vendredi 29 avril 2011

Le Guerrier Silencieux/Valhalla Rising (2009), de Nicolas Rinding Refn

Impressionnant. Profond. Angoissant. Retournant. Autant de qualificatifs qui peuvent s'appliquer à ce qu'il faut bien qualifier de chef d'oeuvre : Valhalla Rising ou Le Guerrier Silencieux, en français. Voilà un film qui ne laissera pas indifférent, tant on peut accrocher au parti pris du réalisateur ou au contraire être lassé. Car les références et les codes choisis sont si nombreux que des revisionnages s'imposent pour tout saisir. Le film est en effet beaucoup plus subtil que ce que laisse entrevoir l'affiche : sur le même thème des Vikings, rien à voir avec Pathfinder que je commentais hier. Valhalla Rising est passé relativement inaperçu au départ, étant sorti en même temps que La Rafle en France, qui l'a éclipsé (mars 2010).








Le film est rythmé part six parties, dont le titre s'affiche à chaque fois à l'écran. La première, Colère (ou Courroux), présente un mystérieux guerrier nordique, Un-Oeil (on pense à Snake Plissken de Los Angeles 2013, dans un autre genre), retenu prisonnier par un chef de clan et forcé de se battre contre des hommes dont on suppose que ce sont des criminels ou des prisonniers, eux aussi. Un enfant lui apporte son eau et sa nourriture. Grâce à des visions de l'avenir qu'il fait pendant ses rêves, Un-Oeil parvient à s'échapper en massacrant ses gardiens. Dans la deuxième partie, Le guerrier silencieux, Un-Oeil et l'enfant, qui l'a suivi, rencontrent un groupe de croisés vikings qui s'apprête à partir pour Jérusalem ; un prêtre tente de le convaincre de rejoindre l'expédition pour le pardon de ses péchés. La partie trois, Les hommes de Dieu, se déroule sur le bateau menant le groupe à Jérusalem : perdu dans la brume, le langskip erre sur les flots, et les hommes souffrent de la faim et de la soif, croyant être victimes d'une malédiction pour avoir embarqué Un-Oeil et l'enfant. Partie quatre : La Terre Sainte ; le langskip sort de la brume et débouche sur un estuaire, non pas à Jérusalem, mais dans un décor qui ressemble à la taïga russe (ou au mythique Vinland des sagas islandaises, à Terre-Neuve ou en Amérique du Nord). Explorant l'intérieur des terres pour chasser, les Vikings ne trouvent pas de nourriture mais des sites funéraires aborigènes. Ils décident alors de repartir vers la mer mais l'un des membres d'équipage est transpercé par une flèche tandis qu'ils rament. Dans la partie cinq, L'Enfer, les Vikings absorbent un liquide psychotrope offert par le chef et erre, hébétés, dans le paysage environnant, se faisant violence ou faisant violence aux autres : Un-Oeil finit par tuer trois des guerriers qui voulaient le supprimer. Le guerrier silencieux part alors avec l'enfant vers l'intérieur des terres, suivi par le fils du chef et le prêtre, blessé par le père du premier, qui périt sous les flèches des aborigènes. Arrivé au sommet d'une colline, le fils du chef décide de rejoindre dans la mort son père en retournant vers lui, tandis que le prêtre expire dans un soleil rasant qui lui confère une sorte d'auréole de lumière. La partie six, Le Sacrifice, se termine quand Un-Oeil et l'enfant atteignent le rivage de la mer : encerclé par une tribu de guerriers nord-américains, le guerrier se laisse volontairement battre à mort pour que l'enfant soit épargné.

Le scénario est déroutant et le réalisateur joue justement sur les non-dits pour laisser le spectateur s'interroger : superbe performance de Mads Mikkelsen, d'ailleurs, en guerrier silencieux du début à la fin. Le film se rapproche de voyages initiatiques et apocalyptiques à la fois : Aguire ou la colère de Dieu avec Klaus Kinski de Herzog (1972), Apocalypse Now de Coppola (1979) ou bien les réalisations de Malick (Le Nouveau Monde, continuation du thème du Vinland, en fait, 2005), mais en étant plus explicite que ce dernier, par exemple. Le réalisateur est un habitué du thème du personnage principal arrivant à sa fin en luttant contre ses démons intérieurs. Si la violence est présente dans les combats initiaux, le reste du film n'est que l'histoire de l'errance d'un langskip perdu dans un monde inconnu, face à un ennemi invisible jusqu'aux dernières minutes. Décapant.





Histoire et Stratégie n°4 : Opération Daguet. La France dans la guerre du Golfe (1990-1991), Areion, Février-mars 2011



Voilà vingt ans qu'a pris fin la première guerre du Golfe (1990-1991), qui reste à ce jour l'une des plus grandes opérations militaires menées par la France, au sein de la coalition internationale du moment, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le volet français, l'opération Daguet, n'a pourtant pas donné le lieu à beaucoup de publications chez nous : on peut supposer, d'ailleurs, que cet anniversaire sera peut-être l'occasion d'un certain nombre de parutions.

Voilà maintenant plus d'un an que le groupe Areion, en plus de DSI, a lancé une nouvelle revue, Histoire et Stratégie. L'ambition de la revue est manifestement de proposer des synthèses sur des sujets particuliers en histoire militaire, une dimension qui reste relativement absente de la grande revue du groupe, Défense et Sécurité Internationale (DSI) plutôt consacrée aux enjeux de défense actuels. L'intention de départ est donc louable. J'avais cependant quelques réserves en feuilletant les premiers numéros car il manquait, comme souvent, une bibliographie récapitulative et/ou indicative. Le problème des sources, dans ce genre de revues, reste malheureusement criant (j'aurais sans doute l'occasion d'en reparler à travers un article que j'ai prévu depuis longtemps...). J'ai franchi le pas avec ce numéro 4 car je n'avais rien sur l'opération Daguet.

C'est Stéphane Ferrard, chroniqueur habituel de DSI, qui a réalisé ce numéro. Autant le dire tout de suite, je suis ressorti un peu déçu de ma lecture. Pourquoi ? D'abord parce que de trop nombreuses pages sont consacrées à un listing détaillé des unités françaises ayant pris part à Daguet, présentées brièvement. 22 pages au total sur 98 ! Les matériels de l'armée française sont eux aussi exposés de la même façon sur 10 pages. C'est donc un tiers de la revue qui y est consacré. La contextualisation de la guerre du Golfe au début de la revue est trop rapide (à peine 10 pages) tout comme l'analyse des opérations terrestres en fin de revue (moins de 10 pages). La grande force du propos, c'est en fait le récit de la mise en route de l'opération Daguet et l'intervention des différentes composantes de l'armée française. On peut rajouter à cela, aussi, la description des opérations aériennes et navales, et l'impressionnante iconographie (classique pour le groupe Areion). Mais le plus gênant, dans tout ça, c'est l'absence quasi totale de sources. Le magazine comporte 100 pages bien remplies, mais d'où viennent toutes ces informations ? L'auteur fait appel à beaucoup de témoignages de militaires français impliqués dans l'opération : là, on sait au moins d'où provient le texte. Mais pourquoi ne pas mentionner, en fin de revue, une petite bibliographie du genre "Pour aller plus loin" ? Et c'est d'autant plus dommage que Stéphane Ferrard mentionne, dans la présentation des unités aériennes françaises, l'ouvrage qui lui a servi pour effectuer ce listing. Pourquoi ne pas inclure aussi les références des articles ou des livres dans les notes de bas de page, qui sont bien présentes dans la revue ? Par ailleurs, on note un espèce de "french touch", avec un parti pris parfois très "cocorico", vantant les qualités de l'armée française qui aurait bien inspiré les Américains (c'est redondant, voilà pourquoi je le signale).

On touche là à un vrai problème du monde des revues de vulgarisation en histoire militaire francophones : quelle crédibilité accorder, sur le plan de la méthode, à des travaux qui ont l'air de sortir de nulle part, alors que ce n'est pas le cas ? Certes, ces auteurs ne font pas oeuvre d'historien, mais cela n'excuse pas tout : un minimum de rigueur scientifique est nécessaire pour s'impliquer dans une démarche constructive. Cela impose aussi de prendre en compte à la fois les travaux français, sur ce sujet par exemple, mais aussi anglo-saxons (qui sont, cette fois, nombreux sur la guerre du Golfe), voire en d'autres langues si besoin (encore faut-il les maîtriser : c'est bien le problème des sources russes, par exemple, quand on aborde le front de l'est pendant la Seconde Guerre mondiale). On ne peut donc pas considérer ce numéro d'Histoire et Stratégie comme une réussite. Et c'est bien dommage, car le sujet le méritait.

jeudi 28 avril 2011

Béatrice FONTANEL, Daniel WOLFROMM, Quand les artistes peignaient l'Histoire de France. De Vercingétorix à 1918, Paris, Seuil, 2002

Béatrice Fontanel est auteur et iconographe. Daniel Wolfromm, diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, est journaliste d'agence, puis de télévision : il a écrit plusieurs ouvrages. Cet livre, réédité (la première sortie datait de 2002) est le fruit d'un effort commun, avec les conseils d'une équipe d'historiens spécialistes des périodes évoquées.

La préface de Daniel Wolfromm commence par l'évocation d'un souvenir : celui d'un cours d'histoire-géographie, en 1963, où un professeur de lycée évoqua le sinistre Bal des Ardents, sous Charles VI, en 1393. Ce souvenir, qui a marqué la mémoire de l'auteur, est l'un des prétextes à cette "imagerie populaire, souvent mélodramatique, parfois grand-guignolesque", constituée de tableaux du XIXème et du début du XXème siècle. L'ambition en est de présenter une sorte de chronique de l'histoire de France illustrée, et décryptée, par un panel d'historiens. Une histoire de France qui court de 52 av. J.-C. (Alésia) à l'armistice de 1918, sans que ces bornes chronologiques soient expliquées, ni que soit expliqué non plus le choix de tableaux du XIXème siècle (hormis que l'on peut faire un lien avec les considérations sur la construction de l'histoire comme discipline scientifique). Dès le départ, on a l'impression de s'inscrire dans une histoire de France calquée sur celle enseignée durant la IIIème République, avec ses héros et ses légendes... Vercingétorix, les poilus, et nous voilà partis.


L'album regroupe au total 63 tableaux. Au niveau de la présentation, si les illustrations sont de grand format et donc de belle facture, l'on peut regretter qu'elles soient situées, par moitié, de part et d'autre des deux pages, pour beaucoup. On distingue ainsi mal Godefroy de Bouillon sur La bataille d'Ascalon (1843), tout comme Philippe Auguste à la bataille de Bouvines (1827). ou Jeanne d'Arc conduite au supplice (1867).  Par ailleurs, il n'y a aucune pagination.Quant au commentaire, l'explication de tous les éléments du tableau n'est pas systématique, et la mise en contexte parfois réduite. Les deux auteurs s'appuient parfois sur le discours des historiens, mais reprennent souvent une vulgate éculée sur tel ou tel événement historique. On a parfois l'impression que le propos des historiens est plaqué pour cautionner une entreprise bien plus datée. Si figurent en annexe les biographies de tous les peintres utilisés, la bibliographie, par ses lacunes, confirme le jugement susmentionné.

En somme, cette imagerie populaire atteint son objectif : faire découvrir aux enfants "de grands moments nationaux", les parents et les grands-parents retrouvent les peintures qui ont souvent "servi de modèles aux petites gravures qui illustraient leur livre d'histoire". Mais il ne faut pas lui en demander plus, sans compter qu'elle véhicule une galerie de stéréotypes renvoyant à la construction d'une histoire et d'une identité nationale... forgées à la fin du XIXème siècle ! Un petit train de retard... qui n'apporte pas grand chose, à part de belles images, à l'histoire.

Pathfinder (2007) de Marcus Nispel

Synopsis : Plus de cinq siècles avant que Christophe Colomb ne découvre officiellement l'Amérique, un drakkar viking aborda les côtes de ce continent sauvage. Entre les barbares du nord et les Indiens natifs, le choc fut effroyable, et seul un enfant viking survécut. Adopté par la tribu des Indiens Wampanoag, le jeune homme blanc désormais connu sous le nom de Ghost grandit et devint un redoutable guerrier.

Quinze ans plus tard, alors que Ghost essaie encore d'oublier son passé, les Vikings reviennent, anéantissent sa tribu et mettent en péril la femme qu'il aime, Starfire. A nouveau seul rescapé et assoiffé de vengeance, Ghost va devoir mener le plus difficile des combats. Guidé par le Pathfinder, un puissant shaman qui voit en lui le futur meneur de son peuple, il va se lancer dans la plus spectaculaire des aventures...








Pathfinder (que l'on pourrait traduire en français par le guide ou l'éclaireur, pour rester dans le domaine militaire) est réalisé par Marcus Nispel, un spécialiste des remakes puisque c'est lui qui avait signé celui du fameux Massacre à la tronçonneuse (1974) en 2003. Ici, l'intrigue est calquée sur un film norvégien de Nils Gaup, Le Passeur (1987). A noter que le résumé est un peu confus : l'enfant viking ne réchappe pas à un combat entre les hommes du Nord et les Indiens, mais est en fait recueilli par une Indienne dans l'épave d'un knörr échoué.

Le film se base évidemment sur le mythe du "Vinland" fondé par l'Islandais Leif Eriksson aux Xème-XIème siècle (connu par les sagas islandaises, en particulier la Saga d'Eric le Rouge et la Saga des Groënlandais) : l'on sait que les Vikings se sont établis à Terre-Neuve (traces archéologiques dans l'Anse aux Meadows) mais le lien avec le mythe reste sujet à débat. Les équipements vikings du film sont en tout cas totalement fantaisistes : des casques à cornes au navire viking, qui ressemble plus à un vaisseau de ligne du début de la période moderne... quant aux Indiens représentés, ce sont ceux de la nation Wanpanoag, qui vivaient sur la côte est des Etats-Unis, et non pas les Beothuk de Terre-Neuve probablement abordés par les Vikings, sans qu'on connaisse véritablement la nature de leurs relations. Les acteurs portent des épaulières de hockey, côté viking, pour paraître plus larges et plus musclés qu'en réalité. En revanche, les Vikings du film parlent en vieil islandais, descendant du vieux norrois, qui était le langage commun des hommes du Nord ayant colonisé l'Islande et le Groënland et donc, probablement, l'Amérique du Nord.

L'intrigue, guère originale puisqu'elle est copiée, on l'a déjà dit, souffre de la comparaison avec d'autres films similaires comme Le 13ème guerrier, inachevé, mais incomparablement meilleur. Marcus Nispel n'hésite pas à jouer des ralentis et du gore dans les scènes de combat, jusqu'à la nausée : les effets spéciaux sont autrement plus importants que dans l'original, qui jouait beaucoup sur le décor et l'invisible pour insinuer un sentiment d'angoisse. L'acteur principal, Karl Urban, bien connu pour son rôle d'Eomer dans Le Seigneur des Anneaux, n'est guère charismatique. Les camps sont bien tranchés avec, d'un côté, les méchants Vikings aux armes en fer qui pulvérisent les lances et les flèches de bois des gentils Indiens : d'ailleurs, les dialogues sont réduits au minimum vital pour laisser la place à l'action, qui peut parfois tourner au ridicule (la poursuite en luge).

Sur le thème éculé des Vikings, Nispel a donc choisi de conserver le stéréotype du guerrier violent assoiffé de combats. L'intrigue étant à l'image de ce choix, on ne regardera Pathfinder que pour se détendre et rien d'autre. 

John KEEGAN, The Face of the Battle : A Study of Agincourt, Waterloo and the Somme, Pimlico Military Classics, Pimlico, 2004 (1ère éd. 1976), 352 p.

Voilà un grand classique de l'histoire militaire, le livre qui a profondément renouvelé le genre de "l'histoire-bataille" : Face of the Battle (en français, Anatomie de la bataille) de l'historien britannique John Keegan (enseignant à l'académie militaire  anglaise de Sandhurst, auteur récemment d'un ouvrage sur la guerre de Sécession chez Perrin, critique à venir dès que je l'aurais lu), initialement paru en 1976, il y a plus de trente ans.

L'introduction de l'ouvrage est une réflexion de Keegan sur l'histoire militaire qui, à son époque, est enseignée comme un ensemble de traditions aux futurs officiers. L'historien présente son malaise devant le fait qu'il apprend à de jeunes officiers comment s'approprier un combat alors qu'il n'a lui-même participé à aucune guerre. Ce point de départ ouvre sur la formation à enseigner aux officiers et sur les principales forces et faiblesses de l'histoire militaire du moment. Le principal reproche adressé à celle-ci est qu'il s'agit d'une histoire "vue par le haut", et qui n'apprend rien sur le déroulement réel du combat, au niveau du combattant. Il part du principe que les soldats racontent, aussi, leur participation au combat sous une forme idéalisée. La véritable question qui est posée peut être résumée ainsi : qu'arrive-t-il concrètement au soldat à la guerre ?

Keegan tente d'y répondre à travers trois grands exemples de batailles impliquant l'Angleterre : Azincourt, Waterloo et la Somme. A chaque fois, il expose la présentation traditionnelle de la bataille et voit de quelles sources celle-ci provient. Se déplaçant ensuite au coeur de l'affrontement, il tente d'expliquer le sens des manoeuvres principales, puis se place du point de vue du soldat : comment celui-ci se comporte avant la bataille, qui lui arrive-t-il pendant le combat, quelles idées cela nous donne-t-il sur ce que peut représenter la guerre. Ainsi, Keegan écorne par exemple le mythe du longbow qui serait seul à l'origine de la victoire à Azincourt, fournissant un récit plus complexe. Si les arcs longs ont entraîné des pertes sensibles, les combats au corps-à-corps et même les classes sociales des archers anglais ont eu leur importance dans le déroulement de la bataille. De même, il récuse l'efficacité des charges de cavalerie et montre que les hommes d'armes anglais, en plantant des pieux sur le sol et en se cramponnant sur une position défensive, ont parfaitement résisté au choc de la chevalerie française. Le propos sur Waterloo est peut-être moins percutant -il faut dire que c'est l'une des batailles les plus discutées sur le plan historiographique- mais la description des troupes toujours engagées après avoir subi six heures de bombardement est impressionnante. Cependant, Keegan utilise des sources secondaires limitées et non exemptes de partialité. Le chapitre sur la Somme peut d'ailleurs se comparer avec celui sur Waterloo : mais c'est celui où Keegan parle le plus des liens entre l'armée et la société (formation des bataillons Kitchener) alors qu'il l'oublie un peu dans les deux autres exemples.

Le but pour Keegan n'est pas cependant de "reraconter" ces trois batailles, mais bien d'expérimenter sa nouvelle méthode d'analyse qui ne lui fournit d'ailleurs pas des réponses définitives, il le reconnaît lui-même : seulement des hypothèses. Les batailles ne sont pas beaucoup contextualiséses, car Keegan attend sans doute du lecteur qu'il les connaisse déjà un peu -d'où le choix de trois chocs célèbres. Dans sa conclusion, il essaye d'appliquer le même principe aux combats de la Seconde Guerre mondiale, mais le volume consacré est trop faible pour que cela soit concluant. La comparaison des trois batailles étudiées avec l'alpinisme est quelque peu déroutante. Il ne répond pas vraiment à l'une des questions phares de l'histoire militaire : les batailles sont-elles devenues de plus en plus dures, et les soldats de plus en plus meilleurs pour les supporter ? On sent aussi le contexte de guerre froide avec les quelques phrases lancées sur un éventuel affrontement avec l'URSS, qui ont bien sûr vieilli désormais. Mais Keegan souligne un point essentiel : l'histoire des batailles n'est pas seulement celle des commandants en chef, c'est aussi celle des combattants. Il ne va pas au bout des choses, et formule à la place quelques considérations sur le combat du futur : d'après lui, l'agrandissement et l'impersonnalisation croissants du champ de bataille font de la pression psychologique sur le soldat l'un des grands points faibles des armées en campagne. La nature de la guerre n'a cependant pas changé : celle-ci demeure un affrontement entre hommes, malgré les avancées technologiques. Les batailles durent de plus en plus longtemps et, de par les prouesses de l'armement, la "killing zone" à laquelle est confrontée le soldat est de plus en plus étendue : le danger est omniprésent, bien plus que par le passé. Si l'armement allonge la portée de l'engagement, les combats au corps-à-corps de l'infanterie restent une composante essentielle de la guerre. Au final, c'est bien un livre sur l'écriture de l'histoire militaire, et en ce sens, le pari a bien été gagné : Face of the Battle est devenu l'une des références pour les historiens de la nouvelle "histoire-bataille". Il l'a sortie du mépris dans laquelle on la tenait encore à l'époque l'histoire militaire, qui vit à partir de ce moment-là une véritable renaissance.

En résumé, à un prix abordable, un fondamental de l'historiographie militaire qui, trente ans après, demeure toujours aussi précieux. Une réédition revue et actualisée serait pourtant la bienvenue.

mercredi 27 avril 2011

Eric ALARY, Histoire de la gendarmerie, Tempus 362, Paris, Perrin, 2011, 320 p.

La Gendarmerie Nationale, institution familière aux Français, est pourtant l'une des plus méconnues : souvent victime de moqueries dans le cinéma, les média ou les sketchs comiques. Eric Alary, lui-même fils de gendarme, agrégé d'histoire et enseignant à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, propose aussi une nouvelle édition de son Histoire de la gendarmerie parue en 2000 chez Calman-Lévy, actualisée avec les derniers développements récents de l'institution.

La gendarmerie est la fille de la maréchaussée réformée par François Ier en 1536, à un moment où l'Etat se fait de plus en plus centralisateur et où le pouvoir royal s'affermit. Pour l'historien, la gendarmerie est l'une des institutions les plus stables du pouvoir et a contribué, par son maillage territorial, à renforcer l'unité du pays. Elle a su faire preuve, pourtant, d'adaptation. Cependant, depuis la seconde moitié du XXème siècle, la gendarmerie n'est plus aussi proche du monde rural, son terrain d'action ancestral. Les changements socio-économiques et culturels de la France ont amené un redéploiement vers les villes et les banlieues, dans une concurrences des missions avec la police, ce qui n'est pas sans poser des problèmes à l'identité du corps et à la perception qu'en ont les Français. Force publique à statut militaire, la gendarmerie est  un acteur essentiel de la société. C'est un personnage incontournable que le gendarme dans la littérature, l'imagerie, le cinéma, la télévision (qu'on pense à la série de TF1 : Une femme d'honneur). Cependant, depuis 20 ans, les gendarmes ont changé. En décembre 2001, les voilà qui descendent dans la rue, sous les yeux des caméras. Saisir la multiplicité des missions et le rôle des gendarmes dans la nation républicaine, tel est l'objectif d'Eric Alary. Les réformes des années 2000 ont profondément bouleversé ce corps dont le nom remonte à 1791 : le regroupement avec la police en 2009 sous la tutelle du Ministère de l'Intérieur a parachevé l'évolution. La gendarmerie nous en apprend beaucoup sur la société, sur les régimes politiques et sur la notion de "maintien de l'ordre".

Eric Alary conclut sur l'idée que la gendarmerie s'est forgée au rythme de l'histoire nationale, sans que les bavures principales ne remettent jamais en cause son équilibre ou son identité. Force militaire et citoyenne, elle a mal supporté la formation d'un super-ministère la regroupant avec la police. La fermeture des brigades dans de nombreux villages ruraux a suscité un tollé des élus et des habitants. Les gendarmes, quant à eux, restent attachés aux traditions, mais sont aussi tiraillés par les exigences de la vie sociale au XXIème siècle, qui leur fait moins bien supporter les contraintes du métier, tout comme leurs épouses. Ils restent néanmoins des éléments de la continuité de l'Etat, voire de la cohésion nationale.

Globalement, le livre d'Eric Alary se présente comme une histoire institutionnelle de la gendarmerie qui reprend le discours de l'institution. La partie concernant la relation des gendarmes au régime de Vichy souffre d'approximations et de considérations un peu trop générales : évidemment, les gendarmes actuels sont très attentifs à ce passage assez sombre de l'institution... en revanche, le propos sur la guerre d'Algérie est plus consistant, notamment en révélant la formation de commandos de chasse (officiers et sous-officiers français encadrant des harkis) chargés de traquer les membres du FLN sans faire de prisonniers. Ce qu'il manque à l'ouvrage, c'est une analyse de la composition sociale, de la formation professionnelle et de la vie quotidienne des gendarmes. La chronologie est incomplète (manque 1901 : création de la première école des sous-officiers ; 1918 : création de la première école d'officiers) et la bibliographie trop sommaire (même si des titres ont été rajoutés qui manquaient dans la première édition) pour que l'ouvrage soit présenté comme une référence. Une synthèse institutionnelle à compléter, donc.

Thomas A. DESJARDINS, Stand Firm Ye Boys from Maine. The 20th Maine and the Gettysburg Campaign, Oxford University Press, 2009 (1ère éd. 1995), 245 p.

Le deuxième jour de la bataille de Gettysburg (2 juillet 1863), pendant la guerre de Sécession, le général Longstreet, sous les ordres du général Lee, lance deux divisions, celles de Hood et de McLaw, sur le flanc gauche de l'armée du Potomac, pour tenter de le déborder. Des éléments des deux divisions confédérées se décalent pendant l'assaut : alors que Hood est empêtré dans Devil's Den (l'Antre du Diable), des unités sont attirées sur les deux collines baptisées Round Tops, notamment par le feu du 2nd US Sharpshooters. Ces collines sont alors sans défense, du côté de l'Union. Le général Meade ordonne au IIIème Corps du général Sickles de combler la brèche, mais celui-ci n'en a cure et crée au contraire un saillant dans la ligne en s'avançant vers l'ennemi. Finalement, c'est le Vème Corps du général Sykes qui se charge d'occuper les Round Tops : le colonel Vincent, commandant la 3ème brigade de la 1ère division de ce corps, dispose ses quatre régiments sur Little Round Top : le 16th Michigan, le 44th New York, le 83rd Pennsylvania et, tout au bout de la ligne, le 20th Maine. En face, la brigade de Law de la division Hood, composée de régiments de l'Alabama, s'approche de la colline.



Little Round Top par Aldebaran712



Le colonel Adelbert Ames, l'officier qui commanda le premier le 20th Maine, l'évoquait à ce moment-là, en 1862, comme un "enfer". Les soldats lui retournaient bien, puisqu'ils parlaient de lui tirer dans le dos au milieu du premier combat. Promu, Ames laissa la place à Joshua Chamberlain, un professeur de rhétorique du collège Bowdoin, dans le Maine, dont les connaissances militaires étaient pour bonne part théoriques jusqu'en juillet 1863, date à laquelle il fut nommé lieutenant-colonel du régiment. Pourtant, après la bataille de Gettysburg où le 20th Maine défendit avec succès le flanc gauche de l'armée du Potomac, Ames dit du 20th Maine qu'il était "un régiment sans égal". En retour, un des soldats affirma qu'Ames avait permis "que le régiment ne rompit pas pendant la bataille".

Le livre de Thomas Desjardins (historien américain spécialisé sur la guerre d'Indépendance et la guerre de Sécession) montre ainsi, de manière convaincante, comment les batailles sont souvent plus le fruit de la mémoire des combattants que de ce qui s'est réellement passé. Le récit de l'affrontement sur Little Round Top n'offre pas de révision particulière de la description traditionnelle. La plongée dans ce micro-combat de la bataille de Gettysburg met en valeur que les lignes, les commandements et la tactique, au vu du terrain, n'étaient pas d'une grande utilité : l'historien montre qu'il est difficile d'expliquer pourquoi le 20th Maine a finalement réussi à rejeter les 15th et 47th Alabama qui lui faisaient face. D'ailleurs, la confusion autour du souvenir de la bataille est illustré par les luttes, dans les décennies suivantes, que chaque camp mène pour placer correctement ses monuments commémoratifs sur le champ de bataille. Le souvenir lui-même de l'affrontement est disputé : si Chamberlain y voit l'occasion de distinguer les hommes de valeur des mauvais, le capitaine Spears, un de ses subordonnés, la considère comme une expérience horrifiante.





La bataille de Little Round Top ne connut en fait un regain de publicité qu'avec la publication du roman The Killer Angels par Michael Shaara, adapté en film sous le nom de Gettysburg (1993). La résistance du 20th Maine et de son chef, Joshua Chamberlain, fut ainsi élevé au rang de mythe, au point de faire partie de la culture populaire nationale. Un livre instructif, abondamment illustré de cartes et de photos au fil du texte, et comportant de riches annexes.

mardi 26 avril 2011

Bevin ALEXANDER, Lost Victories. The Military Genius of Stonewall Jackson, New York, Hippocrene Books, 2004 (1ère éd. 1992), 350 p.



Bevin Alexander, auteur et historien militaire, vétéran de la guerre de Corée sur laquelle il a écrit un autre ouvrage, défend dans ce volume l'idée selon laquelle Stonewall Jackson était le seul général au sein de la Confédération à avoir bâti une véritable vision stratégique pour remporter la guerre de Sécession. Le propos se veut iconoclaste et pulvérise l'image traditionnelle du général Robert E. Lee comme principale stratège confédéré.

Les travaux classiques présentaient en effet Lee comme le grand stratège de la Confédération tandis que son bras droit Jackson se trouvait relégué au rang de grand tacticien, incapable cependant d'avoir une vision d'ensemble. Alexander affirme quant à lui que Lee a empêché Jackson de franchir le Potomac pour intimider Washington, pour détruire les industries du Nord, tout en manquant l'occasion de détruire l'armée nordiste du général Pope lors de la seconde bataille de Bull Run (28-30 août 1862). A quatre reprises, Jackson aurait en vain essayé de convaincre Lee et le président Jefferson Davis de monter une attaque à grande échelle du Nord pour détruire la volonté de se battre des habitants de l'Union. En relatant la fameuse campagne de Jackson dans la vallée de la Shenandoah (printemps 1862), Alexander insiste aussi sur l'agressivité et sur la créativité de la vision stratégique de Stonewall. Blessé à mort à Chancelorsville (2 mai 1863), sa disparition se produit alors qu'il est sur le point, selon lui, de détruire l'armée du Potomac et de laisser le Nord sans défense. Cependant, l'auteur ne rappelle pas non plus combien la personnalité difficile et excentrique de Jackson limita son influence sur la stratégie de la Confédération, justement. Et toutes les tentatives d'invasion du Nord telle que voulue par Jackson s'achevèrent sur des désastres. Alexander reconnaît d'ailleurs que la réponse à la question de savoir ce que serait devenue la cause du Sud sans la mort de Jackson est futile. Cependant, il est clair pour lui que la stratégie des objectifs limités de Lee a conduit à la victoire de l'Union.

Voici donc un ouvrage appréciable sur la carrière militaire de Jackson. Des cartes illustrent le propos mais manquent parfois de lisibilité. Une bibliographie sommaire permet de creuser la question.

Il faut sauver le soldat Napoléon III ! Réhabilitation ou récupération ?


« Napoléon le Petit », comme l'appelait Victor Hugo, est le mal-aimé, pour certains1, de l'historiographie française2. Il est vrai que les républicains de la IIIème République, qui avaient subi les foudres du régime impérial, ne le portaient pas dans leur coeur, ce qui peut se comprendre : Victor Hugo a largement contribué à la « légende noire » de l'empereur. Nos voisins anglais ont une historiographie du sujet beaucoup plus dépassionnée que la nôtre. En France, un gaulliste, et non des moindres, Philippe Séguin, s'était essayé à une biographie du personnage en 1990, en forme de réhabilitation. Plus récemment, l'historien Pierre Milza, bien connu pour son étude du fascisme, avait lui aussi cherché à montrer que le régime, en tout cas, n'était pas à négliger dans l'histoire de France. Une mise au point sur le Second Empire a été faite pour les enseignants d'histoire-géographie du secondaire dans la Documentation Photographique, il y a à peine un an, par l'un des spécialistes du sujet en France, Jacques-Olivier Boudon : preuve si besoin est que le sujet intéresse3. Les tentatives récentes de réhabilitation de Napoléon III et du Second Empire ne traduiraient-elles pas plutôt des enjeux propres au monde politique français ?


Hacène BELMESSOUS, Opération banlieues. Comment l'Etat prépare la guerre urbaine dans les cités françaises, Cahiers Libres, Paris, La Découverte, 2010, 203 p.

Dans Opérations Banlieues, Hacène Belmessous, journaliste et chercheur indépendant, analyse la politique sécuritaire du gouvernement à l'égard des "banlieues", une construction politique. Comme j'ai lu l'ouvrage il y a quelques temps, je me suis permis de reprendre certaines conclusions d'une fiche de lecture citée ci-dessus en lien, avec lesquelles je suis assez d'accord.

Le spectre des sources est assez large : entretiens avec des responsables administratifs, policiers, militaires ; observations de centres d'entraînement de la police et de la gendarmerie ; rapports ; articles de presses ; sites et blogs Internet. Malheureusement ces sources ne sont pas récapitulées brièvement en fin d'ouvrage, et c'est fort dommage. L'hypothèse de l'auteur, plusieurs fois répétée au fil du texte, est que les reconfigurations urbaines des cités patronnées par la police renvoient peut-être à d'autres logiques que celles de l'aménagement urbain.

Le livre commence sur un scénario fictif d'émeute généralisée, violente, dans les cités, à l'image de ce qui s'était passé en 2005, mais cette fois avec morts de membres des forces de l'ordre. Il analyse ensuite le rôle de l'armée, de la police et de la gendarmerie. L'hypothèse de l'intervention de l'armée dans les banlieues se développe dans les années 90, au moment de la fin de la guerre froide, de la guerre conventionnelle et de la multiplication des affrontements urbains. L'enjeu de "sécurité intérieure" apparaît ensuite à côté de la défense nationale, ce qui n'est pas sans provoquer des critiques de l'état-major contre la désignation "d'ennemis de l'intérieur" vus aussi comme politiques. La gendarmerie, quant elle, est rattachée au ministère de l'Intérieur depuis le 3 août 2009 : elle est chargée du maintien de l'ordre dans l'espace public. Certains officiers refusent l'arrivée de nouvelles techniques pour le maintien de l'ordre et l'amalgame supposé, de fait, avec la police. La police, justement, joue un rôle central dans la politique sécuritaire avec la lutte contre le terrorisme (en particulier depuis les attentats du 11 septembre 2001), dans la coordination avec la gendarmerie mais aussi l'emploi de matériel militaire. Elle n'est donc plus seulement régulatrice de l'espace public. Deux acteurs en particulier sont de plus en plus sollicités depuis les émeutes de 2005 : la gendarmerie mobile et l'armée de terre. Des conseillers de Tsahal seraient même venus épauler les Français à ce moment-là (en plus des matériels proposés, dont certains, comme les canons à sons, ont suscité un tollé).

Hacène Belmessous évoque également la rénovation des quartiers défavorisés : selon lui, elle répond à un modèle d'organisation policier, dans une sorte de nouveau modèle haussmannien. Il pointe en ce sens la loi de d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine de 2003 et l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine. Pour lui, la vidéosurveillance, mise à l'honneur par l'Etat, n'a toujours pas fait ses preuves comme facteur de réduction de la délinquance. Certaines villes sont en pointe de cette nouvelle politique sécuritaire : Nice, avec Christian Estrosi (vidéosurveillance à outrance), ou Meaux, fief de Jean-François Coppé (destruction de logements sociaux). Le Plan Espoir Banlieue est décortiquée dans un chapitre qui montre comme le gouvernement finance les associations qui veulent bien accepter le programme, reléguant du coup certaines populations hors du marché du travail.

L'ouvrage, très polémique, souffre de plusieurs failles : absence de bibliographie récapitulative, on l'a dit ; manque de profondeur du propos (histoire des banlieues, ambiance de "complot" liée aux documents "secrets" dont sont tirés les informations) ; et un grand absent, les habitants des banlieues eux-mêmes, qui ne sont pas interrogés par Hacène Belmessous. Celui-ci n'établit pas de lien entre l'exclusion générée par la politique sécuritaire et les principes républicains auxquels celle-ci se réfère. Pour lui, le facteur déclenchant de l'intervention de l'armée dans les banlieues sera la mort de policiers. Son but est bien, de fait, de discuter la politique des banlieues dans son ensemble, et non sous l'angle uniquement sécuritaire.

Jean LOPEZ, Stalingrad. La bataille au bord du gouffre, Paris, Economica, 2008, 485 p.

Deuxième volet de la trilogie de Jean Lopez sur la guerre à l'est pendant la Seconde Guerre mondiale : Stalingrad. J'ai lu la trilogie dans le désordre, puisque j'avais commencé par Koursk, pour ensuite continué avec Berlin, avant, enfin, de dévorer celui-là.

La méthode est toujours la même : compiler les sources secondaires anglo-saxonnes et allemandes (malheureusement, il manque les sources russes qui sont difficiles d'accès en raison de la barrière de la langue) pour démonter certains mythes encore attachés à cette bataille pivot du conflit. L'absence des sources russes serait grave si Jean Lopez reprenait les lieux communs d'une historiographie du sujet longtemps dominée par un parti pris de guerre froide (RFA dans le camp occidental, URSS dans le camp adverse) : mais ici, ce n'est pas le cas. Les cartes sont bien réalisées, contrairement au premier volume de la série, Koursk, où elles pâtissaient d'un manque de lisibilité (la méthode a d'ailleurs été appliquée à la deuxième édition du Koursk de Jean Lopez).






Stalingrad n'est pas, à proprement parler pour Jean Lopez, le tournant de guerre, mais bien un moment important de la Grande Guerre Patriotique. La bataille est une accumulation d'erreurs tactiques côté allemand et une grande victoire de la maskirovka soviétique, l'art de la dissimulation, qui autorise l'encerclement de la 6ème armée de Paulus dans la ville. C'est aussi un échec de la Luftwaffe qui ne parvient pas à assurer un pont aérien en raison de la dispersion de ses forces sur plusieurs théâtres d'opérations (Afrique du Nord). Les Allemands n'ont pas su s'adapter à la guerre urbaine alors que l'Armée Rouge sort de la bataille de Stalingrad transformée. Au bord du gouffre (d'où le titre) au printemps 1942, l'URSS monte en puissance un an plus tard : Staline commence à faire confiance aux chefs de l'Armée Rouge, même si l'occasion de détruire une bonne partie de l'armée allemande lors de la contre-offensive, bien présente, n'a pas été saisie (on retombe dans les vieux travers du début de la guerre). Les Allemands ont rejeté leurs défaites sur leurs alliés, roumains en particulier, tout en sachant pertinemment que ceux-ci ne pouvaient faire face à une attaque soviétique sur leurs flancs. De toute manière, pour Jean Lopez, la 6ème armée n'aurait pas été en mesure de rompre l'encerclement, en raison de problèmes logistiques et sanitaires.







L'ouvrage n'est pas seulement que le descriptif de la bataille de Stalingrad : il présente en fait le déroulement de la campagne allemande à l'est depuis le printemps 1942 jusqu'à l'arrivée des troupes allemandes devant la ville (Kharkov, Crimée, etc). La situation dramatique de l'URSS sur le plan économique à ce moment-là, les opérations d'intoxication menées dans les deux camps (opération Kreml) sont décortiquées. L'objectif allemand est bien de s'emparer des puits de pétrole du Caucase pour faire tourner l'économie de guerre du IIIème Reich et affaiblir celle des Soviétiques. Hitler, qui s'immisce de plus en plus dans la conduite des opérations, table sur une nouvelle guerre-éclair de 6 mois qui permettrait de mettre à genoux l'URSS avant l'intervention des Américains (entré en guerre depuis l'attaque sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941) qui commence à l'obséder plus que tout. En faisant de Stalingrad un objectif plus politique que militaire, et ce cumulé aux nombreuses erreurs tactiques mentionnées, Hitler s'est embourbé dans la cité de la Volga. D'autant plus que les Soviétiques y jouaient, en fait, la survie de leur régime.





lundi 25 avril 2011

Flaminio GUALDONI, Impressionnisme, Skira Mini Arts Books, Paris,Skira, 2008, 95 p.

Intéressante initiative que celle des éditions Skira (spécialisées dans l'histoire de l'art), avec ce petit volume à un prix modique (5,90 euros) permettant de s'initier à l'un des grands courants de l'histoire de l'art : l'impressionnisme. A l'heure où l'histoire des arts est en passe de devenir une discipline à part entière au collège et au lycée (mais sans disposer des moyens appropriés, puisqu'elle n'est pas enseignée en tant que telle : ce sont les enseignants disciplinaires qui doivent se charger de son enseignement sur leurs horaires, ce qui n'est pas sans poser des difficultés), il est pratique de disposer de tels outils.

La première partie de ce mini-livre (30 pages) est une présentation rapide du courant artistique lui-même, dans ses grandes lignes, illustré d'oeuvres représentant le courant. La seconde partie (50 pages) comprend les oeuvres les plus symboliques de l'impressionnisme. Malheureusement, ces oeuvres sont juste présentées en soi et n'ont pas de commentaire critique, ce qui est un peu dommage. Les appendices, par contre, sont assez riches : fiches techniques des oeuvres présentées, chronologie du mouvement artistique, biographies résumées des principaux peintres, bibliographie indicative permettant de creuser le sujet (actualisée ici jusqu'en 2007).

En somme, une excellente introduction à l'impressionnisme qui ne remplace pas bien sûr les ouvrages plus spécialisés et plus massifs sur le sujet.

vendredi 22 avril 2011

"Devenez vous-mêmes" : la nouvelle campagne de recrutement de l'Armée de Terre






L'Armée de Terre française a pris en main depuis quelques années sa campagne de communication pour le recrutement. Le clip de promotion sorti il y a plusieurs semaines sur le web, qui a fait couler beaucoup d'encre, n'en est qu'un aspect : un site complet est dédié à l'opération, qui a d'ailleurs investi Youtube ou d'autres média Internet plébiscités.

En effet, l'Armée de Terre française, qui se flatte d'être le premier fournisseur d'emplois en France, connaissait il y a peu des difficultés de recrutement (un postulant pour un poste offert), bien que le taux soit remonté, apparemment, l'an passé (2 pour 1) : certaines unités, comme la Légion Etrangère, s'en sortent toutefois un peu mieux. Pour allécher les jeunes intéressés, le site du recrutement insiste sur les témoignages personnels de militaires et non sur un aspect "Rambo" quelque peu avancé dans la campagne précédente. Il faut dire que l'Armée de Terre absorbe chaque année 13 à 15 000 jeunes, souvent non-qualifiés, dont sont issus 75 % des sous-officiers.

Le problème pour l'Armée de Terre est celui de l'image : ici, pas d'avions de combat ou de bâtiments de guerre à mettre en avant, ni l'imaginaire qui va avec. Voilà pourquoi l'Armée de Terre met l'accent sur l'homme, les valeurs, et une description voulue "réaliste" du métier. Le paradoxe est que les contrats d'engagement, souvent sur 5 ans, devraient, selon l'armée, être étendus à 8, mais une part non négligeable des engagés quitte l'armée au bout de la première année : les militaires français eux-mêmes reconnaissent aussi que le niveau général des recrues a baissé, alors que l'armée recquiert de plus en plus de compétences particulières. Ici, l'Education Nationale est pointée du doigt par certains militaires : or la tendance n'est pas, de ce côté-là, à un gonflement des moyens pour réaliser ces objectifs...


Ce clip est plutôt long (4 minutes) et met surtout l'accent sur la multiplicité des missions exercées par l'armée française, les nouveaux matériels entrés en service ces dernières années, avec enfin un large focus, quand même, sur les opérations en Afghanistan. Le tout servi par une mise en scène rythmée : musique entraînante, tirs, mouvements rapides de véhicules ou d'hélicoptères... on le voit, l'Armée de Terre, en faisant appel à des références connues des jeunes ciblés (films, jeux vidéos) a compris l'enjeu de la communication.


Comme le fait remarquer le confrère d'ActuDéfense, la recette de la campagne de communication de l'Armée de Terre reste la même mais se peaufine au niveau de la réalisation depuis quelques années : on veut attirer le client en montrant beaucoup d'actions, beaucoup de matériels neufs et des armes en situation de combat. Mais la réalité de l'Armée de Terre, avec désormais de nombreuses fonctions non-combattantes qui font également tourner la machine, risque d'en rebuter plus d'un.


Il est intéressant de comparer le clip de cette année avec celui de 2009 : le discours reste le même (on retrouve des formules à l'identique) mais la réalisation technique du clip a beaucoup progressé.









Autre comparaison intéressante, ce qui se fait dans le même domaine à l'étranger, comme nous le montre Yannick Harrel, avec le clip russe :





Autres exemples avec un spot pour l'armée britannique (2009, un autre pour l'US Navy (2009), un autre pour l'US Air Force (2009)












La Documentation Photographique N°8080 : Mondes arctiques, miroirs de la mondialisation

La revue La Documentation Photographique fait peau neuve pour son dernier numéro consacré aux mondes arctiques. Le choix de ce thème renvoie évidemment au nouveau programme de 2nde au lycée en histoire-géographie, qui comporte une thématique baptisée "Les mondes arctiques, une "nouvelle frontière"sur la planète" au sein du thème n°4 de géographie, "Gérer les espaces terrestres".

Le numéro a été réalisé par le géographe Eric Canobbio, maître de conférences à Paris-VIII. L'Arctique occupe il est vrai beaucoup le devant de la scène depuis quelques années : 2005, le New York Times titre "A Gold Rush at the Top of the World" ; 2007, une expédition russe plante son drapeau à la verticale du pôle Nord, relançant le spectre d'une nouvelle guerre froide ; 2008, sur proposition française, le Parlement européen adopte le principe de "gouvernance polaire". Pour Eric Canobbio, ce n'est pas l'Arctique qui entre dans la mondialisation, mais bien la mondialisation qui modifie les enjeux polaires. C'est ce qui guide son propos dans la partie introductive, qui présente les enjeux, définit l'Arctique, ses paysages et ses temporalités, ainsi que les acteurs et les territoires, avant de revenir sur l'idée de gouvernance polaire.

Comme de coutume, les documents présentés (classés par thèmes : représentations, enjeux, dynamiques et frontières, vivre et faire vivre l'Arctique, politiques d'intégration) peuvent se révéler fort utiles pour l'enseignement du propos. Une bibliographie sommaire permettra de creuser la question. Le changement de maquette apporte un coup de "lifting" à la revue : ce numéro comporte aussi beaucoup de cartes, et des photos plutôt récentes, ce qui est essentiel en géographie (mais ce n'est pas toujours la norme dans la revue : ici, en enlevant les besoins du propos qui expliquent parfois la date, 8 photos remontent à la période 1989-2004, ce qui est quelque peu daté). A lire avec attention, donc, pour se mettre au point sur la question.

jeudi 21 avril 2011

Jean LOPEZ, Koursk. Les quarante jours qui ont ruiné la Wehrmacht (5 juillet-20 août 1943), Paris, Economica, 2011 (2ème édition), 303 p.

Je remercie tout d'abord l'auteur, Jean Lopez, de m'avoir fait parvenir la deuxième édition de son premier volume de sa trilogie sur la guerre à l'est chez Economica. Koursk, première édition, était déjà un modèle du genre : Jean Lopez s'y employait, à l'aide de sources anglo-saxonnes essentiellement (secondaires, mais ce parti pris était assumé et présenté dès le départ), à démonter un certain nombre de lieux communs sur cette importante bataille de la Grande Guerre Patriotique pendant la Seconde Guerre mondiale. Et le tout dans un style limpide et très agréable à lire.







La deuxième édition n'est pas simplement un décalquage de la précédente mais comporte de réels ajouts. Certains sont mineurs : les cartes qui n'étaient pas de bonne facture dans la première édition ont éte refaites sur le modèle de celles de Stalingrad et Berlin, bien plus lisibles. La bibliographie a été mise à jour avec quelques ouvrages supplémentaires. Surtout, et c'est une première chez Economica, un livret de photos a été inséré au milieu de l'ouvrage. Et elles ne sont pas là que pour faire joli : elles illustrent très bien le propos, sont recherchées (on en reconnaît bien sûr quelques-unes, mais pas toutes), et se partagent de manière équilibrée entre Allemands et Soviétiques, tout en montrant bien aussi le terrain sur lequel se déroule la bataille. Enfin, le texte lui-même s'enrichit d'une description de la bataille aérienne de Koursk qui était un peu présente dans la première édition, mais qui se trouve maintenant considérablement détaillée. Le récit des opérations terrestres connaît lui aussi quelques ajouts.










Le livre conserve le même plan d'ensemble : genèse de la bataille, forces en présence, déroulement des combats (offensive allemande puis les deux contre-offensives soviétiques) et débats et controverses sur l'impact de la bataille. On y retrouve certaines idées forces de Jean Lopez : l'attaque sur le saillant de Koursk était sans doute le choix le plus rationnel pour les Allemands à l'été 1943, même s'ils sous-estimaient les transformations opérées par l'Armée Rouge, leur adversaire. Les deux pinces de l'attaque allemande, Model au nord et Manstein au sud, héritent de déséquilibres préexistants à la bataille : au sud, Manstein est installé sur la victoire de Kharkov (février-mars 1943) alors que Model doit être renforcé en effectifs, chars, et artillerie, mais la différence ne sera jamais résorbée (Manstein a plus d'infanterie, de chars et d'avions). Ce qui explique les choix tactiques sur les deux pinces : au nord, l'infanterie devant appuyée par l'artillerie et les blindés lourds ; au sud, le binôme chars/avions en pointe faute d'avoir suffisamment d'infanterie pour percer et protéger les flancs. Par ailleurs, les deux chefs allemands ont des tempéraments différents (Model est un défenseur né tandis que Manstein est le spécialiste des sièges et de la Blitzkrieg). En face, l'Armée Rouge aligne un dispositif supérieur en nombre qui sera aussi judicieusement utilisé. Le traitement de l'offensive allemande se fait par front (nord, Model, puis sud, Manstein) ce qui facilite le suivi des opérations. Les opérations Koutousov et Roumantsiev font elles aussi l'objet de chapitres distincts et successifs. La dernière partie, Débats et controverses, est à lire absolument car Jean Lopez réalise en fait l'historiographie de la bataille jusqu'aux dernières avancées récentes.






Koursk a-t-elle été une bataille décisive ? La réponse a d'abord été oui, reprenant le discours des généraux allemands eux-mêmes (Guderian et d'autres) après la fin de la guerre, puis l'historiographie soviétique qui l'intégrait à la triade de la victoire avec Moscou et Stalingrad. Après l'ouverture des archives soviétiques, le courant historiographique dit révisionniste a contesté ce statut entre 1996 et 2002, arguant que les pertes allemandes n'étaient pas si élevées alors que les pertes soviétiques l'étaient bien plus. Mais ce courant, basé sur un point de vue statistique, a été facilement remis en question : l'arme blindée allemande, en particulier, sort particulièrement émoussée de la bataille de Koursk (plus de canons automoteurs et de chars spécialisés répartis en petits paquets, affaiblissement des grandes unités blindées). Finalement, en prenant le problème à l'envers, les objectifs allemands fixés pour l'offensive de Koursk ont-ils été atteints ? Non, car le front s'est agrandi au lieu de se rétrécir, aucune réserve en fantassins et en chars n'a pu être constituée pour le front ouest en devenir, l'offensive allemande n'a pas affaibli les Russes au point de les empêcher de contre-attaquer, le moral soviétique est au plus haut après la bataille, le mythe de l'invincibilité allemande dans les opérations blindées a été écorné, au mieux. La conclusion de Jean Lopez est donc sans appel : Koursk est bien l'une des victoires décisives de la Seconde Guerre mondiale, à condition d'englober sous ce terme, comme il le fait dans son livre, l'offensive allemande et les deux contre-offensives soviétiques (du 5 juillet au 20 août, donc) et de ne pas se baser que sur les chiffres de pertes. A Koursk, l'armée allemande a non seulement perdu l'initiative, mais aussi son poing offensif, ses blindés : l'Armée Rouge a conquis l'initiative et ne commettra pas d'erreur, ni ne laissera de temps mort aux Allemands, pour qu'ils puissent se ressaisir. Dès lors, la défaite à l'Est de l'Allemagne est en marche.

Carto n°4

Quatrième numéro pour la revue Carto, dirigée par le géographe Frank Tétart. L'ambition de la revue est de proposer un décryptage de l'actualité internationale par les cartes.

Pour l'instant, la formule n'évolue pas beaucoup et se présente clairement comme une vulgarisation grand public en géographie, et de ce côté-là, le but est atteint. La partie centrale de la revue, "L'actualité par les cartes", est toujours aussi intéressante. Le magazine comprend aussi un encart détachable, consacré ici aux bases de lancement de satellites à travers le monde. La page "L'oeil du cartographe" dédiée ici au thème "Cartographie les flux" participe de la même logique, tout comme les pages consacrées à l'environnement et les pages "Insolito Carto" qui évoquent la promotion de Monaco par des cartes sur des affiches.

Cependant, dès que le magazine tente d'être plus qu'un magazine de vulgarisation, le résultat est plus décevant. Il en est ainsi du dossier sur les zones franches -un thème qui ne m'intéresse pas forcément, par ailleurs-, qui est illustré par des cartes tirées d'un atlas sur le même sujet : il suffit donc d'avoir l'ouvrage en question pour se passer de l'article. Il en est de même dans le dossier sur la Révolution française, où toutes les cartes sont extraites d'un autre atlas des éditions Autrement, qui appuient largement la revue Carto. Les cartes illustrant la bataille de Wagram sont les mêmes, avec les couleurs en plus, que celles de l'ouvrage de l'auteur de l'article, Arnaud Blin, paru sur le sujet dans la collection L'Histoire en batailles de Tallandier (qui s'annonce prometteuse par ailleurs). Globalement la partie histoire reste décevante.

En somme, Carto se présente désormais clairement comme une revue de vulgarisation en géographie, marché sur lequel, il faut bien le dire, la concurrence reste faible, malgré la sortie de revue refondue La Géographie il y a quelques temps. A consulter néanmoins car on y trouve de bonnes choses, en particulier pour l'enseignement.

Napoléon III, hors-série n°1 : L'armée de Napoléon III

Le premier hors-série de la revue Napoléon III, consacrée au Second Empire, se présente comme un album illustré sur l'armée de l'empereur. Le parti pris évoqué dans l'introduction sur la non-reconnaissance du Second Empire comme période historique à traiter comme les autres semble un peu daté : des travaux récents ont largement réhabilité cette période, même s'il est vrai que le nouveau programme de 2nde en histoire évacue le Second Empire (mais c'était déjà vrai de l'ancien programme). En revanche, il sera abordé dans le nouveau programme de 4ème (pas en tant que tel, mais dans un thème plus vaste sur les régimes politiques en France, 1815-1914) qui sera en vigueur à la rentrée prochaine. Le renouveau historiographique sur le Second Empire date, en fait, de presque vingt ans.

Le problème est le même quand l'auteur, Louis Delpérier, parle de la "culture de la repentance" et d'une "vision moralisatrice des relations internationales" qui interdiraient d'évoquer les conquêtes coloniales françaises du moment. Or, de nombreux travaux y sont consacrés depuis quelques années, dans un discours qui n'est peut-être pas celui des "indulgents" à l'égard de la colonisation, voire des thuriféraires du processus...

Pour le reste, ce hors-série est conforme à ce qui est annoncé en introduction : c'est un panorama iconographique de l'armée du Second Empire (avec tableaux et photos notamment) qui ne saurait remplacer des ouvrages spécialisés, puisqu'il ne comporte aucun appareil critique en fin de volume. Il n'est donc utile qu'à ceux qui veulent illustrer d'autres ouvrages sur cette force militaire bâtie par Napoléon III, et il ne faut pas lui en demander plus...

mercredi 20 avril 2011

Sondage : offensive du Têt (1968)



Un nouveau sondage est en ligne dans la colonne de droite, sur l'offensive du Têt. N'hésitez pas à prendre une minute pour y répondre...

Café Stratégique n°7 : La résilience dans l'anti-terrorisme, avec Joseph Henrotin

C'est le septième Café Stratégique organisé par l'Alliance et il a lieu le jeudi 28 avril prochain, de 19h à 21h, l'entrée est libre, au café Le Concorde, 239, bouleverard Saint-Germain (Paris VIème).

Joseph Henrotin est le rédacteur en chef du magazine DSI, entre autres, il tient le blog Athéna et Moi.

Le sujet de ce café est La résilience dans l'anti-terrorisme. En physique, la résilience désigne la résistance d'un matériau à un choc. Repris par les psychiatres et les neuropsychologues, la résilience désigne la capacité des individus à faire face à des traumatismes ou des aléas (comme les attentats) et à les surmonter. C'est un concept de plus en plus étudié par les spécialistes des questions de défense ou de sécurité internationale.

mardi 19 avril 2011

Mythe ou histoire ? Le cinéma américain et la guerre de Sécession


En 1995, l'historien James McPherson1 citait un article du New York Times écrit par Richard Bernstein sous le titre « Les films peuvent-ils enseigner l'histoire ? » . Berstein expliquait que « beaucoup de gens apprennent aujourd'hui l'histoire, ou ce qu'ils pensent être l'histoire, plus à partir des films que des livres d'histoire de référence » . Il se pose donc la question suivante : les réalisateurs, comme les romanciers, doivent-ils utiliser de manière sélective et partiale le matériau historique disponible, dans le but de produire un bon drame et de divertir, et ce même en forgeant ce qu'on appelle parfois une vérité poétique, une vérité « plus vraie » que la vérité littérale ? En d'autres termes, est-ce si important si les détails sont faux alors le propos implicite des événements décrits est correct ?


lundi 18 avril 2011

Gods and Generals (2003) de Ronald F. Maxwell

Gods and Generals (2003) est un film inspiré du roman de Jeffrey Shaara du même nom. Il est considéré comme le complément du film Gettysburg  (1993), lui aussi inspiré par un roman, celui du père de Shaara, The Killer Angels. Les deux films ont d'ailleurs été réalisés par Ronald F. Maxwell. On retrouve la plupart des acteurs ayant joué dans Gettysburg au sein du casting de Gods and Generals : Stephen Lang, qui jouait le général Pickett, prend le rôle du général Jackson, tandis que le général Lee est interprété par Robert Duvall à la place de Martin Sheen pour Gettysburg.

Alors que Gettysburg décrivait les trois journées de la bataille éponyme de la guerre de Sécession (1er-3 juillet 1863), Gods and Generals revient sur les débuts du conflit. En particulier, le film s'intéresse au parcours du légendaire général confédéré Thomas "Stonewall" Jackson, de 1861 à sa mort tragique survenue pendant la bataille de Chancelorsville (mai 1863), quelques mois avant Gettysburg. La version originale du film dure quasiment 6h (!), mais elle a été réduite pour la distribution à 3h39 mn environ.






Alors que Gettysburg était plus équilibré dans la présentation des camps nordiste et confédéré, Gods and Generals adopte clairement un point de vue sudiste : si l'on excepte le retour du colonel Chamberlain et du 20th Maine, notamment dans le passage sur la bataille de Fredericksburg, le propos tourne exclusivement autour des personnages de la Confédération (Jackson surtout, Lee, Stuart). Cela en diminue un peu l'intérêt. Le point de vue adopté, sans doute inspiré par le roman, rejoint l'historiographie sudiste traditionnelle de la "cause perdue" (Lost Cause), un mouvement intellectuel et littéraire né dès la fin de la guerre et la défaite du Sud. Ce courant cherche à démontrer la noblesse de la cause sudiste et tend à présenter les chefs confédérés comme des prototypes de "chevaliers des temps modernes", vaincus seulement par le nombre des Nordistes. Ce n'est pas pour rien que Jackson (considéré rapidement comme un saint par les Sudistes vaincus) et Lee sont au centre du film : les tenants de la "cause perdue" les présentent souvent comme des modèles des vertus présentes chez la noblesse sudiste. De la même façon, la défense des droits des Etats passe avant la préservation de l'esclavage dans le discours sudiste du film ; la sécession est une réaction justifiée au vu de l'agression économique et culturelle du Nord contre les Etats du Sud ; l'esclavage est une institution bénigne, et les esclaves sont loyaux et fidèles à leurs maîtres bienveillants. Tous ces aspects, présents dans Gods and Generals, sont des arguments utilisés par la "cause perdue" depuis le XIXème siècle. On les retrouvait déjà dans Gettysburg, mais de façon moins prononcée.





Par ailleurs la trame narrative n'est pas très efficace et comporte beaucoup de longueur. Globalement, le film est bien moins réussi que ne l'était Gettysburg.

Dans la version réduite, les batailles de Bull Run (première du nom), Fredericksburg et Chancelorsville ont droit à des scènes plus ou moins développées : c'est surtout la deuxième qui est la plus importante et qui constitue un peu le coeur du film. On en est pas surpris car la bataille de Fredericksburg est l'une des grandes victoires remportées sur théâtre est des opérations par l'armée de Virginie du Nord du général Lee, ce qui va à merveille avec l'historiographie de la "cause perdue".






Chez les Témoins de Jéhovah pour le Mémorial : RETEX

J'avais consacré il y a quelques temps un article succinct à l'origine des Témoins de Jéhovah. L'excellent ouvrage de Bernard Blandre, quoiqu'un peu ancien (1991), m'avait permis de mieux cerner le profil de ces descendants de l'adventisme et du protestantisme, modèles pour cet historien de la "secte" au sens scientifique du terme.

Hier, j'ai assisté à la commémoration par les Témoins de Jéhovah de la mort de Jésus, que ceux-ci appellent le Mémorial. Petit retour à chaud sur cette expérience (voilà pourquoi j'ai disposé le terme RETEX : Retour d'Expérience dans le langage de l'armée française).