lundi 28 février 2011

John J. CULBERTSON, 13 Cent Killers. The 5th Marine Snipers in Vietnam, Presidio Press, 2003, 272 p.

Voici un autre ouvrage sur la guerre du Viêtnam, lu dans la foulée du précédent. On est toujours avec la 1st Marine Division, mais plus particulièrement ici avec les snipers du 5th Marine Regiment, l'une des unités de la  division. L'auteur, John J. Culbertson, lui-même ancien sniper du 5th Marines, dresse un portrait assez décapant de ces tueurs à 13 cents (le prix moyen d'une balle pendant la guerre du Viêtnam).

C'est une source primaire, et comme toujours avec ce genre de témoignages, il y a les bons et les mauvais côtés. Les bons, ce sont les descriptions de la création d'une véritable "école de snipers" au sein de l'USMC dans la zone du Ier corps tactique. L'incorporation d'équipes de snipers travaillant en binômes ne s'est, en effet, pas faite sans mal, les Marines ne voyant pas très bien au départ l'utilité des tireurs d'élite. Or ceux-ci se révèleront inestimables pour contrer les embuscades, éliminer les redoutables snipers vietcongs ou protéger les installations américaines, en particulier la nuit, contre les attaques des sapeurs, autre corps d'élite de l'ennemi. Le témoignage de Culbertson apporte un regard "de l'intérieur" sur l'histoire de ces snipers au sein de l'USMC plongé dans la guerre du Viêtnam.

Malheureusement, le récit de Culbertson est marqué par une espèce de "diatribe perpétuelle" du soldat moyen pendant la guerre du Viêtnam : pour résumer, les hommes politiques américains, et le président Johnson au premier chef, sont accusés de tous les malheurs qui peuvent arriver aux soldats sur le terrain, sans compter qu'en plus, ils se font de l'argent sur le dos des Marines, qui eux se font tuer au combat. Culbertson semble avoir développé une rancune particulière contre la compagnie d'hélicoptères Bell, que possédait en partie le président Johnson (!). Autre lourdeur du récit : une espèce d'autosatisfaction rampante qui remplit bien des lignes : les Marines sont les meilleurs, les snipers des Marines sont les meilleurs des meilleurs, et les snipers du 5th Marines sont les meilleurs des meilleurs des meilleurs... je caricature, mais ce n'est pas très éloigné de la vérité. Ce qui est dommage, ce que ce genre de discours prend la place de pages qui auraient pu être davantage consacrées à l'armement ou aux tactiques utilisées par l'unité.

Une fois que l'on a à l'esprit ces quelques mises en garde, l'ouvrage se présente comme une source, à lire en tant que telle. Elle ne remplace pas le travail de l'historien, mais elle en fournit le matériau, en l'occurrence autant sur les snipers de l'USMC que sur leurs représentations de soldats engagés au Viêtnam.

Simon DUNSTAN, 1st Marine Division in Vietnam, Spearhead, Zenith Press, 2008, 128 p.

La 1st Marine Division, dont le camp de base est Pendleton en Californie, est la plus ancienne et la plus grande unité de ce type de l'USMC, le corps des Marines des Etats-Unis. Aujourd'hui encore, elle comprend 19 000 hommes et elle est engagée sur plusieurs théâtres d'opérations. On la surnomme d'ailleurs "The Old Breed". Elle comprend les 1st, 5th et 7th Marines (infanterie) et le 11th Marines (artillerie). Le 1st Marines a été formé à Cuba en 1911. Le 5th Marines fut créé à Veracruz, au Mexique, en 1914. Il participe à des engagements en France pendant la Première Guerre mondiale, notamment la bataille du Bois de Belleau, en juin 1918, où les Allemands surnomment les Marines "chiens du diable" en raison de leur férocité dans les attaques. Le 7th Marines est constitué à Philadelphie en 1917 et le 11th Marines en 1918, à Quantico. La 1st Marine Division n'est créée quant à elle que le 1er février 1941 à bord du cuirassé USS Texas. Après l'attaque sur Pearl Harbor et l'entrée en guerre des Etats-Unis, la division va s'illustrer dans quelques-unes des plus sanglantes batailles du Pacifique : Guadalcanal, Peleliu et Okinawa notamment. Après 1945, la division subit les restrictions budgétaires communes à l'ensemble de l'armée américaine suite à la fin du conflit. Cependant, les troupes restantes sont engagées dans la guerre de Corée : le 15 septembre 1950, la 1st Marine Division participe au débarquement d'Inchon planifié par MacArthur, qui va temporairement renverser le cours du conflit. La division libère Séoul et fonce vers le nord et la rivière Yalu qui marque la frontière avec la Chine, sous le commandement du bouillant général Oliver P. Smith. Les Chinois lancent une attaque massive sur les forces de l'ONU le 27 novembre 1950 : la 1st Marine Division, acculée dans le réservoir de Chosin, réussit à s'en extraire, non sans pertes, mais en en infligeant autant sinon plus à son adversaire. La division reste en ligne jusqu'à la fin du conflit, en 1953. 



Raphaël PORTEILLA, L'Afrique du Sud. Le long chemin vers la démocratie, Illico, Paris, Infolio, 2010, 181 p.

La collection Illico, comme son nom l'indique, se présente comme une introduction à des sujets bien précis pour des non-spécialistes. J'avais déjà eu l'occasion de lire, dans la même collection, les volumes consacrés à Aimé Césaire et à la SS, qui étaient d'assez bonne facture. C'est aussi le cas de ce volume dédié à l'histoire politique contemporaine de l'Afrique du Sud, pays organisateur de la Coupe du Monde de football en 2010, ce qui n'est sans doute pas un hasard en termes de publication : il est fort probable en effet que beaucoup se personnes se sont intéressées à l'histoire du pays. Le livre est de la plume de Raphaël Porteilla, maître de conférences en sciences politiques à l'Université de Bourgogne.

L'Afrique du Sud, d'une superficie équivalente à deux fois et demi la France, compte environ 49 millions d'habitants, qui parlent 11 langues au sein de ce que l'on a souvent appelé depuis 1994 la "nation arc-en-ciel". Pays aux climats variés, ce qui suscite un tourisme important, l'Afrique du Sud s'est construite aussi en raison de son relief et de ses caractéristiques physiques. Le pays qui est aujourd'hui l'Afrique du Sud a été occupé par l'homme dès 10 000  années avant notre ère : l'histoire ne commence pas avec la colonisation européenne de 1652, contrairement à ce qu'a longtemps prétendu le régime d'apartheid. Les Khoisan (c'est le nom qu'on donne aux premiers autochtones) se divisent en deux groupes : les Hottentots, pasteurs semi-nomades, et les Bushmen nomades et chasseurs-cueilleurs. Le dernier groupe entretient des relations avec le groupe bantou, qui émigre d'Afrique Centrale vers l'Afrique du Sud aux IVème-Vème siècle ap. J.-C. . Les Bantous seront classifiés d'après leur langue et leur localisation géographique par les missionnaires européens au XIXème siècle, ce qui contribuera à faciliter le régime d'apartheid. Les Européens n'arrivent qu'en 1652, avec les Afrikaners (colons hollandais), suivis de Français huguenots et d'Allemands, puis par les Anglais entre 1795 et 1806, date à laquelle Le Cap devient colonie de la Couronne. Naît aussi en Afrique du Sud le groupe des métis, issu des relations entre les Blancs et les Khoisans, puis les Indiens, travailleurs d'Asie "importés" au XIXème siècle. Le caractère multiethnique de la société sud-africaine a longtemps été nié par les Européens, à des fins de domination politique. En 2009 pourtant, les Noirs constituent 80 % de la population, les Blancs 9 %, les métis 8 % et les Indiens forment les 2,5 % restants. Cette population se concentre plutôt dans les provinces de l'est, et 30 % des habitants vivent dans quatre mégapoles : Johannesburg, Durban, Cape Town et Port Elizabeth, qui concentrent l'activité économique. L'Afrique du Sud doit encore, en 2010, relever un certain nombre de défis. Le défi social est le plus criant : la hausse du niveau de vie n'a pas suivi la fin de l'apartheid, en raison d'un lourd héritage du passé, mais également en raison du rattachement à la mondialisation libérale. Le défi politique est moins pressant : les élections présidentielles d'avril 2009 qui ont désigné Jacob Zuma montrent que la démocratie s'installe, progressivement, dans les mentalités sud-africaines. Le défi sportif de la Coupe du Monde de football 2010 était alors d'une grande importance pour le pays. Dans son livre, l'auteur se propose d'étudier les dynamiques politiques de l'Afrique du Sud : processus électifs, organisation des pouvoirs publics, relations entre les acteurs politiques et socio-économiques, répartition du pouvoir social. Cela implique la mise en perspective historique des conditions de la naissance de la démocratie en Afrique du Sud pour en étudier les manifestations contemporaines. Ce processus s'incarne dans trois personnages : Nelson mandela, Thabo Mbeki et enfin Jacob Zuma.

Dans son livre, Raphaël Porteilla souligne combien l'histoire pèse sur les structures socio-économiques et les acteurs politiques, par ailleurs limités dans leur action en raison de l'intégration de l'Afrique du Sud à la mondialisation de l'économie. Jacob Zuma ne doit pas se contenter de gérer la misère : il doit initier un véritablement changement social, de peur que le pays ne retombe dans le chaos. 2010, année de la Coupe du Monde de football, marquait aussi le 20ème anniversaire de la libération de Nelson Mandela. Le défi politique a été relevé ; le défi sportif de l'an passé l'a été également. Reste le gros morceau : le défi social de la nation "arc-en-ciel", qui, s'il reste sur des positions figées, devra faire face à une lutte pour la domination et l'exploitation. La transformation sociale doit accompagner la transformation politique, et le pouvoir social doit être mieux réparti. C'est tout l'enjeu d'un pays né "des cicatrices du passé"...

En bref, un excellent travail de synthèse sur l'histoire politique sud-africaine, mais ce n'est pas une histoire synthétique de l'Afrique du Sud. On trouvera néanmoins en annexes une bibliographie succincte, une chronologie indicative, quelques cartes et des informations générales sur le pays.

dimanche 27 février 2011

La guerre de l'Ogaden (1977-1978) : un conflit régional éclipsé par la guerre froide (1/3)



Cet article fait suite à celui paru dans le n°32 de Champs de Bataille début 2010 et à celui mis en ligne sur ce blog au mois de juillet 2010, consacré au volet aérien de la guerre de l'Ogaden. Je l'ai décomposé en trois parties pour en faciliter la lecture.





La guerre de l'Ogaden est d'abord un conflit frontalier opposant la Somalie du général Siad Barre à l'Ethiopie du colonel Mengistu, entrée en révolution en 1974. Elle trouve son origine dans des problèmes anciens concernant les délimitations de frontières au moment de la décolonisation. Elle est aussi provoquée par une opportunité qu'a saisie Siad Barre : celle du chaos et de la désorganisation supposée de l'Ethiopie, secouée par une révolution, et qui doit permettre aux Somaliens de reprendre la province de l'Ogaden. Elle marque surtout un renversement spectaculaire de la position de l'URSS, qui a soutenu jusque là le régime somalien, et qui va désormais appuyer l'Ethiopie agressée par son voisin. L'Armée Rouge profite d'un conflit qu'elle a en grande partie initié, par des livraisons d'armes aux deux camps, pour tester de nouveaux matériels et de nouvelles tactiques militaires sur le champ de bataille. Si la guerre de l'Ogaden s'inscrit parfaitement dans la dimension globale de la guerre froide, il n'en demeure pas moins que ses conséquences seront surtout importante pour les deux Etats africains concernés.


Peter C. SMITH, Massacre at Tobruk. The British Assault on Rommel, 1942, Stackpole, 2008, 235 p.

Cet ouvrage est préfacé par le lieutenant-colonel Unwin, un vétéran de l'opération Agreement, décrite ici. Capturé lors du naufrage du destroyer Sikh, il restera prisonnier des Allemands. L'opération Agreement est une attaque à la fois terrestre et amphibie montée par les Britanniques en septembre 1942 contre le port de Tobrouk, occupé par les Allemands et les Italiens de Rommel, et qui joue alors un rôle-clé dans le ravitaillement en carburant de l'Afrikakorps.


L'opération est très complexe car d'autres raids de diversion sont menés à terre contre Benghazi, l'oasis de Jalo et Barce : elle implique des unités spécialisées comme le Special Air Service (SAS), le Long Range Desert Group (LRDG), et peut-être la plus méconnue de toutes, le Special Interrogation Group (SIG), un groupe formé d'Allemands ou de Juifs antinazis recrutés essentiellement en Palestine par les Britanniques, et chargé d'une mission d'infiltration en se faisant passer pour des soldats allemands. Bien sûr, la Royal Navy et sa composante embarquée, les Royal Marines, sont partie prenantes dans l'opération. Le but de l'attaque était de détruire des aérodromes, des installations portuaires, des réservoirs de carburant et des navires à Tobrouk même ainsi que sur les autres objectifs visés. 









Si l'attaque menée sur Barce par le LRDG fut un succès, les SAS véhiculés avec le LRDG sur Benghazi furent découverts trop tôt et durent abandonner l'assaut prévu. L'attaque contre Tobrouk fut un échec total : avertis d'une attaque imminente par mer, faute d'un secret suffisamment bien gardé, les Allemands avaient renforcé la garnison. Par ailleurs, le débarquement des commandos britanniques se fit dans les pires conditions, aux mauvais endroits de la côte et sous le feu ennemi. La Royal Navy perd un croiseur, deux destroyers et plusieurs vedettes lance-torpilles rapides sous les coups de l'artillerie côtière ou de la Luftwaffe ; plus de 750 hommes sont mis hors de combat, dont un grand nombre restent prisonniers. Cette opération désastreuse a inspiré un film épique en 1967 :
Tobrouk, commando pour l'Enfer , avec notamment George Peppard et Rock Hudson. Le film français Un Taxi pour Tobrouk (1961) s'inscrit lui aussi peu de temps après ces événements.






L'ouvrage de Peter C. Smith est assez complet et comprend notamment de nombreuses photos incorporées au cours du récit, ce qui est une bonne initiative ; en revanche les légendes se distinguent mal du texte. Il manque par contre des cartes en nombre suffisant, et en parallèle du texte, pour suivre le déroulement des opérations : cela est dommage, car on est sans cesse en train de chercher les lieux sur les quelques cartes présentes. Stackpole a réédité l'ouvrage paru initialement en 1987 : la bibliographie de cette nouvelle édition aurait demandé à être mise à jour, car de nouveaux titres anglo-saxons sont depuis parus sur la question.

Bernard BLANDRE, Les Témoins de Jéhovah, collection Fils d'Abraham, 198 p.

C'est après avoir écrit il y a quelques temps sur ce blog un article sur l'histoire du mouvement des Témoins de Jéhovah, qui avait d'ailleurs suscité très rapidement beaucoup de réactions de la part de membres de cette organisation, que j'avais eu l'envie d'acquérir un ouvrage de synthèse sur le sujet. Difficile cependant de trouver un livre impartial sur la question, tant les Témoins de Jéhovah font polémique, dans un sens comme dans l'autre. L'ouvrage de Bernard Blandre sort du lot. Agrégé d'histoire, spécialiste des Témoins de Jéhovah, il examine sans complaisance et sans parti pris hostile cette organisation qui a beaucoup fait parler d'elle en France, notamment à la fin des années 90.

Comme il l'explique dans son introduction, depuis leur "père fondateur", Rutherford, les Témoins de Jéhovah visent à être considérés comme la seule religion agréée par Dieu. Pour eux, toutes les autres Eglises sont des manifestations du Diable, des "Babylones" en puissance. Et pourtant ! Les Témoins de Jéhovah sont eux-mêmes issus d'une grande famille religieuse : ils constituent un rameau du mouvement des Etudiants de la Bible, lui-même issu de de l'adventisme, courant inspiré par  la prédication de William Miller, un baptiste qui ne fait que s'inscrire dans la longue tradition millénariste du christianisme. On peut d'ailleurs facilement relier les Témoins au protestantisme étant donné qu'ils ne jurent que par la Bible, même s'ils nient que le Christ soit Dieu : ils sont monothéistes au point de nier quasiment la Trinité. Bernard Blandre, à l'époque, veut rédiger ce volume de la collection Les Fils d'Abraham en raison de la présence assez visible des Témoins de Jéhovah dans la vie quotidienne, ne serait-ce que par le porte-à-porte. Ils sont pourtant assez hostiles, en général, aux questions ou à l'arrivée des chercheurs. D'après l'auteur, les Témoins de Jéhovah ont en effet évolué du mysticisme original des Etudiants de la Bible vers un encadrement très étroit de l'individu dans une véritable machine de propagande, tournée vers l'arrivée imminente du Royaume de Dieu sur Terre. Pour Blandre, les Témoins de Jéhovah sont un des meilleurs exemples de sectes, au sens scientifique du mot (définition basée sur les travaux de sociologie de Max Weber, puis Ernst Troeltsh : groupe contractuel, qui met l'accent sur l'intensité de vie de ses membres, qui refuse tout lien avec la société, rejette les autres Eglises et la société, dans une posture protestataire qui lui vaut parfois en retour des persécutions).

Le livre se divise en trois parties d'une cinquantaine de pages chacune environ. Dans la première partie, Bernard Blandre retrace l'histoire de l'organisation, la genèse du mouvement, sa formation et sa consolidation jusqu'en 1991. La deuxième partie est une anthologie des principaux textes de référence des Témoins de Jéhovah, depuis William Miller jusqu'aux documents contemporains de l'organisation. La troisième partie propose une analyse des Témoins de Jéhovah par grands thèmes : art sacré, vie spirituelle, profil sociologique, organisation. L'ensemble est complétée par une importante bibliographie et par des annexes très fournis (schémas montrant les origines des Témoins de Jéhovah par rapport à l'adventisme, aux Etudiants de la Bible ; cartes sur la distribution des Témoins dans le monde ; statistiques sur le nombre de Témoins de Jéhovah et son évolution à travers les pays ; livret iconographique en fin d'ouvrage avec les principales figures du mouvement, et des illustrations tirées des brochures des Témoins de Jéhovah décortiquées pour expliquer leur signification).

Le seul défaut de cet ouvrage, c'est qu'il date malheureusement de 1991, et que 20 ans après, il doit être quelque peu dépassé au niveau des statistiques et des tendances très immédiates du mouvement des Témoins de Jéhovah. Néanmoins, les deux premières parties de l'ouvrage (historique et anthologie) tout comme les annexes restent en grande partie d'actualité. Un excellent ouvrage d'entame, donc, pour en savoir plus long sur ces étranges personnages.

Une fiche de lecture un peu plus fouillée ici.

Un article cité par Rue89

L'audience du blog s'élargit quelque peu : après Le Monde qui citait mon article sur les Maï Maï au Kivu en septembre 2010, voici que le site d'informations Rue89 (très bon par ailleurs) fait mention de mon article sur Al Qaïda au Maghreb Islamique, paru ici-même et sur l'Alliance Géostratégique en janvier, dans un billet sur la Lybie mis en ligne cette semaine.

Cela confirme le bilan que je dressais à la fin de l'année 2010 sur les statistiques : les articles portant sur des sujets d'actualité amènent bien plus de visibilité. La période fin janvier-février a été marquée par un creux d'activité indépendant de ma volonté. Aujourd'hui sera mis en ligne la première partie d'un gros article sur un de mes sujets de prédilection, d'autres articles suivront sans doute sous peu. Une nouvelle page est apparue sur la page d'accueil, qui fait la liste des fiches de lecture que j'ai pu réalisées pour le site des Clionautes.

mardi 22 février 2011

Abdoul Goudoussi DIALLO, Géographie de la Guinée, Paris, L'Harmattan, 2010, 138 p.

Le nom Guinée renvoie, en Afrique, à plusieurs pays distincts. Cet ouvrage aborde la géographie de la république de Guinée (capitale : Conakry), l'ancienne Guinée française, Etat côtier et pays carrefour, d'après l'auteur, de l'Afrique de l'Ouest. La Guinée, aux formes de relief variées, véritable château d'eau régional, est un pays de 245 000 km² comprenant plus de 10 millions d'habitants. La population comprend une forte proportion de jeunes et si le taux d'accroissement naturel est élevé, le taux migratoire, quant à lui, est négatif. La population est inégalement répartie sur le territoire, à travers les quatre régions naturelles du pays, et se concentre dans la capitale, Conakry, en raison d'un exode rural massif comme dans beaucoup d'autres pays du continent. La Guinée est une véritable mosaïque ethnique. L'objectif du livre, de la taille d'un Que-Sais-Je (138 pages, soit guère plus que les 125 pages de cette dernière collection), est bien de présenter la Guinée sous un angle généraliste. Abdoul Goudoussi Diallo a étudié à l'Institut de Géographie de la Sorbonne tout en enseignant dans le secondaire en Guinée et à l'université de Conakry, où il a été chef du département de géographie. Il est actuellement à la retraite.




L'ouvrage adopte un plan classique, en chapitres thématiques : dans l'ordre, géographie physique, géographie humaine, géographie économique et géographie régionale. Dans la première partie sont mises en évidence les principales caractéristiques physiques du territoire : massif du Fouta Djallon (1538 m d'altitude), Guinée forestière, « château d'eau » de l'Afrique occidentale, présence de la savane, de la mangrove et de la forêt... la deuxième partie revient sur la mosaïque ethnique, qui explique la multitude des langues et la toponymie du pays. L'auteur catégorise l'habitat rural de la Guinée en plusieurs types : habitat groupé, habitat dispersé, village-rue, village à plan radioconcentrique... le réseau urbain se limite essentiellement à la capitale hypertrophiée, Conakry. Dans la troisième partie, Diallo s'attarde sur les pratiques de culture et d'élevage, sur la pêche, l'extraction du sel, mais aussi de la bauxite (premières réserves mondiales en Guinée) et du fer. Il détaille aussi les principaux moyens de communication de la Guinée (mauvais état des routes, problèmes des chemins de fer). Il revient également sur l'industrie (usine d'alumine de Fria), les échanges et le tourisme (de nombreuses possibilités, pas encore bien exploitées du fait des carences de l'économie). Dans la dernière partie, enfin, le géographe divise le pays en quatre régions naturelles : la Basse-Guinée ou Guinée maritime (avec Conakry), le massif du Fouta Djallon, le haut bassin du Niger ou Haute-Guinée, et la Guinée forestière.


En conclusion, Diallo rappelle que la Guinée a été, des XVIème au XIXème siècle, le berceau de plusieurs grands empires et le terrain de nombreuses vagues de migrations successives. Colonisée par la France, la Guinée sera la première à rejeter la domination de la métropole en 1958. Il met le retard de développement économique du pays sur le compte du régime de Sekou Touré. Avec la mort de ce dernier et l'avènement de Lansana Conté en 1984, la Guinée adopte un ajustement structurel d'ordre libéral tel qu'il peut être alors prôné par le FMI et la Banque Mondiale, qui n'est pas sans entraîner de nouveaux problèmes socio-économiques. La dictature militaire de Conté ne cessera de se durcir jusqu'à sa mort en 2008 : c'est encore une fois l'armée qui s'empare du pouvoir. La phase de transition, marquée par des violences, s'est conclue par des élections qui se sont déroulées en 2010. Pour l'auteur, la Guinée est en 2010 à la croisée des chemins : premier Etat souverain de l'Afrique de l'Ouest francophone, elle est pourtant l'un des pays les plus pauvres de la région en raison d'une gouvernance défaillante. Les chantiers intérieurs ne manquent pas, et en particulier la construction de grandes centrales hydroélectriques pour mettre en oeuvre les fonderies d'alumine et d'aluminium. Ce sont ces mesures qui permettraient de relancer le développement du pays et de faire jouer à la Guinée un plus grand rôle au sein de la Communauté Economique Des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).


On trouvera en annexe une bibliographie indicative et des tableaux sur l'organisation administrative du pays. L'ouvrage est illustré de nombreuses photos incorporées au texte ; en revanche, les cartes, nombreuses, ne sont pas toujours de bonne qualité et parfois peu commodes à la lecture. La mise en page gagnerait aussi à être revue. Ce livre est néanmoins une excellente introduction à la géographie de la Guinée, qui s'adresse plus peut-être aux habitants du pays (ce que précise d'ailleurs l'auteur dans sa préface).

Jean-Paul CHAGNOLLAUD et SID-AHMED SOUIAH, Atlas des Palestiniens. Un peuplen en quête d'Etat, Paris, Autrement, 2011, 80 p.



Les Palestiniens font aujourd'hui figure de peuple perdu dans une quête anachronique, tant elle renvoie à des préoccupations du XIXème siècle ou du XXème siècle : la quête d'un Etat. Les revendications palestiniennes s'affirment, en effet, dès l'entre-deux-guerres, mais les Palestiniens sont les seuls, avec les Kurdes, à ne pas voir leur aspiration concrétisée dans la vague de décolonisation et de formation de nouveaux Etats sur la carte du monde dans les lendemains de la Seconde Guerre mondiale. L'insurrection manquée de 1936 est la première manifestation de ce nationalisme palestinien, qui retombe ensuite dans les oubliettes de l'histoire pour laisser la place au conflit « israëlo-arabe » et non pas « israëlo-palestinien ». L'identité palestinienne resurgit à travers le personnage de Yasser Arafat, la bataille de Karameh en 1968 et la reconnaissance de l'OLP en 1974 par le discours de son leader à l'ONU : mais il faut attendre les années 1990 pour que l'Occident reconnaisse la création éventuelle d'un Etat palestinien à travers le processus d'Oslo. Ce qui ne l'empêche pas de laisser faire la colonisation israëlienne en Cisjordanie et à Jérusalem, qui entrave de jour en jour la naissance d'un Etat palestinien viable. Car si les Palestiniens sont encore sans Etat, c'est bien aussi parce que leurs adversaires sont des Israëliens : un peuple considéré par les Occidentaux comme frère sur le plan des valeurs, tandis que le poids du génocide juif pendant la Seconde Guerre mondiale continue de peser lourdement sur la conscience des Américains et des Européens. Ce problème a souvent pris le dessus sur la solution des deux Etats qui permettrait, peut-être, de faire cesser ce conflit déchirant pour la région, et pour le monde entier. C'est à cette problématique que cet atlas, rédigé par Jean-Paul Chagnollaud (professeur de sciences politiques à l'université de Cergy-Pontoise, directeur de la revue internationale Confluences Méditerranée) et Sid-Ahmed Souiah (professeur de géographie à l'université de Cergy-Pontoise, chercheur en géographie), avec la collaboration de Pierre Blanc (enseignant-chercheur en géopolitique au Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes-CIHEAM), tente de répondre.




L'atlas se décompose en quatre parties. Dans la première, « Histoire et société », les auteurs retracent les grandes étapes qui ont mené à la naissance du nationalisme palestinien et à ses revendications, jamais satisfaites. Il y est notamment question de la Palestine et de ses frontières sous l'Empire ottoman, et de la question démographique liée à l'implantation des Juifs en Palestine au début du XXème siècle. On y traite ensuite du plan de partage de l'ONU de 1947 et de la formation d'un nationalisme palestinien s'exprimant à travers différents partis, débouchant sur l'Autorité Palestinienne, et s'incarnant largement dans un homme, Yasser Arafat. La deuxième partie, « Population et sociétés », revient sur les grandes dynamiques actuelles du peuple palestinien. Sont traités les évolutions démographiques récentes avec l'équilibre atteint en 2008 avec les Israëliens, les déplacements forcés de population liés au conflit de 1948 et la diaspora palestinienne dans le monde, la question des nombreux camps de réfugiés dans les pays arabes voisins, et enfin la situation originale des Arabes israëliens. La troisième partie, « Les territoires », constitue le gros de l'atlas (quasiment la moitié). Le propos s'articule autour de trois thématiques : le problème de la colonisation israëlienne dans les territoires occupés, le mur de séparation qui en découle et la signification même de l'occupation constitue un premier volet. L'enfermement de la bande de Gaza et la question des ressources hydriques forment le deuxième thème. Enfin, le statut particulier de Jérusalem dans le conflit est le troisième point, longuement évoqué, de cette troisième et majeure partie de l'atlas. La quatrième et dernière partie, « La paix dans l'impasse », revient sur les négociations qui n'en finissent plus pour la création d'un Etat palestinien. Les auteurs expliquent comment le processus d'Oslo n'a pu aboutir, de même que les négociations de Camp David en 2000 qui ont échoué pour peu de choses. La situation semble bloquée depuis le lancement de la deuxième Intifada (2000) et ce malgré l'approche intéressante de l'initiative de Genève (2003). La partie se termine sur les problèmes juridiques internationaux posés par l'occupation israëlienne des territoires et sur le rôle de l'ONU dans le conflit, dont de nombreuses résolutions ont été bloquées, en fait, par le veto américain.




En conclusion, les auteurs sont assez pessimistes sur l'évolution possible de la question nationale palestinienne. Les Israëliens semblent, en effet, plus que jamais enfermés dans leur « complexe de Masada », une tendance démontrée par le virage à droite constaté aux élections de 2009. Quant aux Palestiniens, même si une certaine lassitude se fait jour, il faut bien constater que les dynamiques démographiques de ce peuple amènent une jeunesse privée d'avenir à se révolter régulièrement contre la situation présente (d'où les Intifadas régulières tous les vingt ans). Mais la cause palestinienne souffre aujourd'hui beaucoup de la division entre le Fatah cisjordanien et le Hamas gazaoui. Au vu de l'absence d'acteurs de poids chez les deux adversaires séculaires, l'on comprend mieux alors le rôle de la communauté internationale dans un possible dénouement, et en particulier des Etats-Unis et de l'Europe. C'est surtout du côté des premiers qu'il faut peut-être attendre des changements : l'administration Obama doit aussi, cependant, se donner les moyens d'une politique différente. Faute de quoi, Gaza restera une « prison à ciel ouvert », et la politique du fait accompli se poursuivra à Jérusalem et en Cisjordanie au profit des Israëliens, pendant que la violence continuera de secouer un peuple palestinien livré à lui-même.

dimanche 20 février 2011

William MANCHESTER, MacArthur. Un César américain (1880-1964), Paris, Robert Laffont, 1981, 618 p.

Etrange personnage que le général MacArthur, un homme pétri de paradoxes : lisant la Bible tous les jours, mais n'allant jamais à l'office, par exemple. Il participa grandement à la reconstruction du Japon sur des bases démocratiques et sociales après la capitulation de 1945 ; et pourtant, aux Etats-Unis, il fut le porte-étendard de la droite la plus réactionnaire. L'armée était sa vie : et bien que le taux de pertes des soldats sous ses ordres fut très faible, cela n'empêcha pas ceux-ci de le railler continuellement. Sa haine de l'Europe vient en contrepoint du fait d'être admiré par les grands chefs politiques de ce continent pendant la Seconde Guerre mondiale (De Gaulle, Churchill). Aucun autre général américain ne fut si controversé : en témoigne le nombre de rumeurs qui circulaient à son sujet parmi la troupe. En fait, pour l'auteur, MacArthur était tout simplement un homme du XIXème siècle, un victorien égaré au milieu des transformations apportées par les deux guerres mondiales. Ce qui explique d'ailleurs qu'il ait été populaire parmi ses hommes en 14-18 et beaucoup moins auprès des GI's en 1941-1945. C'est ce qui pousse William Manchester à comparer MacArthur à Jules César. L'orgueil du général finit par le perdre dans ses relations, après la Seconde Guerre mondiale, avec l'administration américaine. A la lumière de son expérience en Corée, il déconseilla pourtant au président Johnson, sur son lit de mort, de s'engager au Viêtnam. Véritable légende militaire, au soir de sa vie, MarcArthur avait fini par rattraper son époque.

Le livre suit un plan chronologique et expose pas à pas le fil de la vie du général. Assez dense, il fournit cependant un tableau relativement équilibré de MacArthur : il ne tombe ni dans l'éloge ampoulé, ni dans la critique acerbe dénuée de fondement. Il est dommage que la biographie ne comprenne pas une courte conclusion qui réponde au tableau dressé dans l'introduction. La traduction française n'a malheureusement pas disposé les cartes des opérations au milieu du livre, en suivant le texte, mais les a reportées à la fin de l'ouvrage. On trouvera en revanche en annexe une chronologie de la vie du général. Au centre, il y a également un livret photo assez fourni. Au final, une bonne synthèse qui se lit dans la durée, la densité n'enlevant rien au plaisir que l'on prend à découvrir cet intriguant personnage qu'était MacArthur.

mercredi 16 février 2011

Alexander MIKABERIDZE, The Battle of the Berezina. Napoleon's Great Escape, Campaign Chronicles, Pen and Sword, 2010, 284 p.

"C'est la Bérézina !". Dans la langue française, l'expression est synonyme de catastrophe sans pareille, de désastre total, de déroute complète. Elle est directement issue de cet épisode apparemment sombre de la geste napoléonienne : le franchissement de la Bérézina par les restes de la Grande Armée lors de la retraite de Russie, entre les 26 et 29 novembre 1812. Cependant, l'historiographie récente, aussi bien francophone qu'anglo-saxonne, a tendance à relativiser cette image d'Epinal en insistant sur le fait que l'empereur a d'abord bel et bien sauvé son armée, certes au prix de lourdes pertes. Et ensuite, elle a beau jeu de montrer comment les Russes ont laissé passer une occasion unique de mettre fin à l'aventure impériale.

Alexander Mikaberidze (de l'université de Louisiane, d'origine géorgienne, et spécialiste des guerres napoléoniennes) s'inscrit, du moins en a-t-on l'impression au départ, dans ce courant historiographique : le sous-titre du livre y fait directement référence, puisqu'il parle de la "Grande Evasion" de Napoléon, clin d'oeil au célèbre film sur l'évasion d'un camp de prisonniers allemands par des aviateurs alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Son propos est pourtant plus nuancé, on le verra. L'historien rappelle dans l'introduction de son livre combien l'épisode prit une portée dramatique, et ce dès 1812 de par le récit des survivants de la Grande Armée. Et pourtant, les contemporains, et non des moindres, soulignent également que c'est un véritable coup de génie de Napoléon que ce franchissement de la Bérézina, qui lui a permis de sauver son armée. Jomini, le célèbre théoricien militaire, parle "d'un des coups les plus remarquables de Napoléon". C'est seulement ensuite que les écrivains du XIXème siècle, Balzac, puis Hugo, dresseront une image toute romantique du passage du fleuve, où est mis en exergue l'action héroïque des pontonniers du général Eblé. En Russie, au contraire, l'épisode est quasiment banni de la mémoire historique de la guerre de 1812. Les Russes rejettent la responsabilité de cette occasion manquée de venir à bout de Napoléon sur l'amiral Tchitchagov, commandant l'armée impliquée dans ces combats. L'apport intéressant de cet ouvrage sur cette bataille est celui des sources russes, présent dans une moindre mesure dans l'historiographie française du sujet, mais beaucoup moins dans celle anglo-saxonne. En Russie, il a fallu attendre 2001 pour voir une synthèse récente consacrée au sujet, qui renouvelle un petit peu l'historiographie, mais tout en continuant à louer Koutouzov tout en blâmant Tchitchagov.

Alexander Mikaberidze pense, au final, que le franchissement de la Bérézina a été l'une des batailles les plus sanglantes de la Grande Armée, qui perd en trois jours peut-être 20 à 25 000 hommes (et 17 % des officiers tués lors de la campagne de Russie), sans parler de plus de 20 000 autres faits prisonniers par les Russes. Joseph de Maistre comptera plus de 30 000 cadavres de chevaux et d'êtres humains sur les bords de la Bérézina au printemps 1813. De l'autre côté, les Russes ont probablement perdu au moins 10 à 15 000 hommes durant les combats. En définitive, Napoléon a bien réussi à sortir du piège dans lequel il s'était laissé enfermer : en cas de capitulation de la Grande Armée, le sort de l'Europe en eût été changé. Est-ce le chef d'oeuvre stratégique de Napoléon, comme certains historiens tentent de le faire croire ? En fait, les restes de la Grande Armée ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils étaient quelques mois plus tôt : à la Bérézina, Napoléon a perdu ce qui faisait sa puissance, son outil militaire de premier ordre. Le "succès" de l'Empereur s'explique, d'après l'historien, par trois facteurs : le rôle de troupes expérimentées et déterminées, l'excellence du commandement allié au niveau du corps d'armée et du régiment et, surtout, le manque d'initiative du commandement russe. Ce dernier facteur, le plus important, explique que du côté russe, on rejette la faute sur l'amiral Tchitchagov, qui, effectivement, n'était peut-être pas le plus indiqué pour commander une armée de fantassins... mais les autres chefs russes, Wittgenstein et Koutouzov (qui souhaite préserver la Grande Armée et son chef à des fins politiques, pour maintenir l'équilibre européen) portent aussi leur part de responsabilité. Cependant, ces deux grands chefs militaires russes étaient des héros aux yeux de la population : l'amiral, malgré ses erreurs indubitables pendant la campagne, faisait un bouc-émissaire facile, et il le savait lui-même dès la fin du franchissement du fleuve par Napoléon. Exilé en Angleterre, où il meurt en 1849, Tchitchagov reste encore dans la mémoire populaire russe le responsable de l'échec à la Bérézina.

On trouvera en fin d'ouvrage une bibliographie détaillée. Le livre comprend de nombreux tableaux chiffrés insérés dans le corps de texte, assez intéressants. En revanche, les cartes sont toutes situées en début de volume et ce n'est guère pratique pour se repérer et suivre les manoeuvres au fil des chapitres. Le livret de photos central aurait aussi gagné à être plus fourni.

Giulio LEONI, La croisade des ténèbres, Grands Détectives 4393, Paris, 10/18, 2010, 407 p.

Résumé de l'éditeur : En pleine écriture de La Divine Comédie, Dante accepte à contrecoeur le poste d'ambassadeur de la ville de Florence au Vatican. À peine arrivé à Rome, le poète se retrouve confronté à une série d'événements troublants : des prostituées éviscérées flottent dans les eaux du Tibre ; un mystérieux sarcophage est exhumé au château Saint-Ange... La ville sainte serait-elle devenue le terrain de jeux de pratiques pour le moins sauvages ? Quel lien secret unit ces ténébreuses affaires ? Contraint d'abandonner son habit de diplomate, le grand poète entame une dangereuse croisade, où complots et machinations se tapissent dans l'ombre menaçante de l'Inquisition...
 
 
Une fois n'est pas coutume, ce nouveau volume de la collection Grands Détectives chez 10/18 est assez tranché. Je veux dire par là qu'il ne s'agit pas véritablement d'une enquête policière en soi, mais d'un prétexte d'enquête qui sert de décor à une reconstitution de la Rome du début du XIVème siècle parcourue par rien moins que Dante, personnage principal, et devenu enquêteur de surcroît. Clairement, un roman policier comme La Croisade des Ténèbres souffre de la comparaison avec Le Nom de la Rose, qui se déroule aussi au début du XIVème siècle et en Italie... il se laisse cependant bien lire car la présentation historique de Rome à la fin du Moyen Age est assez convaincante. Mais, pour les amateurs d'enquête bien menées, passez votre chemin, d'autant plus que la lecture suppose une bonne connaissance de l'oeuvre du poète, auquel l'auteur fait souvent référence et dont il est spécialiste. L'ensemble donne une impression de brouillon : non seulement l'auteur se concentre plus sur l'aspect historique que sur l'intrigue, mais par ailleurs celle-ci est noyée au milieu de scènes annexes qui viennent couper le fil directeur principal des crimes et de leur résolution. En bref, peut mieux faire.

Pierre VEYS, Jean-Michel ARROYO, Vincent JAGERSCHMIDT, L'escadrille des Têtes Brûlées, tome 1 : Un nommé Boyington, Paris, Zéphyr Editions, 2010, 48 p.

Les éditions Zéphyr, spécialisées dans les bandes dessinées sur les combats aériens, ont lancé une nouvelle série sur l'histoire de la fameuse escadrille des "Têtes Brûlées" (VMF-214 dans le langage militaire américain), bien connue du public français grâce à la série télévisée du même nom, toujours diffusées sur certaines chaînes grand public aujourd'hui.





Plus précisément, ce premier tome se focalise sur le futur leader de l'unité, "Greg" Boyington, et son engagement dans l'American Volunteer Group (AVG) de Claire Chennault qui combat les pilotes japonais en Chine dès 1940, avant l'attaque de Pearl Harbor et l'entrée en guerre des Etats-Unis (7 décembre 1941).







C'est une bande dessinée intéressante sur plusieurs points. Le premier, c'est qu'elle démonte un petit peu l'image héroïque des "Tigres Volants" (surnom des pilotes de l'AVG en raison de la gueule de requin peinte sur l'avant de leurs P-40) qui rencontrèrent, au départ, bon nombre de difficultés sur le théâtre chinois avant d'être opérationnels. La même chose peut être affirmée sur le parcours de Boyington, un peu devenu la figure légendaire de l'unité. Le deuxième point, c'est la qualité des dessins, et en particulier ceux des appareils ou des scènes de combat aérien, assez réussis, sans également cependant peut-être la maestria du dessinateur de la série Le Grand Duc. En revanche, les dessins de personnages sont moins parlants. On est un peu déçu aussi par la planche consacrée à l'attaque de Pearl Harbor, assez fade. C'est néanmoins un premier tome prometteur et on examinera la suite avec la plus grande attention !

Michel DUFRANNE, Alexis ALEXANDER, Jean-Paul FERNANDEZ, Souvenirs de la Grande Armée, tome 3 : 1809-Voir Vienne et mourir, Paris, Delcourt, 48 p., 2010

Après un mois de janvier/février plutôt chargé et pas forcément toujours réjouissant sur le plan professionnel, je commence à reprendre timidement la publication sur le blog, reprise qui s'accéléra avec les vacances qui arrivent vendredi soir.

Voici le troisième tome d'une série chez Delcourt, Souvenirs de la Grande Armée, qui traite du parcours de plusieurs soldats de Napoléon membres d'une unité d'élite, le 2ème chasseurs à cheval. Le premier tome se déroulait pendant la campagne d'Eylau (1807), le deuxième portait sur les combats de 1808 dans la même région. Le tome 3 traite des préliminaires de la campagne de Wagram (1809), que j'évoquais en janvier par l'intermédiaire d'un ouvrage de la nouvelle collection "Histoire en batailles" chez Tallandier.

Pour ma part, je trouve que la qualité de la série s'effiloche au fil des tomes. Si le fond historique, les décors, le dessin sont bien travaillés, en revanche le scénario perd en consistance. Il était centré sur les combats et sur une "enquête" assez bien menée dans le premier tome ; le fil directeur du deuxième tome était beaucoup plus flou ; enfin, dans celui-ci, on suit une histoire de vengeance dont l'origine se trouve dans les hôpitaux de campagne de la Grande Armée durant la campagne de Wagram. Personnellement, je préférais l'approche du premier tome, qui a tendance à disparaître dans le troisième volume, même si la première partie est consacrée aux combats. Espérons que la perspective revienne dans les tomes suivants.