samedi 30 janvier 2010

Julien BLONDEL, Alain BRION, L'épopée de Gilgamesh, tome 1 : Le trône d'Uruk, Soleil, 2010, 52 p.

Une nouvelle série de BD, cette fois, normalement prévue en trois tomes, et dont voici le premier qui est prometteur. Julien Blondel et Alain Brion s'inspirent ici de l'épopée de Gilgamesh, l'une des oeuvres littéraires les plus anciennes de l'humanité puisqu'elle remonte quasiment à deux mille ans avant J.-C. . N'ayant jamais lu l'oeuvre -ce qui maintenant, ne saurait d'ailleurs tarder-, je ne m'attache pas ici à des considérations historiques sur le fond mais simplement à donner mon avis sur la bande dessinée elle-même.

Au moment de l'achat, le dessin m'avait un peu rebuté, mais le sujet m'intéressant, j'ai quand même décidé de la prendre. Et je ne le regrette pas. L'histoire est très bien construite et le graphisme, en définitive, plutôt accrocheur.

Ames sensibles, s'abstenir : l'épopée de Gilgamesh, comme toute épopée qui se respecte, ce sont du sang, de la sueur, des larmes, et en fin de compte, une victoire (!). Le volume s'ouvre sur une scène de bataille dont on peut apprécier, déjà, les détails (combattants propulsés en l'air, fureur des hommes et des animaux). La trame de l'histoire fait largement appel au panthéon mésopotamien et à des détours par le magique et l'érotisme. On note aussi la finesse de certains paysages dans les cases plus grandes. Certaines analyses comparent déjà cette BD à l'univers de Conan le Barbare, ce qui est assez vrai, de fait.

La BD a fait l'objet d'un certain travail de documentation, puisque l'on retrouve en fin de volume une carte de situation générale, des biographies des principaux personnages évoqués que complète, au départ, une partie Sources comprenant notamment les ouvrages de Jean Bottéro, grand spécialiste français de la chose.

J.-P. GOURMELEN, A.H. PALACIOS, La légende d'Alexis Mac Coy, Paris, Dargaud, 1977,60 p.

Une BD assez ancienne que j'ai achetée dernièrement car je suis dans une phase de lecture "guerre de Sécession". Mais aussi parce que cette BD fut l'une des premières que j'ai parcourues lorsque, collégien, j'ai commencé à m'intéresser à l'histoire, et surtout à l'histoire militaire.



Evidemment, en une quinzaine d'années, le regard change comme la personne a changé. Mais cette relecture, non contente de me procurer d'agréables souvenirs de jeunesse, m'enthousiasme encore aujourd'hui. Le personnage d'Alexis Mac Coy dépeint par les deux auteurs de la bande dessinnée suscite toujours autant d'admiration. Un personnage auquel, sans doute, on s'identifie facilement lorsqu'on est jeune. Pourtant le parti pris est original puisqu'à l'inverse des Tuniques Bleues ou de Blueberry, c'est à un officier confédéré auquel on a affaire ici.

Depuis, c'est certain, l'on a fait mieux en matière de dessin. Cependant le dessinateur fait montre d'un certain talent lorsqu'il s'agit, notamment, de représenter les émotions des personnages, figés, sur leurs visages. Il sait aussi jouer de la luminosité tout au long des cases de l'album. Quant au scénario, il se suit facilement. Quelques détails historiques sont un peu négligés (le portrait du général Hood, par exemple, ou une erreur de date qui apparaît à un endroit) mais l'ensemble reste de bonne facture. Ce premier album est suivi de 20 autres, que je n'ai pas tous parcouru étant collégien : cela laisse encore la porte ouverte ici à quelques réflexions sur de prochaines lectures !

vendredi 29 janvier 2010

Sitographie : The Beast

Quelques liens pour compléter mon analyse du film The Beast.


Sur le T-62 :




Ci-dessous, quelques vidéos montrant des T-62.







Sur la guerre soviétique en Afghanistan (1979-1988) :




Sitographie : Gettysburg













Quelques liens sur la bataille de Gettysburg.


 





jeudi 21 janvier 2010

The Beast (ou The Beast of War, 1988) de Kevin Reynolds







1981, près de la route de Kandahar, en pleine guerre entre Soviétiques et Afghans. Une section de 3 T-62 russes attaque et détruit sous un déluge d'obus un village afghan isolé au coeur d'une vallée entourée de montagnes. Après l'attaque, l'un des T-62 se trompe de route et s'égare sans le savoir dans une passe dont l'entrée est le seul point de passage, puisqu'elle se termine en cul-de-sac. Pendant ce temps, les moudjahidines habitant le village, partis dans les montagnes, reviennent chez eux pour retrouver des ruines. Encore sous le deuil de son père tué dans l'assaut des chars soviétiques, le nouveau khan du village pachtoun part à la poursuite du char isolé repéré par une deuxième bande de combattants afghans...

Ce film n'a pas connu un grand succès médiatique à sa sortie, en 1988, c'est à dire au moment même où les Soviétiques abandonnaient l'Afghanistan ravagé par pas loin de dix années de conflits. Et pourtant, il vaut le déplacement, et pas seulement par sa thématique guerrière. Cela ne surprend guère puisqu'il a été réalisé par Kevin Reynolds, co-auteur avec John Milius de l'Aube Rouge (1984), film uchronique qui mettait en scène l'invasion des Etats-Unis par les Soviétiques et leurs alliés dans une Troisième guerre mondiale apocalyptique. Mais Reynolds est surtout connu pour avoir réalisé le Robin des Bois prince des voleurs avec dans le rôle titre, Kevin Costner.



















Toute l'action du film autour du T-62 soviétique isolé de la route de Kandahar ; en fait, plusieurs T-55 ont été employés, mais le char qui donne son nom au film (la Bête, ou Goliath, comme le proclame un saint homme tournant autour d'un feu croisé par les Pachtouns à la poursuite du blindé, qui attribue au jeune khan du village le rôle de David) est en réalité un Ti-67 Tiran, c'est à dire un T-54/55 capturé par les Israëliens et rééquipé d'un canon de 105 mm, qui donne en fait au char sa ressemblance avec un T-62 (armé lui d'un canon de 115 mm).

La scène d'ouverture de l'attaque du village pachtoun par les trois chars soviétiques peut laisser penser qu'on à faire à un grossier film de propagande pro-occidental concernant la guerre en Afghanistan : tirs à vue sur les civils, empoisonnement des sources d'eau, utilisation de gaz de combat, représailles sanglantes et sadiques contre les combattants afghans capturés, etc. Mais, en fait, le scénario se complexifie au fur et à mesure des minutes.

L'équipage de la "bête" lui-même est pétri de contradictions : le chef de char, ancien de Stalingrad où, âgé de 8 ans, on l'a envoyé bombarder les chars allemands à coups de cocktails Molotov, vétéran de la guerre sino-russe où son char a été pratiquement détruit par un tir de RPG, ne vit que pour la cause soviétique et sa machine de guerre. Sa dureté et son fanatisme sont contrebalancés par la présence du conducteur, jeune intellectuel frondeur guère soumis à l'orthodoxie communiste, et qui dès les premières minutes suivant l'assaut du village s'oppose déjà à son supérieur. L'équipage compte aussi un Afghan, Samad, considéré comme un traître par le chef de char, mais qui apprend à Koverchenko (le conducteur) les règles du code tribal pachtoun qui, en définitive, lui sauveront la vie. Le chargeur (un jeune soldat influençable) et le canonnier (un tireur d'élite violent et amateur de boisson) complètent cette équipe pour le moins hétéroclite, dont les déchirements constituent l'un des versants du film, à l'image des troupes soviétiques engagées en Afghanistan.

Les Pachtouns, quant à eux, présentent les mêmes contradictions. Le jeune khan du village doit venger ses parents tués dans l'assaut soviétique, mais se montre un chef à la grandeur d'âme exemplaire. Le cousin Mustapha, à l'inverse, symbolise la version pillarde de l'organisation tribale des Pachtouns : il ne veut que sa part de butin dans la chasse au T-62. Les combattants pachtouns suivent d'ailleurs en grande partie Mustapha dans la scène où ils trouvent l'hélicoptère Mi-8 (en fait un Super Frelon) abandonné près du point d'eau après la mort de son équipage. L'armement fruste des guerriers du village est compensé par ceux des hommes de Mustapha (qui arbore d'ailleurs plusieurs décorations soviétiques prises sur des cadavres), mais aucun ne sait se servir du lance-roquettes RPG-7 unique en leur possession. Il faudra la rencontre avec Koverchenko pour venir à bout de l'arme remise aux chasseurs par les femmes du village, parties au début du film à l'assaut des T-62 soviétiques à coups de pierre et victimes de l'utilisation de gaz de combat.



Car la bête ne pourra être mise à mort par les Pachtouns, trop prompts à se laisser entraîner dans quelques pièges savamment disposés par l'équipage du char pour protéger sa retraite. Mais la cruauté sans bornes du chef de char culminant dans la mise à mort de Samad pousse finalement Koverchenko à franchir les limites de la discipline militaire, ce qui lui vaut d'être abandonné en pâture aux Pachtouns par ses camarades. Par ses échanges avec Samad, toutefois, Koverchenko arrive à sauver sa vie et à intéger le groupe des poursuivants afghans qui ont besoin de lui pour manipuler le RPG-7, dont la détente défectueuse est sommairement rafistolée avec un Lee Enfield britannique aux mains des moujahidines, ceux-ci étant paradoxalement les dépositaires de l'armement laissé par les différents envahisseurs du pays. Le duel entre la bête et David tourne finalement à l'avantage des chasseurs, mais  ce n'est pas le RPG qui emporte la décision : ce sont les femmes du village qui veulent appliquer la loi du talion du code tribal pachtoun alors que le khan a exercé un autre devoir : celui de l'asile, Nanawatai, titre de la nouvelle qui a inspiré le film. Le chef de char, qui veut garder sa dignité malgré sa défaite, n'est épargné par Koverchenko et les Pachtouns que pour tomber sous les pierres des femmes ivres de vengeance.



Il y a donc plusieurs grilles de lecture dans ce film : le récit d'une guerre sans pitié, où les Soviétiques déploient un arsenal disproportionné et terrible pour venir à bout d'une population encore au stade du Moyen Age. Mais derrière la cruauté de la guerre, le réalisateur pointe aussi l'incapacité des Soviétiques à gagner le soutien de la majorité des Afghans : c'est le personnage de Samad, pourtant membre du Parti mais exécuté par le chef de char qui ne le voit que comme un traître en puissance. Un chef de char obstiné, dur, impitoyable, forgé à chaud dans les épreuves sanglantes de la Grande Guerre Patriotique, si importante pour comprendre l'histoire de l'URSS. Mais son adversaire, Koverchenko, bien que symbolisant une liberté et une ouverture d'esprit, n'en choisit pas moins à la fin du film de retourner dans les lignes soviétiques : la rencontre avec les Pachtouns n'aura donc été que le fruit du hasard, et la conclusion du réalisateur semble pessimiste : les deux mondes, russe et afghan, paraissent ne devoir jamais se comprendre, ce qui fait écho sans aucun doute au retrait soviétique d'Afghanistan la même année (1988). Les contradictions sont aussi présentes du côté pachtoun : à l'opposition symétrique entre le jeune khan noble et fier et son cousin veule et pillard, s'ajoute une inversion des valeurs puisque ce sont les femmes qui incarnent la fonction virile en châtiant les destructeurs du village alors que les hommes exercent le droit d'asile et l'hospitalité à l'égard du prisonnier russe devenu un allié dans la traque de la Bête.

Même le paysage reflète les contrastes du propos : la passe où s'engage le char n'est finalement qu'une impasse se terminant par un précipice, à l'image de l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Et le retour ne se fait pas sans pertes, sans incompréhension et regrets dans ce choc entre deux mondes. Les vainqueurs ne sont-ils finalement que les chiens errant dans les paysages désertiques, que l'on voit au début du film et dans plusieurs scènes ensuite, à l'image du cousin du jeune khan s'emparant de l'hélicoptère soviétique abandonné ?


mercredi 20 janvier 2010

Carl SMITH, Adam HOOK, Gettysburg 1863. High tide of the Confederacy, Campaign 52, Osprey, 1998, 128 p.




Ce volume de la collection Campaign des éditions Osprey, écrit par Carl Smith et illustré par Adam Hook, traite de la célèbre bataille de Gettysburg, qui marque l'un des tournants de la guerre de Sécession en faveur du Nord.


On a à faire ici à une édition augmentée d'un volume Campaign normal qui compte d'ordinaire 96 pages. Mais la présentation rapide des origines de la bataille prend rapidement la forme d'une chronologie, ce qui en réduit l'intérêt. Il est également dommage que les deux armées en présence ne soient pas détaillées davantage (organisation, armement, structure, encadrement, etc). On trouve en revanche un ordre de bataille détaillé qui satisfera tous les amateurs.


Le récit de la bataille elle-même est bien mené. On peut apprécier en particulier un retour, à côté de la bataille de Gettysburg proprement dite, sur les engagements de cavalerie avant les trois jours de combat (bataille de Brandy Station) et le troisième et dernier jour, celui de la charge désastreuse de la division Pickett (3 juillet 1863, bataille de Lott's Farm). Car ces engagements de cavalerie voient la fin de l'écrasante domination sudiste en termes de cavalerie : pour la première fois depuis 1861, cavaliers bleus et gris font presque jeu égal (avec un certain Custer du côté des tuniques bleues).


Les cartes 3D de ce volume Campaign sont peu lisibles comme toutes celles des volumes anciens de cette collection, car elles sont trop surchargées d'informations et celles-ci ne sont pas hiérarchisées (défaut corrigé sur les volumes récents). On aurait préféré plus de cartes du type de celle présente p.11, infiniment plus lisibles. Les dessins d'Adam Hook sont agréables mais ce ne sont peut-être pas les meilleurs chez Osprey.


Petit regret : une bibliographie un peu succincte qui est rapidement présentée en tête d'ouvrage, sans être disposée comme souvent à la fin. Dommage, car la production anglo-saxonne est légion sur la bataille.


Pour le plaisir, voici l'extrait du film Gettysburg (1993) montrant la charge de Pickett le dernier jour de la bataille.





samedi 16 janvier 2010

Sitographie : Agora




Avant le résultat de mes lectures à venir sur les différents thèmes ou personnages clés dont il est questions dans ce film, je vous propose une petite sitographie thématique -que je complèterai dans les semaines à venir-, fruit de quelques recherches rapides ce samedi.


Sur Hypatie d'Alexandrie :







Sur Cyrille d'Alexandrie, évêque important du Vème siècle ap. J.-C. :





Ses oeuvres en ligne (en anglais, vers le milieu de la page).



Sur la destruction du Serapeum d'Alexandrie en 391 :








Sur Alexandrie :



Le Centre d'Etudes Alexandrines créé par Jean-Yves Lempereur, spécialiste français du lieu.



Sur Synésios de Cyrène :



Présentation de Synésios de Cyrène.


Sitographie sommaire sur le Caucase




Je présenterai maintenant rapidement, pour chaque ouvrage abordé sur le blog, une sitographie sommaire permettant de creuser un peu plus le thème majeur abordé par chaque livre. Je commence par le Caucase, objet du récent atlas des éditions Autrement que j'ai commenté l'autre jour.


Caucaz.com (site d'informations générales sur le Caucase).

Caucasian Knot (site d'informations générales sur le Caucase).

Civil.Ge (site d'informations géorgien).

ONG russe Memorial (sur le Nord-Caucase).

La section Caucase de la revue en ligne Regards sur l'Est (bien vérifier la nature des intervenants, de qualité hétéroclite).

Caucasian Review of International Affairs (revue anglo-saxonne spécialisée sur le Caucase).

The Central Asia-Caucasus Analyst (journal bihebdomadaire du programme "Route de la Soie").





vendredi 15 janvier 2010

Agora





Il y a bien longtemps que je n'étais pas allé au cinéma. Grave erreur, à de nombreux points de vue. Mais j'ai commencé à réparer ce tort en allant voir ce soir, avec mon épouse, un film au titre évocateur : Agora. J'avais seulement entendu parler de ce film et lu la critique qu'en avait fait Olivier Kempf sur EGEA. Je n'avais pas creusé davantage pour me faire mon propre avis simplement en regardant le film sur grand écran. Eh bien, c'est un bon film. Est-ce un grand film ? Je ne sais pas. En tout cas, il fait partie de ces films qui assurément vous rendent plus intelligents, puisqu'il amène à la sortie tout un tas de questions (et même sans être historien de formation).

- la reconstitution d'Alexandrie à la fin du IVème siècle est époustouflante : les vues aériennes de la ville sont sublimes, et le réalisateur a bien su rendre l'atmosphère survoltée de cette grande métropole de l'Empire romain d'Orient en devenir, sous le règne de Théodose. C'est surtout l'intervention des différentes catégories sociales et des groupes de la cité qui me semblent bien rendues : plèbe pauvre et désoeuvrée, agitateurs, aristocrates, membres des différents groupes religieux... il y a là un bouillonnement qui sonne assez juste. Je regretterai juste, spécialité oblige, le pauvre rendu des soldats romains de cette fin du IVème siècle de notre ère (les pauvres ressemblent à des soldats du temps d'Auguste). Mais en revanche, le reste est assez bien fait. Premier bon point.

- deuxième bon point : la construction du film, qui est solide. La preuve : on ne voit pas le temps passer (et ça dure pourtant plus de deux heures). Hormis la romance entre Hypathie et son esclave qui aurait pu être évacuée (c'est le seul point qui alourdit l'ensemble à mon goût), le reste est très intelligent. Le film cède peut-être parfois à un certain manichéisme (la figure de Cyrille, l'évêque d'Alexandrie, peut le laisser penser, mais c'est un personnage bien plus complexe qu'il n'y paraît dans le film), mais jamais à outrance. Nous ne sommes pas dans une production hollywoodienne stéréotypée (du type Avatar), mais bien dans une réflexion sur des enjeux présents à l'époque, qui résonnent encore aujourd'hui : c'est peut-être la clé d'explication et de lecture du film. La foi, la science, la libre pensée, la confrontation du politique et du religieux, les choix et le libre-arbitre, la raison et l'obscurantisme aveugle, la paix et la violence, autant de thèmes qui sont présents et qui s'incarnent dans différents personnages. L'histoire du film n'est pas l'enjeu, puisque les événements sont connus d'avance, tout comme la fin -tragique- d'Hypatie : mais c'est bien un message que l'on veut faire passer ici, dans notre société et notre monde qui n'en finit pas de changer et de s'interroger. C'est peut-être la morale à extraire de cet excellent film.

- dernier point : en bon historien, le film m'a donné envie de bien des lectures. J'en ferai et je rajouterai quelques mots sur le fond ensuite. Car il est inutile de critiquer la reconstitution tant qu'on n'a pas matière à le faire en détails !

La bande annonce ici.



Jean RADVANYI et Nicolas BEROUTCHACHVILI, Atlas géopolitique du Caucase, Russie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan : un avenir commun possible ?, Paris, Autrement, 2009, 80 p.








Voilà un nouvel opus des éditions Autrement qui s'intéresse à l'une des régions les plus « chaudes » du globe: le Caucase, revenu récemment sur le devant de la scène mondiale avec la guerre ayant opposé Ossétie du Sud et Géorgie en août 2008, guerre immédiatement suivie de l'intervention russe et de l'affrontement russo-géorgien, militaire d'abord, diplomatique encore aujourd'hui. La reconnaissance par la Russie de l'indépendance des deux républiques d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie le 26 août 2008 a démontré, si besoin était encore de le prouver, que Moscou n'entend pas laisser les Occidentaux rogner sur sa sphère d'influence dans la région. Cet atlas qualifié de géopolitique, que l'on peut donc entendre au sens de l'impact sur l'espace des conflits entre Etats, essentiellement -mais pas seulement-, fait le tour d'un monde qui fascine, et que l'on convoite. Il a été écrit par Jean Radvanyi, grand spécialiste français de la Russie, et par Nicolas Beroutchachvili, géographe géorgien décédé en 2006.

L'introduction explique le pourquoi de cet atlas géopolitique : le Caucase est en effet très présent dans notre actualité quotidienne ces dernières années, et encore plus depuis la guerre de 2008 intervenant en plein milieu des Jeux Olympiques de Pékin. Mais c'est aussi un carrefour de cultures, de religions, de civilisations, et ce depuis l'Antiquité (que l'on pense à la Colchide de Jason et ses Argonautes, avec la mythique Toison d'Or) ; un carrefour qui fascine, aussi bien les Occidentaux d'ailleurs que les Russes conquérants du XIXème siècle ou les savants contemporains. Le Caucase a effectué un « retour » sur la scène mondiale depuis la chute de l'URSS : les tensions réfrénées par le pouvoir soviétique ont pu alors s'exprimer, souvent dans la violence ; les ressources en hydrocarbures attirent les grandes puissances ; enfin, les Etats-Unis cherchent à prendre pied dans la région pour barrer la route du Moyen-Orient à la Russie. A tel point qu'on en vient à parler de nouveau « Grand Jeu », en référence à cette expression séculaire désignant la rivalité entre Russes et Britanniques en Asie centrale, au XIXème siècle. Les deux auteurs définissent aussi l'utilisation des termes Sud-Caucase (Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan) et Nord-Caucase (les sujets de la fédération de Russie touchant au Caucase). Mais assez curieusement, la première carte de l'atlas présente dans cette introduction présente les religions (!) dans une région élargie jusqu'à la Méditerranée orientale et la péninsule arabique.








Le plan n'est pas présenté dans l'introduction ; il apparaît sur le rabat de couverture comme c'est le cas dans tous les atlas Autrement. Il est assez difficile à suivre : les quatre parties (un carrefour convoité, la montagne des peuples, une économie entre crise et mutation, une montagne sous tension) ne présentent pas forcément une cohérence d'ensemble. La première partie (un carrefour convoité) apparaît très disparate : une double page présente rapidement l'historique de la région (avec une intéressante tentative de définition : le Caucase, frontière entre Asie et Europe ?), et deux autres traitent des ambitions des Etats indépendants durant la brève période consécutive à la révolution russe (1918-1921) et du découpage soviétique qui explique bon nombre de tensions actuelles. Mais assez curieusement ensuite, il est question des reliefs et du climat, et la partie se termine sur une double page « Environnement et sécurité », certes intéressante, mais dont a du mal à trouver le sens ici. La partie aurait gagné à être plus axé sur l'histoire du Caucase : Antiquité, période médiévale, et surtout intervention russe, sans parler de cette période d'indépendance de trois années fondatrice pour les trois Etats du Sud-Caucase, et en particulier pour la Géorgie. La deuxième partie de l'atlas, la montagne des peuples, est déjà beaucoup plus solide : elle décortique les faits, langues, religions, ethnies, présence russe, démographie, migrations et problèmes économiques. La troisième partie, la plus importante en volume, est consacrée à l'économie : il est remarquable de constater son poids dans un atlas, qui se veut géopolitique, du Caucase ! Certes, cette dimension est incontestablement importante, mais d'autres ne le sont pas moins. Comme dans la plupart des atlas Autrement, on peut contester certains figurés utilisés sur les cartes, qui renvoient à une manière de faire de la géographie quelque peu datée. Les contrastes sur ce point sont très visibles dans cet atlas : si le défaut se relève facilement sur la carte p.37 (les spécialisations soviétiques 1940-1980), la carte de la p.41, un peu plus loin, est dans la même dérive. Alors que d'autres n'ont pas ce travers (p.52-53, parcs naturels et tourisme). La partie se termine par une présentation individuelle des trois capitales du Sud-Caucase : Bakou, Erevan et Tbilissi, complétées par Sotchi, lieu d'accueil des futurs JO d'hiver en 2014. Avec ce dernier exemple, en revanche, l'on revient à des préoccupations pour le coup pleinement géopolitiques (présence de l'Abkhazie voisine, tensions non apaisées après le conflit de 2008, etc). Avec la dernière partie (une montagne sous tension), on a l'impression d'arriver enfin à quelque chose qui aurait dû venir en premier, puisqu'il est question ici des conflits en gestation au moment de la fin de l'URSS et qui se prolongent après sa chute (Haut-Karabagh, etc) et de ceux apparus après celle-ci (Tchétchénie, provinces séparatistes géorgiennes, etc).







La conclusion de l'atlas intègre le Caucase dans un nouveau « Grand Jeu » que j'évoquais tout à l'heure. Les deux auteurs insistent beaucoup sur l'intervention d'acteurs extérieurs pour expliquer les crises, les tensions et les conflits présents, encore aujourd'hui dans le Caucase. Sans exonérer cependant la responsabilité, par exemple, des trois Etats du Sud-Caucase et des choix qu'ils ont opérés. La Géorgie, en particulier, forte de sa volonté d'intégration au sein de l'Occident, a joué avec le feu en 2008 et a perdu. L'Azerbaïdjan, lui aussi plutôt tourné vers les Etats-Unis, a su conserver un équilibre plus savant avec l'ancienne puissance tutélaire. Seule l'Arménie, isolée plus au sud, a continué à jouer la carte moscovite pour former un axe nord-sud venant prendre de travers l'axe ouest-est, passant par la Turquie, le Caucase et débouchant en Asie centrale, que tentent de construire les Américains. Une construction encore bien fragile, comme l'a montré le regain de puissance russe à l'occasion du conflit de l'été 2008.







L'atlas est complété par une fiche de chaque pays du Caucase ainsi que de chaque sujet de la Fédération de Russie traité en son sein, plus une bibliographie-sitographie-filmographie.







Au final, l'impression est assez mitigée : la bonne facture d'ensemble du travail ne compense pas un plan pour le moins erratique qu'on a du mal à suivre, et qui laisse un peu perplexe. La géopolitique n'intervient finalement qu'assez tard : était-il vraiment nécessaire de consacrer tant de pages à la dimension économique ? Les enjeux proprement géopolitiques attachés au Caucase en souffrent manifestement en termes de contenu. On peut le déplorer, mais on se plongera d'autant plus vite dans la lecture d'autres livres traitant du même sujet, pour compléter cet atlas en demi-teinte.

jeudi 14 janvier 2010

Historicoblog (3) : renaissance

Bonjour à tous,
Il y eut un jour Historicoblog premier du nom, puis il y eut Historicoblog (2) qui me mit en contact notamment avec la blogosphère francophone traitant des questions de défense et de sécurité...
Puis il y eut Ifriqiya, Histoire, politique et défense en Afrique, tentative avortée de spécialisation sur le continent africain, que je ne pus malheureusement pas mener à bien.
Avec Historicoblog (3), je voudrais revenir à mes anciennes habitudes, avec un blog plus libre, plus attaché à mes préoccupations du moment, et plus régulier aussi.
En avant donc pour cette quatrième aventure dans le monde passionnant des blogs !