mardi 31 mai 2011

Fred DUVAL, Jean-Pierre PECAU, Fred BLANCHARD, JOUR J, tome 6 : L'imagination au pouvoir ?, Paris, Delcourt, 2011, 64 p.

Paris, mai 1968. Alors que les étudiants parisiens battent le pavé et que la contestation enfle en France, des anciens de l'OAS réalisent un braquage souterrain dont le commanditaire est inconnu. Le général De Gaulle mort dans un accident d'hélicoptère, le général Massu investit la capitale avec des chars AMX-30 pour écraser la rébellion comme lors de la bataille d'Alger en 1957. Mais les étudiants et les ouvriers, armés de missiles antichars Milan récupérés dans les usines bloquées, mettent hors de combat le poing blindé du général Massu. Les différentes factions de gauche s'installent alors à Paris, tandis que la guerre civile fait rage jusqu'en 1970. Finalement, les Américains mettent le hola au moment où le PCF demande l'intervention soviétique. Résultat : une France dominée par la gauche modérée, tandis que Paris est toujours divisée entre les différentes factions gauchistes face aux gaullistes et à l'extrême-droite. Mais voilà que le chef du commando des braqueurs, ancien de l'OAS, laissé pour mort sur le pavé en mai 1968, revient, 5 ans plus tard, réclamer son dû...

La série Jour-J de Delcourt s'est donc enrichie d'un sixième tome (je n'ai pas encore lu le cinquième, mais c'est l'avantage ici : chaque tome peut se lire séparément). Le principe de l'uchronie (réécriture de l'histoire à partir de la modification d'un événement) fonctionne toujours aussi bien. Et encore mieux quand on l'applique à mai 1968, événement incontournable du XXème siècle. Ici, c'est à la fois l'uchronie mais également le scénario qui sont bien ficelés. Les auteurs en profitent au passage pour éclabousser tout le monde politique bien de chez nous : les magouilles de Jacques Chirac, l'arrivisme de Mitterrand, l'utopie impossible de Cohn-Bendit... tout ça sous l'oeil attentif de la CIA. Les sources mentionnées à la fin du tome sont loin d'être exhaustives, mais on est tout de suite attiré par la couverture de la BD : cette statue en l'honneur des ouvriers "antichars" équipés de Milan, devant le Sacré-Coeur, avec de part et d'autre les constructions "nouveau genre" du régime gauchiste. En soi, la couverture est déjà une réussite.

Au final, c'est beau, assez bien documenté et ça se dévore (d'autant que ce tome est plus long : 64 pages). Comme d'habitude, on en redemande ! Un tome 7 est d'ailleurs prévu, preuve que les appels adressés depuis longtemps sur le net (et ici même) ont été entendus !

Christian DE METTER, ARMITAGE TRAIL, Scarface, Paris, Rivages/Casterman/Noir, 108 p.

Chicago, début du XXème siècle. Dans les quartiers italiens déshérités, le jeune Tony Guarino se livre à des actes de délinquance sous le regard inquiet de son frère aîné Ben, policier dans la même ville. Nommé second d'un caïd local, Tony part cependant en France pendant la Grande Guerre, d'où revient balafré : Scarface. Revenu d'Europe, il va connaître une ascension fulgurante au sein de la pègre de Chicago avant de finir comme il a vécu, terrassé par la violence...

La BD est inspirée par l'oeuvre d'Armitage Trail (un pseudonyme), dont le personnage-titre, Scarface, emprunte fortement à Al Capone bien évidemment (pas pour tous les aspects, cependant). Christian De Metter reprend ainsi cette célèbre histoire plusieurs fois adaptée au cinéma (le roman date de 1930) : il s'était fait remarquer en passant à la BD l'oeuvre de Dennis Lehane, Shutter Island, récemment adaptée sur grand écran par Scorcese.

Le dessin est très particulier, et on adhèrera ou pas : tons pastels et ambiance froide. En revanche, le scénario, qui est une reprise, est suffisamment bien ficelé pour intéresser jusqu'à la fin. La construction du personnage principal, Tony Guarino, est bien amenée. Le physique du personnage emprunte à Paul Muni, l'acteur qui jouait Scarface dans l'adaptation de Hawks.

Bref, un classique qu'on prend plaisir à revisiter sous cette forme-là. Vieux souvenir avec ceux qui connaissent : le jeu PC Mafia (premier du nom).


Réflexions sur le socle commun au collège

2000 : le Conseil européen de Lisbonne assigne à l'UE de "devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde".
2005 : Une "recommandation" du Parlement et du Conseil propose huit compétences clés. En France, la loi Fillon définit le socle commun.
2008 : la maîtrise du niveau A2 en LVE et le B2i sont indispensables pour obtenir le DNB (Diplôme National du Brevet).
2010 : plusieurs rapports officiels avancent la notion "d'école du socle".
2011 : la maîtrise de tous les piliers du socle est indispensable pour obtenir le DNB.


Cette simple chronologie de la naissance du socle commun de connaissances et de compétences, puisque tel est son nom complet, soulève déjà plusieurs problèmes. La loi définissant le socle commun a été adoptée en 2005, mais le début d'application ne survient qu'en 2008 (pour les langues vivantes et l'informatique). Cette année, le ministère a décidé d'accélérer le mouvement, faute d'avoir réussi à appliquer véritablement le socle en collège, en exigeant que celui-ci soit validé pour les 3ème passant leur brevet. Et puis le socle, c'est aussi un alignement sur les exigences définies par l'UE. Qu'en est-il de tout de cela, en réalité ?

Vladimir LOUKONINE et Anatoli IVANOV, Miniatures persanes, Parkstone, 2010, 255 p.

La miniature persane est un art, développé dans les manuscrits, qui reflète les thèmes principaux de la poésie et de la mythologie de la Perse. L'utilisation de certaines techniques confère à ces miniatures un aspect très particulier, immédiatement reconnaissable. Ainsi, l'illustration de couverture, ci-contre, est un portrait d'Imam-Quli Khan (souverain de Boukhara), réalisé en 1642-1643. L'art des miniatures persanes connaît un apogée sous la domination mongole de la Perse, et ce jusqu'au XVIème siècle au moins.

Le livre vaut évidemment pour les magnifiques illustrations des miniatures : elles apparaissent sur les pages de de droite tandis que plusieurs détails sont mis, en vis-à-vis, sur la page de gauche, ce qui est pratique pour observer certaines choses petites sur la miniature. En revanche, le texte est assez réduit par page et n'est pas forcément en parallèle des illustrations, ce qui n'est parfois guère commode pour apprécier les commentaires sur telle ou telle miniature. Si l'ouvrage comprend une petite chronologie en introduction, rien n'est dit en revanche sur les sources des deux auteurs, ce qui est dommage. En résumé, il s'agit plus d'un livre pour les yeux qu'autre chose, mais pourquoi bouder son plaisir ?


samedi 7 mai 2011

Edward F. MURPHY, Dak To. America's Sky Soldiers in South Vietnam's Central Highlands, Ballantine Books, 2007, 380 p.

La 173rd Infantry Brigade est créée à l'origine pendant la Première guerre mondiale. Démobilisée en 1919, elle est recrée en 1921 et transformée en 87th Reconnaissance Troop pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle opère en Europe en 1944-1945. Le 503rd Parachute Battalion, qui fera aussi partie de l'unité au Viêtnam, a quant à lui servi dans le Pacifique. Supprimée en 1951, l'unité est à nouveau recréée en tant que 173rd Airborne Brigade (Separate) pour faire partie de l'armée régulière des Etats-Unis en tant que force de réaction rapide, spécialement dédiée aux techniques aéroportées, en 1963. A l'entraînement sur Okinawa puis à Taïwan, les soldats de l'unité reçoivent le surnom de "Sky Soldiers" de la part des nationalistes chinois impressionnés par leurs capacités de saut. La 173rd Airborne Brigade est la première grande unité de l'US Army à être engagée au Viêtnam en mai 1965 : elle va y rester 6 ans, opérant dans les IIème et IIIème zones tactiques (régions de Saïgon et des Hauts Plateaux). L'unité est d'abord engagée autour de Saïgon : Triangle de Fer, tunnels de Cu Chi et opération Junction City (février 1967) où elle affronte surtout le Vietcong. A l'été 1967, la 173rd Airbone Brigade est transférée à l'ouest de la province de Kontum, dans les Hauts Plateaux, où la 4th Infantry Division fait face à des attaques de plus en plus agressives de réguliers nord-viêtnamiens. Confronté à un nouveau terrain d'opérations et à un nouvel adversaire, la brigade aéroportée va se retrouver impliquée dans une multitude d'engagements très durs autour de Dak To, et en particulier dans une féroce bataille pour la possession de la colline 875 (3-22 novembre 1967), dans ce qui fait partie de ce que l'on a appelé la "bataille des frontières". Pour ses faits d'armes durant les combats, la brigade reçoit la citation présidentielle. Au total, 376 Américains sont tués durant ces combats et plus de 1 400 blessés sont blessés, alors que le "body count" adverse se révèle des plus aléatoires. Le débat historiographique fait encore rage pour savoir si les Nord-Viêtnamiens se sont lancés dans cette coûteuse bataille pour attirer les unités américaines loin des villes et de la zone côtière afin de parachever le succès de leur offensive du Têt, en janvier 1968.






Le livre d'Edward F. Murphy, auteur également d'une histoire de l'USMC au Viêtnam et des premiers combats autour de Khe Sanh (1967), est un ouvrage très factuel qui est aussi une histoire de l'unité, depuis sa création jusqu'à son engagement au Viêtnam et à Dak To. Le point de vue est monolatéral puisque les quelques sources sont américaines, mais le récit est fouillé. On trouvera en fin d'ouvrage un lexique bien commode et quelques annexes intéressantes (historique du 503rd Parachute Battalion pendant la Seconde Guerre mondiale). Le propos, malgré le point de vue américano-centré, est intéressant car il montre les difficultés d'une unité élite de l'armée américaine face à l'armée nord-viêtnamienne dans la région des Hauts-Plateaux, tout en rejoignant la question stratégique de la planification d'Hanoï en prévision de l'offensive du Têt. Ce choc préfigure, en quelque sorte, celui d'Hamburger Hill en 1969 (sans que les Américains en aient forcément tiré les leçons, d'ailleurs). Malgré ses limites, c'est un donc un ouvrage à lire pour ceux qui s'intéressent au conflit.

dimanche 1 mai 2011

DSI n°68-mars 2011

Un DSI du mois de mars plus réflexif et conceptuel que le dernier en date que j'avais commenté.
On y trouve une réflexion intéressante sur les menaces en Asie pour 2011 et sur les répercussions des événements dans les pays arabes sur ce continent.
Benoist Bihan, allié du blog La Plume et le Sabre, se pose la question de savoir comment mesurer la force d'une armée. Il conclut sur l'idée que la force d'une armée n'est finalement que relative, subordonnée aux finalités politiques qu'on veut bien lui donner.
Joseph Henrotin revient aussi, dans son numéro, sur les fondements de la stratégie navale (sujet sur lequel il a publié un ouvrage chez Economica).
A lire également, l'entretien avec le chef d'état-major de l'US Air Force sur les perspectives futures de l'arme au sein des forces armées américaines.
Joseph Henrotin signe également un autre article sur Contre-insurrection et déterminismes technologiques : l'aide technologique est précieuse mais n'a jamais été un gage de succès.
Romain Mielcarek, autre allié, revient quant à lui sur les guerres low-cost, thème du premier numéro des Cahiers de l'Alliance Géostratégique. Un autre article y est d'ailleurs consacré juste après. Comme quoi les idées développées par les blogueurs peuvent influencer le contenu de la revue...
On lira aussi avec attention l'article consacré à l'artillerie, redoutable pour la contre-insurrection ; le descriptif des forces sous-marines japonaises par Joseph Henrotin ; et les déboires du projet Joint-Strike Fighter (JSF qui offrirait peut-être des chances à l'exportation pour le Rafale. Enfin, il faut également parcourir le plaidoyer pour l'investissement dans des satellites de communication, dernier article de la revue.

En résumé, un numéro bien rempli, mais plus dense et plus difficile à aborder que le précédent.

Café Stratégique n°8 : Barrières frontalières



Le 8ème volet des Cafés Stratégiques de l'Alliance Géostratégique aura lieu le jeudi 5 mai prochain, de 19h à 21h, au café Le Concorde, 239, boulevard Saint-Germain (Paris VIème).

Le thème de ce café : les barrières frontalières, avec pour intervenant Stéphane Rosière, professeur de géographie à l'université de Reims et spécialiste de la question des frontières.

A ne pas manquer si vous en avez l'occasion.