vendredi 15 juillet 2011

En Afghanistan, l'impasse est totale

Mariam Abou Zahab, politologue, enseignante à l'IEP de Paris et à l'INALCO, une des meilleures connaisseuses françaises de la situation en Afghanistan et au Pakistan (et qui a participé au numéro d'Hérodote fin 2010 que je signalaise hier) livre son point de vue sur le conflit sur Défense ouverte de Jean Guisnel.

- la tension actuelle est due d'une part aux annonces de retrait des troupes occidentales et à l'échec du "surge" voulu par le général Petraeus.

- peut-on accorder une crédibilité aux chiffres de morts civils à cause des talibans ? Elle en doute, faisant remarquer que lorsque les combattants afghans faisaient sauter des mines ou des explosifs contre les Soviétiques, personne ne dénonçait alors les morts civils provoqués.

- à trop se focaliser sur les régions du sud, les Américains ont permis à l'insurrection de gagner d'autres parties du pays. La population se lasse de l'occupation étrangère, qui par ailleurs n'a pas amélioré ses conditions de vie. Les insurgés attendent le retrait des troupes et mènent des opérations de harcèlement, spécialement contre les nations ayant déjà annoncé une date de retrait.

- la région de la Kapisa est en fait beaucoup plus stratégique que le sud du pays. Elle fait le lien entre le nord et Kaboul. Incontrôlable par le pouvoir central depuis très longtemps, elle est entre les mains de Hekmatyar. Aujourd'hui, le retrait américain des régions voisines laisse un vide entre les troupes françaises et le Pakistan, ce qui veut dire que les talibans peuvent circuler d'un pays à l'autre comme bon leur semble. Difficile de dire cependant si ce sont des éléments étrangers qui ont commis l'attentat de mercredi...

- pour cette spécialiste, l'armée et la police afghanes ne seront pas en mesure d'assurer la sécurité du pays au moment du retrait en 2014. Le régime afghan est corrompu et très vulnérable, la population civile craint le retour d'une guerre civile. Les Américains, en utilisant des milices qu'ils arment considérablement, préparent déjà ce scénario.

jeudi 14 juillet 2011

Charles WHITING, Bloody Aachen, The Spellmount Siegfried Line Series, Volume 3, Spellmount, 2007, 154 p.

Voici la version refondue d'une fiche de lecture que j'avais faite rapidement du même ouvrage, en mars 2010. Je fournis cette fois un descriptif bien plus complet du contenu.


Charles Whiting est un écrivain et historien militaire britannique (1926-2007). Il a écrit plus de 350 ouvrages de fiction ou d'histoire pendant sa carrière. Bloody Aachen, paru en 1984, raconte la bataille menée par les Américains pour la prise d'Aix-la-Chapelle, en 1944 (Aachen en allemande, repris en anglais). Le propos de Whiting est malheureusement affaibli par l'absence d'une bibliographie (d'où viennent les informations exposées ?).

Le 16 septembre 1944, la 3ème division blindée américaine aborde la ceinture de défense extérieure d'Aix-la-Chapelle. La bataille pour le contrôle de la ville durera six semaines, les Américains y perdront 8000 hommes et 200 blindés. C'est le premier siège d'une ville allemande, par ailleurs remplie de symboles : Aix-la-Chapelle est en effet le siège du Ier Reich de Charlemagne, le Saint-Empire Romain Germanique, alors qu'Hitler veut faire durer, à son image, le IIIème Reich pendant 1000 ans. Aix-la-Chapelle est aussi une ville catholique pas complètement acquise au nazisme, 20 000 habitants restant cachés dans les caves malgré les ordres stricts d'évacuation. Ces deux mois ou presque de combats ralentissent au final l'avancée de l'armée alliée vers l'Allemagne et donnent le temps à Hitler de préparer la contre-offensive des Ardennes.

Hérodote n°139 : Géopolitique du Pakistan, 4ème trimestre 2010, 202 p.

Au lendemain de la mort de 5 soldats français dans un attentat-suicide en Afghanistan, alors même qu'un autre militaire, commando-marine cette fois-ci, vient lui aussi d'être tué sur place en ce jour de fête nationale, et que l'Inde a connu un nouvel attentat meurtrier à Mumbai (17 morts), la lecture de ce numéro de la revue Hérodote consacré au Pakistan est plus qu'appropriée.

Car la guerre en Afghanistan est inextricablement liée à son voisin, le Pakistan. Celui-ci axe sa stratégie dans le rapport à son voisin indien, marqué par la partition de 1947, les nombreuses guerres menées depuis, le soutien apporté aux moudjahidines afghans dans les années 80, puis à l'insurrection dans le Cachemire indien dans les années 90. L'instrumentalisation des mouvements islamistes par le Pakistan pour servir la stratégie nationale a toutefois un prix. Le hola mis par le général Musharraf à ce soutien conduit au retournement de certains de ces mouvements contre l'Etat pakistanais. Insurrection en terre pachtoune, terrorisme urbain, tensions entre chiites et sunnites, crise économique, le tableau est bien sombre pour Islamabad. Cependant, l'armée, véritable Etat dans l'Etat, continue à placer l'Inde comme principale menace, en dépit de tout, alors même que les errements de la politique américaine en Afghanistan ouvrent de nouvelles perspectives au Pakistan.

A travers 9 articles de spécialistes, ce numéro d'Hérodote explique pourquoi la nouvelle stratégie américaine de l'"Afpak" montre l'importance de la politique régionale pakistanaise dans le conflit afghan. Cette politique remonte à la partition de 1947 et au conflit toujours mis en avant par Islamabad avec l'Inde, cristallisé sur la question du Cachemire. L'armée cherche à garantir la sécurité du pays mais en multipliant les risques : opposition avec l'Inde, politique d'influence en Afghanistan pour obtenir une "profondeur stratégique" quasiment mythifiée, dissuasion nucléaire, manipulation de mouvements islamistes et gestion hasardeuse de particularismes ethniques, contrôle incertain de divers groupes talibans. Etat central sur un arc de crises, voisin de l'Inde et de la Chine, de l'Iran et de la route du pétrole, le Pakistan, incontournable, est en passe d'être déstabilisé. Quel islam pour quelle nation ? C'est à cette question qu'essayent de répondre les contributeurs. Une lecture bien saine en vue des choix à faire pour le maintien ou non de l'armée française en Afghanistan...

mercredi 13 juillet 2011

Attentat meurtrier contre les soldats français en Afghanistan

Trois ans après l'embuscade d'Uzbin (18-19 août 2008), où dix soldats français avaient trouvé la mort dans une embuscade, lançant le débat sur l'engagement de la France en Afghanistan, le contingent national a une nouvelle fois été frappé durement.

Un lieutenant et un sous-officier du 1er RCP (Régiment de Chasseurs Parachutistes), deux sous-officiers du 17ème RGP (Régiment du Génie Parachutiste) et un caporal-chef photographe du service de communication de l'armée de terre (SIRPA Lyon) ont été tués dans un attentat kamikaze, ce mercredi 13 juillet 2011. Ils participaient à la protection d'une shura, assemblée traditionnelle en Afghanistan, organisée dans le village de Joybar, à 2 km au nord de la base française de Tagab, à l'entrée de la fameuse vallée d'Alasay. La shura a débuté à 8h30, protégée par quatre éléments : un à proximité immédiate, les autres au nord, au sud et à l'est. C'est ce dernier, à proximité d'un poste de police afghan, qui a été la cible d'une explosion, vers 11h, alors que la shura se terminait. L'explosion a probablement été celle d'un kamikaze portant un uniforme de policier : les 5 militaires français présents dans le poste ont été tués, un interprète afghan a succombé à ses blessures ; 4 autres militaires français présents à l'extérieur du poste ont été blessés, dont un gravement, ainsi que 3 civils afghans. Peu de temps après l'explosion, des assaillants ont ouvert le feu sur les survivants à coups d'armes légères et de lance-roquettes antichars. Les Français, appuyés par des blindés américains, des F-16 et des hélicoptères Tigre ont finalement repoussé ces assaillants.


Cet attentat meurtrier intervient sur fond d'offensive d'été, traditionnelle depuis 2006, des talibans, alors même que l'année 2011 est déjà l'année la plus sanglante pour les militaires français depuis 2001. Depuis 2009, les pertes annuelles ne cessent de grimper et atteignent déjà 17 tués en 2011. L'attentat intervient le lendemain d'une visite du président Sarkozy dans la région de Tabag, un secteur dans lequel avait été enlevé, d'ailleurs, les deux journalistes français récemment libérés. C'est le plus meurtrier pour la France depuis l'embuscade d'Uzbin, et également le plus sanglant, depuis 2001, touchant des militaires français. Si la thèse du policier kamikaze se confirme, cela remet à nouveau en question l'efficacité de la politique "d'afghanisation" dont on sait bien que la police afghane est un des maillons faibles.

Ci-dessous, deux vidéos d'une opération française dans la vallée d'Alasay, Dinner Out, menée en mars 2009 avec l'ANA.




operation sur vallée d'alasay par zayads


D’Annecy à Kaboul, Extrait 3 par g4lly

Le Viêtnam et l'Afghanistan

Sur EGEA, Olivier Kempf posait une question formulée par un des lecteurs de son blog : peut-on comparer la guerre d'Indochine (1946-1954) à celle d'Afghanistan menée depuis 2001 ?

Ce genre de comparaisons est toujours problématique car les contextes sont totalement différents Dans le premier numéro des études de l'IRSEM, Pierre Journoud essayait de montrer l'héritage de la guerre du Viêtnam dans la guerre conduite en Afghanistan par les Etats-Unis aujourd'hui. Quels sont les principaux éléments de son analyse ?

mardi 12 juillet 2011

Cecil B. CURREY, Victory at any cost. The Genius of Viet Nam's Gen. Vo Nguyen Giap, Potomac Books, 2005, 401 p.

Vo Nguyen Giap est sans doute à ranger parmi les plus grands chefs de guerre du XXème siècle. Armé de talents indéniables d'organisation, d'une patience à toute épreuve et d'une volonté de fer, Giap a su aussi apprendre de ses erreurs pour combattre pendant plus de trente ans les Japonais, les Français, les Américains, entre autres. Et pourtant Giap n'est parti de rien ou presque : sa première troupe se composait de quelques dizaines d'hommes. Il n'avait reçu aucune formation militaire : il a appris en se plongeant dans la littérature (notamment Napoléon) et par sa propre expérience. Il a commis aussi de nombreuses erreurs, en soutenant parfois des décisions prises contre son avis par les dirigeants politiques du Nord-Viêtnam. Mais si les Américains ont perdu la guerre, c'est notamment parce qu'ils avaient en face d'eux Giap. C'est ce que décrit l'historien militaire Cecil Currey, longtemps professeur d'histoire militaire à l'université de Floride du Sud (Tampa), qui écrit sur le Viêtnam depuis 1981. On lui doit déjà une biographie d'Edward Lansdale et un autre ouvrage très critique sur la guerre menée par les Américains au Viêtnam.

Le livre est très intéressant car il place la perspective du côté viêtnamien, à travers la biographie du personnage, ce dont on n'a pas forcément l'habitude s'agissant de la guerre d'Indochine ou de la guerre du Viêtnam. Il explique comment s'est forgée la redoutable machine de guerre qui est notamment venue à bout de deux puissances occidentales après la Seconde Guerre mondiale. Il décrit aussi comment Giap est à la fois un militaire et un politicien, ce qui n'est pas sans conséquence sur sa conception de la guerre. Giap est finalement un autodidacte en matière de stratégie, ce qui ne l'a pas empêché de vaincre. L'auteur a bénéficié d'un accès inédit au général lui-même, qui jusqu'à présent ne s'était pas confié en Occident sur ses opérations militaires, considérations personnelles et idéologiques obligent. Le livre n'est cependant pas une apologie : Currey souligne combien Giap s'est impliqué dans les querelles au sein du PC nord-viêtnamien et l'habitude qu'il conserve toute sa carrière de dépenser sans compter la vie de ses soldats pour atteindre l'objectif fixé, même quand la situation tourne en sa défaveur.

En résumé, une biographie incontournable d'un personnage-clé des guerres en question. Indispensable !

Antonine RIBARDIERE, Bernard TALLET, Atlas de Mexico, Mégapoles, Paris, Autrement, 2011, 88 p.

Jusqu'à présent, je n'avais pas été vraiment convaincu par la nouvelle collection Mégapoles des éditions Autrement : cartographie peu claire, texte parfois redondant avec d'autres ouvrages des mêmes auteurs, etc. Ce nouveau volume traitant de Mexico pourrait bien changer la donne. Antonine Ribardière est maître de conférences en géographie à l'université Paris I et spécialiste des inégalités socio-spatiales en milieu urbain. Bernard Tallet, professeur en géographie dans la même université, est spécialiste des questions de développement au Mexique et en Afrique. Ils appartiennent tous deux à l'UMR 8586 PRODIG.

C'est à Mexico que réside Carlos Slim, l'homme d'affaires dont la fortune estimée a dépassé celle de Bill Gates en 2010. Mais c'est aussi la ville où les indices de pauvreté sont des plus criants : insécurité alimentaire, problèmes d'accès à l'eau, au système de santé, etc. Le statut de Mexico interroge : décrite comme une "monstruopole" (un terme souvent repris par les auteurs) dans les années 80 où elle était sans doute la plus grande ville du Sud, la cité s'est aujourd'hui étalée, elle est devenue une place financière internationale, mais, dans le même temps, ses réseaux de transport sont saturés.

Les auteurs analysent selon le plan habituel la mégapole de Mexico selon quatre échelles : la ville-centre, le District Fédéral (DF, municipalité de Mexico), la zone métropolitaine (ZMVM, agglomération de Mexico), le Grand Mexico (l'essentiel de la région Centre, articulée autour de la ville). La question qui sous-tend l'ouvrage est de savoir si, oui ou non, Mexico n'est plus seulement une mégapole mais bien une ville globale, et quelle est sa place au niveau national.

Si Mexico possède certains éléments de la ville globale, elle n'en est cependant pas une : rayonnement historique et culturel, présence de fonctions de commandement, mais aussi grande dépendance envers les Etats-Unis et marasme suite à la crise de 2008. Par ailleurs, mégapole extraordinaire dans les années 70, Mexico l'est beaucoup moins aujourd'hui face à celles d'Afrique et d'Asie. En revanche, une mégalopole est en formation dans un rayon de 100 km autour de Mexico, qui pâtit cependant de l'absence d'un gouvernement unique pour le Grand Mexico.

Le texte, de qualité, renouvelle bien les connaissance sur la capitale du Mexique que l'on avait trop tendance ces derniers temps à assimiler à la violence liée aux gangs ou au cartels de la drogue (plus la question des ensembles fermés). La cartographie, signée Anne Le Fur, est différente des tomes précédents : elle est beaucoup plus lisible et vient en appui du texte, ce qui représente un changement considérable, une évolution qu'il va falloir pérenniser. Comme de coutume, on trouvera en fin d'ouvrage une bibliographie/sitographie de référence et des témoignages sur la ville de Mexico.

lundi 11 juillet 2011

Les malheurs de l'Arabie heureuse-Suite

A lire sur la crise au Yémen, cet intéressant article de Patrice Gourdin, docteur et agrégé d'histoire, qui enseigne auprès des élèves-officiers de l'Ecole de l'Air. Une situation qui reste très complexe, et plus encore depuis la contestation contre le président Saleh qui remonte au mois de janvier 2011. Entre troubles politiques, insurrection houdite, pauvreté, interventions des voisins régionaux et Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique, l'avenir du Yémen semble plus que jamais très incertain.

Sondage : fiches de lecture

N'hésitez pas à participer au nouveau sondage que j'ai mis en ligne en haut de la colonne à droite de la page d'accueil : il traite de la question des fiches de lecture.

Depuis la naissance du blog en janvier 2010, j'ai un peu abandonné mon ancienne manière de faire en matière de fiche de lecture (résumé très détaillé en général du contenu du livre). J'avais privilégié depuis une approche plus synthétique (l'essentiel du livre en quelques paragraphes) mais elle ne me satisfait pas.

J'aimerai peut-être revenir à des fiches un peu plus fournies, mais moins nombreuses, qui seraient aussi plus exhaustives (contenu, organisation du livre, historiographie, etc).

Donnez-moi votre avis en participant au sondage !

Christopher R. Browning, Des hommes ordinaires. Le 101ème bataillon de réserve de la police allemande et la Solution Finale en Pologne, Texto, Paris, Tallandier, 2007, 368 p.

Tallandier a publié il y a déjà quelques années dans sa désormais fameuse collection "Texto" un ouvrage devenu un classique : Des hommes ordinaires, de l'historien américain Christopher R. Browning, grand spécialiste de la Shoah. Celui-ci s'inscrit dans la droite ligne des travaux de Raul Hilberg, un des "pères fondateurs" de l'historiographie du sujet, avec sa somme La destruction des Juifs d'Europe parue en 1985. Dans ce livre, Browning cherchait à comprendre les motivations des "participants de base" de la Shoah, les exécuteurs de masse, ici les membres d'un bataillon de réserve de la police allemande, connu par le procès dont l'unité fut l'objet dans la RFA des années 60. Dans cette nouvelle édition, l'ouvrage comprend aussi une postface très intéressante (p.277-320) où Browning explique ce qui le différencie de l'historien Daniel Goldhagen, dont l'interprétation de la Shoah a suscité beaucoup de polémiques.

C'est toujours avec un grand plaisir que je relis ce livre fondateur, dont je propose ici une fiche de lecture réalisée il y a quelques années, au moment où je passais les concours de l'enseignement.

James H. WILLBANKS, The Tet Offensive. A Concise history, Columbia University Press, 264 p.

L'offensive du Têt, en 1968, est sans doute l'événement capital de la guerre du Viêtnam. Cet événement est aussi celui qui a suscité, sans doute, l'une des plus grandes querelles historiographiques sur l'ensemble du conflit. Pour la majorité des Américains, le Têt représente une "victoire perdue" : un incontestable succès sur le terrain, mais une défaite médiatique. Pour d'autres, le Têt est le triomphe du Vietcong et des Nord-Viêtnamiens qui ont réussi à briser la volonté de se battre aux Etats-Unis. Le livre de James Willbanks cherche justement à passer en revue ces grandes questions historiographiques ayant trait à l'offensive du Têt. Cette bataille détruisit la confiance qu'avait le peuple américain dans la politique menée par le président Johnson au Viêtnam. Le 31 mars 1968, celui-ci fit d'ailleurs son célèbre discours dans lequel il annonçait l'arrêt des bombardements sur le Nord (opération Rolling Thunder), le début des négociations, et surtout sa démarche de ne pas se représenter à l'élection présidentielle de cette année-là. Le Têt marque l'échec des Etats-Unis dans la guerre du Viêtnam et le début inévitable de leur retrait du pays. La leçon principale à tirer du Têt est sans aucune doute que les opérations militaires, et la victoire militaire, ne suffisent plus désormais à gagner une guerre. Le Têt a aussi une dimension politique : alors que le Vietcong et Hanoï sont unis dans leur effort pour contrôler la population du Sud, Washington et Saïgon ne le sont pas. Manquant de légitimité, le gouvernement du Sud-Viêtnam n'a pas réussi à gagner "le coeur et les esprits" de ses habitants. Le livre de Willbanks se divise en deux parties : la première est un survol non exhaustif de l'offensive du Têt (causes, déroulement, conséquences) et la deuxième aborde les grandes questions et interprétations délicates ayant trait à l'offensive. Les deux parties sont à peu près de la même taille, ce qui montre que le livre ne se veut pas un descriptif du Têt mais bien un ouvrage de synthèse faisant le point sur l'historiographie du sujet.

James Willbanks, ancien officier de l'armée américaine et historien militaire, s'était déjà signalé par un ouvrage en 2004, Abandoning Vietnam, qui expliquait le pourquoi de l'échec de la "viêtnamisation", à un moment où les Etats-Unis se dirigeaient vers un retrait rapide d'Irak. Trois ans plus tard, il offre une synthèse appréciable sur un événement encore très controversé, sans doute beaucoup plus digeste que d'autres livres monumentaux sur le sujet, car la bibliographie sur le Têt est plus qu'abondante. On regrettera cependant l'absence d'une petite conclusion, qui aurait été bienvenue. Les cartes de situation sont placées au début de l'ouvrage, cela est regrettable car il aurait été plus pratique de les avoir au fil du texte. En annexes, on trouvera une chronologie détaillée de 1967-1968, un lexique (l'offensive du Têt de A à Z), quelques documents incontournables et une bibliographie de référence.

DSI n°71-juin 2011

Toujours un peu décalé dans les lectures de DSI (cependant l'article d'Elie Tenenbaum dans le numéro de mai m'a inspiré l'article sur les Zetas...).

A lire dans ce numéro-ci :

-la mise en perspective de la mort de Ben Laden (p.28-33).
- l'article sur les liens entre l'armée et la jeunesse en difficulté (p.34-37).
- les opérations de l'armée sud-afrcaine en Angola et en Namibie, 1975-1988 (surtout sur les forces spéciales ; p.66-71).
- la première partie d'un article sur les armes chimiques (p.78-81).

samedi 9 juillet 2011

Fiche de lecture : Le chaudron de Tcherkassy/Korsun, de Jean Lopez, sur Ma pile de livres

Déjà signalée par Jean-Luc Synave sur le blog Bir-Hacheim, l'auteur du blog Ma pile de livres vient de mettre en ligne une critique du dernier ouvrage de Jean Lopez sur le chaudron de Tcherkassy-Korsun, qui complète la mienne publiée récemment. A lire avec attention, comme de coutume.

vendredi 8 juillet 2011

« Un commando, qui surgit hors de la nuit... ». Z comme Zetas.

C'est une guerre qui n'est pas sous les feux des projecteurs des médias, qui n'implique pas des islamistes, ni des ressources pétrolières considérables, mais elle a déjà fait plus de 35 000 morts entre 2006 et 2011. Cette guerre, c'est celle du gouvernement mexicain, de son armée et de sa police, contre les narcotrafiquants cherchant à garder le contrôle de la filière cocaïne à destination des Etats-Unis, mais aussi celle des narcotrafiquants entre eux, pour la domination de ce trafic. Le cartel Los Zetas est sans conteste le plus dur et le plus efficace sur le plan tactique de tout le Mexique. Il mène une guerre sans merci contre les autres cartels et l'Etat mexicain1.







Naissance de Los Zetas


Il existe plusieurs douzaines de gangs ou de cartels au Mexique qui fournissent la cocaïne, la marijuana, l'héroïne et les méthamphétamines entrant aux Etats-Unis. L'administration américaine a déboursé 500 millions de dollars pour lutter contre cette criminalité organisée. L'initiative de Merida2, comme on l'a baptisée, inclut des avions, des technologies de communication, un entraînement pour renforcer l'administration judiciaire, de l'instruction dans le renseignement, et des conseils sur l'assainissement du personnel de maintien de l'ordre -la corruption de la police étant le talon d'Achille de la lutte anti-drogue au Mexique. Deux organisations dominaient, en fait, précédemment, le narcotrafic au Mexique : le cartel du Golfe3, opérant juste au sud du Texas, dans l'Etat de Tamaulipas, et son rival, le cartel de Sinaloa4, centré sur l'Etat du même nom, situé entre les montagnes de la Sierra Madre et l'océan Pacifique.

jeudi 7 juillet 2011

Le meurtre du père : quel avenir pour Al-Qaïda au Maghreb Islamique ?

Al-Qaïda a, de longue date, réussi à s'imposer dans le paysage médiatique, à travers le web, mais aussi par le relais de la chaîne qatarie Al-Jazeera1. La France est devenue, pour l'organisation une cible alternative, comme d'autres pays européens, car celle-ci n'a plus été capable de frapper les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. C'est pourquoi le GSPC s'est tourné progressivement vers Al-Qaïda avant de devenir, officiellement, en janvier 2007, une des branches de l'organisation sous le nom d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Ces branches régionales d'Al-Qaïda ne sont malheureusement pas encore prêtes de s'éteindre. Et ce même si l'organisation peine à recruter et devient de plus en plus impopulaire dans le monde musulman, en particulier depuis l'élection de Barack Obama comme président des Etats-Unis en 20082. La mort d'Oussama Ben Laden, abattu par un commando des Navy Seals américains le 2 mai 2011 au Pakistan, accentue le déclin visible d'Al-Qaïda central.




Pourtant, Al Qaïda au Maghreb Islamique ne s'est pas effondré. Bien au contraire : malgré son peu d'influence dans le phénomène des révolutions du monde arabe survenu au début de l'année 2011, la branche régionale d'Al-Qaïda n'a cessé d'occuper la sphère médiatique. Pouvait-elle participer au mouvement populaire et prendre le pouvoir en Tunisie ou en Libye, tout comme les Frères Musulmans risquaient de le faire en Egypte ? N'a t-elle pas profité du chaos pour mettre la main sur des armements plus sophistiqués, notamment en Libye ? Ces interrogation lancinantes révèlent que le point fort d'Al-Qaïda demeure : plus on parle d'elle, plus l'organisation est forte. Il faut souligner, par exemple, que les djihadistes libyens du Groupe Islamique des Combattants Libyens (GICL), organisation aujourd'hui fusionnée dans Al-Qaïda, avaient été éliminés en Algérie par le GIA (ancêtre du GSPC) qu'ils étaient venus appuyer, à l'époque... ce qui permet de relativiser aussi certaines inquiétudes.

mercredi 6 juillet 2011

Un Monopoly foncier

Les terres arables sont elles aussi devenues un enjeu de la compétition économique mondiale ? Depuis 2006, ce serait 30 millions d'hectares de terres agricoles qui auraient ainsi changé de main, soit l'équivalent de la Surface Agricole Utile française !

Le spectre de la crise alimentaire, après l'alerte très chaude de 2008, plane toujours. La production n'arrive pas pour l'instant à croître suffisamment pour laisser augurer d'un avenir stable, de ce point de vue. Résultat : des Etats prennent les devants et accaparent le plus de terres possible en prévision d'éventuelles difficultés. La Chine est un acteur essentiel de ce commerce, mais on y trouve aussi en bonne place l'Arabie Saoudite et la Corée du Sud. Les deux tiers de ces achats de terres s'effectuent en Afrique subsaharienne, encore une fois ponctionnée. D'aucuns crient à une nouvelle forme de néocolonialisme... pour désamorcer le problème, il faudrait d'abord regarder du côté de l'agriculture elle-même, mais aussi, bien sûr, du côté du commerce des produits agricoles. Car il faudra nourrir plus de 9 milliards d'êtres humains en 2050 : ce "Monopoly foncier" (l'expression est de Virginie Raisson, Atlas des futurs du monde) n'y aidera pas, c'est certain.

DSI n°70-mai 2011

Un numéro intéressant de la revue DSI au mois de mai (un peu de retard dans mes lectures de magazines...).

J'ai apprécié plusieurs articles :

- celui sur le conflit Thaïlande/Cambodge qui met en péril la cohésion de l'ASEAN (p.49-51).

- l'interview du général Desportes après la parution de son ouvrage, Le piège américain (p.54-59).

- l'interview de Denis Ducarme, député fédéral belge, sur l'état des forces armées du pays (cela rejoint l'article que je commentais il y a peu).

- l'article sur la narco-insurrection au Mexique d'Elie Tenenbaum (p.66-69).

- l'article sur les aéroglisseurs militaires (p.94-99).

mardi 5 juillet 2011

Le coton asservit le Burkina Faso

C'est ce que montre Valérie Hauchart dans un article paru dans la revue en ligne Cybergéo.

Premier producteur de coton d'Afrique occidentale, le Burkina a fait de ce produit une culture rentière. Mais cette production est soumise aux aléas du marché et, en raison de la concurrence, le Burkina est contraint de s'aligner sur des modes de production occidentaux où le pays se trouve désavantagé. Au final, l'Etat africain se retrouve pris au piège dans une logique de dépendance à l'égard des pays développés. Si les progrès socio-économiques générés par les revenus du coton sont bien là, c'est au prix d'une dépendance économique et d'une menace sur le fragile équilibre environnemental du pays.

Quand la police surveillait les Algériens à Paris (1944-1954)

Emmanuel Blanchard, dans cet article paru dans la revue Crime, Histoire et Sociétés, en 2007 (volume 11, n°1), explique comme les Français Musulmans d'Algérie, au lendemain de la guerre, sont les clients privilégiés en métropole des forces de l'ordre agissant en marge de la loi. Si certains préjugés tendent à définir les Algériens comme indésirables, l'action policière est soumise cependant au contrôle de la représentation politique.

On connaît bien aujourd'hui les rapports entre la police et les Algériens de métropole au moment de la guerre d'Algérie (1954-1962), et notamment le pic de violence survenu à Charonne lors de la manifestation du 17 octobre 1961. Certains y voient même l'origine des tensions actuelles entre la police et les jeunes issus de l'immigration postcoloniale. La période 1944-1954 est intéressante car les Algériens de métropole sont devenus citoyens français, et, même s'ils sont victimes de préjugés ethniques et religieux, leur traitement par la police comparé à d'autres populations marginales apporte des réponses originales. A dire vrai, les Algériens sont traités de la même façon que deux autres populations soumises aux attentions de la police : les prostituées et les clochards. Le gouvernement français répond à la poussée nationaliste algérienne par deux volets : la répression sanglante, dès 1945, et une tentative d'assimilation en octroyant la citoyenneté française aux Algériens de métropole. L'immigration est continue et les Algériens du département de la Seine ne cachent pas, pour certains, leurs ambitions indépendantistes, ce qui crée un problème d'ordre public pour la préfecture de police.

Les Algériens sont victimes de méthodes policières habituelles utilisées contre les autres populations "indésirables", et ce d'autant plus que les méthodes de la police des étrangers ne peuvent plus s'appliquer. Les Français Musulmans d'Algérie sont cependant protégés dans l'arène politique par leurs représentants à l'Assemblée et par l'alliance tacite avec le PCF. Ces protections les ont en partie protégés contre des dispositifs répressifs (internements, expulsions) qui auraient par trop bafoué l'égalité des droits reconnue par leur nouveau statut. Ce n'est qu'avec le développement des manifestations de rue, souvent de concert avec le PCF, que la police commence à utiliser des moyens plus expéditifs. Les premières victimes sont à déplorer en 1952-1953. D'indésirables, les Algériens redeviennent alors une population d'exception à laquelle on peut appliquer toute forme de violence légitime dans le cadre de pratiques remontant à l'époque coloniale. Ces pratiques n'ont pas cessé avec les accords d'Evian en mars 1962 : la réactivation de l'état d'urgence après les émeutes de l'automne 2005 marquent une certaine continuité avec ces précédents.

lundi 4 juillet 2011

Lebanon (2009) de Samuel Maoz

Liban, 6 juin 1982. A l'intérieur d'un char Centurion (char britannique acquis par les Israëliens : la version modifiée armée d'un canon de 105 mm L7, est connue sous le nom de Shto't), un équipage de l'armée israëlienne accueille un nouveau tireur : Shmulik. Bientôt, le blindé reçoit l'ordre de pénétrer au Liban pour servir d'appui à une escouade de parachutistes dirigé par leur officier, Jamil. Mais l'équipage du char est loin de se douter de l'enfer qui s'attend une fois la frontière franchie...

Samuel Maoz se base, en tant que réalisateur, sur sa propre expérience, puisqu'il a lui-même participé à la guerre au Liban menée par Israël à partir de 1982. Il a remporté, avec Lebanon, un Lion D'or au festival de Venise. Le film s'inscrit dans la suite de quelques autres, assez récents, traitant de l'engagement israëlien au Liban : on pense notamment à Beaufort (2007) de Joseph Cedar. Seulement, ici, Maoz choisit de présenter la guerre à travers l'univers confiné du char, qu'on ne quitte pas du début  à la fin. On pense à d'autres films traitant du confinement dans un blindé, comme The Beast (1988) de Kevin Reynolds (pas du tout identique, cependant) ou dans un sous-marin comme Das Boot de Petersen (1981). Les événements de l'extérieur que les quatre hommes d'équipage peuvent observer le sont à travers la lunette de visée du tireur, Schmulik. Celui-ci est d'ailleurs le personnage-clé du film : jeté dans la bataille après un court entraînement, il panique lors du premier accrochage et cause indirectement la mort d'un para israëlien, ce qui le pousse ensuite à envoyer un obus sur un véhicule civil, cette fois. Identifier l'ennemi correctement pour le détruire, c'est déjà une première épreuve.








La seconde est de voir, depuis la lunette de visée, les résultats du bombardement aérien israëlien sur la ville dans laquelle le char pénètre avec les paras. Ruines, corps éventrés ou mutilés, et rien que des civils, là encore... s'ensuite l'épisode où des Palestiniens se servent de civils comme boucliers humains, et où les paras israëliens sont obligés de tuer quasiment tout le monde pour nettoyer le bâtiment. Se pose donc toujours la question du respect des règles internationales édictées pour la guerre : dans le film, Jamil demande au commandant du char d'utiliser des munitions au phosphore, interdites alors par les traités internationaux ; d'où le nom de code de "Fumée ardente" pour les désigner... toute l'ambiguïté de la guerre menée par Israël se trouve ainsi résumée dans Lebanon, qui est clairement un film contre la guerre, ou plutôt un film contre la conduite de la guerre, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

The Pacific (2010), de HBO

Un brin décevant. C'est le sentiment que m'inspire la nouvelle minisérie de HBO, The Pacific, traitant de la guerre du Pacifique opposant Américains et Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale (1941-1945). Dix ans après Band of Brothers, première minisérie sortie en 2001 et qui évoquait en dix épisodes le parcours de la Easy Company, 2nd Battalion, 506th Parachute Regiment de la 101st Airborne Division, The Pacific souffre de la comparaison avec sa grande soeur qui est incontournable.






Premier problème : il n'y a pas de fil conducteur véritable dans la minisérie de 10 épisodes. Band of Brothers nous proposait de suivre le parcours de la Easy Company dans la campagne d'Europe de l'Ouest entre juin 1944 et mai 1945 (un peu plus avec l'après-guerre). Dans The Pacific, le récit s'articule, en fait, autour de trois personnages appartenant tous à la 1st Marine Division, mais servant dans des régiments différents. Robert Leckie a servi dans le 1st Marines, Eugene Sledge dans le 5th Marines : tous les deux ont écrit leurs mémoires de guerre (With the Old Breed : at Peleliu and Okinawa et Helmet for my pillow) qui ont largement inspiré The Pacific. John Basilone, enfin, sert dans le 7th Marines. Si Leckie et Basilone prennent par aux premiers combats de la division à Guadalcanal, Sledge n'intervient vraiment qu'à partir de la bataille de Peleliu, son premier combat, qui commence à l'épisode 5, à la moitié donc. Là où Band of Brothers avançait une certaine cohérence à travers l'itinéraire d'une compagnie, le récit de The Pacific est décousu car on suit de manière assez erratique, sauf exception, le parcours des trois personnages principaux. Par ailleurs, le choix des acteurs n'est pas heureux, car ils ne sont pas vraiment charismatiques, hormis peut-être Joseph Mazzello qui joue Eugene Sledge. Tout ça est trop confus pour captiver véritablement.

Ensuite, la reconstitution des affrontements elle-même manque un peu de panache. Si les conditions de vie effroyables des Marines sur le terrain difficile du Pacifique sont très bien rendues, il n'en est pas vraiment de même des combats. A mon sens, il n'y a même aucune scène de bataille d'envergure de toute la série ! On se rappelle pourtant du largage du 6 juin 1944 ou de la bataille pour Carentan dans Band of Brothers. Or, dans The Pacific, rien de tel ! Il y a certes une belle charge des Marines sous le feu de l'artillerie nippone à travers l'aérodrome de Peleliu dans l'épisode 6, et aussi une petite scène intéressante dans l'épisode 8 pendant le débarquement à Iwo Jima... mais cette bataille a déjà été traité dans les deux films de Clint Eastwood (Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima), on attendait donc autre chose. Les scènes de combat sont à la fois trop courtes, trop dispersées et pas assez grandioses. Si les matériels et le souci du détail ont été respecté, c'est au détriment de l'intensité de la série.











La série s'attache en fait, surtout, à montrer l'évolution des Marines américains jetés au feu de la bataille et leur comportement en dehors, quand ils sont au repos, par exemple, en Australie, après Guadalcanal (épisode 3), mais aussi en évoquant les séquelles psychologiques, les chocs post-traumatiques (épisode 4). Est également posée la question de la brutalisation des soldats dans la guerre, avec les mutilations infligées aux corps japonais (les épisodes sur Peleliu, centraux, autour de Sledge : 5, 6 et 7) ou dans la relation avec les civils japonais (épisode 9, Okinawa). On insiste aussi sur la dimension de la propagande pour le front intérieur avec l'exploitation du "héros" John Basilone. L'ennemi japonais, en revanche, est un des grands absents de la série : il est bien présent, mais finalement assez évasif. Il y a là des pistes qui n'ont sans doute pas été abordées.

Au final, après dix ans d'attente, on est donc quelque peu déçu : et rien que par le générique, qui transportait dans Band of Brothers, alors qu'il est un peu quelconque ici. De même, si la partie archives au début de chaque épisode est intéressante, les témoignages donnent là encore une idée de dispersion et n'emportent pas vraiment. De même, les cartes de situation présentes pour localiser les affrontements ne sont pas assez exploitées. The Pacific ne sera pas la série ultime sur la guerre du Pacifique. Et pourtant, elle a coûté la bagatelle de 200 millions de dollars, ce qui n'est pas rien. Le tournage a eu lieu essentiellement en Australie, sous la férule de Dale Dye, vétéran des Marines qui s'est fait conseiller militaire pour Hollywood à sa retraite.






samedi 2 juillet 2011

Carto n°5 (mai-juin 2011)

Le magazine Carto, des éditions Areion, en est désormais à son cinquième numéro. Il continue de s'afficher comme une des principales revues de vulgarisation en géographie, conservant au fil des mois les mêmes qualités et les mêmes défauts, à peu de choses près.

Le dossier consacré à l'Etat palestinien et son impossible genèse reprend ainsi les cartes de l'atlas correspondant paru récemment chez Autrement, et commenté ici même. Le texte apporte quelques éléments en plus, mais rien de fondamental par rapport audit atlas.

La partie la plus intéressante reste toujours celle de l'actualité par les cartes. La double page traitant de Mayotte, en particulier, est une bonne idée. On lira aussi avec attention celles sur la francophonie, l'Ouganda, Madagascar, la Thaïlande, le Timor Oriental, la Bolivie, la redistribution électorale aux Etats-Unis et la violence organisée en Amérique Centrale.

En revanche la carte détachable en milieu de magazine est trop petite : il faudrait en doubler la taille dans la perspective de l'afficher, c'est dommage. En revanche, un peu plus loin, on trouvera une bonne étude sur le tramway de Jérusalem. La rubrique L'oeil du cartographe conserve également sa pertinence, en traitant ici par un exemple le problème du dégradé de couleurs.

Le dossier environnement est dédié à l'aquaculture et il est intéressant. En revanche la double page évoquant le séisme/tsunami japonais est quelque peu décevante, on aurait aimé en avoir plus.

Une fois n'est pas coutume, la partie histoire est cette fois-ci plutôt satisfaisante, avec une étude en cartes d'Hanoï, capitale millénaire du Viêtnam. Les pages rappelant l'anniversaire de la guerre du Golfe font écho au récent numéro d'Histoire et Stratégie traitant de l'opération Daguet, dont on retrouve les cartes d'ailleurs (commenté ici).

Enfin, la rubrique Insolito Carto est accrocheuse en proposant des cartes modifiées selon des critères originaux. Les habituelles rubriques de lectures et de sitographie d'atlas suivent.

Au final, comme toujours, une revue de synthèse mais dont le profil n'évolue pour l'instant pas beaucoup. A suivre tout de même.

L'avenir des hélicoptères

C'est à cette difficile question que s'efforcent de répondre Etienne de Durand, Benoît Michel et Elie Tenenbaum, dans le Focus Stratégique n°32 de l'IFRI récemment mis en ligne ici.

L'hélicoptère, système d'armes parmi les plus sophistiqués, a connu de nombreuses évolutions depuis ses origines au XXème siècle. L'hélicoptère d'attaque, conçu pour détruire les blindés soviétiques en Europe de l'Ouest, est obligé de revenir aux fondamentaux de la contre-insurrection depuis la disparition de l'URSS. Les doctrines d'enveloppement dans la profondeur du dispositif adverse et les unités héliportées autonomes ont cédé la place à un appui-feu direct des troupes au sol. Cependant, l'hélicoptère reste toujours utile comme moyen de combat et vecteur de forces tactique. Les budgets de défense étant en diminution dans la plupart des pays développés, l'accroissement voire l'entretien d'une flotte d'hélicoptères suffisante restent problématiques. A terme, les auteurs pensent voir la disparition des flottes composées d'appareils de même génération et mono-fonction.

Conçus comme une nouvelle arme décisive censé remplacer le char pendant la guerre froide, l'hélicoptère a dû au final s'adapter aux conflits d'aujourd'hui, en associant de nouveaux matériels à ceux des anciennes générations. Les besoins en hélicoptères de manoeuvre et d'attaque ne feront que croître. Cependant, la question des coûts induit une diminution quantitative qui devient de plus en plus problématique.

On trouvera en annexe des tableaux d'effectifs en hélicoptères des principales armées occidentales (Etats-Unis, Royaume-Uni, France) et des analyses de matériels (Apache, Tigre, etc) ainsi qu'une bibliographie de référence.

Guadalcanal Diary (1943) de Lewis Seiler

7 août 1942 : la 1st Marine Division, nouvellement formée, débarque sur l'île de Guadalcanal, dans l'archipel des Salomons. C'est la première contre-offensive d'envergure des Américains dans la guerre du Pacifique. La campagne de Guadalcanal, qui va durer six mois, jusqu'en février 1943, décidera du sort de la guerre. Un correspondant de guerre nous fait partager les expériences des Marines jetés dans la bataille face aux vétérans du Soleil Levant...

Le film est réalisé pendant la guerre, quelques mois seulement après la fin de la bataille. Il est inspiré de l'ouvrage de Richard Tregaskis, un correspondant de guerre qui a participé à la bataille sur l'île de Guadalcanal. Evidemment, le conflit étant toujours en cours, les Japonais sont présentés comme des barbares, achevant à la baïonnette les blessés. Ce sont aussi des lâches qui tirent depuis le sommet des arbres ou depuis des positions fortifiées. On peut noter également que les indigènes sont représentés par des Afro-Américains qui ne sont pas particulièrement à leur avantage, reflet des conceptions racistes du temps. Le film suit le parcours d'une escouade de Marines depuis le débarquement du 7 août jusqu'au retrait de la division en décembre 1942. A noter la présence de deux acteurs : Anthony Quinn, alors à ses débuts, et surtout Richard Jaeckel, dont c'est le premier grand rôle, à l'âge de 17 ans.

Les contraintes de l'époque ont conduit à équiper les Japonais d'armes américaines récentes ou démodées, ce qui fait un peu sourire. En revanche, les armes américaines sont très réalistes étant donné que ce sont bien celles utilisées à l'époque (les Marines sont par exemple encore armés du fusil Springfield 1903, ce qui était bien le cas au début avant l'introduction du M1 Garand). Les scènes de bataille sont plus ou moins réalistes (elles ne correspondent pas forcément au fil de la campagne) mais surtout, elles sont très édulcorées. L'insertion d'images d'archives (scènes aériennes, navales ou pilonnages d'artillerie en particulier) ajoute un brin de réalisme malgré tout. Guadalcanal Diary vaut surtout pour son portrait de la bataille et de l'ennemi japonais au coeur même de la guerre du Pacifique.

vendredi 1 juillet 2011

L'Empire ottoman mis à terre par la Grande Guerre

Pour l'Empire ottoman, l'engagement dans la Première Guerre mondiale aux côtés de la Triple Alliance, dès 1914, a représenté la fin d'un monde, né au XIIIème siècle et épanoui au XVIème siècle. C'est ce qu'explique l'historien Jean-Jacques Becker dans un article du numéro 80 des Cahiers de la Méditerranée. Puissance méditerranéenne, dirigée depuis 1908 par les Jeunes Turcs, la Sublime Porte s'engage du côté allemand sous les auspices d'Enver Pacha, germanophile dominant le trio au pouvoir, au début du conflit.

Ecrasés dans le Caucase par les Russes fin 1914, les Turcs en profitent pour éliminer la seule minorité ethnique et religieuse homogène qui reste dans leur empire : les Arméniens. Au moins un million de personnes disparaissent dans le génocide de 1915. Les Turcs se rattrapent avec leur succès défensif aux Dardanelles, où s'illustre d'ailleurs le futur Atatürk, alors colonel : Mustapha Kemal. L'offensive en direction du canal de Suez échoue complètement, contrée par la résistance arabe orchestrée par Lawrence d'Arabie et le chérif Hussein. La victoire de Kut el Amara en 1915 contre les Britanniques est sans lendemain, en Mésopotamie. Au total, l'Empire perd plus de 300 000 morts au combat, 500 000 de maladies, sans compter un demi-million de déserteurs vivant du brigandage.

Avec la chute de l'Empire et l'ascension de Mustapha Kemal, la Turquie sera, après la guerre contre la Grèce, un ensemble beaucoup plus homogène, suite aux amputations territoriales et au génocide arménien. Le sultanat et le califat sont abolis et la République proclamée à Ankara, nouvelle capitale remplaçant Istanbul, en 1923. Etat toujours méditerranéen, la Turquie cherche alors à entrer dans l'ère moderne, rompant avec son passé tout comme avec les rêveries illusoires des Jeunes Turcs.