dimanche 28 février 2010

Michel HOCHMANN, Renaud TEMPERINI, Guillaume CASSEGRAIN, L'ABCdaire de la Renaissance italienne, Paris, Flammarion, 2001, 120 p.

Un court billet pour signaler ce livre de la collection ABCdaire de Flammarion qui vaut le détour car il permet de se mettre au point rapidement sur la Renaissance italienne, ses principales caractéristiques, ses principaux représentants, ses principaux lieux d'expression, bref, l'essentiel. Et en plus c'est abondamment illustré et pas cher (3,95 euros), donc pourquoi s'en priver ? A consommer sans modération.

samedi 27 février 2010

Shutter Island (2008) de Martin Scorsese

Synopsis : En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre cohérente d'une malade, ou cryptogramme ?



Impressionant, bluffant, décapant, autant d'adverbes qui pourraient servir à qualifier le dernier film de Scorsese. Oppressant aussi. Ce n'est pas un film à aller voir un jour de déprime, ni si vous êtes un peu impressionnable, car on sursaute souvent. Il me semble que la principale qualité de ce film réside dans son scénario, qui laisse beaucoup de liberté au spectateur, ainsi que dans sa mise en scène, très bien réussie. On est plongé dans une ambiance étouffante qui ne vous quitte pas une fois sorti de la salle. De quoi avoir peur des hôpitaux psychiatriques si ce n'était pas le cas. Saluons les très bonnes performances de Leonardo Di Caprio, Ben Kingsley et l'ancêtre Max von Sydow.

Champs de bataille n°32 : 6ème article de votre serviteur, la guerre de l'Ogaden

Le 17 février dernier est paru le n°32 du magazine Champs de bataille, dans lequel figure le 6ème article de votre serviteur. Il porte sur la guerre de l'Ogaden (1977-1978), un conflit ayant opposé Somalie et Ethiopie durant la guerre froide et impliquant une intervention massive du bloc soviétique (URSS, Cuba et alii) du côté éthiopien.

Je remercie tout d'abord M. François-Xavier Nérard, maître de conférences à l'université de Bourgogne en histoire contemporaine, qui m'a fourni l'article de référence sur le conflit, issu de la plume du spécialiste international (et quasiment le seul) de la question : M. Gebru Tareke, que j'ai essayé de contacter, sans succès malheureusement.

L'article, en raison de contraintes éditoriales, est encore une fois, comme le précédent, bien plus court que ce que j'avais prévu. J'ai dû aller à l'essentiel et, ce faisant, des points ont été négligés. Par ailleurs quelques coquilles sont passées dans le magazine : p.50, dans la première phrase de la partie "Une invasion en deux temps...", il est question de l'état-major éthiopien et non somalien. La photo p.51 ne représente pas un T-34 mais un char de construction américaine, M-47 ou M-60 ? (si un spécialiste pouvait me préciser cela ?). P.55, dans la légende du profil du T-55 éthiopien, ce dernier n'est pas un chasseur de combat principal mais bien un char de combat principal (Main Battle Tank, MBT, en anglais). P.56 figure un "et" en trop dans la phrase "Via Bagdad, ils survolent le golfe d'Aden jusqu'à Addis-Abeba". Il y a aussi un "qui" de trop p.58 dans la phrase de la conclusion "la différence démographique entre les deux pays ne pouvait profiter qu'à l'Ethiopie".

Les cartes de l'article sont de mon fait : l'une est une refondu d'une carte d'un des ouvrages présents dans la bibliographie, les autres ont été réalisées par moi à partir des cartes de ces mêmes ouvrages. Je remercie Vincent Bourguignon qui a signé les nombreux profils couleurs de cet article, et pour moi c'est une première.

Pourquoi un article sur la guerre de l'Ogaden ? Parce que je me suis beaucoup intéressé à l'histoire de la Somalie ces dernières années ; or beaucoup d'événements intervenus à partir de 1991 sont le résultat direct de la défaite somalienne pendant le conflit. Les relations entre l'Ethiopie et la Somalie sont toutes aussi intéressantes à étudier pour qui veut comprendre les enjeux contemporaines des deux Etats. Par ailleurs, comme à chaque fois, le sujet est peu traité en français ; il suffit de voir l'article français de Wikipédia pour s'en convaincre (c'est une reprise de l'article anglais). J'espère donc avoir réussi à présenter une synthèse de la guerre de l'Ogaden, sans en faire le tour évidemment. Il s'agira sans doute de compléter cet article par d'autres écrits.

samedi 20 février 2010

La civilisation musulmane à la trappe dans les nouveaux programmes d'histoire de 2nde


Le Monde revient aujourd'hui sur une polémique qui commence à enfler dans les sites et blogs d'historiens : la question de la présence de la civilisation musulmane dans les nouveaux programmes de 2nde, issus de la réforme du lycée, en cours. En bref, le thème "La Méditerranée au XIIème siècle : carrefour de trois civilisations (Occident latin, Byzance et civilisation musulmane)", certes facultatif mais avec trois autres dans le début du programme d'histoire de 2nde, disparaît des nouveaux programmes pour être remplacé par un thème sur la civilisation rurale dans l'Occident médiéval, à la Duby.

Pour l'avoir fait, je considère personnellement ce thème d'histoire de 2nde comme très intéressant, bien que difficile. Il y a beaucoup d'approches possibles avec ce sujet, et ce serait dommage de le perdre. Je ne suis pas enchanté par cette perspective, et surtout par les remplacements prévus. Les ouvertures sur Pékin et Tenochtitlan semblent plus faire "bouche-trou" qu'autre chose, d'autant plus que c'est complètement inédit en France : il va falloir un certain temps avant que la recherche nous "ponde" des ressources utilisables. Soulignons aussi que c'est un thème que les élèves, en général, apprécient tout particulièrement. A méditer...

A lire aussi l'article sur Rue89.

Piere MIQUEL, La Grande Révolution, Paris, Perrin, 1999, 635 p.

Ouvrage cédé par Véronique, que je remercie, de la plume de Pierre Miquel, célèbre historien français récemment disparu (novembre 2007) et spécialiste de la Grande Guerre, mais qui a beaucoup écrit sur d'autres sujets. Miquel se place ainsi dans la tradition des historiens héritiers de Michelet, et de par certaines de ses fonctions, il était très tourné vers la vulgarisation du savoir scientifique.

La Grande Révolution brosse ainsi le tableau de la Révolution française, puisque c'est ainsi que l'appelleront les républicains de la fin du XIXème siècle lorsqu'elle leur servira de modèle. Après une longue introduction (une bonne cinquantaine de pages), on entre dans le vif du sujet. Le livre de Pierre Miquel vaut surtout par sa présentation socio-économique du contexte des événements révolutionnaires et par la peinture des trois premières années de la Révolution (1789-1792) qui occupent à elles seules plus de la moitié du total. L'historien est déjà moins percutant sur l'année 1793, et les cinq dernières années, Directoire et Consulat, sont "expédiées" assez vite. Cependant, on lira avec intérêt les passages sur la montée en puissance des militaires, mais qui n'interviennent qu'à la fin, alors qu'il aurait sans doute fallu en parler avant. La bibliographie, assez réduite pour un livre de cette ampleur, ne comprend que des ouvrages en français, toute l'érudition étrangère est évacuée, et c'est dommage car elle est fort riche, pourtant. Miquel a aussi le tort, dans certains passages, de se laisser aller à certaines phrases qui sentent bon l'histoire un peu datée (notamment quand il est questions des mouvements populaires, des émeutes, des foules révolutionnaires). Le plan de l'historien, chronologique, est aussi quelque peu étrange : les chapitres correspondent chacun à une catégorie sociale ou politique, comme si la Révolution se découpait en moments dirigés chacun par l'une de ces classes, ce qui est très réducteur.

Au final, un ouvrage qui vaut le détour par son écriture, mais à compléter par d'autres lectures savantes et faites, quant à elles, par des spécialistes, français ou étrangers (anglo-saxons notamment).

vendredi 19 février 2010

Liste de blogs : mise à jour

Quelques blogs supplémentaires dans la liste :


- Le Québec et la Seconde guerre mondiale, par un enseignant et historien, Sébastien Vincent.
- Vostok Infos, site créé par des étudiants de l'Institut Français de Géopolitique.

La littérature en phase terminale

Un collectif de professeurs de lettres a rédigé ce texte qui s'insurge contre l'imposition, dans le nouveau programme de littérature en Terminale L, du tome III des mémoires de Charles de Gaulle (!).


« Le programme de Littérature, en classe de Terminale L, fait depuis la création de cette spécialité l’objet d’un vaste consensus. Il a permis à des milliers de futurs étudiants en sciences humaines de découvrir d’indiscutables chefs-d’oeuvre, qui ont tous marqué l’histoire des lettres françaises et européennes – qu’on en juge par cette simple liste, glanée au hasard dans les programmes des années passées : Sophocle, Shakespeare, Kafka, Montaigne, Primo Levi, Giono, La Bruyère, Chrétien de Troyes, André Breton, Diderot… Et cette année, donc ! Homère, Pascal, Laclos, Beckett : quatre heures hebdomadaires ne sont pas de trop pour servir et faire savourer à nos élèves un tel festin. Pourtant, dès 2012 ces heures seront réduites à deux heures hebdomadaires, alors que la réforme du lycée prétend officiellement « revaloriser la filière L » !



Quelle ironie et quelle piètre image de l’enseignement de la littérature ! Quant au programme de l’an prochain… la simple juxtaposition des noms d’auteurs fait déjà croire à un canular. Le programme étant en effet renouvelé par moitié tous les ans, les élèves auront à étudier, pour remplacer les Pensées de Pascal sous l’entrée « Littérature et débat d’idées », le tome III des Mémoires de guerre du général de Gaulle, et, pour se substituer aux Liaisons dangereuses dans la thématique « langage verbal et image », Tous les matins du monde le roman de Pascal Quignard et son adaptation par Alain Corneau. Au total donc : de Gaulle, Beckett, Homère, Quignard.



Que dire d’abord du déséquilibre qui consisterait à étudier trois oeuvres du second XX° siècle la même année, assortie d’une Odyssée distante de vingt-cinq siècles ? Cette sorte de trou de mémoire pédagogique serait déjà, en soi, un motif d’inquiétude, quand bien même on aurait choisi Proust et Soljenitsyne pour côtoyer Beckett.



Or c’est Charles de Gaulle qui est choisi. On ne peut imaginer que dans le champ des Lettres, quiconque, quel que soit son statut, d’inspecteur à professeur, ait pu cautionner un tel choix. D’où vient donc une telle décision ? Proposer de Gaulle aux élèves est tout bonnement une négation de notre discipline. Nul ne songe à discuter l’importance historique de l’écrit de De Gaulle : la valeur du témoignage est à proportion de celle du témoin. Mais enfin, de quoi parlons-nous ? De littérature ou d’Histoire ? Nous sommes professeurs de lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique ? d’en dégager son souffle de propagande mobilisateur de conscience nationale ? Car il s’agit bien de cela : aucun thuriféraire du général ne songerait à comparer l’écriture des Mémoires de guerre au style et à la portée de tout autre mémorialiste si l’on veut rester dans ce genre littéraire. Placer de Gaulle au panthéon des lettres, lui qui a refusé le Panthéon tout court ? Allons donc.



Ce choix pose un autre problème : on pourrait le soupçonner de flatter la couleur politique du pouvoir en place. À la prochaine alternance, devrons-nous enseigner L’Armée nouvelle de Jean Jaurès, ou l’essai sur le mariage de Léon Blum ? Nous transmettons des valeurs républicaines ; pas des opinions politiques. Est-ce donc cela, l’enseignement de la littérature ? Ou ne serait-ce pas plutôt sa mort programmée ? Nous demandons que soit modifié le choix d’oeuvres pour les années 2010 à 2012 afin de sauvegarder la spécificité littéraire de cet enseignement ».



Texte écrit par un collectif de professeurs de lettres.

Communiqué de l'APGH sur le nouveau programme d'histoire-géographie en Seconde

L'APGH (Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie) a  publié un communiqué sur les nouveaux programmes de 2nde proposés dans le cadre de la réforme du lycée.


Bref rappel de principes :



Un rappel : l’APHG n’a pas rédigé ces programmes. Elle est consultée. Il n’est pas contradictoire de se battre maintenant et demain pour que l’Histoire et la Géographie soient rétablies à titre obligatoire en Terminales scientifiques S et que l’Histoire Géographie soient enfin enseignées en Terminale STTI/STL. La politique de la chaise vide est très dangereuse. Quelques principes adoptés depuis longtemps doivent être rappelées. L’APHG est attachée à la parité entre l’Histoire et la Géographie en volume et heures d’enseignement. Le nouveau CAPES a entériné cette position.



Que les programmes aient des libellés simples et clairs, « neutres », qu’au Baccalauréat les sujets d’Histoire ne portent pas exclusivement sur les 10 dernières années, que les élèves aient à l’écrit un choix entre plusieurs types d’épreuve, que les épreuves soient nationales, écrites, anonymes. A l’oral, que les lycéens aient aussi un choix de questions. L’APHG est hostile au contrôle continu pour les épreuves du bac comme du brevet. Elle ne veut pas de QCM en Histoire-Géographie. Que l’apprentissage des outils et des méthodes ne soit pas séparé des contenus, que l’on n’oppose pas de manière irresponsable «compétences » et « savoirs » !



En histoire :



En classe de Seconde, l’APHG est attachée au maintien de grandes questions qui prennent des exemples dans l’Histoire ancienne, médiévale, moderne. Elle n’entend pas que le XIXe siècle soit sacrifié en classe de Première. Nous ne voulons pas d’un programme en Terminale « présentiste » portant uniquement sur les années de 1989 à 2010 mais que des questions transversales soient mises au programme comme « Colonisation /décolonisation », Moyen ou Proche-Orient du XIXe siècle à aujourd’hui, « Cultures, croyances », etc.



En géographie :



L’APHG estime qu’il faut rappeler les fondamentaux de géographie physique qui font cruellement défaut aux étudiants de première année préparant le CAPES au cours des trois ans de lycée et étudier à différentes échelles notre planète. Que le programme de 1ère doit être repensé pour être plus attractif auprès des jeunes lycéens (Europe et France dans le cadre de la mondialisation), que le programme de Terminale ne soit plus fondé uniquement sur la notion d’hyper puissance ou de grande puissance mais que d’autres espaces en voie de développement puissent être étudiés, que la diversité et les inégalités soient montrées et expliquées.



Ici aussi la mode ne doit pas gagner les titres des parties ou des chapitres (comme développement durable, même si cet enseignement doit être revendiqué et fait de manière scientifique pour ne pas être laissé aux lobbies et aux charlatans qui voudraient enseigner à notre place).



Remarques des Régionales sur le premier projet de programme de Seconde :



Ces remarques ont été faites sur le premier texte qui a été élaboré par le groupe de travail. Nous avions consulté alors les bureaux des Régionales de l’APHG. 21 d’entre-elles ont répondu à l’heure et nous avons adressé leurs réponses sous forme synthétique au groupe de travail. D’autres comme celle d’Ile-de-France sont parvenues après la date fixée. Nous les avons transmises aussi. A la suite de ces remarques, des modifications ont été apportées.



La nouvelle mouture a été mis en ligne sur EDUSCOL et soumise à l’examen des collègues avant le 15 mars 2010. La commission des lycées de l’APHG l’a étudiée le samedi 30 janvier et formulé des critiques et des propositions. Le Comité national de l’APHG réuni le 31 janvier a largement abordé et étudié les nouvelles propositions de sa commission et les a avalisées. Ces propositions seront communiquées au ministère dès que le rapport nous sera envoyé et ensuite mis en ligne sur notre site national.



Généralités :



Plusieurs régionales nous ont fait part de leurs remarques sur le premier projet qui inquiète surtout en histoire par ses connaissances fragmentaires, ses incohérences, par son caractère peu adapté à des élèves de Seconde, critiquent « le zapping virevoltant » auquel seront soumis les élèves de Seconde. Des critiques s’élèvent contre le soi-disant « aggiornamento » de l’histoire qui consisterait à faire du « réflexif » à la place du « factuel », de sacrifier le factuel aux mirages du thématique.



Certes des questions demeurent qui ne soulèvent pas d’opposition comme « Invention de la citoyenneté dans l’Antiquité ». D’autres comme celle « Humanisme et Renaissance, nouveaux regards sur l’homme et le monde » soulèvent des critiques de contenu, sur « Révolutions, Libertés, Nations » le commentaire est à revoir et la trame chronologique à préciser. Mais ce sont les nouvelles questions proposées « Le peuplement de la terre » et « Traces de la civilisation rurale : l’Occident chrétien (9ème-13ème siècles) qui soulèvent les critiques les plus vives. Beaucoup de Régionales regrettent et déplorent la disparition des questions sur « La Méditerranée au XIIème siècle », d’autres sur la « Naissance du christianisme »..



« Les thèmes oui, mais assis sur la connaissance minimale des grands événements ». Des régionales critiquent le peu de cohérence du programme alors que l’ancien était cohérent par l’étude des « fondements de notre civilisation ». Le programme proposé par le groupe de travail en multipliant les études de cas et en couvrant des espaces géographiques très diversifiés (le Mexico des Aztèques, le Pékin des Mong « semble émietté et sans réel fil conducteur ».



Le programme de géographie est mieux accepté. Mais de nombreuses critiques sur le titre et le thème « rabaché » développement durable qu’il faudrait étoffer pour la réflexion, sur le libellé « penser la ville durable ».



Le Secrétariat Général de l’APHG

mercredi 17 février 2010

Ikea : le mythe démontable

Intéressant article dans le Monde aujourd'hui à propos de l'évolution dramatique des conditions de travail dans la célèbre firme suédoise. Le modèle Ikea, tant vanté précédemment, ne repose plus sur rien. On lira aussi avec intérêt ce récent article de la revue EspacesTemps qui décortiquait il y a quelques mois la stratégie d'implantation des magasins de la chaîne.

mardi 16 février 2010

Operation Moshtarak

Pour illustrer le billet précédent, quelques vidéos de l'opération Moshtarak en Afghanistan.


DSI n°53 (novembre 2009) et n°55 (janvier 2010) : l'Afghanistan, la grande illusion ?


J'ai pris le temps de lire pendant ces vacances ces deux numéros récents du magazine DSI, achetés à quelques mois d'intervalle. Généralement je lis dans cette revue les articles qui m'intéressent, parfois je la lis en entier, cela dépend. Dans ces deux numéros, et en particulier dans le n°55 de janvier 2010, il est beaucoup question de l'engagement des forces occidentales en Afghanistan et de l'impasse qui continue à se dessiner.

C'est pour moi peut-être l'occasion de dresser un bilan de cette guerre qui ne dit pas son nom mais qui dure pourtant depuis près de 9 ans maintenant : on peut faire le tour ainsi des articles du n°55, qui insistent sur des points intéressants mais qui n'affichent parfois pas clairement leur point de vue. Le site Alliance Géostratégique réfléchit aussi beaucoup à la question.

- premier constat : les forces occidentales engagées en Afghanistan depuis 2001 sont dans une impasse quasi-totale. La situation du pays s'est-elle améliorée depuis l'opération lancée pour chasser les talibans ? Non, et à tout point de vue. La population est plus déshéritée que sous le régime taliban (un comble) malgré les milliards de dollars ou d'euros injectés dans la reconstruction du pays (mais qui pour l'essentiel soit sont détournés, soit sont mal employés). L'Afghanistan est devenu le premier producteur mondial de pavot et donc un fournisseur de premier ordre pour le trafic d'héroïne : l'économie informelle et mafieuse constitue l'essentiel des revenus du pays, et bloque tout développement notamment dans le secteur agricole. En termes de sécurité enfin, les forces étrangères menées par les Etats-Unis sont incapables de tenir le terrain faute d'effectifs ; certes, elles effectuent des ratissages et autres opérations ponctuelles en dehors de leurs bases, avec plus ou moins de succès, mais regagnent bien vite leurs cantonnements une fois les accrochages terminés. Hormis donc ces "îlots châteaux-forts" que constituent les bases d'opération, il faut bien admettre que le reste du terrain est à la merci des insurgés surtout lorsqu'ils sont présents en force. Rien n'est donc résolu en Afghanistan, loin de là.

- on pourrait presque dire, d'ailleurs, que les forces de la coalition occidentale se trompent d'adversaire. Les Etats-Unis et leurs alliés s'acharnent en effet à vouloir éradiquer les talibans (un terme bien vague d'ailleurs, qui recouvre certainement une réalité très hétérogène) alors que le principal obstacle au succès réside plutôt... dans le gouvernement afghan en place lui-même. C'est en effet un secret de polichinelle que de dire que cette administration est corrompue jusqu'à l'os ; elle détourne l'aide apportée et par ailleurs elle garde un contrôle total sur les nominations aux postes-clés, qui servent en fait de butin ou de plus-value pour les différents seigneurs de guerre afghans, qui contrôlent par ailleurs souvent la production de pavot et le trafic qui en découle. On peut douter que l'administration Karzaï soit très populaire auprès de la population afghane, dont le niveau de vie a régressé...

- serait-on dans une phase de "viêtnamisation" du conflit afghan ? La question peut se poser, même si d'aucuns balayent d'un revers de main une comparaison qui peut sembler anachronique avec la situation du Sud-Viêtnam entre 1969 et 1975, en gros. Pourtant, les points communs sont légions. En Afghanistan, l'armée et la police afghanes ne sont aujourd'hui toujours pas en mesure d'assurer à elles seules la sécurité du pays et la lutte contre les talibans. Pourquoi ? En grande partie parce que les forces de la coalition ont pris le problème à l'envers en voulant former à l'occidentale des combattants afghans... qui sont aux antipodes de cette tradition militaire. Il semblerait pour le moins plus intelligent de se servir du potentiel véritable des Afghans, qui pour la plupart sont vétérans du conflit contre les Soviétiques ou de la guerre civile, qui connaissent le terrain et les tactiques adéquates par exemple. On peut se demander d'ailleurs pourquoi les forces armées de la coalition ne font pas davantage d'effort pour s'introduire dans le mode de fonctionnement afghan, pour délaisser quelque peu l'équipement et la pensée occidentaux et se fondre davantage dans le moule local. Pourquoi ne pas adopter l'armement utilisé par les Afghans eux-mêmes, pourquoi ne pas généraliser l'apprentissage de l'idiome pachtoune le plus utilisé chez les soldats étrangers engagés, pourquoi ne pas changer complètement aussi la tenue vestimentaire par exemple ? Ce ne sont que des idées, mais elles prennent du poids dans le contexte actuel. Un contexte qui ressemble dramatiquement à celui du Sud-Viêtnam après le retrait américain, maintenu sous perfusion par l'appui des Etats-Unis qui avait d'ailleurs largement contribué à briser la grande offensive nord-viêtnamienne à la Pâques 1972. Comme au Sud-Viêtnam, les Américains ne contrôlent pas en Afghanistan la nomination des officiers, ce qui provoque de sérieuses lacunes dans l'encadrement de l'armée et de la police. Si l'on rajoute la question des salaires plutôt faibles, il ne faut pas s'étonner du taux de désertion dans les deux entités ni du manque d'efficacité de l'ensemble. On ne se fait guère d'illusion sur les capacités réelles de l'armée afghane, lancée massivement dans la récente opération Moshtarak destinée à montrer l'ANA comme une vitrine... tout en illustrant le revirement de l'administration Obama sur l'Afghanistan.

- les principaux oubliés du conflit, du point de vue de l'état-major occidental coalisé ou de l'administration Obama par exemple, sont d'ailleurs les Afghans eux-mêmes. Les Américains ont tendance de leur côté à faire la comparaison avec l'Irak, où la situation s'est sensiblement améliorée depuis la fin 2006-début 2007 après l'injection de renforts conséquents (ce que l'on a appelé le "Surge"). Mais le terrain et le contexte sont absoluments différents. Les militaires occidentaux et les différents pôles de réflexion officiels ou officieux, sur la toile ou ailleurs, se gargarisent depuis plusieurs années des différentes techniques de contre-insurrection, de guerre asymétrique, en d'autres termes des moyens de trouver une solution au bourbier afghan. Mais les résultats de ces réflexions ne se traduisent pas par des initiatives militaires ou politiques sur le terrain. De manière générale, l'Occident et les Etats-Unis demeurent profondément ignares à l'égard du monde afghan, de la société pachtoune (ethnie majoritaire et la plus solide du pays) et de sa façon de fonctionner. Comment, dans ces conditions, espérer solutionner le problème de manière efficace ? Si l'on veut "gagner les coeurs et les esprits", pour reprendre encore une fois une formule viêtnamienne, il faudrait déjà commencer par s'imprégner davantage de la civilisation dans laquelle on évolue, et non pas se cantonner par exemple à des opérations civilo-militaires qui montrent assez vite leurs limites. Cela recouvre encore une fois, notamment, l'apprentissage de la langue, mais également l'adoption d'usages vestimentaires ou culturels, au sens large. C'est dans doute l'une des clés du succès. Autre écueil à éviter : dans le bouillonnement sur la contre-insurrection que j'évoquais tout à l'heure, on est souvent revenu ces derniers temps sur la guerre menée par l'URSS en Afghanistan (1979-1988), où l'on a voulu puiser un modèle de contre-insurrection mis en oeuvre avec plus ou moins de succès par les Soviétiques. Mais il est paradoxal d'aller chercher des leçons chez un protagoniste qui a joué gros dans ce conflit et qui, en définitive, a perdu, pour n'avoir pas su respecter notamment les étapes obligées qui manquent aujourd'hui à la coalition et que j'ai en partie listées ici. Attention donc au mirage Spetznatz, pour ainsi dire... notons aussi que les Soviétiques se sont retirés d'Afghanistan au bout de 9 ans.

- enfin, il faut conclure en évoquant le problème du Pakistan. L'histoire des deux Etats voisins est inextricablement liée, de par leur histoire, de par le peuplement pachtoun, et de par le sanctuaire que constitue le Pakistan pour les talibans. Si l'on se voulait provocateur, on pourrait presque dire que la guerre ne se gagnera sans doute pas en Afghanistan, ou du moins pas seulement, mais bien plus au Pakistan. Cela suppose, encore une fois, une bonne appréhension du contexte local et de cette société, et un traitement approprié. Reste à savoir si les Etats-Unis y sont disposés, et la tâche ne sera pas des plus aisées.

lundi 15 février 2010

Histoire de la dernière guerre (1939-1945, au jour le jour) n°3, janvier-février 2010

Me voilà de retour sur un terrain que j'avais quitté il y a quelques années, depuis mon entrée à l'université en somme : les magazines grand public consacrés à la Seconde guerre mondiale. C'est la critique assez bonne d'un collègue professeur sur les Clionautes qui m'a poussé à acheter ce troisième numéro de cette revue, que j'avais déjà repérée depuis sa sortie. J'étais quelque peu méfiant car le magazine est produit par les éditions Caraktère, déjà responsables de la publication de plusieurs autres magazines qu'il m'est souvent arrivé de lire précédemment, Batailles et Blindés, Ligne de front ou la reprise du magazine Aéro Journal. J'avais arrêté d'acheter ces magazines pour les mêmes raisons que je dénonce assez souvent maintenant dans la revue Champs de bataille pour laquelle j'écris moi-même des articles : le manque de caractère scientifique de ses revues qui d'ailleurs prennent parfois des partis pris assez nets (pro-allemands ou du moins ne se consacrant qu'au côté allemand des différents fronts, par exemple).

Comme les autres magazines de Caraktère, Histoire de la dernière guerre dispose d'un site, assez joli esthétiquement parlant. Les objectifs de la publication y sont expliqués : il s'agit de rééditer une version papier de la fameuse émission Histoire Parallèle de Marc Ferro, en somme, une vision mois après mois du second conflit mondial. Le magazine se veut grand public, mais aussi à la disposition de l'enseignement, tout en prétendant également être à la pointe de la recherche universitaire. Les atouts sont listés : ligne éditiorale innovante, fixer l'histoire par l'image, appel à des spécialistes reconnus. L'on verra plus bas ce qu'il en est.

Plutôt que de reprendre un à un les articles de ce numéro 3, je m'attacherai à dégager les forces et les faiblesses de ce magazine, en citant dans le cours du développement les différents écrits de la revue.

Je dois bien reconnaître que mon impression défavorable des éditions Caraktère s'est quelque peu atténuée : il faut dire que ce magazine est de bonne facture, pour tout un tas de raisons. Esthétiques, d'abord : les illustrations et autres documents sont légion, et les sources sont toujours mentionnées, ce qui est un bon point. La disposition des images dans les pages, la couverture de la revue et l'aspect graphique sont très au point, et c'est agréable. La finalité pédagogique est bien présente puisqu'on retrouve entre autres les biographies des personnages importants dans les bas de page des articles. Le magazine se fait l'écho de l'actualité de la discipline puisqu'à côté de l'éditorial, on trouve l'évocation de la disparition programmée de l'histoire en Terminale S, disparition qui a suscité bien des polémiques -et à juste titre. Ensuite, la variété des sujets traités dans ce numéro efface toute la concurrence : rubrique Passeur d'histoire (entretien avec un survivant de l'époque ici), une partie Repères avec des articles de synthèse sur des points particuliers (ici la montée du conflit en Asie autour du Japon et un bilan de l'extrême-droite en France des années 30 jusqu'à la guerre) et une partie Chroniques traitant du moment de la guerre considéré (ici janvier-février 1940). On trouve par ailleurs intercalées entre ces parties des pages chronologiques, abondamment illustrées, qui déroulent le fil des événements sur les deux mois concernés. A la fin du magazine, un ensemble de pages présentent les sorties de livres, de BD, de DVD, d'ouvrage jeunesse intéressant la Seconde guerre mondiale. On dispose aussi de la présentation d'un film (ici la Grande Illusion) et d'une page Polémique sur un sujet faisant débat (ici les lois mémorielles). Le magazine se termine par des articles divers (les affiches antisémites en France et l'immigration dans ce même pays), la dernière page annonce le programme du prochain numéro et le quatrième de couverture intérieur présente encore quelques documents exploitables (des affiches de propagande). La plupart des articles disposent d'une bibliographie indicative ce qui est, pour ce genre de magazine, tout à fait brillant, car l'absence est généralement de mise dans cette catégorie -et en particulier dans les autres publications des éditions Caraktère. 7 articles sur les 11 présentés en sont munis, et quelques autres présentent dans les notes de page des références bibliographiques qui, curieusement, ne sont pas récapitulées dans un encadré à la fin. On voit d'ailleurs d'entrée que le magazine a fait appel à une certaine rigueur scientifique, car tous les intervenants du numéro sont listés dan la première double-page : on compte notamment deux professeurs d'université dont l'un très visible dans l'actualité historique récente, une historienne américaine, des doctorants en histoire et quelques journalistes également. Cela explique aussi, sans aucun doute, la bonne tenue du magazine.

Voilà, en résumé, les points positifs du magazine, qui sont nombreux. Ceci étant, on ne peut s'empêcher de relever quelques problèmes ou détails moins valorisants.

Le premier gros article du magazine traite de la marche à la guerre en Asie. C'est une excellente idée car le théâtre d'opérations est fort peu apprécié d'ordinaire en France. L'article est écrit par Jean-Louis Margolin, universitaire français qui est quasiment le seul à avoir publié un ouvrage sur l'armée japonaise dans la Seconde guerre mondiale (réédité récemment en poche chez Hachette Pluriels). Seulement il y a un hic : l'ouvrage en question est fortement contesté par d'autres spécialistes et fait l'objet d'une très virulente polémique depuis bien des mois. J'ai de mon côté acheté l'ouvrage de M. Margolin mais je n'ai pas encore pris le temps de le lire. Il apparaît que certaines critiques de ses contradicteurs semblent fondées, mais j'attends d'avoir "digéré" l'ouvrage en question pour me faire mon avis. Je constate d'ailleurs sur le site de la revue qu'un autre intervenant universitaire, Edouard Husson, est présent ; or il se trouve que c'est l'un des principaux défenseurs du livre de Jean-Louis Margolin. On dirait bien que le magazine ne présente qu'une vision monocorde, c'est à travailler, sans doute. Il est dommage aussi que l'article de M. Margolin ne mentionne pas de bibliographie indicative sur un sujet pourtant des plus intéressants et originaux pour le lecteur français. Ceci étant, il faut bien préciser que l'article de Jean-Louis Margolin est très satisfaisant et ne répercute pas la polémique qui entoure la publication de son livre. De la même manière, on regrette encore une fois l'absence de bibliographie dans les deux articles de Yann Mahé et Christophe Dutrône sur la ligne Maginot et les corps francs. Il y a là une lacune qu'il faudrait combler. D'autant plus que Yann Mahé affiche une bibliographie dans un autre article qu'il écrit au sujet de la Pologne sous la botte allemande ! Autre détail gênant : on trouve un article sur la montée de l'ordre SS au sein du IIIème Reich, quant à lui pourvu d'une bibliographie indicative. Quel est le problème avec cet article ? J'ai l'impression qu'il est là pour justifier une couverture marketing (puisque la couverture du numéro, comme on peut le voir dans l'image que j'ai mise en tête, est une affiche de propagande de la SS) destinée à faire vendre le magazine. Et j'ai encore une fois l'impression qu'on retombe dans un vieux travers des éditions Caraktère. Les responsables semblent jouer sur une sorte de fascination pour la Waffen-SS et autres nervis du régime nazi qui fait, il faut malheureusement l'avouer, bien vendre. Je pense pour ma part qu'il faut sortir de ces clichés et choisir entre l'argument commercial et les positions de principe. D'autant plus que cela est un peu réducteur de résumer le numéro à l'article sur les Waffen-SS, alors que celui-ci est bien plus riche, comme j'ai tenté de le démontrer. Mon collègue Joël Drogland, dans sa critique sur les Clionautes, avait d'ailleurs relevé également ce détail.

Au final, ne boudons pas notre plaisir car le magazine est assurément une entreprise originale et ambitieuse. Attention toutefois à ne pas se laisser entraîner vers des dérives qui sont assez propres au monde des magazines spécialisés en histoire militaire, et particulièrement sur la Seconde guerre mondiale : absence de démarche scientifique, partis pris trop évidents notamment. Ce ne sont que quelques défauts à corriger, mais ils ont tout de même leur importance.

Sherlock Holmes




















Dernier film en date que je suis allé voir au cinéma. Une bonne surprise, même si ce film ne restera pas dans les annales du cinéma, c'est certain. Il lui manque en effet un élément important : un scénario bien ficelé qui tienne la route. Ici, l'histoire est trop convenue, rejoue encore une fois sur le bon vieux thème du complot franc-maçon (sic). Rien de brillant, donc. Cependant une ouverture est faite pour une probable suite, avec la présence énigmatique et invisible du docteur Moriarty (sic).

Il en va tout autrement du jeu des acteurs principaux, assez intéressant. Jude Law en docteur Watson donne une prestation inédite sortant de ses rôles habituels, parfois trop manichéens. Robert Downey Jr, qui interprète Sherlock Holmes, est tout simplement excellent. On pourrait citer encore quelques autres bonnes prestations mais les deux comparses susnommés tiennent véritablement bien leurs rôles. Un duo talentueux ici.

L'interprétation du monde de Sherlock Holmes par le réalisateur, Guy Ritchie, est pour le moins audacieuse, mais décapante. N'ayant jamais lu les livres -ce qui ne va pas tarder à changer, je le dis tout de suite-de Conan Doyle, je ne saurais me lancer dans une comparaison hardie. Mais je trouve que la vision du célèbre détective londonien et de son assistant docteur est tout bonnement bluffante. Soyons honnêtes : Sherlock Holmes est d'abord un film d'action. Etant donné que l'intrigue est faible, le réalisateur a tout misé sur le rythme infernal des deux heures et quelques que l'on passe dans la salle. Et il faut bien reconnaître que c'est réussi. Ca pète littéralement de partout, à mains nues ou à l'arme à feu, et dans tous les endroits possibles et imaginables de la Londres de la fin du XIXème. Cela étant, même dans les scènes d'action, il y a une sorte de touche particulière au film, comme dans le jeu des acteurs. On n'est pas surpris une fois que l'on sait que l'équipe de tournage compte Joel Silver, un grand spécialiste des films d'action (L'Arme Fatale, Predator, Demolition Man entre autres). Aspect détonnant qui se combine à une bonne dose d'humour -les expériences de Holmes sur le chien, ses anticipations de coups portés à l'adversaire et les effets induits lorsqu'il est engagé dans un combat au corps-à-corps par exemple.







Un certain effort de reconstitution a été fait que l'on peut saluer. Ceci étant, l'absence de scénario digne de ce nom empêche de creuser en profondeur les tréfonds socio-économiques de ce qui était la capitale du monde, pour ainsi dire, à la fin de l'ère victorienne. C'est un peu dommage. Mais il faut savoir pourquoi l'on va voir ce Sherlock Holmes : ce n'est pas pour une interprétation stricto sensu des ouvrages de Conan Doyle (avis aux puristes), mais pour un essai sur le personnage et son monde. Elementaire, mes chers lecteurs !

En résumé, rien à voir par exemple avec Le Chien des Baskerville (1959) de Terence Fisher avec Peter Cushing dans le rôle de Sherlock Holmes (excellent par ailleurs, un grand classique), mais un film à voir pour les passionnés de Sherlock Holmes.

vendredi 12 février 2010

Brian R. HAMNETT, Histoire du Mexique, Paris, Perrin, 2009, 380 p.

Cette histoire du Mexique, parue l'an dernier chez Perrin, est en fait la traduction d'un ouvrage sorti en 1999 et réédité en 2006 d'un historien britannique, Brian R. Hamnett, spécialiste de l'histoire politique et culturelle de l'Espagne et du Mexique aux XVIIIème et XIXème siècles. Outre les problèmes inhérents à toute tentative de traduction, la présentation de l'auteur permet d'ores et déjà de corriger un détail qui a son importance : le livre s'intitule Histoire du Mexique, mais il faudrait préciser en particulier aux XIXème et XXème siècles car plus de la moitié du total y est consacrée. Il est bon de le savoir avant d'acheter cette synthèse : on ne se jettera pas dessus si l'on souhaite avoir un aperçu de la période précolombienne ou des premiers temps de la conquête espagnole. L'historien s'en justifie d'ailleurs dans l'introduction lorsqu'il explique le découpage des chapitres : le balayage de l'histoire du Mexique jusqu'à la période coloniale n'a pour but que de mieux introduire la suite. La problématique de celui-ci est de montrer comment la civilisation mexicaine s'est exprimée à travers les siècles, et de quelle façon en est-on arrivé au Mexique actuel. "Le Mexique en perspective", chapitre introductif, insiste sur cinq points : nationalisme et territoire, la relation avec les Etats-Unis, la frontière, la drogue et la question indigène. On sait donc bien ce que l'on va trouver, ou non, dès le départ. Le contrat est-il rempli ?

Pour ma part, je pense que quatre des cinq points sont effectivement correctement abordés dans les 350 pages de cette synthèse. Un seul m'a un peu déçu : la relation avec les Etats-Unis. Non pas que celle-ci n'apparaisse pas, mais certains moments fondateurs me semblent trop vite éclipsés : la guerre d'Indépendance du Texas par exemple, la guerre américano-mexicaine de 1846-1848, et même l'invasion française sous le Second Empire en pleine guerre de Sécession. Les frontières du Mexique actuel en résultent largement mais tous ces événements fondateurs sont évacués en quelques pages. Dommage. Puisqu'on en est aux questions de frontières, il est regrettable également que les quelques cartes présentes soient toutes rejetées en fin de volume : il eut mieux valu qu'elles se trouvent en vis-à-vis du texte, car l'on doit sans arrêt passer des pages de la lecture à la fin du livre pour suivre le fil géographique du pays.

Pour le reste, l'accent est mis sur la seconde moitié du XIXème siècle et le XXème siècle, avec des chapitres divisés en aspects politique, économique et culturel la plupart du temps. Ce genre de présentation, inévitable dans beaucoup de synthèses du même genre, est parfois un peu ardu. On apprécie en revanche l'actualisation du livre avec le dernier chapitre sur la présidence Fox. Un regret peut-être : la question de la drogue, abordée de manière intéressante, mais encore une fois en trop peu de pages. On peut aussi déplorer l'absence d'un feuillet d'illustrations ou de photographies au milieu du volume, par exemple, qui aurait illustré l'histoire mexicaine. Dans l'aspect culturel, j'ai également trouvé que l'historien ne parlait peut-être pas assez des représentations du Mexique à l'extérieur, aux Etats-Unis surtout : on peut aussi penser aux westerns légendaires de Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand). Il y avait matière à faire et à dire, pourtant. Mais Brian Hamnett ne semble pas avoir retenu ce point-là : il a fait des choix.















La conclusion dresse deux moments fondateurs du Mexique contemporain : les années 1836-1867 (à mon sens donc, pas suffisamment traitées) et les années 1884-1911 (quant à elles bien décryptées), le premier entraînant un basculement de puissance sur le continent nord-américain (les Etats-Unis prennent le pas), le second expliquant les orientations politiques mexicaines jusqu'à aujourd'hui. Trois problèmes demeurent importants : l'économie, la répartition des richesses et les mécanismes politiques du Mexique, justement. Tout cela sur fond de retour de l'Eglise catholique après un siècle de relations houleuses.

Au final, une synthèse de l'histoire mexicaine, mais d'une partie, de fait, de cette histoire, avec des angles d'attaque bien précis, relevant des spécialités et des axes de recherche de l'historien. On achètera donc cet ouvrage (21-22 euros) que si l'on a besoin d'en savoir plus sur les pistes lancées par M. Hamnett, auquel cas on sera satisfait. Mais gare à ne pas se méprendre sur le but de l'ouvrage : ceux qui voudront y trouver une histoire exhaustive du Mexique seront déçus.


Champs de bataille thématique n°13 : l'aviation alliée de la Grande Guerre

Le dernier "Thématique" de la revue Champs de bataille porte sur l'aviation alliée de la Grande Guerre. Il serait d'ailleurs plus exact de dire que le numéro traite, essentiellement, de l'organisation et de la doctrine de cette aviation durant les trois dernières années du conflit (1916-1918 et surtout d'ailleurs 1917-1918).

Le coeur du numéro est justement l'article initial sur la pensée doctrinale française, britannique et américaine en matière d'utilisation des forces aériennes naissantes pendant le premier conflit mondial. On y apprend beaucoup de choses lorsque, comme moi, on est assez novice sur le sujet, et les analyses sont intéressantes. L'article suivant sur Verdun et la Somme est déjà plus classique. Je reste cependant sceptique sur l'autre moitié du numéro qui consiste simplement en un catalogue de biographies des principaux penseurs de l'utilisation de l'aviation, des avions employés par les forces de l'Entente ainsi que d'un bref récapitulatif sur les moteurs et les armements. A mon sens cela ressemble trop à du remplissage, alors que Champs de bataille a montré qu'elle était capable de faire, quand elle le voulait bien, d'excellents thématiques (je pense en particulier à celui relatant l'affrontement des Romains contre les Parthes des origines à Auguste). Une quantité d'articles bien écrits et reliés entre eux justifient davantage le prix de ces hors-séries. Ce genre de magazines n'a pas vocation à se transformer en dictionnaire ou encyclopédie -ce n'est pas porteur car il existe d'autres façons bien plus simples et utilisées, aujourd'hui, de trouver ce genre d'informations...

On trouve à la fin du volume -miracle !- une bibliographie récapitulative, qui donne une caution méthodologique à l'ensemble. On attend mieux, cependant, au prochain numéro du thématique.

mercredi 10 février 2010

Christophe BEC, Dylan TEAGUE, Christophe ARALDI et Xavier BASSET, Le Casse, volume 1 : Diamond, Paris, Delcourt, 2010, 64 p.

Delcourt lance en ce début 2010 une nouvelle collection de BD sur une idée originale : 6 casses en albums sur un an, à raison d'un volume tous les deux mois, le tout à grand renfort d'artillerie avec un mini-site dédié à l'opération. Et c'est parti pour ce premier volume, Diamond, qui prend place dans la glaciale Sibérie (les amateurs de la Russie poutinienne apprécieront à n'en pas douter !).

Au final, le scénario est pas mal pensé, tient bien la route jusqu'à la fin avec certains rebondissements qui ne plombent pas tout dès le début, bien heureusement. Quant au dessin, je ne suis pas un spécialiste mais il me semble assez fin et travaillé -notamment sur les cases plus grandes où les détails sont assez nombreux. Sur le fond de l'histoire, pas trop d'originalité puisque l'on tombe sur quelques stéréotypes éculés à propos de la Russie -même si l'intérêt de ce volume, me semble-t-il, est d'évoquer le problème de la criminalité organisée et mondialisée -grand sujet de travail ce temps-ci chez les universitaires, avec l'atlas des éditions Autrement sur les mafias par exemple ou l'un des derniers numéros de la revue Questions Internationales justement consacré à la mondialisation supposée des activités criminelles.

Bref, une série à découvrir indéniablement. Le prix est en conséquence de l'opération marketing, cependant (14,95 euros le volume, tout de même). Bourses sensibles s'abstenir.




Champs de bataille Seconde guerre mondiale n°5

Dernier numéro en vente de la revue Champs de bataille Seconde guerre mondiale, déclinaison du magazine Champs de bataille spécifiquement consacrée au dernier conflit mondial. Numéro un peu particulier car il est composé pour l'essentiel d'un énorme article consacré à la bataille de Leyte, avec un focus sur la bataille de Samar, point critique de l'affrontement. Hélas, et c'est malheureusement un défaut récurrent du magazine, alors que je refeuillette la quarantaine de pages en question pour écrire ce billet, on ne trouve  aucune bibliographie indicative qui vienne récapituler les ouvrages d'où sont tirées les informations et analyses présentées. C'est assez dommage car si le magazine ne se veut pas une revue universitaire -ce n'est pas son objectif-, une façon plus scientifique de procéder renforcerait à la fois sa crédibilité tout en faisant pièce à la concurrence -nombreuse sur cette thématique et qui, pour l'immense majorité, ne procède pas non plus de la façon qui me semble la meilleure. A savoir suivre une démarche scientifique ou quasi.

Le seul article de ce numéro qui relève de mes critères de lecture est celui de Jean-Philippe Liardet sur les Kampfgruppen et Panzer-Brigaden. Intéressantes analyses à parcourir, avec une bibliographie pour approfondir si on le désire.

Isabel DE MADARIAGA, Ivan the Terrible, Yale University Press, 484 p.

Petite mention pour ce livre très dense écrite par une spécialiste anglo-saxonne de la question : une biographie du tsar Ivan le Terrible (1530-1584), dont le règne tourmenté mais important pour l'histoire russe a été récémment porté sur les écrans de cinéma.

Le débat historiographie est très vif sur le personnage d'Ivan le Terrible, notamment en raison du manque de sources fiables et de la crédibilité de celles généralement prises pour traiter du règne. L'historienne livre ici sa propre interprétation. En ce qui me concerne, je reste sur ma faim concernant les campagnes militaires d'Ivan le Terrible mais ce n'est pas le propos de l'ouvrage, évidemment. La lecture nécessite en tout cas une réelle patience car il y a beaucoup d'informations à "digérer".

Création de la liste de blogs

Ca y est, j'ai enfin pris le temps de créer ma liste de blogs (provisoire bien sûre, il y aura des ajouts au fil du temps).
On y retrouve la plupart de ceux présents sur Ifriqiya plus quelques autres que j'avais "stockés" dans l'attente de les mettre ici.

mercredi 3 février 2010

Questions Internationales n°37 : Le Caucase, un espace de convoitises

Ce numéro de la revue Questions Internationales, publiée par la Documentation Française, consacre son dossier au Caucase, à la suite du conflit russo-géorgien d'août 2008 que j'avais à l'époque assez travaillé sur la toile, notamment pour la dimension militaire.

On lira ainsi avec plaisir l'article d'introduction de Jean Radvanyi -bien plus synthétique et cohérent que son travail en collaboration au sein de l'Atlas géopolitique du Caucase paru récemment chez Autrement, et pourvu d'ailleurs d'illustrations améliorées de celui-ci !-, celui de Taline Ter Minassian sur les transitions politiques des trois Etats sud-caucasiens, la réflexion de Thorniké Gordadzé sur la géopolitique et les rivalités des grandes puissances dans la région, celui d'Annie Jafalian sur l'enjeu énergétique et enfin celui de Gaïdz Minassian sur le Caucase Sud entre les anciens empires.

Dans le reste de la revue, on peut également parcourir l'article de synthèse de Christophe Chiflet sur la Serbie depuis la chute de Milosevic et celui de Gérard  Le Bouëdec sur les compagnies des Indes.

Bref, un excellent numéro, à découvrir.

Napoléon Ier n°54 (novembre-décembre-janvier 2010)

C'est la première fois que j'achète cette revue consacrée au Premier Empire qu'il m'était souvent arrivé de feuilleter. J'ai eu tout simplement envie de voir ce que cela valait, par rapport à Champs de bataille par exemple, qui commence aussi à se spécialiser (avec une revue entièrement consacrée à la Seconde guerre mondiale).

Comme Champs de bataille, la qualité des articles est variable selon les auteurs. Mais il y a beaucoup de choses intéressantes comme cet éphéméride au début de la revue et la section "Autour de l'empereur", mettant face-à-face un portait de Napoléon et une scène de la vie quotidienne sous l'Empire. Ou encore la partie "Images de la légende" consacrée ici au passage du Grand Saint-Bernard lors de a campagne de 1800 menant à Marengo. Quant aux articles, certains sont écrits par des universitaires (Napoléon à table par Jacques-Olivier Boudon) et pas des moindres (le grand maréchal Bertrand par Thierry Lentz qui a signé le Que Sais-Je sur Napoléon Ier). Mais d'autres sont de la plume de personnes qualifiées d'"historien", sans que l'on sache vraiment ce que cela recouvre. L'article central de ce numéro sur les marins de la Garde ne comprend ainsi aucune bibliographie, même sommaire. Celui sur la campagne de Soult au Portugal non plus. Cela est dommage : une démarche de vulgarisation propre à ce genre de magazine ne peut néanmoins se passer de rigueur dans la méthode historienne ! M. Pierre Branda, auteur d'un article de synthèse sur le coup de bourse des Rothschild à Waterloo, légende ou réalité, qui visiblement n'est pas historien de formation, mentionne tout de même deux ouvrages de référence (dont le sien).

Au final, une revue intéressante par bien des aspects, mais dont il faut sélectionner les articles pour être satisfait de sa lecture.

Viviane MOORE, Les dieux dévoreurs, Grands Détectives 4284, Paris, 10/18, 2009




















Sixième aventure de Tancrède le Normand désormais partie prenante du royaume de Sicile. Un tome dans la lignée des précédents, mais que j'ai trouvé sombre, comme l'était le dernier (bien que l'adjectif sombre ne corresponde pas vraiment à la même chose pour les deux). L'intrigue principale n'est pas très excitante, cependant ce n'est pas le coeur du sujet puisque dans ce dernier tome, ce sont plutôt les événements historiques dans lesquels s'insère l'enquête policière qui prennent le dessus -comme le démontre le dénouement final du livre. La démarche de Viviane Moore est par ailleurs intéressant puisqu'elle présente toujours une bibliographie indicative, un glossaire des termes difficiles utilisés et des biographies des principaux personnages de l'époque qui sont évoqués ici et là dans le fil de l'histoire. Dans ce volume, on trouve également une carte de Palerme, la capitale du royaume normand de Sicile, ce qui permet de se repérer plus facilement dans l'action.

La série "Tancrède le Normand" pourrait même être utilisée en classe de 2nde dans le programme d'histoire pour le thème sur "La Méditerranée au XIIème siècle : carrefour de trois civilisations". Il y a en effet beaucoup à prendre là-dedans par rapport aux exigences dudit programmes. Ceci dit, avec la réforme de la classe de 2nde qui va rentrer en vigueur à la rentrée prochaine, cette idée me semble bien compromise, car la Méditerranée au XIIème siècle n'est plus au programme. Bien dommage, d'ailleurs...

Champs de bataille n°31

Le dernier numéro de Champs de bataille, que j'avais présenté rapidement sur Ifriqiya, comprend mon dernier article en date pour la magazine sur la guerre ayant opposé la Géorgie indépendante aux bolcheviks en 1921, conflit aboutissant à l'occupation de la Géorgie par ceux qui vont devenir ensuite les Soviétiques. Cet article de 9 pages, que j'aurais voulu plus long (mais il y aussi des contraintes d'édition), a été en grande partie réalisé avec l'aide de M. Andrew Andersen, spécialiste de l'histoire du Caucase, que je remercie (son site ici). C'est d'ailleurs lui qui a fourni l'essentiel des illustrations de cet article -la source n'est pas mentionnée dans le magazine, et cela est fort dommage. Je remercie aussi M. François-Xavier Nérard, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne, qui m'a fourni plusieurs articles pour ce sujet.

Concernant le reste du magazine, j'ai maintenant pris le parti de ne lire que les articles munis d'une bibliographie digne de ce nom, dans le respect d'une démarche historienne que je m'applique à respecter de mon côté quand je propose des articles à Champs de bataille. Deux articles sont donc à lire ici : celui sur la base navale britannique de Scapa Flow, et surtout celui sur le siège de Bomarsund (1854) pendant la guerre de Crimée, très intéressant.

De manière générale, j'aimerai que le magazine Champs de bataille s'attache plus à respecter, justement, cette fameuse démarche historienne par la mention systématique de bibliographies dans les articles et également pour les illustrations, quand un effort a été fait dans ce sens.