dimanche 31 octobre 2010

Edouard PFLIMLIN, Le retour du Soleil Levant. La nouvelle ascension militaire du Japon, Paris, Ellipses, 2010, 222 p.



 


Cette fiche de lecture est publiée en parallèle sur les Clionautes.

Edouard Pflimlin est journaliste au Monde et chargé de cours dans plusieurs universités parisiennes. Il livre ici un ouvrage consacré à ce qu'il intitule « la nouvelle ascension militaire du Japon ».

La politique de défense du Japon après la capitulation de 1945 repose sur un postulat complètement à l'opposé de celui qui prévalait dans la période précédente. A un expansionnisme militaire agressif cherchant à fournir au Japon les matières premières et les territoires nécessaires à son développement succède une posture défensive, où la conquête se fait par l'intermédiaire du soft power – c'est à dire dans les domaines économique et culturel. La défense était le coeur de la politique japonaise entre 1931 et 1945 : elle devient très secondaire dans le Japon de l'après-guerre. La société des années 30 était largement contrôlée par les militaires : l'armée de l'après-Seconde Guerre mondiale est étroitement encadrée par le pouvoir civil, dans un monde où désormais le pacifisme prévaut. D'ennemi irréductible jusqu'à la capitulation du 2 septembre 1945, les Etats-Unis devinrent du jour au lendemain l'allié majeur et incontournable de l'empire du Soleil Levant. Tous ces facteurs semblent donc induire une profonde rupture entre la politique de défense japonaise d'avant 1945 et celle menée après : mais à y regarder de plus près, on distingue certaines continuités. La principale permanence est l'impératif de survie qui est fixé au Japon : un territoire placé stratégiquement, mais qui ne dispose d'aucune profondeur stratégique pour sa défense. Autre permanence : la présence d'une forte population sur un espace restreint, qui provoque une forte dépendance par rapport à l'extérieur (sur le plan alimentaire dans l'immédiat après 1945, par exemple, sur le pétrole aujourd'hui). Pour assurer sa survie tout en minimisant les coûts et les risques de sa défense, le Japon a fait un choix depuis 1945 : développer des forces limitées tout en se réfugiant sous l'ombrelle protectrice des Etats-Unis. A partir de ce constat, l'auteur tente de répondre aux questions suivantes : quel est le niveau atteint par les forces de défense ? Quel rôle ont-elles été amener à jouer ? Le Japon est-il en train de se remilitariser ? Il découpe ses réponses en un plan chronologique correspondant aux quatre phases traversées, d'après, lui par le Japon dans sa politique de défense depuis 1945.






vendredi 29 octobre 2010

Jean-Marc STEBE, La crise des banlieues, Que Sais-Je 3507, Paris, PUF, 2010, 126 p.

Dans le même temps où j'achetais le Que-Sais-Je sur la réforme des retraites, d'actualité, j'en profitais pour acheter aussi celui-ci, qui porte sur un autre grave problème de la société française depuis maintenant 30 ans : la crise des banlieues. Cet ouvrage, écrit à l'origine en 1999 et réédité depuis, permet de faire un état des lieux. Il est de la plume de Jean-Marc Stébé, professeur de sociologie à l'université de Nancy 2.

Notre sociologue commence déjà par revenir sur les termes, car le mot de "banlieue" n'a pris la connotation péjorative qui est la sienne actuellement que très récemment. A l'origine, c'est l'espace au Moyen-Age où s'exerce le droit de ban ; plus tard, les classes supérieures en mal de romantisme investissent un espace vu comme un refuge protecteur. Ce n'est qu'avec la Révolution Industrielle et notamment l'apparition du chemin de fer et des usines que les banlieues se prolétarisent massivement. La banlieue est alors assimilée aux faubourgs, un espace siège de tous les vices, de toutes les turpitudes, des industries sales et polluantes : les "apaches" ne sont pas très loin...
Après la Première Guerre mondiale, le rôle industriel de ces espaces se confirme tandis que la poussée électorale des communistes donne naissance au mythe de la "banlieue rouge" parisienne. L'encadrement de toute la vie quotidienne des habitants par les mairies communistes est pourtant génératrice de lien social : quand le communisme commence à s'effriter à la fin des années 70, c'est tout un ensemble de repères et d'organisations créatrices de liens sociaux qui disparaît. Après la Seconde Guerre mondiale naissent aussi les grands ensembles répondant aux impératifs pressants de logement d'une population qui croît très rapidement pendant les Trente Glorieuses. Ce sont tout de même plus de 2,2 millions de logements qui sont construits dans ces années-là, la plupart sous forme de HLM. Les villes nouvelles, quant à elles, répondent d'une conception très encadrée de l'aménagement du territoire français. Jean-Marc Stébé explique cependant que la banlieue française est loin d'être uniforme : c'est au contraire un espace marqué par la complexité.

La crise des banlieues existe bel et bien : les grands ensembles issus de l'architecture "fonctionnaliste" sont maintenant mal reliés aux centres urbains dynamiques, tandis que ces bâtiments ne répondent pas aux exigences de confort des habitants -cela était déjà vrai dès les années 70. Les banlieues ouvrières, on l'a déjà dit, ne sont plus des espaces d'intégration comme cela avait pu être le cas sous la "banlieue rouge" : elles sont devenues des lieux d'exclusion. La crise des banlieues, c'est d'abord et avant tout une déchirure sans précédent du lien social. Ces espaces accumulent les difficultés : une jeunesse désoeuvrée, qui ne voit pas d'espoir de sans sortir, exprime de diverses manières sa frustration ; l'intégration difficile des enfants issus de l'immigration, dont l'univers est bouleversé par les transformations de la cellule familiale et du monde du travail, etc C'est cette concentration de handicaps qui génère la frustration, la "galère", et la rage dans les incivilités quotidiennes, les émeutes urbaines et la violence. Jean-Marc Stébé dit clairement, de ce point de vue, que certaines Zones Urbaines Sensibles (ZUS) s'assimilent désormais aux ghettos américains : homogénéisation de la population en termes socio-économiques, une population qui réside dans la banlieue parce qu'elle n'a pas le choix, la montée de clivages identitaires, et l'enclavement dans le tissu urbain.

L'Etat français cherche, depuis au moins 1979 où a eu lieu la première émeute urbaine d'importance, à solutionner la crise des banlieues : ces tentatives sont désormais connues sous le nom de "politique de la ville". Cette politique passe en fait surtout par des opérations de BTP (destruction de barres, rénovation, etc) qui malheureusement ne changent pas grand chose à la réalité de ces banlieues où il faudrait plus mettre l'accent sur les initiatives sociales, économiques et professionnelles. En gros, on assimile l'esthétique à la dimension morale (le beau et le bien) dans une idéologie  très platonicienne sur le fond. L'Etat français met aujourd'hui en avant la solution-miracle de la "mixité" (sociale, urbaine, etc) comme remède au mal-être des banlieues. Mais ce postulat ne sert guère à résoudre cette "fracture sociale" : démolir les quartiers ne sert à rien si les populations sont déplacées ailleurs avec les mêmes problèmes... conclusion pessimiste du sociologue.

Il est dommage par ailleurs que pour une réédition, ce Que-Sais-Je ne soit pas actualisé jusqu'à 2010. Seules les quelques pages d'introduction montrent que ce travail a été fait, mais pas le reste. C'est regrettable, sur un sujet qui par définition évolue très vite.

Jean TULARD, Napoléon ou le mythe du sauveur, Hachette Littératures/Pluriel, Paris, Hachette Littératures, 2009, 512 p.

Voici la réédition dans la collection Pluriel chez Hachette de la fameuse biographie de Napoléon Bonaparte par le "pape" des études napoléoniennes françaises, j'ai nommé Jean Tulard. C'est la deuxième fois que je lis l'ouvrage en quelques années et on prend toujours autant de plaisir à le faire, même si l'on aurait aimé une postface de l'historien, ou quelque chose d'approchant, pour  remettre un peu à jour certains points.

La thèse de Jean Tulard est contenue dans le titre du livre : Napoléon inaugure en France le personnage du sauveur, qui prend place à la faveur d'une catastrophe nationale ou d'un événement dramatique, et qui disparaît ensuite assez rapidement, généralement dans une autre "catastrophe" -un modèle promis à un bel avenir dans la France des XIXème, XXème et XXIème siècle : Nicolas Sarkozy n'en est-il pas le dernier exemple abâtardi ?

Napoléon avait su prendre le pouvoir en réunissant sur son nom les suffrages de la moyenne bourgeoisie, de la paysannerie aisée et de quelques brasseurs d'argent, c'est à dire les catégories sociales qui avaient le plus profité de la période révolutionnaire sur le plan socio-économique (notamment par l'acquisition des biens nationaux). Napoléon était le garant du seul principe reconnu par la Révolution et dont ces classes voulaient la sauvegarde : la propriété. Il fallait arrêter le cours d'une période révolutionnaire où ce que Tulard appelle "le quatrième état", c'est à dire le prolétariat rural et urbain, qui n'avait pas gagné grand chose, menaçait d'emporter cet avantage fondamental.

La solution trouvée par Napoléon pour canaliser ces énergies fut la guerre, une guerre à outrance qui se suffisait à elle-même, qui se nourrissait d'elle-même, et qui améliora à ce point la situation socio-économique en France qu'elle fut longtemps considérée par ce quatrième Etat comme un "âge d'or"  tout au long du XIXème siècle. La bourgeoisie avait au départ tout à gagner à cette politique guerrière napoléonienne.

Pourtant, Napoléon voulait toujours plus, installer la domination française sur l'Europe, écouler les produits français dans les territoires conquis, alors même que notre économie, qui se remettait lentement des troubles révolutionnaires, ne le pouvait pas. Jean Tulard date précisément la rupture du consensus napoléonien : 1808, et l'invasion de l'Espagne. Ce fut la première guerre qui ne répondait pas à la posture défensive et de défense nationale avancée par la Révolution : ici, Napoléon cherchait à placer sa famille sur un trône. Le mariage avec Marie-Louise, la création d'une noblesse impériale et d'une véritable dynastie napoléonienne à l'échelle de l'Europe, fit prendre peur à la bourgeoisie qui craignit un retour au passé pré-révolutionnaire. Les échecs en Espagne, les aventures au-delà des frontières naturelles, les conséquences du blocus continental sur l'économie, tout cela fit perdre à Napoléon son rôle de dictateur garant des acquis économiques des classes montantes de la période révolutionnaire. La désastreuse campagne de Russie précipita la fin d'une aventure déjà bien compromise, où les Cent-Jours ne furent qu'un "vol de l'Aigle" bien vite interrompu.

La démonstration peut être contestée sur plusieurs points, il n'en demeure pas moins que cette biographie n'en est pas vraiment une, elle est plus que cela : c'est un tableau d'une France qui se transforme, et où l'on voit apparaître les jalons de notre histoire contemporaine. Indispensable.

jeudi 28 octobre 2010

A découvrir bientôt...









Tempête sur l'Ossétie. La guerre des Cinq Jours (7-12 août 2008).




Une présentation encore plus détaillée du conflit d'août 2008, avec notamment un exposé plus complet sur le déroulement des opérations et les pertes subies dans les deux camps.

mercredi 27 octobre 2010

Qui sont les Témoins de Jéhovah ?

En France, en cette période des vacances de la Toussaint, la plupart des foyers reçoivent la visite de deux personnages (ils sont souvent deux) qui sonnent aux portes, qui prétendent apportez la bonne parole du Seigneur  au vu de l'Apocalypse qui approche, et qui généralement repartent après vous avoir laissé un exemplaire de La Tour de Garde et un autre de Réveillez-vous !, leurs deux brochures habituelles.

Ces deux personnages, qu'habituellement on ne côtoie que durant ces deux minutes annuelles, font partie des Témoins de Jéhovah. Une organisation souvent décriée, critiquée pour des pratiques jugées contestables, et cataloguée dans la catégorie des sectes. Mais qu'en est-il en réalité et d'où vient ce mouvement religieux ?


Sondage sur la guerre du Viêtnam terminé

Le sondage que j'avais mis il y a un mois sur la guerre du Viêtnam ici même touche à son terme. Je note d'abord une participation en hausse avec 28 réponses, soit quasiment une par jour, le double du sondage précédent. Il faut dire que le sujet était plus ouvert aussi, mais cela traduit sans doute une hausse de la fréquentation, bien sensibles d'ailleurs depuis l'entrée dans l'Alliance Géostratégique.

Quant aux réponses, vous êtes 10 sur 28 à considérer la guerre du Viêtnam comme la première défaite militaire des Etats-Unis, signe que l'historiographie révisionniste du conflit dans le monde anglo-saxon n'a pas encore fait d'émules, ou n'a pas encore franchi le cap de la vulgarisation (!). Encore plus intéressant, vous êtes un quart, soit 7 sur 28, à considérer la guerre du Viêtnam comme la guerre des hélicoptères : une représentation qu'il s'agira peut-être de travailler dans ma thèse, mais là j'anticipe... vous êtes aussi 5 sur 28 à associer la guerre du Viêtnam au syndrome des anciens combattants désoeuvrés comme John Rambo, on sent donc un intérêt vers les conséquences immédiates du conflit aux Etats-Unis. Enfin, vous êtes quand même 4 sur 28 à voir la guerre du Viêtnam comme une victoire militaire américaine mais une défaite politique et psychologique face au Nord-Viêtnam. Seulement 2 personnes sur 28 considèrent ce conflit au même titre qu'un autre dans la guerre froide, ce qui montre qu'on y attache de l'importance : la guerre du Viêtnam n'a pas été un conflit comme les autres dans cet affrontement planétaire entre superpuissances...

Merci d'avoir participé ! Un autre sondage sera mis en place dès aujourd'hui.

lundi 25 octobre 2010

Vidéo du jour : MiG-25 "Foxbat" en patrouille






Le MiG-25 (nom de code OTAN "Foxbat") est un pur produit de la guerre froide. Dans les années 1950 et 1960, les Etats-Unis mettent au point une flotte de bombardiers stratégiques capables de détruire l'URSS avec des armes nucléaires. Les Soviétiques accélèrent donc l'effort de création de systèmes défensifs, capables de protéger les vastes frontières de l'URSS. L'apparition du MiG-25 crée un vent de panique dans l'état-major américain, qui craint d'être dépassé par les Soviétiques dans la conception des chasseurs/intercepteurs. Le MiG-25 sera à l'origine d'une génération nouvelle d'avions de combat américains.



dimanche 24 octobre 2010

Jean-Clément MARTIN, La terreur. Part maudite de la Révolution, Découvertes Gallimard 566, Paris, Gallimard, 2010, 128 p.

Jean-Clément Martin, l'un des grands spécialistes français de la Révolution (il a notamment beaucoup travaillé sur la Vendée), livre aujourd'hui un Découvertes Gallimard consacré à la Terreur, cette période de la Révolution si contestée encore aujourd'hui, et qui trouve son nom dans la bouche des Thermidoriens venant de mettre à mort Robespierre, à l'été 1794. Et soucieux, selon l'historien, d'oublier au plus vite une période et des pratiques auxquelles ils ont eux-mêmes contribué.

Jean-Clément Martin retrace dans ce petit ouvrage la réalité d'une Terreur qui fut surtout fantasmée et déformée par la suite. Il montre dans le premier chapitre comment la violence imprégnait déjà la société d'Ancien Régime à son crépuscule, et ce y compris par une fascination pour le morbide, pré-romantique, dans l'art. Les trois chapitres suivants décortiquent la situation entre 1789 et 1794. 1789-1792 : l'Assemblée Nationale s'impose, par la récupération de la violence populaire, et met au point la guillotine qui doit appliquer de manière égale et uniforme, tout en dépersonnalisant l'acte, la peinte de mort adoptée par le nouveau régime. 1792-1793 : le roi renversé par la violence, les prisons vidées pendant les massacres de septembre, la violence devient un moyen de pression utilisé par les groupes révolutionnaires. Devant la montée des périls, intérieurs et extérieurs, en particulier après l'exécution du roi, la Convention tente, tant bien que mal, de récupérer et de canaliser la violence. 1793-1794 : la Convention centralise la violence au sein du gouvernement révolutionnaire, mais la politique de Robespierre finit par se retourner contre lui. L'année 1794 marque ainsi l'apogée de la violence, et les espoirs semés par la Révolution s'éteignent avec Thermidor. Robespierre mis à mort devient le seul et unique responsable de la Terreur, terme postérieur à la période, donc. Dans un dernier chapitre, Jean-Clément Martin montre comment la culture de la France contemporaine naît de la réaction thermidorienne de 1794-1795. Une lecture politique et idéologique se greffe sur l'événement, et réduit souvent la Révolution à la Terreur. L'historien plaide pour une lecture, au final, plus historienne de l'événement, qui déchaîne encore les passions.

Ce Découvertes Gallimard est intéressant : on lira en particulier le premier chapitre consacré à la violence déjà présente sous la société d'Ancien Régime, et le coeur de l'ouvrage, les trois chapitres sur la période révolutionnaire elle-même. J'ai simplement été déçu pour ma part par le dernier chapitre sur la mémoire de la Terreur, un peu trop léger à mon goût : il se résume à beaucoup de considérations générales et manque un peu de chair. En revanche, avantage certain de cette collection sur les Que-Sais-Je par exemple, les illustrations sont comme toujours nombreuses et intéressantes, bien que parfois insuffisamment commentées. La partie Témoigagnes et Documents, ainsi que la bibliographie à la fin du livre, permettent d'aller plus loin en prolongeant cette lecture par d'autres.

Bruno PALIER, La réforme des retraites, Que Sais-Je, Paris, PUF, 2010, 126 p.


A l'heure où le conflit social fait rage en France autour du projet de réforme des retraites présenté par Eric Woerth le 16 juin dernier, il est toujours utile de se mettre à jour sur ce débat très actuel dans notre pays.


Le Que-Sais-Je de Bruno Palier, est, de ce point de vue, assez réussi. Après avoir exposé dans un premier chapitre la façon dont sont apparus les différents systèmes des retraites, il expose dans un deuxième chapitre les problèmes progressivement rencontrés par ces derniers au XXème siècle. Le troisième chapitre présente le modèle international qui est progressivement en train de se mettre en place dans la plupart des pays du monde pour gérer le système des retraites. Les deux derniers chapitres sont consacrés aux réformes des retraites dans les autres pays développés et, pour le dernier chapitre, en France.

L'auteur explique en fait qu'aucun des grands pays développés n'a vraiment mis en oeuvre un système par capitalisation, car des contraintes existent bel et bien -et ce même aux Etats-Unis. En revanche les pays qui se sont alignés sur le modèle international promu par les grands organismes mondiaux (FMI, Banque mondiale) se sont trouvés plus vulnérables face à la crise financière et économique de 2008. D'après Bruno Palier, le problème n'est pas tant d'ailleurs la capitalisation progressive du système de retraites que l'encadrement et la régulation de cette capitalisation, comme celle du secteur financier dans son ensemble.


Un livre à recommander chaudement à ceux qui sont intéressés par le débat actuel et ses enjeux.
Ci-dessous, Bruno Palier s'exprime sur le sujet -deux des cinq vidéos réalisées par la Vie des idées :



Réforme des retraites - B. Palier (1)
envoyé par laviedesidees. - Regardez les dernières vidéos d'actu.


Réforme des retraites - B. Palier (2)
envoyé par laviedesidees. - L'info video en direct.

I.J. PARKER, L'énigme du second prince, Grands Détectives 4375, Paris, 10/18, 2010 ; Viviane MOORE, Blanc Chemin, Labyrinthes, Paris, Editions du Masque, 1998

Voici le quatrième volume des aventures de Sugawara Akitatada, un fonctionnaire impérial dans le Japon du XIème siècle qui profite de sa situation pour résoudre des enquêtes policières parfois complexes. Ce quatrième tome est, je trouve, le plus original de tous depuis le début. Malheureusement, cette originalité est quelque peu gâchée par un dénouement en queue de poisson, qui ne correspond pas aux attentes initiées par le début de l'ouvrage. Par ailleurs, le livre connaît quelques longueurs où l'intrigue n'avance pas : c'est dommage. Ceci étant, on a toujours plaisir à lire les aventures racontées par I.J. Parker.












L'autre enquête est de la plume de Viviane Moore, également à l'origine d'une autre série assez réussie sur l'épopée normande en Italie du Sud/Sicile (Tancrède le Normand). Blanc Chemin appartient quant à elle à la série des aventures du chevalier Galeran de Lesneven dans la France du XIIème siècle. Par rapport à un des tomes que j'avais lus aussi, celui-là ne se distingue pas par la complexité ou l'intérêt de l'intrigue, somme toute assez simples. Il vaut surtout pour son côté "documentaire" sur les pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. On le découvrira donc aussi sans modération.

lundi 18 octobre 2010

Parution d'article : l'opération Starlite, Champs de bataille n°36, octobre-novembre 2010


Je signale la parution d'un article de ma plume dans le dernier numéro de la revue Champs de bataille (36), traitant de l'opération Starlite (p.12-23).

Cet article est le premier que je fais pour la revue sur la guerre du Viêtnam, un conflit qui m'intéresse particulièrement depuis quelques temps. J'envisage d'arrêter peut-être dans les prochains mois la publication d'articles dans la revue, mais c'est à suivre, cela sera fonction de développements à venir prochainement.


Un dernier article sur le même sujet sera sans doute publié ici même avec des précisions supplémentaires dues à l'acquisition d'ouvrages spécialisés que je n'avais pas au moment de la rédaction de l'article -dont la bibliographie reste d'ailleurs trop légère à mon goût, mais initialement je ne comptais pas le proposer à Champs de Bataille, cela s'est décidé très vite.

dimanche 17 octobre 2010

Quand l'US Air Force perd son « Pérou » au Laos : la chute du Lima Site 85



En 1965, les Etats-Unis mènent une véritable guerre au Laos contre le parti communiste local, le Pathet Lao, pour le contrôle de la partie nord du pays -où est située en particulier la fameuse Plaine des Jarres1. En raison de restrictions concernant l'emploi de la force armée dues à des accords de paix signés en 1962, cette guerre est du ressort quasi exclusif de la CIA, alors que les Nord-Viêtnamiens ont maintenu 7 000 combattants, après la signature des accords de paix, au Laos. Les Américains choisissent donc d'agir de manière clandestine en épaulant l'armée royale laotienne. L'US Air Force intervient en soutien de ces opérations : au nord, « Barrel Roll »2 fournit un appui aérien rapproché aux troupes amies, tandis qu'au sud « Steel Tiger »3 s'en prend à la piste Hô Chi Minh utilisée par les Nord-Viêtnamiens comme voie logistique vers le Sud-Viêtnam. Cette guerre est alors considérée comme secrète car le public américain n'est pas informé de ces opérations, bien que la presse américaine et le Congrès s'en fassent souvent l'écho.


Eric JAGER, Le dernier duel. Paris, 29 décembre 1386, Au fil de l'histoire, Paris, Flammarion, 313 p.

Le 29 décembre 1386, sous les yeux du roi de France Charles VI -qui n'a pas encore sombré dans la folie-, se tient au monastère parisien de Saint-Martin-des-Champs le dernier grand duel selon le jugement de Dieu du Moyen-Age français. Jean de Carrouges défie Jacques le Gris, accusé d'avoir prémédité et exécuté le viol de son épouse pendant son absence, un viol dénoncé par celle-ci peu de temps après les faits, en janvier 1386. Le vaincu verra son corps pendu au gibet de Montfaucon ; et si Le Gris gagne, Marguerite de Carrouges, qui deviendra alors parjure par le jugement de Dieu, est condamnée à être brûlée vive sur le champ.

L'affaire est complexe car ce duel n'est que l'aboutissement de l'hostilité larvée entre Jean de Carrouges, seigneur normand d'une famille ancienne et respectée, et Jacques Le Gris, parvenu qui prend l'ascendant sur son rival et ancien ami auprès de leur suzerain commun, le comte d'Alençon. Carrouges se heurte à plusieurs reprises à Le Gris à la cour comtale et dans des procédures judiciaires au sujet, en particulier, d'acquisitions de titres et de terres qui montrent à l'évidence qu'il a perdu la faveuur du comte d'Alençon. Désargenté, il participe ensuite à l'expédition française de Jean de Vienne qui rallie l'Ecosse pour envahir l'Angleterre, mais celle-ci s'achève piteusement, en 1385.


Carto. Le monde en cartes n°1, juillet-août 2010

Le numéro 2 de cette nouvelle revue vient de sortir, aussi j'en profite pour présenter Carto. Le monde en cartes, une nouvelle publication des éditions Areion, à l'origine entre autres de DSI ou Diplomatie.

"Lire l'actualité du monde grâce aux cartes", telle est l'ambition de ce nouveau magazine. Le dossier de ce premier numéro est consacré à la Russie, plus exactement à la "puissance russe, une géopolitique de l'énergie". Signé Pascal Marchand, le dossier réutilise en fait de nombreuses cartes de son atlas géopolitique de la Russie paru en 2007 aux éditions Autrement, qui ont collaboré à la réalisation de ce premier numéro. Rien de neuf, donc, côté cartes.
La rubrique "L'actualité vue par les cartes" occupe une vingtaine de pages et c'est sans doute la plus intéressante du magazine : abstention aux élections régionales de 2010 en France, traité de Lisbonne, Haïti après le séisme, réforme de santé aux Etats-Unis, démocratie en Afrique, le Kazakhstan... autant de thématiques illustrées par les cartes.

Un encart détachable présente ensuite la prolifération nucléaire dans le monde en 2010. On lira aussi avec intérêt le décryptage des cartes du FMI visant à réduire la pauvreté dans le monde. Les quelques pages consacrées à l'environnement peuvent être réutilisées dans l'enseignement en géographie, sur le développement durable. Des cartes sur les territoires maritimes de la Russie, issues d'un autre ouvrage que celui de Marchand, viennent compléter le dossier sur la Russie.

La partie "histoire" est inégale puisqu'à côté d'un bon sujet sur la guerre froide et d'un autre sur des cartes insolites (rubrique à part), on trouve un résumé sur la bataille de Tannenberg (1410) où les cartes tactiques de la bataille laissent quelque peu à désirer. Le magazine se termine par des commentaires d'ouvrages parus récemment, atlas en grande majorité, sans toutefois peut-être se montrer assez critique par rapport à certaines publications -les atlas Autrement, par exemple, déjà commentés ici.

Une bonne revue néanmoins, dont je suivrai l'évolution à travers le deuxième numéro.

 

mercredi 13 octobre 2010

Les polémiques sur les nouveaux programmes d'histoire du collège : deux tribunes dans Libération

La polémique sur les nouveaux programmes d'histoire au collège, en particulier sur la place de Louis XIV et de Napoléon Ier et sur celle de l'introduction de l'histoire de l'Afrique, trouvent un écho supplémentaire avec deux tribunes publiées hier dans Libération.

La première, de Pierre Lunel, professeur des Universités, s'insurge encore une fois contre la soi-disant réduction horaire appliquée à ces deux monuments de l'histoire de France et contre l'introduction de l'historie de l'Afrique en 5ème. Il mélange d'ailleurs un peu tout puisqu'il évoque la suppression du thème sur la Méditerranée au XIIème siècle dans le nouveau programme d'histoire de 2nde, qu'il dit cette fois regretter (une tactique pour faire passer la pilule de sa fronde initiale ?). En tout cas, il rejoint les camps du fameux groupe Facebook que je mentionnais récemment. Mais quand on connaît le passé du personnage, on ne s'étonne guère (cf le lien ci-dessus).

La seconde, écrite par Laurence de Cock, professeur d'histoire-géographie et membre par ailleurs du Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire, qui s'est longuement exprimé sur le sujet, incarne à mon sens la position la plus sensée. Ce qui est en jeu, ce ne sont pas les contenus des programmes d'histoire, mais une certaine vision de l'histoire de France, selon qu'on recherche un ciment d'une identité nationale en mal de repères, ou bien que l'on veuille mettre en adéquation enseignement de l'histoire et réalités de la société française du XXIème siècle. CQFD.

Lecture : historiographie de la guerre du Viêtnam, le débat

Un article intéressant sur le blog Ultima Ratio à propos de l'historiographie actuelle de la guerre du Viêtnam. Plus de 30 ans après la fin des hostilités, le débat n'est pourtant pas terminé entre historiens et acteurs politiques du conflit au sujet de la pertinence de l'engagement américain et d'une possible victoire des Etats-Unis dans cet affrontement avec Hanoï.

A lire pour bien comprendre les positions des "révisionnistes" et de leurs adversaires.

mardi 12 octobre 2010

Vidéo du jour : la charge de Murat à Eylau (8 février 1807) dans le colonel Chabert (1994) d'Yves Angelo




En 1994, Yves Angelo réalise la troisième adaptation de l'oeuvre d'Honoré de Balzac, Le colonel Chabert (1835), avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre. L'une des scènes les plus fameuses du film est la reconstitution de la charge du régiment de cuirassiers de Chabert durant la bataille d'Eylau, où celui-ci est laissé pour mort sur le champ de bataille.




En 1806, Napoléon a écrasé la Prusse lors de deux batailles quasi simultanées, Iéna et Auerstaedt (14 octobre). Cependant, le roi de Prusse refuse de signer la paix malgré l'état désastreux de son armée et n'accorde qu'un armistice (9 novembre). Il est appuyé dans sa résolution par l'entrée en guerre des Russes, battus en 1805 à Austerlitz, mais qui cherchent toujours à contrer les ambitions de "l'Ogre" dans ce qu'ils considèrent comme leur sphère d'influence. Napoléon lance donc les corps de sa Grande Armée sur Varsovie et la Vistule, atteintes en décembre 1806. Les Russes se replient d'abord précipitamment. Le temps est épouvantable, le terrain se transforme en un immonde bourbier du fait des pluies diluviennes qui s'abattent alors sur la région. Une partie de cache-cache se déroule alors en Prusse-Orientale entre l'armée française, qui cherche à empêcher la jonction des armées russes et des Prussiens, et ses adversaires qui évitent la confrontation autant que faire se peut. Finalement, Napoléon prend ses quartiers d'hiver à Varsovie le 1er janvier 1807. Le commandant russe, Bennigsen, lance alors une attaque pour couper en deux les forces françaises, qui sont stationnées entre Varsovie et les places fortes de Prusse-Orientale assiégées sur la côte. Napoléon réagit immédiatement et se lance à la poursuite de Bennigsen, qui devant la réaction de l'empereur, se replie. Le 6 février, il installe son armée autour du village de Preussich-Eylau, une excellente position défensive.



Le 7 février, Bennigsen range son armée en bataille. L'infanterie russe se déploie en ligne avec deux régiments par division, le troisième régiment restant en colonne à l'arrière. Trois groupes de cavalerie sont déployés à gauche, au centre et à droite de la ligne. Une forte avant-garde, bien pourvue en artillerie, protège les approches d'Eylau par où arrivent les Français (le corps de Murat) à partir de 14h. L'après-midi voit de violents assauts français, d'abord repoussés, puis enfin couronnés de succès, pour refouler l'avant-garde russe et s'emparer du village, ce qui est fait à la nuit. Napoléon arrive sur place à 11h du soir : il sait que la disproportion des forces engagées est grande, puisque les Russes alignent sans doute 80 000 hommes soutenus par 400 canons, alors que lui-même ne dispose que de 46 000 hommes et 300 pièces. Il doit faire venir les corps de Ney et de Davout, voire celui de Bernadotte, qui n'ont pas encore été engagés.


Le 8 février, à 7h, les 400 canons russes ouvrent le feu sur les positions françaises, qui répliquent immédiatement par un tir de contre-batterie pendant deux heures. Le corps de Davout arrive enfin à 9h et se porte à l'attaque de la gauche russe, mais il est mis en difficulté. Napoléon ordonne alors à Augereau et à Saint-Hilaire de soutenir Davout. A ce moment-là éclate une violente tempête de neige qui vient ajouter à la confusion des combats. Des fantassins français s'égarent et sont pris à partie par leur propre artillerie, avant de subir le feu de celles des Russes. Les fusils trempés sont inefficaces. Les Russes profitent de l'occasion et lancent plusieurs milliers de fantassins dans la brèche offerte par le chaos dans les lignes françaises. Le 14ème ligne est anéanti sous les yeux de Napoléon, Augereau est blessé. 4 à 6 000 fantassins russes s'approchent dangereusement d'Eylau et de Napoléon lui-même : la charge de la cavalerie d'escorte, une attaque à la baïonnette des grenadiers de la Garde et une dernière charge de l'escadron de service massacre quasiment jusqu'au dernier les intrus. Bennigsen n'en a pas fini puisqu'il lance sur le centre français une colonne d'assaut de 69 bataillons de fantassins dans la trouée créée par sa cavalerie. Napoléon, qui se tient dans le cimetière d'Eylau, aurait eu alors à l'adresse de Murat ces mots fameux : "Nous laisseras-tu dévorer par ces gens-là ?"



Ci-dessous la charge de Murat représentée dans le téléfilm Napoléon (avec Christian Clavier dans le rôle-titre, 2002).






Il donne alors l'ordre à Murat de rassembler tous les escadrons de cavalerie français (70, dont 20 de la Garde impériale commandés par le maréchal Bessières) pour mener une contre-attaque. 3 000 chasseurs et hussards, 7 000 dragons et 2 000 cuirassiers se lancent à l'assaut de l'infanterie russe, qui n'a pas le temps de se former en carré, mais reconstitue les rangs après la première passe, obligeant les cavaliers français à retraverser les lignes russes une deuxième fois. Cette charge de 12 000 cavaliers est sans doute la plus épique de toute la geste napoléonienne.


A midi, la charge de Murat a considérablement désorganisé la ligne russe, mais ne l'a pas rompue. Les combats demeurent violents tout l'après-midi. A 16h, un petit corps prussien arrive en renfort des Russes, mais ne peut changer le cours de la bataille. Le corps de Ney arrive quant à lui seulement à la nuit tombante sur le champ de bataille. A 22h, les combats cessent. Les Russes, comme les Français, qui ont subi des pertes terribles, n'insistent pas. Le repli de Bennigsen commence à minuit.

Le lendemain, la vision du champ de bataille est apocalyptique : des milliers de cadavres et une cohorte de matériel détruit jonchent la plaine, le village d'Eylau lui-même est dévasté. Napoléon parcourt le champ de bataille où gisent encore des milliers de blessés et des mourants qui n'ont pu être secourus. Le bilan est à la hauteur de la férocité des combats : les Russes ont perdu 18 000 morts et blessés plus 3 000 prisonniers. Les Français annoncent officiellement 2 000 morts et 15 à 16 000 blessés, dont beaucoup mourront ensuite faute de soins appropriés.


Ci-dessous, le champ de bataille d'Eylau le 9 février 1807 vu par Yves Angelo dans Le colonel Chabert.




Antoine-Jean Gros immortalise en 1808 la compassion supposée de l'empereur dans son tableau Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau, 9 février 1807. Le tableau n'évoque pas les lourdes pertes françaises : il ne présente que les corps des Russes, et met en avant la compassion de Napoléon Ier, s'inquiétant des soins apportés aux blessés, entouré de ses généraux -alors que ce n'était en général pas l'une de ses priorités. C'est une oeuvre de commande qui sert la propagande impériale.





Napoléon 1er, hors-série n°13 : 26-29 novembre 1812. La Bérézina. Les Français échappent au désastre, juin 2010

Après avoir acheté le magazine courant de cette collection, j'ai décidé de voir ce que valait les hors-série du magazine Napoléon 1er... ce numéro est consacré à la bataille de la Bérézina, de triste mémoire pour la légende napoléonienne, au point que le mot est passé dans le langage courant pour désigner une situation catastrophique.

L'auteur de ce hors-série, Alain Pigeard, est docteur en histoire et en droit ; il prépare d'ailleurs un ouvrage sur la bataille qui va paraître sous peu. Il est en fait professeur de droit/économie à Dijon dans un lycée, et c'est avant tout un passionné de l'histoire militaire napoléonienne. Ce n'est pas un historien au sens institutionnel et professionnel du terme, attention donc.

La précision est importante car elle explique un parti pris, que l'on appréciera ou pas, dans le récit, vu globalement du côté français. Il manque aussi une mise en contexte plus large du passage de la Bérézina au sein de la campagne de Russie dans son entier, qu'on aurait aimé trouver dans les premières pages. La présentation des deux armées est trop succincte (4 pages chacune, et pas forcément complètes d'ailleurs). Reste le récit de la bataille elle-même, très détaillé, avec beaucoup de témoignages, de cartes et d'illustrations, ainsi que les ordres de bataille correspondants. L'agrégé d'histoire Guillaume Lévêque ajoute le témoignage inédit d'un capitaine des pontonniers, mais l'on aurait préféré que les pages consacrées au site de la Bérézina aujourd'hui et aux objets trouvés sur le site soient dédiées à approfondir la conclusion ou à développer d'autres aspects.

Un coup d'oeil à la bibliographie confirme ces impressions : beaucoup d'ouvrages cités datent un peu (jusqu'au XIXème siècle) et il est surprenant de ne pas trouver certains livres récents et visiblement importants, comme la synthèse parue sur le sujet aux éditions Economica, où a notamment contribué Jean Tulard, "pape" des études napoléoniennes en France.

En somme, un numéro qui laisse un peu sur sa faim.

lundi 11 octobre 2010

Lecture : rôle et dimensions des Shabaab en Somalie



On lira également avec attention un intéressant article de Daveed Gartenstein-Ross, dans la revue The Middle East Quarterly, sur le rôle et les dimensions du mouvement Al-Shabaab en Somalie, sujet que j'affectionne particulièrement et que j'ai eu l'occasion d'évoquer à plusieurs reprises ici-même cet été.

Très instructif en particulier sur les perspectives à moyen terme de cette organisation en Somalie et au-delà.

Retraites : nouvelle mobilisation d'ampleur demain, mardi 12 octobre

A la veille d'une nouvelle journée de mobilisation de masse contre la réforme des retraites, on lira avec intérêt deux articles de Rue89 sur la question.

L'analyse d'Henri Vacquin soulève des points intéressants ; en particulier le fait que cette contestation contre la réforme des retraites en cache une autre, beaucoup plus large, une tendance de fond en quelque sorte. La France est en mal d'emploi. Par ailleurs, les syndicats comme le gouvernement ont sous-estimé l'ampleur du mouvement, qui ne s'est pas démentie depuis le début de l'année 2010. Or l'opinion publique est en majorité contre la réforme, et les deux principaux syndicats, la CGT et la CFDT, ne sont cette fois pas divisés sur la question, ce qui avait été le cas dans plusieurs exemples similaires précédemment.

Retenons aussi de l'analyse de Vacquin cette peur grandissante des syndicats devant la grève générale : se pose donc la question de la grève reconductible, la seule qui puisse en fait arrêter la réforme en cours. Mais tout le monde freine des quatre fers devant la peur d'une implosion sociale et étatique que l'on sent bien dans les réactions contre la réforme des retraites... ce qui n'est pas sans évoquer la réaction de la gauche politique, plus que timorée depuis le début de cette contestation. On notera enfin que la France, politiquement, est mal incarnée par son président de la République, que la gauche peine à exister, et que la situation n'a jamais été aussi morose depuis la crise de 2008. Sacré cocktail en perspective pour la suite du mouvement...

L'autre article, basé sur des témoignages, permet de mieux saisir certaines critiques portées contre la réforme, en particulier concernant la pénibilité. Mais aussi les différences d'approches, sur la réforme, selon les générations. C'est ce que j'avais déjà évoqué en parlant des réformes ratées du président Sarkozy...


lundi 4 octobre 2010

L'Afrique, mieux que Louis XIV et Napoléon ? Nouvelle polémique sur les programmes d'histoire de 5ème.


Après la fausse polémique sur la soi-disant disparition de Louis XIV et Napoléon Ier des nouveaux programmes de 4ème, que j'avais démontée ici-même fin août, voici qu'une nouvelle affaire éclate au sujet de l'introduction, dans les nouveaux programmes de 5ème que je pratique en ce moment-même avec mes élèves, de l'histoire de l'Afrique au Moyen-Age.

L'affaire part d'un groupe Facebook s'intitulant "Pour promouvoir et défendre l'Histoire de France et son enseignement dans l'Instruction Publique". Le hic, c'est que le terme d'Instruction Publique a disparu... en 1932 (il est remplacé depuis par Education Nationale). Cela donne tout de suite le ton. L'histoire de France bon teint avec les grandes figures de Clovis et de Jeanne d'Arc, mais qui se passerait bien des empires africains Songhai ou Monomotapa. L'affaire est amplifiée par certains titres de la presse, en particulier le Figaro qui s'empresse d'interroger Max Gallo, grand défenseur des soi-disant causes perdues de l'histoire de France (il était déjà beaucoup intervenu dans la polémique sur la supposée disparition de Louis XIV et de Napoléon Ier, qui n'avait, on l'a déjà expliqué, pas lieu d'être). Tous sont d'accord : revenons aux sources, le reste, c'est Terra Incognita dans l'Hexagone, dont il s'agit de ne pas sortir.


Pétain et le statut des Juifs

L'original du statut des Juifs édicté par le régime de Vichy le 3 octobre 1940 serait désormais accessible pour les historiens spécialistes de la période. Annoté par le maréchal Pétain, ce document durcit les conditions d'origine puisque les Juifs français, qui n'étaient au départ pas concernés par le statut, sont englobés dans le même ensemble que les Juifs étrangers. Le champ d'exclusion des Juifs est aussi élargi de par l'action du maréchal : justice et enseignement leur sont interdits, tout comme la possibilité d'être élu.

D'après l'historien américain Robert Paxton, grand spécialiste du régime de Vichy et de sa relation avec les Juifs, si le document est authentique, ce serait un bouleversement considérable pour l'histoire de Vichy. Jusqu'à présent, en effet, les recherches montraient Pétain comme relativement indifférent aux attaques antisémites lancées par ses ministres. Ce document l'impliquerait de manière bien plus nette et bien plus active, alors qu'on ne disposait jusqu'à présent que du témoignage de l'ancien ministre Paul Baudoin (1948), qui avait révélé que c'était Pétain lui-même qui avait durci les mesures de ce statut des Juifs du 3 octobre 1940.

Vidéo du jour : All the love for sunshine, l'assaut des Sherman d'Oddball dans De l'or pour les braves (Kelly's Heroes), 1970

Nouveau type de billet sur le blog avec, selon mes tendances du moment, des vidéos particulières que j'apprécie pour telle ou telle raison. Aujourd'hui un célèbre extrait du film De l'or pour les braves (1970) avec Clint Eastwood, Telly Savalas et Donald Sutherland : l'assaut des chars Shermans d'Oddball "le Cinglé" (Donald Sutherland) sur une installation ferroviaire allemande.



 


Le film a été tourné en Yougoslavie sous Tito, un pays où l'on trouvait encore dans l'inventaire de l'armée quelques Shermans donnés par les Américains au moment de la rupture avec Staline. La scène finale du film est une référence implicite aux scènes homologues du western spaghetti. Les chars Tigres I présents lors de l'assaut final sont en fait des montages yougoslaves réalisés pour le film La bataille de la Neretva (1969) : ce sont des tourelles reconstituées de Tigres I sur des châssis de chars soviétiques T-34/85. A noter que malgré cette dernière imprécision, les chars utilisés dans le film sont plus conformes à la réalité que dans la majorité des autres longs-métrages de la période, où l'on se sert souvent de chars américains postérieurs au conflit.

L'action se déroule dans les environs de Nancy en septembre 1944, d'ailleurs les fantassins américains dans le film portent l'emblème de la 35th US Infantry Division, qui se trouve bien dans le secteur à ce moment-là (unité de la Garde Nationale à l'origine). Détail curieux en revanche : l'utilisation dans la scène finale par le Private Gutowski d'un fusil de sniper soviétique Mosin Nagant M91/30 à lunette, sans doute liée au tournage en Yougoslavie.

dimanche 3 octobre 2010

Bruno ULMER, Le Coran, aux origines du Livre, Arte, 2009


Je signale ce documentaire d'Arte qui traite de la genèse de l'islam et de la mise par écrit de son livre saint : le Coran.

Le propos du documentaire est d'expliquer, preuves à l'appui grâce à des découvertes récentes -ou moins récentes, d'ailleurs- que le Coran s'est construit progressivement dans le premier siècle de l'islam, avec de nombreux soubresauts : règne important du calife Othman, conflit entre les sunnites et les chiites, rôle du calife omeyyade Abd-al-Malik, etc.

Car le Prophète Mahomet a transmis le message divin par la voie orale, et la mise par écrit du Coran relevait d'abord simplement de prises de notes qui servaient d'aide-mémoire aux prêcheurs. Ce n'est qu'après la mort du Prophète et en raison des dissensions que l'islam a traversées que la nécessité de l'écrit s'est imposée d'elle-même. La découverte de textes coraniques très anciens (680) lors de l'effondrement du toit de la mosquée de Sana'a (Yémen) en 1972) a permis de savoir que le Coran avait été alors sujet à des réécritures : le livre saint de l'islam a donc bien eu une histoire.


Le Coran, aux origines du livre 1 ère partie
envoyé par Schilo. - Regardez les dernières vidéos d'actu.



vendredi 1 octobre 2010

Jean-Marc BERLIERE, Franck LIAIGRE, L'affaire Guy Môquet. Enquête sur une mystification officielle, Paris, Larousse, 2009, 159 p.


Guy Môquet : depuis l'injonction présidentielle de 2007, traduite dans les programmes scolaires par la lecture, normalement obligatoire, de la dernière lettre de ce jeune communiste fusillé à 17 ans par les Allemands en 1941, le 22 octobre de chaque année, ce nom a suscité bien des polémiques.

Il faut dire que les fusillés de Châteaubriand occupent une place particulière dans l'historiographie de la Résistance en France : les communistes en ont fait des martyrs de la cause du parti des "75 000 fusillés". On a donc accusé successivement Nicolas Sarkozy de faire la part belle aux communistes, en passant l'éponge sur la prudente réserve dont le PC fait preuve entre la signature du pacte germano-soviétique d'août 1939 jusqu'au déclenchement de l'opération Barbarossa ; puis de récupération de cet épisode glorifié par les militants communistes à la Libération et après la fin de la Seconde Guerre mondiale.