mercredi 24 novembre 2010

DSI n°64, novembre 2010

Il y a bien longtemps que je n'avais pas acheté un exemplaire de la revue DSI. Auparavant, je n'avais pas beaucoup accroché avec la formule de cette revue, pour diverses raisons. Coïncidence ou non, plusieurs alliés d'AGS interviennent dans ce numéro.

Je dois bien dire qu'au vu de la nouvelle formule -j'avais arrêté d'acheter avant la parution de celle-ci-, je révise mon jugement. J'ai trouvé ce numéro de très bonne facture.
Les pages sur l'industrie française de l'armement, que je ne connaissais pas, sont très intéressantes. Les différents articles sont de bonne qualité et plutôt accessibles même pour un non initié : celui de Benoist Bihan (qui tient le blog La Plume et le Sabre),  celui de Florent de Saint-Victor (Mars Attaque), l'autre article de B. Bihan (une troisième partie d'une série, mais que l'on peut lire en tant que telle), l'article de Cédric Fayeaux, l'entretien sur la doctrine de l'Armée de l'Air, celui sur la défense suédoise, celui sur la force aérienne sud-coréenne, ceux sur le Kazakhstan, celui sur la SEAD/DEAD, celui de Charles Bwele (peut-être le plus ardu, pour moi, néophyte), celui sur la survabilité des bâtiments de surface, ceux sur le VBCI/VTT et le Humvee, tous, sans exception, m'ont intéressé. Il n'y a que l'article sur la politique de défense en Asie (p.89-91) qui m'a paru un peu en-dessous.

Si l'on y ajoute les rubriques habituelles (contre-terrorisme, veilles stratégique, tableau de bord, matériels, revue d'ouvrages, etc), cela donne un excellent numéro que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. Je pense donc renouveler l'expérience sur un autre numéro pour voir si la qualité se maintient et, si oui, m'abonner, ce qui m'arrive assez rarement !

Les malheurs de l'Arabie Heureuse-La guerre au Nord-Yémen, 1962-1970 : le « Viêtnam égyptien »-(2/3).




Pour les historiens militaires égyptiens, l'intervention au Yémen est devenue le « Viêtnam » de l'Egypte 1. Le conflit a permis à des centaines d'officiers yéménites formés en Egypte et en Irak de revenir dans leur pays imbus des idées nasséristes, socialistes et baasistes2. A l'heure où les Américains sont engagés en Afghanistan et en Irak, il s'agit ici de présenter un conflit relativement méconnu chez les militaires impliqués dans les opérations dans ces deux théâtres d'opérations. En dépit d'un engagement massif en hommes, chars, artillerie et aviation, les troupes égyptiennes n'ont en effet pas réussi à contrôler le territoire du Nord-Yémen, un territoire dont les tactiques et le terrain ne sont autres que ceux de la famille d'Ousama Ben Laden. La région du Hardamaut fournit encore aujourd'hui un soutien de poids à Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique, l'organisation locale se réclamant du milliardaire saoudien.


samedi 20 novembre 2010

Dossiers de l'art n°178, France 1500, octobre 2010

De retour après une semaine scolaire bien remplie, j'en profite pour commenter rapidement ce numéro de la revue Dossiers de l'art consacré à l'exposition installée en ce moment au Grand Palais de Paris et baptisée "France 1500".

C'est un excellent complément au livre de Didier Le Fur que je présentais récemment sur Louis XII puisque cette exposition évoque la période de transition entre Moyen Age et Renaissance qui, comme Louis XII, est souvent restée dans l'ombre en raison de cette place de charnière.
On ne boudera pas son plaisir à la lecture, d'autant plus que c'est superbement illustré. A dévorer avec les yeux !

dimanche 14 novembre 2010

Arc de crise : De Gaulle en parle en pleine offensive à l'ouest, le 28 mai 1940

Je relis en ce moment la biographie de De Gaulle -anniversaire de sa mort oblige- d'Eric Roussel, en Tempus, Perrin (2 volumes, plus de 1 000 pages en tout). Qu'elle n'est pas ma surprise, au fil de la lecture, de trouver ces phrases du général en pleine campagne de France, le 28 mai 1940, évoquant l'avenir du conflit :

"Regardez le monde : il se divise en trois continents : l'Europe, l'Afrique, car on ne peut les séparer. C'est, autour de la Méditerranée, le berceau de notre civilisation. D'ailleurs l'Europe a besoin de l'Afrique et l'Afrique de l'Europe. Puis l'Amérique, du Nord et du Sud. Elles sont filles de l'Europe. Elles suivront toujours : l'Amérique du Nord, protestante et anglo-saxonne, sauf le Canada français. L'Amérique du Sud, catholique et latine. Enfin l'Asie : cette immensité géographique et historique, religieuse aussi. Mais le danger le plus grand  et le plus immédiat peut venir de la transversale musulmane, qui va de Tanger aux Indes. Si cette transversale passait sous obédience communiste russe ou, ce qui serait pire, chinoise, nous sommes foutus... Et, croyez-moi, monsieur l'aumônier (le père Bourgeon auquel s'adresse ce discours), il n'y aura plus de Poitiers possible. ".

Quarante ans avant la lettre, voici donc la théorie de "l'arc de crises" de Bernard Lewis, qui inspirera les proches de la présidence américaine sous Carter puis Reagan, défini par Charles De Gaulle. Encore une autre définition de la thématique qui fait l'objet du challenge mensuel de l'Alliance Géostratégique !

samedi 13 novembre 2010

Café Stratégique d'AGS n°2 : La Défense Anti-Missile Balistique (DAMB) : jeudi 25 novembre 2010

Un peu de pub pour le deuxième Café Stratégique de l'Alliance Géostratégique, qui aura lieu le jeudi 25 novembre prochain (malheureusement je ne pourrais pas y être...).

Bon courage à mes alliés pour la préparation, l'organisation et la tenue du café, et merci à tous ceux qui s'en occupent (et à Charles pour la vignette).

Le cahier de textes numérique (CTN)

Voici une intention a priori tout à fait louable : l'équipement dans les établissements scolaires d'un cahier de textes numérique pour se mettre à la page, pour ainsi dire, et remplacer les traditionnels cahiers de textes papiers.

Une motion signée par la plupart des associations de professeurs des différentes matières (dont l'histoire-géographie) souligne cependant quelques problèmes liés au passage au cahier de textes numérique.
En particulier, on craint fortement avec ce nouveau moyen technologique une intrusion de plus en plus prononcée des chefs d'établissement et des inspecteurs des différentes disciplines : ces derniers pourraient d'ailleurs arguer de l'instauration de ce nouveau cahier de textes pour supprimer les visites. En somme, c'est la liberté pédagogique des enseignants qui est remise en question. Le problème se pose également de savoir ce qu'il faut mettre sur le cahier de textes numérique : doit-on tout mettre à disposition des élèves ? Depuis l'avènement de l'ère Internet, du Web 2.0, des blogs et autres environnements de travail numérique, ce sont des questions que l'on est légitimement en droit de se poser.

La motion demande aussi que des fonds soient prévus pour les enseignants afin d'acquérir le matériel nécessaire (!) ; mais il ne faut pas oublier que certains élèves n'ont pas forcément encore accès à Internet chez eux régulièrement. Et là, il y a bien une forme d'inégalité présente à l'école. Ce nouvel outil n'a donc certainement pas fini de faire parler de lui...

Res Militaris

Saluons l'arrivée sur la toile d'une nouvelle revue consacrée à l'histoire militaire, vue sous l'angle des sciences sociales : Res Militaris. Les deux rédacteurs-en-chef sont d'ailleurs des maîtres de conférence en sociologie issus de l'université. On trouve dans le comité de lecture plusieurs historiens militaires français de renom.

La revue se présente de manière similaire à celles que l'on peut trouver sur le site Revues.org.A suivre attentivement, assurément.

Les malheurs de l'Arabie Heureuse : le cas yéménite (1/3)




Arabia Felix, où Arabie Heureuse : c'est ainsi que les Romains désignaient l'actuel Yémen, et en particulier l'ancien Yémen du Nord, terre d'origine du phénix, dont les beautés avaient été célébrées par Ovide ou Virgile. Une Arabie Heureuse qui associe le monde arabe à la fertilité, un lieu commun encore utilisé par Aimé Césaire en 1944. Mais entendons-nous bien : cette image renvoie aux bédouins parcourant la région avant l'arrivée de l'islam, au mythe du royaume de Saba de la Bible, dont la reine avait rencontré le roi Salomon. La représentation ne change qu'avec l'oeuvre de Paul Nizan, Aden Arabie (1931) qui dresse un tableau un peu moins rose de l'Arabie Heureuse, dans un ouvrage que d'aucuns comparent au Déclin de l'Occident de Spengler.

Aujourd'hui le Yémen inquiète : l'attentat manqué contre le vol de la Northwest Airlines le 25 décembre 2009, revendiqué par la branche d'Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique, a attiré l'attention sur cet Etat, l'un des plus pauvres de la planète et le plus pauvres du monde arabe, et qui serait devenu le nouveau foyer du terrorisme islamiste dans le Golfe. Comme le disait un article de Foreign Policy1, le Yémen a, grâce à cet événement, connu ses 15 minutes de gloire dans les média, avant que d'autres préoccupations prennent le relais dans l'actualité.

De fait, si la menace s'est considérablement accrue depuis 2006, on est en droit de se demander s'il s'agit de la priorité absolue pour le Yémen et les Occidentaux. Car ce petit pays à l'histoire tourmentée, qui a mis près d'un siècle à se réunifier, traverse aujourd'hui de graves difficultés qui débordent le cadre de la « guerre globale contre le terrorisme » consécutive aux attentats du 11 septembre 2001.
Cette série d'articles se veut une rapide mise au point sur la question, en commençant par un rappel des faits, du point de vue de l'historien.




jeudi 11 novembre 2010

Fernand BEAUCOUR, Jean TABEUR et Lidia IVTCHENKO, La Bérézina. Une victoire militaire, Campagnes et Stratégies, Paris, Economica, 2006, 150 p.

Le passage de la Bérézina par les restes de la Grande Armée de Napoléon, entre les 26 et 29 novembre 1812, épisode le plus dramatique de la campagne de Russie, est resté dans le langage courant comme le symbole d'une défaite écrasante. Pourtant, comme le sous-entend le sous-titre de cet ouvrage collectif, Napoléon n'est pas vaincu militairement après le passage de la Bérézina, et ce en particulier grâce à l'ingéniosité des pontonniers du général Eblé.

L'ouvrage est collectif, comme je l'ai dit, et les chapitres ont été écrits par deux spécialistes français, et une russe, des événements traités. Si les deux premiers chapitres de mise en contexte sont relativement clairs, le troisième sur le franchissement de la Bérézina est, j'ai trouvé, assez confus. Et l'on a du mal à se repérer géographiquement en raison d'un gros problème récurrent chez les éditions Economica : la qualité des cartes, ici quasiment nulle. Ceci étant dit, les derniers volumes de la collection montre une amélioration, de ce point de vue (voir celles du volume de Jean Lopez sur les offensives géantes de l'Armée Rouge). Les chapitres sur les responsabilités de l'échec russe à détruire l'armée napoléonienne et sur les conséquences de la défaite sont meilleurs ; en revanche, on a du mal à comprendre pourquoi le collectif a rajouté un chapitre sur la sixième coalition et la campagne d'Allemagne de 1813, car on est ici complètement hors-sujet.

Peut-être s'agissait-il de remplir un peu le livre, car au final, il ne comporte que 150 pages (130 de texte), et bien qu'elles soient denses, cela constitue finalement une lecture rapide - et chère : 19 euros. La bibliographie est sommaire, comme cela est précisé, et ne comprend pas d'ouvrage anglo-saxon. Tous ces éléments, ainsi que le problème des cartes, laissent pour l'instant Economica un cran en-dessous des éditions Osprey : certes, les auteurs ne sont pas forcément des universitaires, mais la qualité d'illustration et l'organisation des ouvrages et des collections est plus solide, le contenu l'est régulièrement aussi, et ce pour moins cher. Comme je reste sur ma faim, je vais prochainement acquérir la toute récente référence en anglais sur le sujet, histoire de comparer. D'autant plus que j'aimerai bien faire un petit article sur la Bérézina !


lundi 8 novembre 2010

Didier LE FUR, Louis XII. Un autre César, Tempus 334, Paris, Perrin, 2010, 369 p.

Louis XII (1498-1515) reste un roi relativement méconnu dans l'histoire de France, coincé entre les figures de Louis XI, vainqueur des Bourguignons de Charles le Téméraire, Charles VIII, le premier roi des guerres d'Italie, et François Ier, l'idole du XVIème siècle. 

Pourtant, cette éclipse de Louis XII est récente car ce souverain était un modèle du bon roi sous l'Ancien Régime, et ce jusqu'à la Restauration, au XIXème siècle. Les historiens républicains comme Michelet furent, au contraire, de grands pourfendeurs d'un roi présenté comme modèle par les monarchistes modérés. Il faut dire aussi que le règne de Louis XII n'a pas été mis en valeur par un grand historien, une source conséquente, à l'image de ces prédécesseurs ou successeurs cités ci-dessus.

En revanche, il n'en demeure pas moins que Louis XII a utilisé la propagande royale à ses fins politiques : la possibilité de faire de la France un empire, soit par l'élection au sein du Saint Empire Romain Germanique, soit par la conquête militaire. Cette élévation à l'empire du royaume de France passe par la mainmise sur l'Italie, pour être reconnu empereur par le pape : un vieux rêve français qui remonte alors au XIIIème siècle, au moins à l'expédition du frère de Saint Louis, Charles d'Anjou, dans le sud de l'Italie. L'ouvrage de Didier Le Fur se divise en deux parties : la première retrace le cours événementiel du règne, la seconde trace l'image que le souverain a voulu donner de lui par la propagande royale.

Louis XII, par les guerres d'Italie, a cru pouvoir bâtir un empire sur la guerre. Il se présente comme le prince parfait. Le royaume de France est en paix : il en profite pour partir libérer les peuples opprimés par des tyrans (tyrans et tyrannicides sont largement revenus sur la scène des débats intellectuels dès le début du XVème siècle) qu'il s'agit de mettre à bas. Louis XII étant un libérateur, un prince d'amour, il attendait de ses sujets la reconnaissance de ses bienfaits. Toutes les guerres menées sont pour Louis XII des guerres justes à l'image de la définition ancienne de Saint Augustin : la propagande royale le compare à l'empereur des derniers temps de la Bible, qui précède le retour du Christ sur terre. De Roi Très-Chrétien, il devient "fils aîné de l'Eglise" pour mieux se faire reconnaître par celle-ci. La renommée du royaume de France passe par la récupération de symboles antiques, romains, et par une esquisse de comparaison du roi avec Jules César, pour la première fois réutilisé depuis la fin de l'Empire romain comme modèle politique. On est donc sur une image royale à l'opposé de celle alors développée par Machiavel en Italie, et qui sera reprise par François Ier après la mort de Louis XII. Le roi de France est le "miroir de Dieu sur terre" : en cela, la fonction royale trouve sa propre justification. Parallèlement, les prétention à l'Empire s'affirment, la parenté avec l'Allemagne est réaffirmée, et la mission de croisade dévolue à l'empereur récupérée. La réutilisation des racines gauloises de la France, que l'on trouverait aussi en Allemagne, est là pour servir cette ambition. Les rois de France ne seront pourtant jamais élus empereur, mais cette propagande considérable servira à construire la monarchie absolue.

Un ouvrage thématique, donc, qui ne s'attache pas à retracer l'intégralité du règne de Louis XII ni l'état du royaume à son époque, mais qui veut montrer comment un roi méconnu a pourtant posé sa pierre à l'édifice de la France moderne.

dimanche 7 novembre 2010

L'Atlas Histoire. Histoire critique du XXème siècle, hors-série du Monde Diplomatique, 2010

On trouve en maison de la presse en ce moment-même cet hors-série du Monde Diplomatique auquel il faut absolument jeter un coup d'oeil.

Réalisé par un collectif de 41 auteurs (des journalistes, des chroniqueurs du Monde Diplomatique, mais aussi des historiens -Enzo Traverso, Serge Wolikoff, et des géographes), cet atlas propose bien, comme l'affirme son titre, une histoire critique du XXème siècle.

Il se divise en quatre parties : les années folles (de la Belle Epoque à la crise de 1929), les années noires (de 1929 à 1945), les années rouges (la guerre froide et l'émancipation du Tiers Monde) et les années grises (de la grève des mineurs britanniques à la crise financière asiatique).

La force de cet atlas, incontestablement, c'est certes l'iconographie, superbe, mais surtout le point de vue apporté. Pour ma part, je ne suis pas forcément d'accord avec tous les points de vue adoptés. Mais il faut bien reconnaître que le découpage lui même des quatre parties a quelque chose de logique.

Quelques morceaux choisis : le démontage du légendaire général Joffre, vainqueur de la bataille de la Marne ; les troubles révolutionnaires dans l'Europe de l'après Première Guerre mondiale ; les courants artistiques du début du XXème siècle ; les brigades internationales en Espagne ; la marche au pouvoir de Mao en Chine ; la guerre inconnue du Cameroun (1955-1971) ; les heures noires de l'Amérique latine ; l'apartheid ; les pays de l'Est qui réhabilitent actuellement les collaborateurs des nazis ; l'Alena ; General Electric ; et la crise de 2008. Autant de thèmes traités au travers de cartes pas toujours originales ou décapantes, mais avec à chaque fois quelques références bibliographiques pour aller plus loin.

Bref, une lecture saine que l'on recommande à tous.

samedi 6 novembre 2010

Vidéo du jour : la charge de la division Pickett dans Gettysburg (1993)



Le film Gettysburg (1993) met en scène la bataille éponyme de la guerre de Sécession qui marque un tournant dans le conflit en faveur des Etats du Nord, l'Union, contre les Etats du Sud, la Confédération. Le point d'orgue du film, par ailleurs assez long (plus de 4h), est la phase finale de la bataille : la charge de la division sudiste du général Pickett contre le centre de la ligne nordiste, qui s'achève en désastre, et scelle le sort de l'affrontement. La charge de la division Pickett est le paroxysme de la bataille de Gettysburg et l'un des assauts d'infanterie les plus célèbres de la guerre de Sécession. Beaucoup de Sudistes considèrent cet épisode de la bataille de Gettysburg comme le point culminant de la Confédération ("High Water Mark") : celle-ci y aurait raté de justesse, en fait, son indépendance. Ce point de vue de la "cause perdue", très défendue par l'historiographie sudiste dès la fin du XIXème siècle, a été popularisée notamment par le biais de films comme Gettysburg (1993), dépeignant Pickett comme un "Bayard" confédéré, une sorte de chevalier sans peur et sans reproche.



Lecture : le Brésil, puissance agricole ou environnementale ?

Au lendemain de l'élection présidentielle brésilienne qui a vu la victoire de Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs, on lira avec intérêt cet article sur le blog du Monde Diplomatique qui fait le point sur la situation du pays par rapport aux choix économiques faits dans l'agriculture face aux exigences du développement durable. Le tout illustré de nombreuses cartes intéressantes.

jeudi 4 novembre 2010

Jerome A. GREENE, The Guns of Independence. The Siege at Yorktown 1781, New York, Savas Beatie, 2009, 508 p.

J'avais donné récemment en punition à l'un de mes élèves un exposé à faire sur le siège de Yorktown (28 septembre-19 octobre 1781), qui décida du sort de la guerre d'Indépendance américaine. Mais je me suis rendu compte alors que je ne connaissais moi-même que quelques généralités sur cette bataille. J'ai donc acheté l'une des principales synthèses américaine sur la question pour être désormais calé !

Et pour moins cher que l'Osprey consacré au sujet ou que le seul livre français qui y est également dédié chez Economica (encore), il faut bien dire qu'on en a pour son argent. Jerome A. Greene, historien américain travaillant avec les parcs nationaux des Etats-Unis tout en étant spécialiste des conflits de l'Ouest américain et du XIXème siècle, livre un portrait exhaustif du siège de Yorktown basé à la fois sur des témoignages d'acteurs (sources primaires) et sur de nombreux ouvrages érudits (sources secondaires).

Il montre en particulier pourquoi Cornwallis choisit de s'enfermer dans Yorktown pour attendre les renforts promis par son supérieur Clinton, ainsi que le rôle joué par les troupes françaises de Rochambeau et la marine française de De Grasse dans l'issue du siège. Les spécialistes de la poliorcétique et de l'artillerie trouveront aussi leur bonheur puisque les opérations de terrassement et l'intervention des canons (qui fait l'objet d'un gros annexe en fin d'ouvrage) sont décrits avec un luxe de détails. Les manoeuvres d'approche et les combats sont également passés en revue en détail, ainsi que la capitulation des troupes britanniques. Le tout est illustré de nombreuses cartes de situation et de photos (plus un livret supplémentaire à la fin du livre).







En résumé, un excellent ouvrage d'histoire sur un sujet finalement assez peu traité, alors qu'il est important : Yorktown ne permit pas moins que le traité de Paris de 1783 et la reconnaissance d'une nouvelle nation, les Etats-Unis d'Amérique, promis à l'avenir que l'on sait. C'est également l'occasion de voir au feu l'armée française de la fin de l'Ancien Régime, qui, moins de dix ans avant la Révolution, fait preuve d'une grande efficacité, en particulier grâce aux réformes entreprises par Gribeauval dans l'artillerie (système qui sera encore utilisé par Napoléon). Quant à la flotte française, malgré ses insuffisances, il n'empêche que son rôle à la bataille de la baie de Chesapeake (5 septembre 1781) décida du sort de la campagne. Un livre que l'on recommande donc chaudement !

Et comme une image vaut parfois mieux qu'un grand discours, on regardera avec tout autant de plaisir cette animation qui décortique les tenants et les aboutissants du siège de Yorktown : c'est ici.

Comme je ne peux y résister, petite référence au film The Patriot (2000) avec la bataille de Camden (1780) puis celle de Guilford Court House/Cowpens (le film est très imprécis et mélange plusieurs batailles différentes).



mardi 2 novembre 2010

Alain DEMURGER, Croisades et croisés au Moyen Age, Champs Histoire, Paris, Flammarion, 2006, 411 p.

Lecture rafraîchissante que celle de cet ouvrage d'Alain Demurger, par ailleurs grand spécialiste français des ordres religieux militaires (il est l'auteur en particulier d'une grosse synthèse sur les Templiers). Rafraîchissante car sur un sujet a priori bien connu -en tout cas pour moi-, il apporte un point de vue neuf, il remet en cause des lieux communs de l'historiographie du sujet, mais surtout il amène à se poser des questions, ce qui est le plus intéressant en histoire.

Comme il le rappelle dans son introduction, la croisade pose d'abord problème au niveau des termes : le mot lui-même n'est utilisé qu'à la fin du Moyen Age. Mais c'est aussi un événement, qui, dès le départ, comporte sa part de grandeur et de laideur : l'appel d'Urbain II en 1095 voit un élan irrésistible partir d'Occident pour libérer Jérusalem, mais cet élan est aussi à l'origine des pogroms contre les Juifs dans la vallée du Rhin et du massacre de la population de la Ville Sainte reprise en 1099. Aujourd'hui encore, le mot, utilisé à toutes les sauces, reste marqué par cette ambivalence : on se souvient que George W. Bush avait lancé "sa" croisade en 2003, tout comme les islamistes d'en face se servent depuis longtemps du terme de "croisés" pour désigner les Américains, ou les Occidentaux. La croisade est donc souvent prise pour ce qu'elle n'est pas, et en particulier cette confrontation entre l'Occident et l'Orient, dans la droite ligne du "choc des civilisations" de Huntington. La croisade avait pour objectif d'aider les chrétiens d'Orient et de libérer les Lieux Saints : dès lors, tout le reste est-il déviation ou détournement de la croisade ? Les historiens en débattent encore. Le phénomène est né dans l'Europe occidentale chrétienne et latine, et c'est bien là qu'Alain Demurger entend trouver les explications à l'origine du phénomène. Il ne se restreint pas aux 8 grandes croisades "canoniques" jusqu'en 1270 : il évoque aussi les multiples "passages" (c'est le mot qu'on utilise alors pour désigner la croisade, jusqu'aux XIVème-XVème siècle), moins connus, mais tout aussi porteurs. La croisade a d'abord été un contact : elle a amené les croisés à s'interroger eux-mêmes, sur leur ennemi, sur leurs pratiques, etc. C'est bien aussi ce qu'A. Demurger entend expliquer.

Le pari est réussi : en des chapitres très courts, qui répondent le plus souvent à des questions, (Que voulait Urbain II ?, En route ou en mer, La croisade ou la guerre sainte ?) dans l'ordre chronologique mais suivant un plan thématique, l'historien décortique tous les tenants et les aboutissants de la croisade. Il s'agit d'aller piocher où l'on en a besoin. En conclusion, il rappelle l'opposition historiographique entre les partisans d'une croisade se définissant sur l'objectif (libérer Jérusalem) et ceux d'une croisade se définissant sur l'intention (le pape) et les institutions (voeu, croix, indulgence). Il montre aussi qu'il faut savoir la dépasser, car si la première est trop réductrice, la seconde ne tient pas compte des termes et englobe ou confond trop de choses (croisade et guerre sainte par exemple). Et ce d'autant plus que la croisade ne disparaît pas avec le Moyen Age : elle est réinventé avec le péril turc, ottoman, qui menace de bien plus près l'Occident que ne le faisaient les Seldjoukides en 1095. Mais le mythe de la croisade n'a pas forcément amené à l'union et à la consolidation de la chrétienté. L'objet croisade, en histoire, reste décidément bien controversé : il faut continuer de l'aborder avec précaution. Utile rappel de ce spécialiste à l'heure où le mot se retrouver sur bien des lèvres, et pas des plus prudentes.

Retraites : bilan à la veille de la reprise

Un article du Monde faisait récemment le bilan du combat mené contre la réforme des retraites. On peut en tirer plusieurs conclusions :

- le combat laissera des traces, que ce soit chez les opposants à cette réforme ou chez les supporters du gouvernement.
- l'opinion a soutenu massivement le combat contre la réforme des retraites, et ce davantage que dans d'autres mouvements sociaux. Le rôle des syndicats a été pleinement reconnu : il faut dire que l'unité qui a prévalu et leur volonté de tenir les ont placés bien en avant des dirigeants politiques de gauche... qui pour le coup se sont montrés très -voire trop- discrets à mon goût. Paradoxe de ce soutien populaire : les opposants à la réforme sont convaincus que le projet sera malgré tout appliqué...

- la dureté du gouvernement et la volonté de ne pas lâcher prise montrent une intention évidente de reconquérir l'électorat de droite, celui qui vote pour l'UMP, et qui avait manifesté sa désaffection au moment des élections régionales. Sécurité au mois d'août, volontarisme sur la réforme en septembre-octobre : les intentions de vote de l'électorat de Nicolas Sarkozy pour les élections présidentielles de 2012 sont au plus haut, même si la popularité du chef de l'Etat sort écornée de ce combat, et même si celui-ci peine encore à tirer parti de sa ligne dure sur les retraites.

Thème du mois de novembre sur l'Alliance Géostratégique : l'arc de crise(s)

Rattrapage sur le blog, avec désormais dans la colonne de droite la vignette du thème du mois de l'Alliance Géostratégique.

Celui du mois de novembre porte sur l'arc de crise(s), un concept plus ronflant d'ailleurs qu'autre chose : on lira avec intérêt la présentation du thème par Olivier Kempf d'EGEA, ici.

Je n'avais pas trop contribué au thème d'octobre sur le cyberespace, mais j'ai déjà un article en vu et sans doute d'autres à faire par la suite. A suivre, donc.