artillerie venant de la terre.

2) Le cuirassé HMS Barham succombe sous les torpilles de l'U-331 le 25 novembre 1941. Il avait déjà été endommagé par un U-Boote en décembre 1939.

3) Le U-258, U-Boot de type VIIC, lancé en février 1942, accomplit 4 patrouilles avant d'être coulé en mai 1943. Il n'avait coulé qu'un seul navire pendant sa période opérationnelle.

Prochaine vague de questions vers 16h, pour remporter le 5ème et dernier numéro 6 de Guerres et Histoire, son DVD et son livret !

lundi 21 mai 2012

Jeannine BATICLE, Goya, d'or et de sang, Découvertes Gallimard Art 7, Paris, Gallimard, 2008 (1ère éd. 1986), 176 p.

Le nom de Goya reste largement associé aux tableaux dénonçant la répression française et, de manière plus large, la période de la guérilla en Espagne entre 1808 et 1814, le peintre s'associant au malheur d'un peuple et d'une nation en devenir. Pourtant, Goya, c'est aussi le peintre de cour, le pinceau en avance sur son temps, un père aimant, un homme devenu sourd qui termine sa vie en France devant le retour de l'absolutisme sous Ferdinand VII, après le départ des troupes napoléoniennes. C'est tout cela et le personnage dans sa complexité que Jeannine Baticle, conservatrice générale honoraire au musée du Louvre, spécialiste de la peinture espagnole, cherche à fixer dans ce volume assez gros de la collection Découvertes Gallimard.

Goya, né près de Saragosse en 1746, est le fils d'un maître doreur, profession bien établie et qui l'associe d'entrée au monde de l'art -les retables d'églises. Cherchant à entrer à l'académie tout juste créée en Espagne, Goya part plusieurs années à Rome, entre 1766 et 1769, période au demeurant peu connue de son existence. Recevant ses premières commandes à Saragosse en 1771, il cherche ensuite à conquérir Madrid, ce qui impose un passage par la cour et la bonne société, où il se sent mal à l'aise. Il s'associe finalement au monde des penseurs, des historiens, des économistes des Lumières qui réfléchissent aux grandes questions secouant le royaume d'Espagne. Ce qui ne l'empêche pas de séduire l'héritier Charles et son épouse Marie-Louise en décorant leurs appartements du palais du Prado. Pourtant, en 1781, Goya connaît l'une des plus grandes humiliations de sa carrière à Saragosse, en raison de la jalousie de Bayeu, à la fois son modèle et son repoussoir. Revenu à Madrid, il devient de plus en plus portraitiste, et également père de famille. En 1785, il rencontre les futurs duc et duchesse d'Osuna, qui vont devenir ses commanditaires pendant plus de 30 ans. Goya, soucieux de sa liberté d'expression, cherche à s'assure une indépendance financière complète, il en est même très inquiet. Mais avec la Révolution française, Goya se retrouve temporairement banni à l'image des penseurs des Lumières dont il est proche. En 1793, malade, il devient progressivement sourd, ce qui ne l'empêche pas de continuer à peindre et de rencontrer, en 1795, son plus grand modèle : la duchesse d'Albe. En 1798, il décore pour le souverain la chapelle royale de San Antonio de la Florida à Madrid. Il publie en 1799 le recueil des Caprices, illustrations en forme de satire féroce de la société espagnole de son temps. Peintre de cour, Goya n'en reflète pas moins la décadence de la monarchie du royaume. Jusqu'en 1808, il se consacre uniquement au portrait. Avec l'intervention française et le soulèvement espagnol, Goya prend parti et soutient la cause de son peuple contre l'envahisseur Napoléon. Il peint Wellington lors de son entrée à Madrid en 1812. Mais en 1814, après la victoire contre les Français, Ferdinand VII abolit les cortès, emprisonne les députés libéraux. Goya part pour Bordeaux en 1824. Après un aller-retour, il y décède en 1828.

Dans la section Témoignages et documents, Jeannine Baticle place Goya sous l'oeil de Baudelaire (qui l'apprécie), de Mérimée (qui ne l'aime pas), de Claudel (qui voit dans les portraits de cour un reflet du destin de la famille royale espagnole), de Malraux (fasciné par la vieillesse française du peintre sourd), de Gautier (qui dépeint la tauromachie, une des grandes passions de Goya avec la chasse, qu'il représente souvent), de Paul Morand (qui dans Le Flagellant de Séville, place son héros chez Goya à la fin de sa vie, fasciné par les Désastres de la guerre) et du sien propre (en cherchant les origines du Tres de Mayo). Enfin, elle présente des documents provenant de Goya lui-même : des extraits de sa correspondance avec son ami Zapater, ses carnets italiens retrouvés en 1993. Une petite bibliographie est fournie en annexe.

D'or et de sang : le sous-titre résume bien l'intérêt de ce petit volume, qui présente Goya dans son entier et comme c'était le but, dans sa complexité.

Edward F. MURPHY, The Hill Fights. The First Battle of Khe Sanh, Presidio Press, 2003, 340 p.

Les amateurs éclairés de la guerre du Viêtnam connaissent presque tous le siège de Khe Sanh (janvier-avril 1968, côté américain, ou janvier-juillet 1968 côté nord-viêtnamien), un des grands moments de l'offensive du Têt. En revanche, peu de personnes savent que la base de Khe Sanh, renforcée par des détachements de Marines dès 1966, fut l'objet d'une bataille importante dès avril-mai 1967 dans les collines environnant l'installation américaine, entre l'USMC et l'armée nord-viêtnamienne. C'est cette bataille méconnue qu'Edward F. Murphy, vétéran de l'US Army au Viêtnam et auteur de plusieurs petits ouvrages sur le conflit, dont une histoire générale du corps des Marines au Viêtnam et un récit de la bataille de Dak To, en 1967, entreprend de décrire dans ce nouveau volume.

Edward F. Murphy a l'avantage de bâtir ses livres sur un corpus impressionnant de témoignages de Marines ou d'autres vétérans américains qu'il a souvent lui-même interrogés. Comme les précédents, celui-ci ne déroge pas à la règle. La forme est toujours la même : un récit plutôt linéaire, chronologique, où sont décrites les opérations principales, à grand renfort de citations provenant des hommes ayant participé aux engagements. Murphy met bien en évidence plusieurs choses. D'abord, le côté particulièrement acharné et âpre de cette "bataille des collines" : après l'embuscade initiale, où la seule compagnie de Marines affectée à la défense de Khe Sanh (B Company, 1st Battalion, 9th Marines) accroche des Nord-Viêtnamiens au nord de la colline 861, les Américains doivent monter leur effectif à plusieurs bataillons (2nd et 3rd Battalions, 3rd Marines) pour contrer les unités d'Hanoï qui manoeuvraient autour de la base, peut-être déjà pour lancer un assaut d'envergure. Le récit de l'auteur ne cache rien des lourdes pertes subies par les Marines (155 morts, 425 blessés au final, ce qui n'est pas négligeable), souvent pris en embuscade par un adversaire évoluant sur un terrain à la fois très compartimenté (provoquant de nombreux tirs fratricides par l'artillerie et par l'aviation) et préparé à l'avance (bunkers, trous d'araignée, positions défensives...), ayant aussi préréglé des bombardements au mortier particulièrement destructeurs. En outre, la première utilisation massive par les Marines du nouveau fusil M-16, remplaçant le lourd et encombrant M-14, se révèle désastreuse : les incidents de tirs sont nombreux et laissent les soldats américains parfois sans défense face à des Nord-Viêtnamiens de l'armée régulière bien pourvue en AK-47 ou mitrailleuses lourdes de 12,7mm. Enfin, Murphy explique sans états d'âme les divergences entre le commandant en chef au Viêtnam, le général Westmoreland, qui veut absolument conserver Khe Sanh, base très excentrée à la frontière nord-ouest du Sud-Viêtnam, mais point d'ancrage de nombreuses forces spéciales chargées d'observer et d'attaquer le trafic sur la piste Hô Chi Minh et de préparer une éventuelle incursion au Laos, et le général Walt, commandant de la III Marine Amphibious Force et les autres officiers supérieurs des Marines, dont le général Krulak, qui préféreraient concentrer leurs troupes dans la zone côtière de la zone tactique du Ier corps, où se trouve l'essentiel de la population, dans le cadre d'une stratégie de pacification. Tous ces points sont bien mis en évidence, c'est indéniable.

Ci-dessous, documentaire sur le fusil d'assaut M-16. Lors de sa mise en service au Viêtnam, il connaît de nombreux problèmes d'enrayage, qui seront vite corrigés, mais auront d'importantes conséquences pour les soldats qui en sont pourvus, comme lors de la "bataille des collines" à Khe Sanh en avril-mai 1967.


Cependant, l'ouvrage n'est pas sans défauts. Ainsi, dans le débat USMC/US Army, on sent bien où va le coeur de l'auteur, plutôt critique à l'égard de Westmoreland, qui fait de Khe Sanh, un autre Dien Bien Phu, que de Walt, qui reste aveugle assez longtemps au renforcement du dispositif nord-viêtnamien au-delà et en-deçà de la zone démilitarisée. Murphy est un vétéran de l'US Army, rappelons-le... autre problème du récit de Murphy : les cartes. Il y en a plusieurs en début d'ouvrage qui permettent de repérer les lieux de l'action. Mais celle à plus grande échelle présente la base de Khe Sanh et ses environs seulement (avec les principales collines : 861, 881 nord et sud). Or l'action se déroule parfois à une échelle encore plus petite, dans une vallée ou à flanc de colline, et d'autres cartes de situation insérées en parallèle du texte auraient été bien commodes pour repérer l'enchaînement des actions et le déplacement des unités. C'est un problème récurrent des ouvrages de Murphy, que j'avais déjà constaté dans Semper Fi ! et Dak To. Enfin, Murphy s'attache à décrire, avec force sources primaires, la "bataille des collines" du côté américain, mais quid des Nord-Viêtnamiens ? Or il aurait été intéressant, même si l'auteur l'aborde au détour de quelques paragraphes, de savoir quelles étaient les intentions des dirigeants d'Hanoï qui ne cessent de renforcer leur dispositif le long de la DMZ en 1966-1967 et serrent de près la base de Khe Sanh. Est-ce alors pour protéger la piste Hô Chi Minh qui se développe en permanence et pour éliminer l'épine que constitue la base ? Est-ce pour déborder par la gauche le dispositif américain concentré le long de la frontière (la fameuse ligne Mc Namara) ? Ou bien s'agit-il, par des coups répétés tout le long de l'année 1967 -la bataille des frontières-, de vider les zones côtières du gros des forces américains pour pouvoir frapper en toute quiétude les unités de l'ARVN pendant l'offensive du Têt et reconquérir la population du Sud ? A cela, Murphy n'apporte pas de réponse précise. Et ce d'autant plus que même s'il dépeint la bataille du côté américain, Murphy n'articule pas vraiment le récit sur le plan tactique à des considérations stratégiques ou opérationnelles, pour ainsi dire. On reste parfois un peu sur sa faim avec une "histoire-bataille" au mauvais sens du terme, pour le coup.

Cependant, on a déjà là un récit honnête et non triomphaliste -bien que non dénué d'un certain patriotisme, quand même- de la "bataille des collines" vue du côté américain, un affrontement qui marqua fortement les Marines engagés pour la première fois ou presque contre le soldat nord-viêtnamien régulier, "Mr Charles". Un adversaire qu'ils apprirent alors, dans la douleur, à craindre et à respecter.

dimanche 20 mai 2012

Lucien DE GIETER, Papyrus, Le Monde la BD 27, Panini Comics, 2004, 192 p.

Lucien De Gieter est l'auteur des aventures de Papyrus, jeune pêcheur égyptien amené à sauver puis à accompagner la fille de Pharaon (Mérenptah, fils de Ramsès II, 4ème pharaon de la XIXème dynastie qui règne à la suite de son père entre 1213 et 1203 av. J.-C. environ), Théti-Chéri, à travers de nombreuses aventures faisant appel à la mythologie, aux complots, aux intrigues politiques et à l'intervention des dieux égyptiens... Commencé sous forme de feuilleton en 1974 dans Le Journal de Spirou, les aventures de Papyrus se poursuivent en tomes de bande dessinée depuis 1978 chez Dupuis. La série compte aujourd'hui plus d'une trentaine de volumes. Un dessin animé prolonge aussi la vie du pêcheur égyptien. La bande dessinée a su largement conquérir un public francophone passionné par l'égyptologie, une tradition qui remonte au moins à l'expédition d'Egypte de Bonaparte en 1798-1799 et qui se montre toujours rentable.

Ce volume peu onéreux spécialement édité pour la presse belge en 2004 (La Dernière Heure-Les Sports-La Libre Belgique) regroupe quatre aventures indépendantes de Papyrus, chacune pouvant se lire seule, ce qui est évidemment indispensable dans ce genre de volumes collectifs, à moins de mettre les suites bout à bout. On trouve donc ici L'obélisque (tome 12), L'île Cyclope (tome 14), Le Seigneur des Crocodiles (tome 16) et L'Oeil de Rê (tome 18).



Même chose que pour les bandes dessinées précédemment commentées et acquises au festival de la BD de Sens : les aventures de Papyrus ont bercé une partie de ma jeunesse de collégien. A la lecture, je me suis rappelé avoir déjà lu L'île Cyclope et Le Seigneur des Crocodiles, mais pas les deux autres.



Comme chez Alix de Jacques Martin, la série des Papyrus se caractérise par un dessin classique mais aussi par un bon travail de documentation. Ainsi le premier album, L'obélisque, s'ouvre sur une magnifique représentation du temple de Deir el Bahari. L'album est d'ailleurs très centré sur l'architecture dans l'Egypte ancienne, contrairement aux autres aventures de Papyrus. En revanche le deuxième tome, L'île Cyclope, même s'il peut se lire indépendamment, est néanmoins la suite du volume précédent, Le Labyrinthe. Dommage qu'il n'ait pas été inclus dans l'ensemble. On y trouve des références à la mythologie grecque, avec la présence d'Ulysse et d'éléments de l'Odyssée. Dans Le Seigneur des Crocodiles, le passionné d'histoire militaire que je suis s'y retrouve avec la mise en scène de la lutte du pharaon Merenptah contre les pillards lybiens, un grand classique de l'histoire égyptienne antique, pour ainsi dire. Dans L'Oeil de Rê, le scénario repose cette fois sur les querelles de pouvoir entre fils de Ramsès II, Merenptah, le pharaon en titre et père de Théti-Chéri, et son frère Amenmès qui se sent lésé.



Bref, une lecture dépaysante, qui change du front de l'est ou du Viêtnam.


Concours Guerres et Histoire : 4ème numéro à gagner

A nouveau, trois questions sur la bataille de l'Atlantique pour remporter le 4ème numéro de Guerres et Histoire avec le DVD de La Mer Cruelle et son livret collector... c'est parti ! Je rappelle que le gagnant est le premier à poster un commentaire sur ce billet avec les bonnes réponses (l'heure du commentaire faisant foi).











1) Je suis un U-Boot du type VIIC. J'ai été coulé le long de la jetée de Pillau par un tir d'artillerie soviétique, le 16 avril 1945. Quel est mon numéro ?

2) Je suis un cuirassé britannique de la classe Queen Elizabeth. Le 25 novembre 1941, je suis coulé par trois torpilles tirées par le U-331 au nord de Sidi Barani. Quel est mon nom ?

3) Je suis un U-Boot coulé le 20 mai 1943, il y a donc 69 ans aujourd'hui. J'ai été envoyé par le fond à cause de charges de profondeur larguées par un Liberator britannique du Squadron 120. Tout mon équipage a péri. Quel est mon numéro ?

Bonne chance !

Concours Guerres et Histoire : 3ème gagnant, Raphaël

Troisième gagnant du concours, Random, alias Raphaël, qui a donné les trois bonnes réponses.

1) C'est le Short Sunderland, hydravion militaire tiré d'une version commerciale d'avant-guerre.

2) C'est le U-110, sous-marin de type IXB, commandé par Fritz-Julius Lemp. Il est capturé par les Anglais lors de sa première patrouille opérationnelle ; il avait eu le temps de couler 3 navires et d'en endommager deux autres.

3) Le "poisson-scie riant" est l'emblème de la 9ème flottille de U-Boote basée à Brest. Il est entre autres porté par le U-96 dans le film Das Boot (1981), comme dans la réalité.



Prochaine vague de questions vers 16h pour remporter le 4ème numéro de Guerres et Histoire avec le DVD de La Mer Cruelle et son livret !

Gilles LAPLAGNE, Frédéric ZUMBIEHL, Unité Félin, tome 2 : En Territoire Ennemi, Zéphyr BD, Paris, Editions Zéphyr, 2010, 48 p.

L'unité Félin est un groupe expérimental de combat opérant aux limites de la légalité, équipé des technologies dernier cri (dont le système FELIN) qui lui donne un avantage tactique sur l'adversaire. Ses 9 membres officiels sont tous des experts issus des troupes d'élite de l'armée française. Placée sous le commandement direct du ministère de la Défense, l'unité Félin intervient lors des missions délicates. Dans ce deuxième tome, suite du premier, le commandant Max Navarone a rapatrié l'équipe sur une frégate française en mer Noire. Mais il faut retourner en Dniestrie pour sauver un agent français de la DGSE capturé par le sombre général Dravko Dragan. Cependant, une taupe renseigne l'ennemi qui conserve toujours une longueur d'avance. Par ailleurs, Dragan est sur le point de vendre ses armes chimiques aux Nord-Coréens .L'unité Félin devra s'enfoncer de plus en plus profondément en territoire ennemi pour venir à bout de ce redoutable adversaire et démasquer l'espion infiltré dans leur camp...

Les éditions Zéphyr proposent ici une BD d'action tout ce qu'il y a de plus classique, exceptée que celle-ci est soutenue par l'Armée de Terre et l'entreprise Safran/Sagem. Il s'agit d'assurer la promotion du nouvel équipement FELIN, que l'on voit entrer en action à la fin du premier tome et qui est abondamment utilisé dans ce deuxième tome par les membres de l'unité éponyme (à la fin du tome, il y a un livret de 14 pages sur l'équipement FELIN abondamment illustré). Le dessin reste joli mais le scénario très convenu et il y a moins de surprise ici qu'il n'y en avait dans le premier tome déjà très conventionnel. Il ne faut donc pas s'attendre à quelque chose de génial mais c'est bien mené, bien dessiné et efficace, on n'en demande pas plus. A noter que l'un des deux auteurs, Frédéric Zumbiehl, est un ancien pilote de combat de l'aéronavale.


samedi 19 mai 2012

René DURAND et Georges RAMAIOLI, Zoulouland, tome 1 : Comme un vol d'hirondelles, Paris, Soleil, 1995, 47 p.

Juin 1878. Kevin Stuart, pauvre berger des Highlands d'Ecosse, n'a d'autre solution pour chercher fortune que de s'engager dans la grâcieuse armée de Sa Majesté. C'est ainsi qu'il débarque en Afrique Australe, au Cap, avant d'être envoyé à Rorke's Drift, à la frontière entre la colonie du Natal et le Zoulouland. Les Anglais sont alors à la recherche du moindre prétexte pour en finir avec le roi zoulou Cetewayo. Ils chargent un Blanc écossais, John Dundee, qui vit parmi les Zoulous, de transmettre à ce dernier un ultimatum inacceptable. Rapportant une réponse négative, Dundee est détenu par les Anglais qui redoutent qu'ils ne trahissent leurs plans. A la faveur de l'invasion britannique, Dundee parvient à s'échapper et sauve plus tard la vie du jeune Kevin Stuart au cours de la pire défaite que les Anglais aient jamais subi au cours de leurs guerres coloniales, la bataille d'Isandhlwana (janvier 1879).



Encore un retour en arrière pour moi avec cette BD qui marqua mon intérêt pour l'histoire et l'histoire militaire en particulier, et spécialement celle de l'Afrique. La série compte 18 tomes (le dernier sorti en 2003) et bizarrement je n'ai jamais lu que le premier, mais qui a beaucoup compté. Campagne mythique que celle des Anglais dans le Zoulouland en 1879 : paradoxalement, cette défaite fournit la matière à une légende valorisant la résistance britannique face aux hordes zouloues. Au cinéma, on pense bien sûr aux films Zoulou ! (1964) et L'ultime attaque (1979). Zoulouland a le mérite de présenter l'histoire des deux côtés de la colline, pour ainsi dire, avec à la fois des personnages britanniques authentiques mais aussi leurs équivalents zoulous. Le scénario est efficace et le dessin agréable. Le personnage de John Dundee est par ailleurs inspiré d'un Blanc ayant réellement vécu chez les Zoulous, John Dunn. La BD est particulièrement bien documentée, on appréciera d'ailleurs les pages de couverture présentant des cartes de situation, fort pratiques pour suivre le fil des événements décrits.

Ci-dessous, extrait de Zoulou ! (1964) : l'attaque finale des Zoulous contre le petit poste de Rorke's Drift.

  

Ci-dessous, extrait de l'Ultime Attaque (1979) : la bataille d'Isandhlwana (1879).


La première édition du tome 1, en 1987, avait été faite chez Lazauvelle avant la reprise par les éditions Soleil en 1990.

Concours Guerres et Histoire : 3ème numéro à gagner

Voici trois nouvelles questions pour gagner le 3ème numéro 6 de la revue avec son DVD et son livret... le gagnant, comme toujours, est le premier à donner les trois bonnes réponses via les commentaires du billet, l'heure affichée faisant foi.






1) Je suis un appareil allié de lutte anti-sous-marine, dédié également au sauvetage des équipages de navires torpillés. Mon impressionnant armement défensif et mes nombreuses antennes m'ont fait surnommer par les Allemands le "porc-épic volant" et j'ai coulé le premier U-Boot envoyé par le fond par un avion le 17 juillet 1940. Qui suis-je ?


2) Je suis un U-Boot. J'ai été capturé par la Royal Navy le 9 mai 1941, après avoir attaqué un convoi au sud de l'Islande et après avoir été repéré en raison d'un périscope sorti trop haut. A mon bord, les Anglais trouvent une machine Enigma, des rotors et des codes pour la machine. Quel est mon numéro ?

3) Quel est l'emblème ci-dessous ?



Bonne chance !

Concours Guerres et Histoire : 2ème gagnant, Alain Barré

Deuxième gagnant du concours : Alain Barré, qui a été le premier à donner les trois réponses sur le billet correspondant.

1) C'est l'U-29 du commandant Otto Schuhart qui torpille, le 17 septembre 1939, le porte-avions britannique HMS Courageous au sud-ouest de l'Irlande. Le U-29 est utilisé pour des patrouilles de combat jusqu'en janvier 1941, après quoi il est relégué dans des groupes d'entraînement. Après la perte du Courageous et l'attaque ratée du U-39 contre l'Ark Royal quelques jours auparavant, les Britanniques retirent les porte-avions des patrouilles anti-sous-marines.

2) C'est l'acteur allemand Jürgen Prochnow qui incarne le commandant du sous-marin dans le film Le Bateau.



3) Huff-Duff est le surnom donné à un système de radiogoniométrie, High Frequency/Direction Finding, utilisant des récepteurs radio pour déterminer l'origine d'un signal radio-électrique, en l'occurrence ceux des sous-marins allemands, par triangulation.

Prochaine vague de trois questions (toujours sur la bataille de l'Atlantique) vers 16h pour remporter le troisième numéro de Guerres et Histoire n°6 avec son DVD et son livret !

Jacques MARTIN, Alix, tome 5 : La Griffe Noire, Paris, Casterman, 1965, 64 p.

Ier siècle av. J.-C. . Une série d'attentats mystérieux secoue la ville de Pompéï que visitent Alix et son compagnon Enak. Les victimes sont retrouvées paralysées et le corps couvert d'étranges griffures. Alix suit la piste d'un des agresseurs et découvre que ceux-ci sont dirigés par un étrange mage carthaginois aux pouvoirs hypnotiques. Celui-ci accomplit une vengeance dont les origines reposent dans le passé des victimes...

Redécouverte pour moi des aventures d'Alix, le jeune esclave Gaulois dont les aventures commencent en 1948 avec la publication d'Alix l'Intrépide. Un dessin classique, une certaine recherche documentaire et beaucoup de texte dans les cases caractérisent cette bande dessinée. Le tome 5, La Griffe Noire, ajoute une touche d'exotisme en mettant en scène le continent africain où Alix devra à la fois poursuivre les mystérieux agresseurs de Pompéï et trouver un antidote au poison qui paralyse les victimes.

Le thème de la vengeance carthaginoise est intéressant et certains éléments de la destruction d'Icaria rappelle d'ailleurs le déroulement de la deuxième et surtout de la troisième guerre punique, qui vit la destruction de Carthage. P.20 : une des rares fautes de l'auteur qui soutient que Carthage a été détruite par Scipion Emilien pendant la deuxième guerre punique (en fait, c'est la troisième et dernière guerre punique qui voit la destruction de la cité, 149-146 av. J.-C.). En revanche, les pages consacrées à l'aventure africaine renvoient par moment à une thématique quasi coloniale qui n'est pas sans rappeler Tintin au Congo -sic-, mais rien d'étonnant puisque le père d'Alix, Jacques Martin, décédé en 2010, a côtoyé Hergé au Journal de Tintin, où est d'ailleurs paru le premier album. Evidemment, il est assez émouvant de reconsidérer cette bande dessinée que je lisais lorsque j'étais à l'école primaire ou au collège avec les yeux d'un agrégé d'histoire et d'un historien de formation...

Ceci étant dit, Jacques Martin lui-même, dans la vidéo ci-dessous, reconnaît que l'album a marqué une transition dans les aventures d'Alix, pour son style, tout en se classant parmi les meilleures ventes de la série.

 
LA GRIFFE NOIRE (ALIX) par zorglub95

vendredi 18 mai 2012

Concours Guerres et Histoire : 2ème numéro à gagner

C'est parti pour trois nouvelles questions... je rappelle que le gagnant sera celui qui répondra via les commentaires le plus rapidement (l'heure du commentaire faisant foi) avec les bonnes réponses. C'est parti !




















1) Je suis un U-Boot. J'ai torpillé le porte-avions britannique HMS Courageous. Quel est mon numéro et à quelle date (jour, mois, année) cela s'est-il passé ?


2) Ci-dessous, un extrait du film Le Bateau (1981) de Wolfgang Petersen : la bataille de l'Atlantique vue du côté des sous-marins allemands. Quel est le nom de l'acteur qui incarne le commandant du sous-marin ?

 


3) Mon surnom est "Huff-Duff". Quelles sont mes initiales, qui suis-je et à quoi je sers dans la bataille de l'Atlantique ?

Bonne chance !

Mathieu RIGOUSTE, L'ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Paris, La Découverte/Poche, 2011, 351 p.

Mathieu Rigouste, chercheur français, a soutenu en 2008 une thèse à Paris VIII cernant la politique de contrôle mise en place par l'Etat pour protéger la population de nouvelles menaces, d'un "ennemi intérieur", notion renvoyant aux guerres coloniales d'Algérie ou d'Indochine. Cet ouvrage met en évidence une continuité de ce principe au sommet de l'appareil militaire, l'expérience coloniale ayant été en quelque sorte une "matrice institutionnelle". La figure de l'immigré est progressivement assimilée par l'institution à celle d'une "cinquième colonne", d'un corps étranger, notamment suite à l'aventure algérienne. Mathieu Rigouste, en revanche, délaisse un peu la guerre d'Indochine, ce qui est dommage, car il y a assurément à prendre aussi de ce côté-là. L'ouvrage n'est pas aisé à la lecture car il renvoie à l'histoire des idées : comment la guerre coloniale a nourri les représentations et les discours de l'institution "médiatico-sécuritaire", s'appuyant sur un fond d'archives inédit, celui de l'IHEDN en le croisant avec des coupures de presse, celles des revues Défense et Défense Nationale. L'IHEDN est pour lui l'un des vecteurs de la "guerre psychologique" qui trouve un large public (un tiers de hauts gradés militaires, mais aussi des journalistes, des hommes politiques...). Mathieu Rigouste n'assimile évidemment pas la situation d'exception qui caractérisait la guerre d'Algérie à celle de la France actuelle, mais essaye de décortiquer la transmission d'un discours bien rôdé sur la question de la sécurité.

Ci-dessous, Mathieu Rigouste définit ce qu'est "l'ennemi intérieur".


 
Mathieu Rigouste 1: L'ennemi intérieur par Mediapart

C'est une socio-histoire du contrôle sécuritaire, où la doctrine de la guerre révolutionnaire n'aurait finalement jamais disparu pour être réadaptée aux nouvelles exigences géopolitiques selon les différentes périodes, de 1954 à nos jours : de 1954 à 1962, l'ennemi intérieur prend la figure de l'indigène-partisan, puis celle du sous-développé entre 1962 et 1981, avant de finir en barbare global entre 1981 et 2008. Le discours sur la peur nourrirait les pratiques d'exception et la puissance du complexe militaro-industriel à la française. Point faible de l'ouvrage, sans doute : on ne voit pas bien où veut nous emmener l'auteur. Si l'idée est celle d'une utilisation du discours de le menace intérieure pour renforcer la contrainte politique, c'est en quelque sorte un lieu commun. Par ailleurs, en reconnaissant la limite de son corpus documentaire -l'IHEDN n'a eu qu'une influence limitée sur les conceptions de défense-, Mathieu Rigouste s'interdit toute généralisation et autres développements de fond sur les liens entre pouvoir politique et appareil militaro-policier. L'histoire des idées tombe ainsi un peu à plat, même si le discours, notamment pour les périodes les plus récentes, est fortement politisé contre l'ancien pouvoir en place. Voilà donc un ouvrage intéressant, mais qui ne va sans doute pas jusqu'au bout de sa démarche, et beaucoup plus ardu que celui de H. Belmessous, par exemple, Opération Banlieues.

jeudi 17 mai 2012

Stéphane BOURGOIN, Tueurs. Les meurtriers qui ont marqué l'histoire, Points Policier, Paris, Seuil, 2012, 317 p.

Stéphane Bourgoin est un écrivain spécialisé dans la criminologie et le roman policier, et en particulier sur les tueurs en série. Il a écrit une quantité d'ouvrages assez impressionnante sur le sujet, depuis une trentaine d'années. Régulièrement interviewé par les média, Stéphane Bourgoin a été au centre d'une polémique après les attentats commis par le Norvégien Breivik en juillet 2011. Ses propos selon lesquels les tueurs en série s'adonnent pour la plupart régulièrement à des jeux vidéos violents n'ont pas été du goût de tous les gamers. Dans cet ouvrage paru initialement chez Grasset en 2010, Stéphane Bourgoin revient sur des meurtriers moins célèbres que ceux qu'il traite d'habitude, quelque peu oubliés. Un chapitre, consacré aux Etats-Unis, présente quatre affaires différentes, deux remontant aux années 30 (dont une impliquant Eliott Ness, le policier des Incorruptibles) et deux autres plus récentes. Il évoque aussi les cas de tueuses en série, beaucoup plus rares chez ce type de criminel. Dans un autre chapitre, Bourgoin revient aussi sur des tueurs en série français -le terme a longtemps été rejeté dans l'Hexagone- de la Belle Epoque ou même sous la Restauration, pour l'un d'entre eux, et sous le Second Empire.

C'est le premier ouvrage de Bourgoin que j'ai entre les mains. L'auteur ne cite pas ses sources, on est donc obligé de lui faire confiance sur le contenu. Premier hic. Deuxième hic : le livre se présente comme un recueil d'exemples qui ne sont pas forcément mis en relation (plus dans le chapitre sur les serial killers américains, tout de même, qui doit être le point fort de l'auteur). Il se lit bien, comme un roman, mais Stéphane Bourgoin part souvent dans des digressions longues qui, à force, peuvent faire perdre peu à peu le fil de l'histoire déroulée. En ce qui concerne les tueurs de la Belle Epoque, Bourgoin reproduit des passages entiers d'un ouvrage de 1919, Les Criminels Peints par eux-mêmes de Raymond Hesse. Bizarrement d'ailleurs, les crimes s'étant déroulés sous la Restauration (Antoine Léger) ou le Second Empire (Dumollard, le tueur de bonnes) sont classés dans le chapitre "Les tueurs de la Belle Epoque" (stricto sensu, la période couvre en gros les années 1880-1914 en France). Et c'est là que le bât blesse : Stéphane Bourgoin se contente, dans ce livre, d'aligner les exemples détaillés mais presque sans aucune forme de commentaire, ainsi dans le chapitre sur les tueurs français. Une démarche qui est à la portée de tout le monde, si l'on dispose des sources dont il tire ses exemples ici. On appréciera d'ailleurs l'aspect parfois presque "naturaliste", qu'on croirait tiré de Zola, dans les propos de Raymond Hesse. Dans ce chapitre-là, le propos se limite donc à une collection d'extraits d'une source dépourvue ou presque d'apparat critique.

Bref, un recueil d'exempla, au sens latin du mot, certes divertissant, mais qui n'apprend pas grand chose, je trouve, à la compréhension des tueurs en série (sauf dans le chapitre sur les tueurs masculins américains, de loin le plus travaillé, mais comme Bourgoin ne cite pas ses sources, impossible de vérifier même si l'on sent à la lecture que c'est sa spécialité). Il faut donc l'acquérir si l'on souhaite disposer des faits sur certains cas bien documentés, mais pas pour autre chose.

Mise à jour : ma femme me faisait remarquer que le sous-titre ne correspondait pas vraiment au propos (il s'agit d'évoquer des tueurs en série méconnus, et pas ceux qui furent sous la rampe des projecteurs, comme le laisse sous-entendre le sous-titre).

Concours Guerres et Histoire : 1er gagnant, Nicolas Mioque

Premier gagnant du concours : Nicolas Mioque, du blog Trois-Ponts, qui a donné les bonnes réponses aux trois questions.

1) C'est bien sûr la machine Enigma.

2) Adalbert Schnee, capitaine de U-Boot, qui, le 4 mai 1945, après avoir reçu l'ordre de cessez-le-feu, parvient effectivement avec sous-marin type XXI à s'introduire au coeur d'une escadre britannique sans être détecté, se mettant en position de couler, notamment, le croiseur HMS Norfolk.

3) Il s'agit bien sûr du convoi PQ-17 à destination de l'URSS, qui fut particulièrement malmené par les U-Boote et la Luftwaffe.

Prochaine salve de questions pour le 2ème numéro à gagner, avec le DVD et le livret, demain à 16 heures, toujours sur la bataille de l'Atlantique...

Je rappelle si j'ai oublié de le faire que le gagnant, pour chaque vague de questions, est le premier à laisser dans les commentaires du billet correspondant (dixit l'heure à laquelle il a été posté) les bonnes réponses.

Concours : pour gagner un exemplaire de Guerres et Histoire n°6 + le DVD de La Mer Cruelle et le livret collector...

... il vous suffit de répondre aux trois questions ci-dessous. L'offre est proposée par les éditions Mondadori qui éditent la revue. En tout, 5 exemplaires peuvent être délivrés à ceux qui répondront aux vagues de questions que je proposerai (il y en aura donc 5, pour multiplier les chances). Le gagnant recevra, en échange de ses bonnes réponses et de ses coordonnées, le numéro 6 de Guerres et Histoire (le dernier paru) accompagné du DVD de La Mer Cruelle et du livret collector qui va avec.

Par ailleurs, vous pouvez suivre la collection de DVD et commander ses exemplaires par ici.

Les réponses sont à laisser en commentaire, la première personne qui répondra  correctement aux trois questions ci-dessous remportera le premier exemplaire.

Attention, c'est parti ! Comme le premier DVD, La Mer Cruelle, porte sur la bataille de l'Atlantique, les questions ont trait à cet affrontement de la Seconde Guerre mondiale, pour cette première vague...


1) Quel est le nom de la machine ci-dessous (facile) ?




















2) Ci-dessous, la photo d'un des grands commandants de U-Boote. Quel est son nom et quel exploit réalise-t-il dans les derniers jours de la guerre ?





















3) Je suis un convoi de 33 navires parti d'Islande, fortement escorté, transportant de quoi équiper 50 000 hommes environ. 24 de mes bateaux ont été coulés dont 16 par des U-Boote. Quel est mon nom de code ?

Bonne chance à tous !