jeudi 29 septembre 2011

Ultramarines (2010) de Martyn Pick

41ème millénaire : suite à une ère de barbarie et de décadence, l'humanité a été fédérée par un personnage tout puissant, l'Empereur, qui a fondé un empire galactique, l'Imperium. Mais l'humanité reste menacée par des races belliqueuses, extraterrestres, hérétiques et monstres du Chaos sorti du Warp, univers parallèle maléfique. Les Space Marines sont les troupes d'élite de l'Imperium : guerriers génétiquement modifiés pour atteindre des capacités surhumaines, ils sont regroupés au sein de chapitres théoriquement composés d'un millier d'hommes, chacun fier de ses rites, de ses traditions, de ses tactiques... Parmi eux, le chapitre des Ultramarines est considéré comme l'élite de l'élite, basé dans la forteresse de Maccrage. Leur armure bleue frappée d'un oméga inversé a conquis le respect de ses adversaires. Une escouade d'une dizaine d'Ultramarines, tout juste formés, va devoir, sous la conduite de son capitaine, Severus, porter secours à une compagnie d'un autre chapitre, les Imperial Fists, sur une planète baptisée Mithron. Mais la mission va s'avérer plus difficile que prévue.



Rien de nouveau sous le soleil avec cette adaptation du jeu de plateau Warhammer 40 000, bien connu des amateurs de produits de Games Workshop. Ce court film d'animation a été scénarisé par Dan Abnett, auteur de nombreux romans basés sur l'univers de Warhammer ou Warhammer 40 000. Court, efficace, on y retrouve bien l'esprit des livres tirés de l'univers de Warhammer, qui ne brillent pas par leur subtilité, mais qui ont l'avantage de faire passer un bon moment de lecture lorsqu'on a envie de se détendre. A déguster sans modération, donc. Le film a eu son site, ici.

Moby Dick (1956) de John Huston

1841 : dans le Massachussets, au port de New Bedford. Ismaël, un marin au long court, décide de reprendre la mer. Il embarque sur un baleinier, le Pequod, dirigé par le mystérieux capitaine Achab. Très rapidement, Ismaël comprend que le navire ne part pas uniquement pour rapporter l'huile de baleine. En effet, le capitaine Achab, devenu unijambiste et meurtri dans sa chair et dans son âme, cherche à retrouver le cachalot géant qui lui a causé ses blessures, une baleine blanche surnommée Moby Dick...

Le film de John Huston est sans doute l'adaptation la plus fameuse du roman d'Herman Melville, avec Gregory Peck inoubliable dans le rôle du capitaine Achab. Melville s'est inspiré, pour son roman, de deux faits remarquables concernant les cachalots géants. Le premier est le naufrage de l'Essex, en 1820 : ce baleinier sombre au large de l'Amérique du Sud après avoir été éperonné par un cachalot particulièrement agressif. Le second est l'existence, avérée par de nombreuses sources, d'un cachalot blanc souvent aperçu près de l'île chilienne de Mocha, d'où son surnom de Mocha Dick. Quand elle était attaquée, Mocha Dick se lançait fréquemment contre les baleiniers : elle était criblée de harpons, tout comme Moby Dick dans le roman et dans le film. Les baleiniers avaient d'ailleurs souvent pour habitude de surnommer les baleines qu'ils poursuivaient. Moby Dick est un morceau important de la littérature américaine du XIXème siècle : paru en 1851, il précède d'une année La Case de l'Oncle Tom.

dimanche 25 septembre 2011

Séminaire de l'IFRI : bilan d'une décennie d'interventions extérieures

L'IFRI (Institut Français des Relations Internationales), l'un des principaux "think tanks" français consacré aux questions internationales, par le biais de son Centre des Etudes de Sécurité(CES) et en collaboration avec la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), un autre "think tank", a lancé récemment un nouveau cycle de séminaire dont la première mouture, le 22 septembre dernier, portait sur la décennie d'opérations extérieures écoulée.


Sont notamment intervenus Camille Grand, qui dirige la FRS, et Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialiste des questions de défense dont on peut suivre l'activité sur son blog, Secret Défense. Mais c'est surtout l'intervention d'Etienne de Durand, du CES, sur l'engagement en Afghanistan, que j'ai trouvée passionnante. En vingt minutes, le chercheur fait bien le tour du sujet et pose vraiment, à mon sens, les bonnes questions, en proposant quelques réponses. Le concept de fin de "l'ère des interventions" semble assez pertinent.


En attendant la mise en ligne de la vidéo des échanges avec Elie Tenenbaum (autre chercheur du CES) et Philippe Gros (de la FRS), on peut déjà regarder la vidéo de l'intervention d'Etienne de Durand.



jeudi 22 septembre 2011

Philippe HAUDRERE, Gérard LE BOUEDEC, La Compagnie des Indes, Histoire, Editions Ouest-France, 2010, 143 p.

La France, sous Louis XIV et Colbert, a créé sa propre Compagnie des Indes (1664), calquée sur les modèles hollandais et anglais, participant ainsi à ses débuts de ce que certains ont qualifié de "première mondialisation" de l'économie et des échanges. Les éditions Ouest-France, spécialisées dans la publication d'ouvrages de synthèse en histoire depuis quelques années, livrent ici un travail collaboratif : Philippe Haudrère est professeur d'histoire moderne à l'université d'Angers ; Gérard Le Bouëdec est professeur d'histoire moderne à l'université de Bretagne-Sud (Lorient). L'ouvrage bénéficie également de la participation de Louis Mézin, conservateur du musée de la Compagnie des Indes à Lorient.

Ce dernier point est important puisque le livre vaut surtout pour sa remarquable illustration, comportant nombre de documents originaux, tirés des collections dudit musée. C'est donc un ouvrage agréable à l'oeil, pour commencer. Mais il ne faut pas bouder son plaisir puisque le texte est lui aussi de qualité. Les deux auteurs, qui se partagent les articles, ont choisi une approche thématique qui facilite la lecture.

mercredi 21 septembre 2011

Mise en ligne d'un vieil article

Jusqu'à présent, le lien ne fonctionnait pas, mais il est opérationnel depuis quelques temps, voilà pourquoi je le mentionne ici.

Andrew Andersen, du Centre for Military and Strategic Studies, m'avait apporté son aide lors de la rédaction d'un article pour la revue Champs de bataille, sur l'invasion de la Géorgie par les bolcheviks en 1921 (voir page du blog ci-dessus, l'article était paru dans le n°31 de la revue). Avec mon accord, le texte a été mis en ligne accompagné des illustrations que m'avait gentiment fourni M. Andersen.

Je m'étais d'ailleurs en grande partie inspiré d'un de ses articles paru dans la Revue Historique des Armées (RHA).

Hélène HARTER, Pearl Harbor 7 décembre 1941, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2011, 195 p.

Le dernier volume paru de la nouvelle collection "L'histoire en batailles" de Tallandier est consacré à l'attaque japonaise contre Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, qui précipita les Etats-Unis dans la guerre et marque la mondialisation de ce qui devient, alors, la Seconde Guerre mondiale. On a souvent fait le parallèle, depuis les attentats du 11 septembre 2001, entre ce dernier événement et l'attaque sur Pearl Harbor, d'ailleurs.

Cet ouvrage a été écrit par Hélène Harter, maître de conférences en histoire contemporaine à Paris I. Récemment, j'avais eu l'occasion de commenter son ouvrage, paru chez Larousse, sur les Incorruptibles face à Al Capone, remarquable au demeurant.

Les 5 livres déjà parus dans "L'histoire en batailles" peuvent se diviser en deux tendances : la première privilégie un récit plutôt factuel, agrémenté ou non de pistes plus originales, d'éléments inédits, de nouvelles interprétations (c'est le cas des volumes sur Hastings ou Omaha) ; la seconde penche davantage vers une réflexion sur l'art de la guerre ou l'historiographie du militaire elle-même (ce que l'on remarque dans les ouvrages sur Wagram ou la bataille d'Angleterre, que je présentais dernièrement). Assez nettement, ce volume sur Pearl Harbor se rattache à la première catégorie : c'est donc un récit, plutôt descriptif, de l'attaque japonaise du 7 décembre 1941.

Les marches militaires : La Guerre Sacrée (URSS)

Parmi les autres marches militaires fameuses de la Seconde Guerre mondiale (puisque je suis parti là-dessus pour l'instant, avec Unser Rommel et la marche Gunkan), il y a la Guerre Sacrée, l'un des chants les plus célèbres de la Grande Guerre Patriotique, le nom donné au conflit par les Soviétiques (ci-contre, une célèbre affiche de propagande de 1941).

La chanson avait en fait été écrite pendant la Première Guerre mondiale (1916). Elle est reprise en 1941 par Vassili Lebedev-Koumatch, qui modifie les paroles dans les premiers jours de l'invasion allemande de l'URSS et en fait un poème, publié le 24 juin dans les Izvestia et L'Etoile Rouge. La musique est composée par Alexandre Alexandrov, le fondateur des Choeurs de l'Armée Rouge, le compositeur de l'hymne soviétique. La musique est jouée dès le 26 juin 1941 dans une gare de Moscou pour encourager les soldats qui partent au front. La chanson devient rapidement très populaire : cependant, en raison des pertes énormes subies par les Soviétiques dans les premiers mois de l'attaque allemande, Moscou décide de diffuser La guerre sacrée seulement le 15 octobre 1941, étant donné la tristesse des paroles. Elle est ensuite diffusée tous les matins sur Radio Moscou.

Elle est toujours jouée par les troupes russes lors du défilé commémorant la victoire de 1945 (qui a lieu le 9 mai en Russie), comme ce fut le cas en 2010. Les paroles sur la page Wikipedia, ici.


lundi 19 septembre 2011

Les cahiers d'Alliance Géostratégique n°2 : Stratégies dans le cyberespace

Ca y est, il va enfin sortir : le deuxième volume des Cahiers de l'Alliance Géostratégique, consacré aux Stratégies dans le cyberespace. Après le succès du premier volume consacré aux guerres low-cost, l'Alliance Géostratégique a décidé d'embrayer sur le cyberspace, qui devient de plus en plus un champ de bataille du XXIème siècle (pensons à la guerre en Géorgie de 2008, par exemple).

Contrairement à la première mouture, j'ai cette fois apporté une petite contribution alors que le sujet ne s'y prêtait guère, a priori, pour moi. Je me suis rabattu sur la genèse de la lutte dans le cyberespace en évoquant la question de la machine Enigma et son impact dans la bataille de l'Atlantique pendant la Seconde Guerre mondiale. J'ai volontairement choisi de faire un article de synthèse, en compilant d'autres travaux préexistants : mon analyse n'apporte rien de neuf, mais elle fait le résumé sur le sujet.

Au total nous sommes 10 membres de l'Alliance Géostratégique à avoir contribué à ce numéro, préfacé par le général d’armée Marc Watin-Augouard, Inspecteur général des Armées – Gendarmerie. Espérons que ce deuxième volume ait autant de succès que le premier !

Tous les détails sur le site d'Alliance Géostratégique, ici.

dimanche 18 septembre 2011

Sortie de Guerres et Histoire n°3 : en attente de lecture

Ca y est : le numéro 3 de Guerres et Histoire est sorti vendredi 16 septembre. Je ne l'ai pas encore reçu, mais dès qu'il est là, je le lis et j'en fais la critique comme de coutume. Le dossier du numéro porte sur les paras, encore un sujet classique (mais l'on peut s'attendre à ce qu'il soit bien travaillé), en revanche les sujets des autres articles sont plus originaux (Zama par exemple).

A suivre...

Wahib ATALLAH, Mahomet. Un homme, un destin, Illico, Infolio éditions, 2005, 173 p.

La collection Illico se donne pour objectif de proposer des petits ouvrages, du format d'un Que-Sais-Je, pour traiter rapidement d'un sujet donné, en faire la synthèse pour un non-spécialiste. J'ai déjà lu plusieurs volumes de cette collection et, globalement, le pari est plutôt réussi, avec des nuances selon chaque livre. Ce tome-ci est consacré à Mahomet, personnage fondateur de l'islam : il a été écrit par Wahib Atallah, professeur honoraire à l'université de Nancy, qui a signé récemment un autre ouvrage sur les sunnites et les chiites dans les débuts de l'islam.

Pour l'auteur, ce livre faite suite à une traduction d'une des plus anciennes vies de Mahomet, celle d'Ibn Hichâm, rédigée au début du IXème siècle. Il se sert en fait de cette source, et d'autres, pour raconter dans ce livre la vie de Mahomet. Ce retour aux sources est assumé dès l'introduction, et se place d'emblée sous le signe de la foi, mais une fois plutôt éclairée, non intégriste bien sûr. Wahib Attalah explique également qu'il faut s'inspirer des hadiths, de la tradition orale relative au prophète mise par écrit, donc, et tente de démontrer qu'on peut lui accorder un certain crédit suite aux travaux des éxégètes successifs. Sur ce point, l'on peut être un peu plus sceptique et ne pas forcément le suivre.

samedi 17 septembre 2011

Jérôme DE LESPINOIS, La Bataille d'Angleterre juin-octobre 1940, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2011, 195 p.

La Bataille d'Angleterre, immortalisée par le célèbre film de 1969 (avec Laurence Olivier dans le rôle de Dowding, et Trevor Howard dans le rôle de Park), reste un des grands moments de la Seconde Guerre mondiale, en particulier pour les Britanniques. Là où finalement le sort de la guerre, et donc du monde, se serait joué. Ce quatrième tome de la collection L'histoire en batailles de Tallandier (après Hastings, Wagram et Omaha, que j'ai commenté récemment) est l'oeuvre de Jérôme De Lespinois, directeur de séminaire à l'Ecole de Guerre, lieutenant-colonel, historien de formation et auteur de nombreux articles et ouvrages sur l'histoire militaire.

On peut d'ores et déjà remarquer que le format de la collection se réduit en nombre de pages : si les deux premiers volumes dépassaient les 200 pages, les deux derniers sont en-dessous de ce nombre. Cela conduit inévitablement à des sacrifices et à rechercher plutôt la synthèse qu'un propos plus détaillé, ce qui a ses avantages et ses inconvénients. Un point faible toutefois : l'illustration. Hastings avait plutôt bien commencé de ce côté-là : depuis, c'est devenu pauvre, très pauvre même... cela pourrait sans doute être amélioré.



Le propos de Jérôme de Lespinois, précisé dès l'introduction, est articulé autour de l'idée que la bataille d'Angleterre, une des grandes batailles décisives de l'histoire, est en fait plus une bataille de coercition aérienne qu'une tentative repoussée, pour les Allemands, de débarquer en Grande-Bretagne. En somme, c'est pour la Luftwaffe le moment où elle doit détruire le Fighter Command pour contraindre l'Angleterre à capituler, sans débarquement. C'est aussi le choc entre Göring, patron vantard de la Luftwaffe, et Churchill, dont le sort politique est lié au résultat de la bataille d'Angleterre. Le livre est donc l'histoire de la première guerre aérienne, qui voit toute la société britannique mobilisée contre l'agresseur allemand.


Au commencement était la guerre...2/Peleliu la sanglante

 Article publié simultanément sur l'Alliance Géostratégique, ici.


« Bloody Peleliu », « a horrible place » selon les propres mots du correspondant de guerre Robert Martin qui accompagna les Marines pour le Time : la bataille sur cet atoll de l'archipel des Palaus (15 septembre 1944-27 novembre 1944) a donné lieu à bon nombre de surnoms macabres. L'opération Stalemate II (« impasse », un nom de code qui a rarement été aussi prémonitoire) s'est en effet avérée être la plus coûteuse en hommes pour les Marines, par rapport à l'effectif engagé, de toute la guerre du Pacifique. Les planificateurs de l'opération et le général Rupertus, commandant la 1st Marine Division, tablaient sur quatre jours pour s'emparer de Peleliu. Il faudra en fait plus de deux mois de combats acharnés pour y parvenir. Le souvenir de ce dur sacrifice est d'autant plus épineux que s'est toujours posée la question de l'utilité de la conquête de Peleliu, de sa valeur stratégique pour les Etats-Unis à ce moment précis de la guerre. C'est peut-être d'ailleurs pour cela que la bataille n'a pas fait l'objet d'adaptation cinématographique, contrairement à d'autres affrontements ultérieurs comme Iwo Jima 1. Il aura fallu attendre la récente mini-série The Pacific de HBO (2010), qui retrace le parcours de plusieurs hommes de la 1st Marine Division, de Guadalcanal à Okinawa, pour voir enfin Peleliu à l'écran2. Qu'en est-il alors de ce qui fut considéré par le musée national du corps des Marines comme « le combat le plus féroce de la guerre » ?



jeudi 15 septembre 2011

"Evaluations trompeuses et peu exigeantes"

Quelques jours après l'OCDE (qui avait notamment annoncé que les professeurs français étaient parmi les plus mal payés de la planète, et ce, même sans tenir compte des primes), le Haut Conseil de l'Education dénonce fortement l'évaluation mise en oeuvre avec le fameux socle commun de compétences et de connaissances (7 compétences au collège par exemple).

Pour le HCE, les indicateurs d'évaluation en français et en mathématiques par exemple, seraient bien trop faibles, trop peu exigeants. Autre problème : les indicateurs n'étant pas harmonisés partout de la même façon, et les méthodes restant encore très floues, plus de 10% des élèves de 3ème se sont vus attribuer le socle commun sans vraiment maîtriser les compétences attendues... on le savait déjà, mais le socle semble bien être une machine à faire remonter les statistiques. Solution proposée : évaluer un palier du socle commun chaque année, par exemple, et repenser toute l'architecture.

Tout va bien dans l'Education Nationale...

1919-1939, la drôle de paix, de Jean-Noël Jeanneney et David Korn-Brozza (2009)

Voilà un documentaire sur une période quelque peu marginalisée d'ordinaire, puisque coincée entre la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale : l'entre-deux-guerres, les années 1919-1939, rebaptisées ici "drôle de paix", en référence sans doute à la drôle de guerre de 1939-1940.

C'est un documentaire de bonne facture, illustré de cartes assez bien faites, et les images sont bien choisies. La voix-off, par contre, de par les tournures et le langage choisi, s'adressent davantage à un public déjà assez informé qu'à des élèves du secondaire, par exemple, même si, fort heureusement, certains passages sont plus abordables.

Les meilleurs morceaux concernent sans doute le traité de Versailles et la conclusion de la Grande Guerre, ainsi que la montée des périls en Europe après l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933. Les passages sur la crise de 1929, la France des années 30 ou la République de Weimar et la montée du nazisme sont moins bien travaillés, ce qui reflète d'ailleurs des choix des auteurs. Par contre, il y a un très bon moment d'une dizaine de minutes sur la guerre d'Espagne (ci-dessous). Les références historiographiques du documentaire datent quand même un peu, visiblement, cela se voit sur certaines thématiques, en plus de certains partis pris qui conduisent à oublier certains détails (les querelles internes dans le camp républicain en Espagne, par exemple, et le rôle trouble joué par l'URSS de Staline).



Le DVD est malheureusement quelque peu gâchée par la voix-off qui est celle de Philippe Torreton, dont la voix n'est manifestement pas trop faite pour ce genre de travail...

Hérodote n°141 : Géopolitique de la péninsule coréenne, 2ème trimestre 2011, 197 p.

La Corée reste, en 2011, toujours divisée en deux Etats, conséquence de la partition de la péninsule au sortir de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre éponyme qui s'ensuivit pendant la guerre froide (1950-1953), conclue d'ailleurs seulement par un armistice, ce qui fait que les deux Corées sont techniquement toujours en état de guerre. Les deux incidents de l'an passé, le torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan par un sous-marin du Nord en mars, et le bombardement par le même Nord de l'île de Yeongpyeong en novembre, ont ravivé les tensions entre les deux frères ennemis. De fait, la Corée du Nord, régulièrement pointée du temps pour ses démarches d'amélioration de son potentiel nucléaire militaire, a montré une réelle capacité de résilience depuis la fin de la guerre froide, alors que tout le monde prédisait sa chute dans les années 90, époque qui envisageait, rappelons-le, la "fin de l'histoire", après la disparition de l'URSS et l'émergence des Etats-Unis comme seule superpuissance mondiale.

C'est dans un contexte fort troublé que la revue Hérodote tente de faire le point sur la situation dans la péninsule coréenne, un titre large qui indique que l'on va s'intéresser aux deux Corées. Ce numéro est inégal, certains articles sont très instructifs, d'autres le sont beaucoup moins. Une large place a été faite à des spécialistes coréens, ce qui est somme toute normal, mais le profane aura parfois de la peine à s'y retrouver. Les cartes d'Hérodote restent insuffisantes en nombre : ici il y en a, mais il n'y a qu'une seule carte de situation générale sur la Corée alors qu'on serait en droit d'en attendre plusieurs. En revanche, dans certains des articles, il y a suffisamment de cartes de détail pour illustrer le propos. A noter que la conception des cartes et leur mise en forme commencent sérieusement à dater.

 


L'entretien de Béatrice Giblin avec François Godement résume bien la situation actuelle, je trouve (p.7-16). L'article de Junghwan Yoo sur la North Limit Line en mer Jaune (p.17-34) permet de comprendre dans quel contexte s'inscrivent les incidents de l'an passé. L'autre entretien avec Valérie Gelézeau (p.57-64) est tout aussi instructif que le premier. Autre article à lire : la succession du pouvoir en Corée du Nord et ses implications sur la politique extérieure du pays (p.64-75), de Seong--Chang Cheong, qui démonte bien des idées reçues sur une éventuelle chute du régime nord-coréen. D'autres articles traitent aussi de l'impact des puissances régionales ou mondiales voisines, comme celui sur la Chine (p.75-98), de Sébastien Colin. Celui de Jin-Mieung Li fait le tour des contentieux territoriaux de la région : Kouriles, Takeshima, Senkaku (p.98-115)... il faut parcourir également l'article de Hong Sik Cho sur la résilience de l'économie coréenne face aux crises, de 1997 puis de 2008 (p.134-151). Les autres écrits sont plus circonstanciels et à mon sens, présentent moins d'intérêt.

Bref, voilà un numéro d'Hérodote qu'il faut quand même avoir regardé pour se mettre au clair à propos des enjeux ayant trait aux deux Corées.

mardi 13 septembre 2011

L'école française, mauvaise élève ?

L'enseignement public, en France, souffre de plus en plus du manque de moyens, c'est une banalité de le dire, au moment d'une rentrée où la pénurie de professeurs est telle -et même de contractuels !- que certains élèves n'ont tout simplement pas l'intégralité de leurs cours prévus... le rapport de l'OCDE paru aujourd'hui ne fait que rappeler une évolution constatée de longue date.

Le taux de scolarisation des 15-19 ans a fortement reculé et 130 000 jeunes quittent toujours l'école chaque année sans diplôme, ce qui est énorme. Il manque en France, par an, quelques 30 000 jeunes diplômés. En tout, ils sont 200 000 à ne pas atteindre un niveau scolaire considéré par la société comme normal.

La France figure également au palmarès des pays qui n'investissent pas beaucoup dans leur système éducatif : en particulier, et contrairement à une légende tenace (doublé du fameux : les enseignants sont payés à ne rien faire), les salaires des profs sont parmi les plus bas de la planète dans notre pays.

Autre problème : jamais l'école française n'a autant été marquée par l'inégalité. L'origine sociale et familiale détermine largement le parcours de l'élève, plus que dans aucun autre pays. Pourtant, en France, les diplômes protègent plus contre le chômage, ce qui renvoie sans doute à un modèle scolaire très axé sur les diplômes, justement.

La situation au niveau de la réussite scolaire est en fait bloquée depuis 15 ans, en gros depuis la campagne présidentielle de 1995, et on semble avoir atteint une sorte de plafond. Les diagnostics sont sévères : plutôt que de mettre en concurrence les établissements comme c'est le cas actuellement, il faudrait plutôt repérer de manière précoce les élèves en difficulté et mettre le paquet sur les moyens pour les aider très vite. De même, la formation des enseignants est indispensable, or elle est en train d'être sabordée au nom de la suppression des IUFM jugés inutiles (certes, ils étaient loin d'être parfaits, mais c'est un peu gros à avaler). Apprendre sur le tas à temps plein pour les nouveaux stagiaires n'est pas forcément la bonne solution : il ne faut pas s'étonner de voir le nombre de candidats aux concours reculer (avec des situations ubuesques : plus de postes proposés que de candidats... et toutes les places ne sont pas remplies au final !).

On l'a donc compris, la question scolaire sera normalement un enjeu certain pour les présidentielles. Pour l'instant, en cette rentrée, le débat tourne surtout autour de l'enseignement du genre en SVT (avec une offensive en règle de la droite conservatrice et de l'Eglise catholique, qui y rajoute son grain de sel, en publiant un ouvrage) et sur la "leçon de morale" de retour à l'école primaire... curieux de constater comme le discours officiel ne semble pas se préoccuper de réalités plus pressantes.

lundi 12 septembre 2011

Alain ALEXANDRA et François GILBERT, Légionnaires, auxiliaires et fédérés sous le Bas-Empire romain, Histoire vivante, Paris, Errance, 2009, 112 p.

Les soldats romains du Bas-Empire, ou plutôt de l'Antiquité Tardive, comme l'historiographie désigne désormais la période, sont les mal-aimés de l'histoire militaire romaine. En effet, ils sont déjà victimes d'un préjugé culturel qui en fait un ensemble décadent, entre autres responsables de la chute de l'Empire romain d'Occident. Le cinéma, avec ses représentations stéréotypées de Rome -toutes périodes confondues- a achevé de les reléguer dans les limbes de l'histoire. Et si cela ne suffisait pas, quand les premiers groupes de reconstitution sont nés, ils ont redonné vie à une image certes plus exacte, mais finalement tout aussi stéréotypée : le légionnaire du Haut-Empire, devenu en quelque sorte un modèle valable pour toute l'histoire romaine. Les auteurs pestent d'ailleurs contre l'appellation d'Antiquité Tardive, remplaçant le Bas-Empire jugé péjoratif. Mais puisque le nom est désormais bien accepté, autant le retenir. Présenter, à travers un certain nombre de figures recrées par les groupes de reconstitution s'attachant à cette époque, la variété et la pluralité des hommes et des missions de l'armée romaine tardive, est l'ambition, dans ce volume illustré, d'Alain Alexandra et François Gilbert, qui dirigent tous deux des groupes de reconstitution (les Foederati pour le premier, Pax Augusta pour le second).

En tout ce sont donc 15 scènes différentes qui sont proposées, avec plusieurs encadrés sur des points précis qui s'insèrent au milieu de certaines d'entre elles, de Caracalla à l'empereur Anastase d'Orient (213 à 502 ap. J.-C., donc). La principale qualité du livre réside, évidemment, dans les somptueuses photos des groupes de reconstitution accompagnées de légendes très détaillées qui constituent le texte. Parmi les plus belles : le cavalier auxiliaire de l'Ala I Flavia, le marin de la flotte de Ravenne (sujet rare) en 256, l'officier et le sous-officier des Herculiani Iuniores à la bataille de Mursa (351), le protector Ammien Marcellin à Amida (359) et le cavalier cataphractaire d'Andrinople, entre autres. Autre point fort, les encadrés sur certaines pages présentant des points de détail, comme celui sur la plumbata (p.52-53). Enfin, il y a quelques annexes bien pratiques, comme une liste des épisèmes des unités romaines de la Notitia Dignitatum, une bibliographie sommaire, une chronologie, etc.

Du côté des faiblesses, la mise en contexte de chaque scénette est faite de manière très événementielle, peut-être un peu trop, mais l'ouvrage se destine avant tout au grand public, l'on peut donc considérer que c'est un tantinet normal. En revanche, on peut noter quelques petites erreurs de détail montrant une historiographie datée : les auteurs s'acharnent ainsi à voir le christianisme devenir religion officielle de l'Empire romain sous Constantin, alors que cela n'intervient vraiment que sous Théodose, à la fin du IVème siècle.

Saluons en tout cas le travail de ces groupes de reconstitution, qui participent de ce qu'on appelle l'archéologie expérimentale, et qui fournissent parfois des réponses pratiques sur l'équipement militaire de l'époque et son maniement, que l'on saurait sinon bien en peine de trouver dans des textes très épars et peu diserts sur le sujet. Quelques adresses des groupes ayant contribué au volume :


dimanche 11 septembre 2011

Les marches militaires : la marche Gunkan

Retour, encore une fois, sur les marches militaires, avec un pays dont les musiques de guerre sont finalement peu connues : le Japon. Pourtant, la production à des fins de propagande, pour soutenir le moral des troupes ou des civils à l'arrière, a été considérable.

Un exemple : la marche dite Gunkan, ou marche des navires de combat, composée par Tokichi Setoguchi en 1897, quelques années avant que la flotte japonaise n'écrase la flotte russe à Tsushima (1905), frappant le monde de stupeur. Cette marche fut abondamment reprise pendant la Seconde Guerre mondiale par la marine impériale, et elle reste encore aujourd'hui la marche jouée lors des cérémonies de la Japanese Maritime Self-Defense Force, la flotte japonaise actuelle. De manière assez surprenante, on l'entendait aussi beaucoup dans les ascenseurs japonais à la fin des années 90 comme musique d'attente ! L'air a également été repris comme hymne par les forces armées du Myanmar (Birmanie), mais avec des paroles différentes. Après la défaite du Japon en 1945, la marche de Gunkan avait été évidemment bannie du répertoire. Lors d'une visite du Premier Ministre japonais Nakasone aux Etats-Unis en 1983, une polémique éclate lorsque la fanfare qui l'accueillait joua la marche Gunkan, parce que le Premier Ministre tenait le rang de commandant dans la marine japonaise. Les vétérans américains de la Seconde Guerre mondiale protestèrent avec vigueur contre cet accueil.

Ci-dessous, la marche Gunkan sur fond de rares images en couleur de la conquête japonaise de Singapour et de la Malaisie.

Vouloir... et pouvoir : la vision de l'extrême-droite sur Barbarossa, démontée

Pour prolonger la discussion développée tout à l'heure à propos des sources, au sujet de l'ouvrage sur Hitler de François Kersaudy, voilà un petit exemple de ce que cela peut donner sur le web.

Je regardais aujourd'hui dans la partie administration du blog les points d'entrée des visiteurs, quand je suis tombé sur cette page, où quelqu'un avait cliqué sur la couverture ci-contre, que j'avais mise en ligne moi-même sur mon blog, et que l'auteur de l'article, sur la page en question, a repris.

Pour regarder un peu de quoi il s'agit, je remonte tout en haut de la page, et là, je vois le titre, daté du 18 août dernier : "1941 : Les Soviétiques préparaient la guerre !". Oula, je commence à me dire que je suis tombé sur un site fort sympathique, et pour le vérifier derechef, je commence la lecture (longue, car la page est détaillée). Je n'ai pas pu terminer, étant écoeuré au bout de quelques-uns des pavés. Vous l'avez compris, ce site ne cache pas sa sympathie pour une idéologie quelque peu nauséabonde. Il suffit de cliquer en haut à droite sur la page "A propos" et s'affiche déjà "Europa Patria Nostra". Tout un programme... le but de la page sur laquelle je suis tombée est en fait de nous expliquer que Hitler et les nazis ne sont pas vraiment responsables de l'agression contre l'URSS, puisque celle-ci préparait une guerre préventive contre l'Allemagne... théorie fumeuse depuis longtemps mise en pièces par les historiens les plus sérieux. Ici pourtant, on met le numéro 2 de Guerres et Histoire à contribution de cette théorie, alors que son contenu, nous le  verrons, dit tout le contraire...

François KERSAUDY, Hitler, Maîtres de guerre, Paris, Perrin, 2011, 266 p.

Récemment, les éditions Perrin ont lancé une nouvelle collection intitulée "Maîtres de guerre" : l'ambition est de présenter les principaux acteurs des deux conflits mondiaux, avec un soin tout particulier apporté aux illustrations. Les deux directeurs de la collection ont signé les deux premiers volumes. Yannis Kadari, bien connu pour sa participation aux revues des éditions Caraktère (Batailles et blindés, etc), a signé un tome sur le général américain Patton. François Kersaudy, dîplomé de l'IEP de Paris et auteurs de nombreux ouvrages (dont une biographie de Churchill, que je n'ai pas encore lue), a écrit le second tome consacré à Hitler. Si le personnage a évidemment donné lieu à une abondante littérature historiographique, les livres consacrés à Hitler en tant que chef de guerre ne sont pas si nombreux. Qu'en ressort-il, au final ?

Isabelle JOUON DES LONGRAIS, Hervé CHAMPOLLION, Fort La Latte, Monographie Patrimoine, Editions Ouest-France, 2009, 32 p.

Le fort La Latte ! Qui ne pense pas, en disant ce nom, à la scène finale du film Les Vikings (1958), de Richard Fleischer, où les hommes du Nord se lancent à l'assaut d'un château de pierre (totalement anachronique d'ailleurs, puisque l'action se situe vers 900) appartenant au roi Aëlla pour libérer la belle Morgane... souvenir d'enfance qui se concrétise lorsqu'on voit apparaître, au sommet de la colline menant à l'endroit, la forteresse en contrebas.
Mais avant d'être fort La Latte, ce château a eu aussi une histoire... cette courte monographie se divise en deux parties : historique de la place et présentation succincte des lieux.




Extrait du film "Les Vikings" , L'attaque du... par Mancosu91

La famille qui a bâti la forteresse est celle des Goyon, dont les origines sont plutôt obscures (le premier aurait été un compagnon d'Alain Barbe Torte, chef breton ayant chassé les Normands au Xème siècle). En 1209, le rejeton de la famille épouse une fille Matignon, et la dynastie est désormais connue comme celle des Goyon-Matignon. Lors de la guerre civile bretonne (1341-1365), la famille Goyon, possessionnée en Penthièvre, prend le parti de Charles de Blois ; l'un des membres de la famille est même présent au fameux Combat des Trente (1351). Puis, à la mort de Charles de Blois à la bataille d'Auray, les Goyon se rallient au vainqueur, Jean de Montfort devenu Jean IV. C'est de cette époque que date la première forteresse : la construction en avait été permise par Charles de Blois, et Bertrand II de Goyon continue l'oeuvre de ses prédécesseurs avec la bénédiction de Jean IV. Quand le roi Charles V tente de s'emparer de la Bretagne en 1379, profitant de l'exil de Jean IV en Angleterre, Du Guesclin envoie une troupe assiéger le château, qui finit par se rendre après une défense active. Mais, en 1381, il est redonné au duc au traité de Guérande. Vers 1420, les Goyon s'allient par mariage aux Thorigny, ce qui les entraînent davantage en Normandie ou à la cour de France : c'est désormais un gouverneur qui s'occupe de la place. Le château est gardé par la milice, levée ponctuelle décrétée par le duc Jean V en 1424. Au moment de la guerre de rattachement de la Bretagne au royaume de France, en 1487, on sait par une lettre du duc François II que le château possédait de l'artillerie. En 1490, d'ailleurs, l'amiral anglais Willoughby se casse les dents sur le fort.

Le château ne connaît pas d'activité guerrière particulière ensuite pendant près d'un siècle : il faut attendre la fin des guerres de Religion pour que la poudre parle à nouveau. Le duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne, rejoint en effet la Ligue, alors que quelques places fortes, comme La Latte, restent fidèles à Henri IV. Les ligueurs sont soutenus par des Espagnols tandis que les royaux ont l'appui des Anglais. Défendus par une trentaine d'hommes, le château est assiégé en 1597 par 2 000 hommes, ligueurs bretons et Espagnols : l'artillerie des assiégeants fait de gros dégâts, et seul le donjon permet aux assiégés de résister. Après la fin des guerres de Religion, il faut attendre le règne de Louis XIV pour que le château soit transformé en fort de défense côtière (1690-1715), guerres contre les Anglais et les Hollandais obligent. Car le fort La Latte est proche de Saint-Malo, grand port de course que les Anglais ne négligent pas. Les nouveaux plans sont dus à Simon Garangeau : le fort reçoit une artillerie côtière. En 1758, les soldats en garnison pourront voir, de loin, la bataille de Saint-Cast. Pendant la Révolution, le fort est une place "bleue" où les gardes nationaux surveillent la chouannerie locale. En 1795, une escadre anglaise bombarde le fort, sans trop de résultats ; à l'époque, on a installé dans l'enceinte un four pour chauffer les boulets et les tirer rouges, un dispositif que l'on peut toujours admirer aujourd'hui. Le fort est plus ou moins délaissé au XIXème siècle, même si un détachement du génie l'occupe jusqu'en 1886. Il est déclassé en 1890 par le ministère de la Guerre et l'administration des Domaines est chargée de le vendre. Il est racheté en 1892 par le duc de Feltre, enfant du pays. En 1931, il passe à M. et Mme Joüon des Langrais, après avoir été classé Monument historique six ans plus tôt -sans que les travaux nécessaires aient été réalisés, toutefois... des travaux ont lieu entre 1932 et 1938, mais le propriétaire part pour raison professionnelle au Japon en 1939, où il restera plus longtemps que prévu en raison du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Occupé par une unité de Russes servant dans la Wehrmacht, le château connaît alors un certain nombre de dégradations liées à l'Occupation. Depuis la guerre, il n'a cessé d'être restauré pour offrir le visage qu'on lui connaît aujourd'hui.

Le fort a été le lieu de tournage de plusieurs fictions, la plus célèbre étant bien sûr Les Vikings de Fleischer. Dans un autre genre, le clip du groupe Manau, La Tribu de Dana, a été tourné en grande partie sur place. Un site en tout cas incontournable si vous visitez la région, à compléter par une marche à pied jusqu'au cap Fréhel situé non loin (comptez une bonne heure quand même...).

samedi 10 septembre 2011

Les marches militaires : Unser Rommel

Voilà un domaine rarement rencontré sur les blogs de la toile lorsqu'on aborde l'histoire militaire : celui des marches militaires, des chansons célèbres ayant accompagné les combattants, ou bien orchestrées par les différentes propagandes, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est bien le cas cette chanson-là : Unser Rommel ("Notre Rommel"), dédiée à Erwin Romel, maréchal nazi commandant le fameux Afrika Korps, et dont la légende dorée de la "guerre sans haine" et du "comploteur du 20 juillet 1944", construite juste après le conflit, s'est bien effritée ces dernières années suite aux récents travaux d'historiens allemands et autres (j'aurais sans doute l'occasion d'y revenir bientôt). Mais il y a des légendes tenaces, et le mythe du "chevalier" Rommel a sans doute encore beaucoup de beaux jours devant lui (sans parler des aficionados du IIIème Reich).

Unser Rommel n'est que l'une des nombreuses chansons dédiées à la gloire de l'Afrika Korps, mais c'est l'une des plus fréquemment reprises, dans les documentaires, lorsqu'on met en musique des images ayant trait à la guerre du désert pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est un des grands "classiques" de la prolifique production musicale de la machine de guerre nazie entre 1939 et 1945, tout à la gloire des Panzern et de leurs équipages qui  combattent les Britanniques dans des conditions climatiques éprouvantes... les paroles de la chanson ici.


Bernard MERDRIGNAC, La Bretagne des origines à nos jours, Histoire des Provinces, Rennes, Editions Ouest-France, 2009, 128 p.



Ayant séjourné en Bretagne pendant les vacances, et n'ayant pas grand chose sur l'histoire de cette région, j'ai fait un peu le plein en ouvrages de vulgarisation (il me manque des ouvrages universitaires...). Ce volume-ci, que l'on doit à Bernard Merdrignac, professeur d'histoire médiévale à l'université Rennes 2, complète utilement le précédent que j'avais présenté, le Découvertes Gallimard d'Alain Croix, sur le même sujet.

Ici le point de départ, en revanche, est fixé dès le Paléolithique, c'est à dire dès la première trace d'occupation humaine (alors qu'Alain Croix commençait avec l'arrivée des Bretons exilés au Vème siècle ap. J.-C.). L'historien ne s'attarde pas vraiment, d'ailleurs, sur la signification des menhirs, qui donne toujours lieu sans doute à de belles élucubrations. Du coup, la partie la plus intéressante est celle qui n'était pas présente dans l'autre livre, dédiée aux Celtes en Bretagne et à la présence romaine, jusqu'à l'Antiquité Tardive et l'arrivée des Bretons de la Bretagne romaine (notre Grande-Bretagne).


Pour le reste, on retrouvera quasiment le même contenu que le Découvertes Gallimard, même si l'illustration est un peu plus variée (images, cartes, tableaux généalogiques, encadrés ponctuels, etc). Le passage sur l'incorporation du duché dans le royaume de France est un peu plus détaillée, de même que celui sur les missions catholiques du XVIIème siècle. En revanche la partie traitant des grands ports du XVIIIème est plus succincte, ainsi que celle sur la Révolution et l'Empire et la seconde moitié du XXème siècle, ce qui témoigne sans doute de centres d'intérêts différents selon les deux auteurs respectifs.

En fin d'ouvrage, on trouvera une chronologie succincte de la Bretagne et une bibliographie indicative permettant de creuser la question. Voilà une bonne entrée en matière en tout cas sur le sujet qui va de pair avec le petit volume d'Alain Croix.

jeudi 8 septembre 2011

Merci à Christophe Prime

Un petit billet pour l'auteur du livre ci-contre, que j'ai commenté récemment, et qui a eu la gentillesse de poster un commentaire pour réagir à ma critique de son ouvrage (cela était déjà arrivé sur Historicoblog ou ses grands frères, mais c'est suffisamment rare pour que j'en fasse part).

Si vous n'avez rien sur le sujet, n'hésitez pas à acheter Omaha Beach 6 juin 1944 dans la collection L'histoire en bataille, car c'est une excellente entame en la matière. A compléter ensuite par d'autres travaux (anglo-saxons surtout) qui permettront de creuser des points de détail en particulier.

mercredi 7 septembre 2011

Sondage terminé : titre de la chronique d'histoire militaire sur Alliance Géostratégique

Et c'est donc Héraclite (ci-contre) qui remporte vos suffrages, pour les quelques personnes (16 quand même) qui ont bien voulu voter, et qui en ont eu le temps (j'avais volontairement laissé un délai assez court).

Le résultat rejoint mon propre sentiment puisque j'avais déjà l'intention de donner le titre Au commencement était la guerre à cette chronique... les citations antiques ont été plébiscitées puisque Si vis pacem, para bellum de Végèce arrive en seconde position.

Le premier volet traitait de la IXè légion, justement, le deuxième, à paraître dans dix jours environ, abordera cette fois une bataille importante de la guerre du Pacifique, pendant la Seconde Guerre mondiale... je vous laisse devenir laquelle.

lundi 5 septembre 2011

Battle for honor : la bataille de Brest-Litovsk (2010), de Alexander Kott

21 juin 1941 : Sasha Akimov, jeune recrue musicienne de l'Armée Rouge âgée de 15 ans, vit ses dernières heures de tranquillité au sein de la garnison soviétique de la forteresse de Brest-Litovsk, à la frontière de la Pologne dépecée en septembre 1939 par Hitler et Staline. Quelques heures plus tard, en effet, débute l'opération Barbarossa, l'invasion allemande de l'URSS. Dans la débâcle soviétique des premiers jours, contre toute attente, la petite garnison va opposer une héroïque résistance d'une semaine face à des adversaires plus nombreux, et alors même que le front s'est déjà déplacé bien à l'est. Les défenseurs sont menés par quelques hommes à poigne : le commandant Pyotr Gavrilov, le commissaire politique Yefim Fomin, et le chef des troupes du NKVD, Andrey Mitrofanovich Kizhevatov... 









Ce film fait partie d'une nouvelle génération de films de guerre russe, traitant de la Grande Guerre Patriotique (surnom donné à la Seconde Guerre mondiale en Russie, de Barbarossa au 9 mai 1945, puisque les Russes commémorent la capitulation ce jour-là) et des autres conflits dans lesquels a été engagée l'URSS. On pense ici notamment  à L'Etoile de Lebedev (2002, l'histoire d'éclaireurs soviétiques au moment de l'opération Bagration, 1944) ou à 9ème escadron de Bondartchouk (2005, sur l'engagement en Afghanistan). Battle of Honor les rejoint en ce sens que la reconstitution historique est solide, très éloignée des standards soviétiques que l'on pouvait regarder en souriant au moment de la guerre froide. Surtout, si la fibre patriotique et parfois une certaine nostalgie de l'URSS sont bien présentes, il n'empêche que le portrait historique est, là aussi, beaucoup plus nuancé qu'auparavant. L'histoire est racontée à travers le récit d'un personnage fictif, qui représente un véritable témoin des événements.

dimanche 4 septembre 2011

Christophe PRIME, Omaha Beach 6 juin 1944, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2011, 200 p.

"Bloody Omaha", "Omaha la Sanglante", tel est le surnom qui reste accolé à la plage la plus meurtrière, pour les Américains, du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Ce n'est pourtant, sans doute, pas la plus féroce des batailles livrées par les Etats-Unis au cours du conflit (comparées à certaines autres du Pacifique, par exemple). Mais son impact symbolique et la mémoire de l'événement sont immenses. Le cimetière américain de Colleville-sur-mer est devenu l'un des sites incontournables du tourisme lié aux plages du débarquement en Normandie ; la plupart des présidents américains sont venus se recueillir sur place et mettre en perspective, souvent, leur politique (Barack Obama, pour le dernier, en 2009), sur ce lieu du sacrifice américain à l'autel de la liberté. Le cinéma s'est également emparé du sujet : Le jour le plus long en 1962, et surtout Il faut sauver le soldat Ryan (1998), qui non content d'évoquer le débarquement sur Omaha Beach, relança d'une certaine façon le genre du film de guerre. Pourtant, en dépit de tout cela, les livres en français dédiés au sujet ne sont pas très nombreux, contrairement à la littérature anglo-saxonne, plutôt fournie. C'est tout l'intérêt de l'ouvrage de Christophe Prime de fournir une synthèse efficace, à la portée de tout un chacun.



L'introduction commence justement par expliquer l'héritage d'Omaha jusqu'à aujourd'hui, tel que je viens de le faire précédemment. Cette excellente introduction n'est malheureusement pas développée en conclusion : on aurait peut-être aimé en avoir un peu plus, en particulier, sur la mémoire de l'événement (cinéma, littérature, politique américaine...).


samedi 3 septembre 2011

Un homme de fer (Twelve O'Clock High), de Henry King, 1949

1949 : l'avocat américain Harvey Stovall aperçoit un broc familier dans la vitrine d'un antiquaire anglais. Il l'achète puis se rend en bicyclette sur un aérodrome abandonné de la RAF à Archbury, où se trouvait le 918th Bombardment Group pendant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de bombardiers américains dans lequel il avait servi... Stovall se rappelle alors les tragiques événements de 1942-1943 : le colonel Keith Davenport, à la tête du groupe de bombardiers B-17, est à bout de souffle : ses appareils subissent de nombreuses pertes au-dessus de l'Europe occupée. Les missions de bombardement de jour sont en effet extrêmement périlleuses. Quand on ordonne au colonel de descendre à basse altitude pour bombarder plus efficacement, il se rend au QG où il en débat avec son ami, le général Frank Savage, assistant d'état-major des opérations du VIIIth Bomber Command. Le chef de ce dernier, le général Pritchard, visite alors le groupe de bombardement : il décide de nommer Savage en remplacement de Davenport à la tête du 918th... 

Le film est l'adaptation d'un roman de Sy Bartlett et Beirne Lay, Jr, paru en 1948. Le montage fait appel à des images d'archives de combats aériens, fournis par l'US Air Force, mais aussi prises dans les archives de la Luftwaffe. La plupart des scènes ont été filmées sur la base aérienne de l'Air Force à Eglin, en Floride.  Au total 12 B-17 ont été utilisés dans le film -dont l'un pour la scène d'atterrissage en catastrophe au début- mais certains ayant été exposés au tests atomiques de Bikini en 1946, les prises n'ont pu être que limitées. 


Les deux auteurs du roman ont eux-mêmes servis dans les groupes de bombardiers lourds de la VIIIth Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale. Bartlett s'est inspiré de la figure du colonel Armstrong, avec lequel il avait travaillé au QG, pour le personnage de Savage (ce colonel s'est chargé de reprendre en main les 306th et 97th Bombardment Groups). Son épisode de choc post-traumatique dû au combat à la fin du film est lui aussi inspiré d'un cas réel. Le général Pritchard est l'équivalent du premier chef du VIIIth Bomber Command, le général Ira Eaker. Le colonel Davenport est le personnage le plus ressemblant avec son modèle, le premier commandant du 306th Bombardment Group, le colonel Charles Overacker. Le lieutenant Jesse Bishop, qui pose sur le ventre son B-17 au début du film et se voit proposé pour la Medal of Honor, est le décalque du lieutenant Morgan, qui reçut la même décoration en 1943. Un des autres personnages du film, le major Joe Cobb, est basé sur le colonel Paul Tibbets qui a servi dans la VIIIth Air Force, mais qui est surtout connu pour avoir piloté le B-29 Enola Gay qui a largué la première bombe atomique sur Hiroshima, le 6 août 1945. Le 918th est un groupe fictif qui s'inspire en fait du 306th Bombardment Group, un des groupes de bombardement les plus emblématiques de la VIIIth Air Force qui traverse toute la campagne aérienne en Europe. Le film, bien qu'assez ancien, est sans doute un des plus réalistes sur la vie des équipages de bombardiers lourds américains durant le conflit : à l'époque, c'est l'un des premiers à se départir d'un ton optimiste et à présenter le coût humain réel de la guerre. Le film s'intéresse beaucoup à la question du bombardement de jour de précision, sans escorte de chasseur à long rayon d'action, une doctrine qui était celle de l'US Air Force avant l'entrée des Etats-Unis avant leur entrée dans le conflit.


Il y aura ensuite une série télévisée du même nom, lancée en 1964, et qui durera trois saisons.





Au commencement était la guerre... 1

Ca  y est : voici le début d'une chronique d'histoire militaire régulière sur le site de l'Alliance Géostratégique -pour l'instant intitulée Au commencement était la guerre, titre que j'avais choisi au départ, et qui pour l'instant emporte les suffrages dans le sondage. L'objectif : aborder rapidement un point de l'histoire militaire et proposer quelques pistes pour éventuellement approfondir la lecture. Evidemment, les sujets seront aussi choisis en fonction de l'actualité : le premier numéro est, sans surprise, consacré à la IXème légion Hispana que j'avais évoqué il y a peu. La suite dans quinze jours sur un tout autre sujet.

vendredi 2 septembre 2011

Alain CROIX, La Bretagne. Entre histoire et identité, Découvertes Gallimard 526, Paris, Gallimard, 2008, 160 p.

Déchiffrer l'identité bretonne tout en balayant nombre de stéréotypes ou d'idées reçues, voilà sans doute l'objectif d'Alain Croix, historien et universitaire (Rennes-2), et bien résumé dans le titre.

Le livre commence, choix qui peut se justifier aisément, par la colonisation bretonne au Vème siècle. L'apport des exilés bretons donne au christianisme de la région une teinte originale, qui se conserve fort loin dans l'histoire de la Bretagne. Sous la conduite de grands souverains, Nominoé, Erispoé, Salomon, les Bretons dominent une vaste étendue de territoire, négociant avec les rois francs, jusqu'à Nantes et Angers en passant par le Cotentin. L'invasion viking réduit à néant cet âge d'or : une fois le danger écarté, la Bretagne se féodalise rapidement, avant d'être partagée entre France et Angleterre. La guerre civile qui déchire la Bretagne à l'aube de la guerre de Cent Ans (1341-1364), conclue par la victoire des Montfort, conduit à l'illusion d'un Etat ducal autonome, vite rattaché au royaume de France une fois celui-ci sorti du conflit contre les Anglais. La défaite de Saint-Aubin du Cormier, en 1488, suivie du mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII, met ainsi fin à une indépendance de près de 1000 ans.

jeudi 1 septembre 2011

Le Merdier (Go tell the Spartans), 1978, de Ted Post

1964 : le major Asa Barker fait partie des milliers de conseillers militaires épaulant l'armée sud-viêtnamienne. Il commande un avant poste, près de Muc Wa, une localité rurale perdue, non loin de la frontière avec le Cambodge. Le général Harnitz lui ordonne d'occuper le hameau de Muc Wa, où une troupe française a été décimée par le Vietminh pendant la guerre d'Indochine. Barker sait que la mission est vouée à l'échec en raison de l'insuffisance de ses effectifs : cependant, il est contraint d'envoyer les quelques Américains qu'il reçoit en renfort pour encadrer des paysans viêtnamiens vite convertis en miliciens...

Le film de Ted Post est en fait l'adaptation d'un roman de Daniel Ford, paru en 1967, Incident à Muc Wa. A l'époque, Ford était correspondant de guerre au Viêtnam pour le quotidien The Nation. Le titre original du film fait référence, bien sûr, à la célèbre épitaphe des 300 Spartiates tués lors du combat des Thermopyles (480 av. J.-C.). La traduction française correspond plutôt à la façon dont la France a perçu la guerre du Viêtnam pour les Américains, à l'image de ce qu'elle avait ressenti pour la guerre d'Indochine. Le roman à l'origine du film Full Metal Jacket de Kubrick a d'ailleurs vu son titre traduit de la même façon.

Dans le film, les soldats américains et sud-viêtnamiens sont encore équipés d'armes remontant à la Seconde Guerre mondiale (fusils M1 Garand, carabines M1, pistolet-mitrailleur M3 Grease Gun, etc), comme cela était effectivement le cas avant l'intervention américaine directe, en 1965. Le seul hélicoptère utilisé est un Sikorsky H-19, une vénérable machine qui figure aussi dans l'inventaire des premiers moyens dépêchés au Sud-Viêtnam par les Américains (et utilisé par les Français en Algérie), avant de céder la place à des appareils plus modernes. La géographie du film, en revanche, est très imprécise, et la plupart des noms (comme Muc Wa, la localité au centre de l'histoire) est fictive.

Le Merdier est en fait l'un des premiers films américains à traiter du conflit : après Les Bérets Verts (1968) de John Wayne, l'un des seuls ouvertement pro-guerre, il sort la même année que Voyage au bout de l'enfer, de Michael Cimino, un des premiers grands chefs d'oeuvre de la critique de l'engagement américain au Viêtnam, un an avant Apocalypse Now de Coppola.. Le Merdier est plus mesuré, dans un sens  moins grandiloquent : mais il montre déjà, à sa façon, l'échec en devenir que représente l'expérience du Military Assistance Advisory Group (MAAG, qui coiffe les conseillers militaires américains au Viêtnam) dès 1964. Tous les ingrédients de la défaite sont déjà là : désoeuvrement des officiers devant l'absence de combats classiques, séquelles psychologiques chez les soldats conduisant au suicide, troupe mal préparée, sous-estimation grossière des capacités de l'ennemi... dans le film, la prise puis la perte de Muc Wa symbolise l'échec américain face à un adversaire bien implanté et ingénieux. En somme, une répétition de l'expérience française dont le cimetière à Muc Wa est orné de la citation grecque reprise dans le titre anglais du film.