samedi 27 août 2016

Mourir pour le califat 41/La vérité avec le convoi-wilayat Ninive

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn

Titre : La vérité avec le convoi.

Durée : 16 minutes 9 secondes.

Lieu(x) : aucun lieu n'est mentionné.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : dans la séquence 1, on reconnaît une pièce et des combattants vus dans la vidéo montrant la contre-offensive ratée de début mai au nord de Mossoul de la wilayat Ninive.

La séquence 3 est composée d'images d'archives remontant à 2012-2013.

Les 3 dernières séquences se déroulent en 2016.

Type de vidéo : c'est une vidéo de pure propagande, l'EI utilise de vieilles archives et évoque surtout ses kamikazes.

Découpage (séquences) :

1 : 15" - 3'45", discours de Zarqawi, images de tirs.
2 : 3'45" - 5'01", images de combats.
3 : 5'01" - 11'45", camp au désert de 2012-2013.
4 : 11'45" - 13'15", entraînement.
5 : 13'15" - 13'49", discours d'un kamikaze.
6 : 13'49" - 16'09"; kamikaze et images diverses.

Forces attaquées/adversaires : armée irakienne.

Good Kill (2014) d'Andrew Niccol

Le major Thomas Egan (Ethan Hawke) est un ancien pilote de F-16 en Irak, mis au sol et reconverti dans le pilotage de drones MQ-9 Reaper à partir d'une base aérienne près de Las Vegas, au Nevada. Les Reaper sont utilisés pour frapper des cibles en Afghanistan et ailleurs dans le monde, là où les Etats-Unis mènent la "guerre contre la terreur". Respecté pour son calme et son sang-froid, Egan, en réalité, déteste sa nouvelle fonction ce qui n'est pas sans poser problème lorsqu'il revient à la maison, dans une banlieue suburbaine, pour retrouver sa femme et ses deux enfants...

On a connu le réalisateur Andrew Niccol mieux inspiré (The Truman Show, en 1997 ; Lord of War en 2005). Le sujet promettait pourtant : l'utilisation des drones en situation de guerre et toutes les questions relatives à leur emploi.

Malheureusement tout cela passe à la trappe. Le réalisateur préfère se concentrer sur le mal d'un vivre d'un pilote de chasse frustré de ne pas pouvoir voler et de piloter des drones, qui préfère se saoûler sur la route et chez lui plutôt que de s'occuper de sa femme et de ses enfants (qui font d'ailleurs plus décoration qu'autre chose dans le film). Le réalisateur n'échappe pas non plus à des poncifs quant à l'emploi des drones : la CIA est un modèle de cynisme face à l'exemplarité éthique de l'US Air Force ; les dialogues sont franchement mauvais ; le débat sur l'emploi des drones est réduit à sa plus simple expression. Plus gênant, l'emploi des drones est uniquement justifié par la barbarie de l'ennemi (résumée par la scène finale, en définitive) et le réalisateur a confondu les problèmes psychologiques de l'emploi des drones (qu'il a privilégiés) avec la question de leur emploi tout court (finalement peu et mal traité).







 Good Kill se cherche, du début à la fin. Le discours du colonel aux nouvelles recrues à propos des drones, au commencement du film, est aussi plat que le reste. Il n'apportera malheureusement pas grand chose au débat et aux questions sur l'emploi des drones...






vendredi 26 août 2016

Patrick GALLIOU, La Bretagne d'Arthur. Bretons et Saxons des siècles obscurs, Lemme Edit/Illustoria, 2011, 103 p.

Patrick Galliou est docteur en anglais et en histoire ancienne. Spécialiste du monde celte, en retraite depuis 2007 après avoir été professeur émérite de l'université de Bretagne-Ouest, il signe chez Lemme Edit/Illustoria ce court volume, comme toujours, sur les Bretons et Saxons des siècles obscurs.

Le titre est trompeur car les trois quarts du livre, ou peu s'en faut, sont plutôt consacrés à l'évolution de la Bretagne romaine et ce qui peut expliquer l'abandon de l'île par Rome et l'apparition de nouvelles entités. Le recrutement de mercenaires saxons, leur soulèvement, l'arrivée de nouvelles vagues d'envahisseurs sur l'est de la Bretagne n'aboutit qu'à assimiler les Bretons à la culture des immigrants saxons, donnant naissance à une civilisation originale : telle est l'idée phare de l'auteur dans l'introduction.

Le premier chapitre dresse le portrait de la Bretagne, conquête inachevée à la fin du IVème siècle. Conquise entre 43 et 83, la partie de la Bretagne dominée par Rome est prospère, et a des échanges avec les provinces continentales -Gaule surtout-, notamment en raison des besoins de l'armée. Mais le nord de la Bretagne, au-delà et même en-deçà du mur d'Hadrien, et même le pays de Galles, à l'ouest, n'ont jamais été vraiment romanisés. La Bretagne ne connaît pas de troubles sérieux jusqu'en 367 : la Tétrarchie et la première moitié du IVème siècle voient la richesse s'exprimer dans les villes, et les villas du sud et de l'ouest. La religion païenne est encore présente, le christianisme ne semble s'implanter que dans les villes et l'aristocratie rurale.

Mais la Bretagne est progressivement abandonnée par Rome entre 380 et 420. La grande invasion, certes rebattue, de 367, a laissé des traces : le mur d'Hadrien n'est plus tenu par des garnisons, les Romains tentent d'installer des Etats tampons entre le mur et le sud-est. En 383, Maxime est le premier usurpateur à soulever les troupes de Bretagne et à passer sur le continent : une situation qui se répète jusqu'en 406, où Constantin III prend les troupes avec lui. En 410, c'est le fameux rescrit d'Honorius enjoignant aux Bretons d'assurer eux-mêmes leur défense. Les villes se contractent, les échanges deviennent locaux, le système monétaire romain disparaît, le christianisme continue sa progression.

Peu de sources écrites, jusqu'à la victoire de Chester (615-616) évoquent la Bretagne privée de l'influence romaine. Les stèles constituent une source appréciable. On devine que les anciennes civitates se chargent de gouverner des territoires qui progressivement deviennent royaumes à la fin du Vème siècle. Ceux-ci apparaissent plutôt dans les régions les moins romanisées et une hiérarchie semble s'installer assez rapidement. Les villas romaines se transforment en résidences fortifiées : les petits dynastes locaux mènent leur guerre pour leur propre compte. Etonnament, ces sites, avec une activité artisanale réduite, témoignent de contacts avec l'Aquitaine et jusqu'à l'empire byzantin grâce à des traces archéologiques que l'on retrouve au sud et à l'ouest mais aussi en Irlande. Jusqu'à la fin du VIème siècle, la Bretagne est en contact avec le commerce méditerranéen. A la société romaine succède donc une société aristocratique, renforcée par l'Eglise.

L'arrivée des Saxons change la donne. Pour P. Galliou, les Bretons se sont chargés dans un premier temps des Pictes et des Scots, déboulant de l'ouest et à travers le murs d'Hadrien. Vers 450, un dynaste breton, Vortigern, aurait fait appel à des Saxons, mercenaires, qui décident finalement de se tailler leur propre royaume. Cette migration, contrairement à ce que l'on a dit ensuite, reste limitée : quelques dizaines de milliers de personnes au plus, à partir de 450. Il est difficile, sauf à travers l'archéologie, de saisir les rapports entre Bretons et Saxons. Les Saxons restent longtemps païens, et les conflits Bretons-Saxons comme les guerres intesines sont multiples - pour P.Galliou, la figure d'Arthur n'est d'ailleurs qu'une création légendaire renvoyant à cette époque du "Dark Age" britannique.

L'ensemble est complété par un lexique, une chronologie, une liste de lieux à visiter et une bibliographie. On n'oublie pas bien sûr le livret centrale de 16 pages en couleur, même si des cartes de situation sur la deuxième moitié du Vème siècle et le VIème siècle auraient été utiles. C'est que, comme je l'ai dit au début, l'auteur ne passe que peu de temps à évoquer l'arrivée des Saxons et leur installation en Bretagne, seul regret pour ce volume, lié aussi à un problème de taille, tout simplement.

jeudi 25 août 2016

Fort Graveyard (Chi to suna) de Kihachi Okamoto (1965)

Août 1945, entre l'attaque soviétique sur la Mandchourie déclenchée le 9 et la capitulation japonaise du 15. Dans le nord de la Chine, le sergent Yosugi (Toshiro Mifune) arrive dans une garnison isolée dirigée par le brutal capitaine Sakuma. Yosugi arrive alors que Sakuma fait fusiller un jeune lieutenant, accusé d'être le seul survivant de la garnison d'un petit fortin avancé dont tous les hommes auraient été tués. Yosugi s'élève contre l'exécution et frappe le capitaine. Jeté en prison, il en est sorti pour se voir confier une mission périlleuse : prendre la tête d'un détachement de 17 hommes, parmi lesquels les 14 membres de la fanfare, de jeunes recrues sans aucune expérience arrivées en même temps que lui, et 3 hommes jetés en prison, pour reprendre à la guérilla communiste le fortin perdu. Yosugi va devoir transformer ses hommes en soldat pour accomplir un tâche qui s'annonce suicidaire...

Chi to suna est assurément un film à voir dans le cinéma de guerre japonais. Okamoto est lui-même un vétéran japonais de la Seconde Guerre mondiale, où il a servi dans l'aviation. Un tiers de sa filmographie ou presque est ainsi consacrée aux films de guerre. Il a connu son apogée dans les années 1960.





Ce film est produit par Toshiro Mifune, l'acteur qui joue le rôle du sergent Yosugi. Le choix du lieu, le nord de la Chine (Mandchourie ?), indiqué dès le début du film, met déjà le spectateur dans l'ambiance, ainsi que la première séquence : on est parmi les troupes japonaises à la toute fin du conflit, harcelées par la guérilla communiste chinoise, aux confins de la "sphère de coprospérité"... Ce n'est que bien plus tard qu'un personnage annonce que l'on se trouve "2 ou 3 jours après l'invasion soviétique de la Mandchourie", soit autour du 11-12 août 1945.



Le réalisateur parvient à un tour de force, certes centré sur Mifune, mais qui ne laisse aucun des personnages trop caricatural. Le sergent Yogusi est le sous-officier charismatique, qui transforme en soldats des novices : mais un lourd secret le motive dans sa tâche, qu'on ne découvre qu'à la toute fin du film. Sakuma, présenté de prime abord comme l'officier impitoyable, se révèle en fait plus partagé. Mais le fil de l'action repose sur la fanfare : les 14 jeunes Japonais passionnés de musique et qui n'ont jamais tiré un coup de feu, comme le montre la première séquence où ils jouent du jazz de Louis Armstrong en arrivant au fort, avant de se disperser au premier coup de feu de la guérilla. Okamoto, passionné de musique, joue sur les hommes de la fanfare, dont la camaraderie en musique, entretenue par le sergent Yosugi, va en faire de redoutables combattants.







Le scénario suit un schéma assez classique, mais Okamoto, là encore, parvient à faire un grand film dans la réalisation. Le sergent teigneux prend la tête d'un groupe a priori incapable de remplir sa mission : mais avec un minimum d'entraînement (réaliste, cela se sent dans les scènes concernées) et une tactique bien pensée, le fortin est enlevé. L'astuce d'Okamoto est de se focaliser sur un petit groupe de soldats japonais, ce qui permet de bien travailler les séquences de combat, assez réalistes pour l'époque : la prise du fortin est un modèle du genre. Les vainqueurs ont ensuite à tenir leur prise contre la contre-offensive de la guérilla communiste, même si l'issue ne laisse pas de doute au fur et à mesure que passent les minutes. A noter que l'on devine plutôt qu'autre chose la qualité de l'adversaire : Okamoto mélange d'ailleurs guérilla et véritables troupes régulières, avec uniforme, côté chinois. Le traitement de l'ennemi peut paraître assez hors de propos avec ce que l'on sait désormais du comportement de la troupe japonaise pendant la guerre : le réalisateur ne montre ainsi qu'un seul prisonnier, non maltraité. De même, le bordel du fort et la prostituée qui suit en permanence Yosugi sont japonais, ce qui permet d'éviter les questions sensibles des "femmes de réconfort" étrangères... et pourtant, en présentant des soldats japonais qui ont déserté pour rejoindre la guérilla communiste, par la dose d'humour introduite avec le jazz et le comportement burlesque de certains soldats japonais, et par la désobéissance des hommes à la stricte discipline militaire, Okamoto semble vouloir réhabiliter quelque part les oubliés du conflit sino-japonais, les simples soldats et les Chinois eux-mêmes. D'ailleurs, ce combat pour un fortin perdu à la veille de la capitulation (cf la dernière scène), les Japonais subissant un siège alors que le gros de la garnison se replie sans eux, traduit une vision très négative de la guerre chez le réalisateur, probablement liée à son expérience du conflit.






mercredi 24 août 2016

Nicolas PONTIC, Koursk : Staline défie Hitler 5 juillet-23 août 1943, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2015, 298 p.

Nicolas Pontic est le rédacteur-en-chef du magazine 2ème Guerre mondiale, pour lequel j'ai travaillé comme pigiste pendant quelques années. Je connais donc l'auteur du livre, que je sais intéressé par le front de l'est ; j'apparais d'ailleurs dans les remerciements p.293 car j'ai fourni quelques références qui sont présentes dans la bibliographie. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir aucun parti pris : je fais une fiche de lecture, point barre.

Nicolas Pontic consacre ce volume de la collection L'histoire en batailles de Tallandier à Koursk. Mais il n'est pas le premier à écrire en français sur ce sujet puisque Jean Lopez est passé par là, d'abord avec son premier ouvrage en 2008 qui a lancé sa carrière éditoriale puis une réédition en 2011 -que j'ai relue pour l'occasion. La comparaison s'impose donc inévitablement.

L'introduction de Jean Lopez (qui n'a pas changé d'une édition à l'autre) était fort peu modeste, prétendant démonter les "légendes" autour de la bataille de Koursk, légendes déjà déconstruites de 5 à 15 ans avant la parution de son ouvrage, notamment par des historiens et auteurs anglo-saxons. Celle de Nicolas Pontic est plus humble puisque l'auteur rappelle que le terrain a été défriché avant lui -y compris par Jean Lopez, qu'il cite. La présentation historiographique de la bataille est dans l'introduction chez Nicolas Pontic alors qu'elle est reportée en fin d'ouvrage chez Jean Lopez. Elle est plus rapide, vu la différence de taille entre les deux ouvrages, mais pas forcément inefficace. A noter d'ailleurs que l'auteur cite V. Zamulin, historien russe spécialiste de la bataille de Koursk et traduit en anglais depuis quelques années, et le deuxième ouvrage de George Nipe, ancien membre du courant révisionniste sur la bataille. Curieusement, Jean Lopez n'a pas utilisé dans sa réédition parue en 2011 le deuxième ouvrage de G. Nipe paru en 2010, et n'a pas pu utiliser celui de Zamulin dont l'ouvrage a été traduit juste après la réédition du Koursk. Ce faisant Jean Lopez ne peut pas jouer son rôle de compilateur jusqu'au bout, puisqu'il manque des références secondaires.

La cinquième offensive (The Fifth Offensive/The Battle of the Sutjeska) de Stipe Delic (1973)

Le film raconte la bataille de la Sutjeska, dans le sud-est de la Bosnie, en mai-juin 1943. Les forces de l'Axe lancent, pour les historiens yougoslaves, la 5ème offensive (d'où le titre du film) pour tenter d'annihiler les partisans de Tito (après la quatrième offensive en janvier-mars 1943, qui a donné lieu à un autre film, La bataille de la Neretva, en 1969). Les partisans, comptant environ 20 000 hommes, sont encerclés par plus de 120 000 Allemands, Italiens, Bulgares et Croates. Pilonnés par l'aviation, les partisans arrivent pourtant à se frayer un passage à travers l'encerclement via la Sutjeska jusqu'à l'est de la Bosnie. Tito est blessé au bras pendant les combats ; un capitaine du SOE britannique, parachuté auprès des partisans pendant la bataille, est tué. L'exploit des partisans malgré leurs lourdes pertes (plus d'un tiers de l'effectif) renforce leur réputation au combat et leur amène de nouvelles recrues : pour les historiens yougoslaves, c'est un tournant qui prend une coloration particulière dans l'histoire nationale.

Le film appartient au genre du "film de partisans", très classique dans la Yougoslavie de Tito. Comme La bataille de la Neretva, il inclut des stars occidentales : Richard Burton, Irène Papas, mais on trouve aussi les acteurs allemands Anton Diffring, habité aux rôles de nazis, et Günther Meisner, lui aussi abonné aux rôles de méchants généraux allemands. Il a été réalisé pour le 30ème anniversaire de la bataille, sur les lieux mêmes de l'affrontement, alors "sanctuarisés" dans un parc national. Burton, qui est alors entre le faîte de sa carrière et l'amorce du déclin, accepte de jouer le rôle de Tito ; admirateur du chef partisan yougoslave, il s'est déjà fait remarqué par ses prises de position socialistes par le passé. Son séjour en Yougoslavie avec Elizabeth Taylor ne passera pas inaperçu. Irène Papas n'a qu'un rôle très limité, de même qu'Anton Diffring qui n'apparaît que dans une seule séquence. Günther Meisner est plus visible au cour du film.

La cinquième offensive s'intègre au discours du genre du "film de partisans". Tito est montré comme le promoteur du socialisme pendant la guerre. Il y a un discours intéressant, en revanche, sur la religion, avec le personnage du prêtre chez les partisans : il porte à la fois la croix et l'étoile rouge. Les dialogues du film tendent à vouloir incorporer la religion dans le socialisme yougoslave. De la même façon, la relation égalitaire entre Tito et ses partisans est soulignée, alors même que Burton, par sa présence, écrase le casting yougoslave. Le discours ne tient pas compte des différences ethniques chez les partisans. D'ailleurs, certains acteurs ne jouent pas forcément des personnages en accord avec leur origine. L'armée et l'aviation yougoslave ont fortement collaboré à la réalisation du film : on voit des P-47 qui figurent les avions allemands, et comme souvent, des matériels allemands d'époque qui sont ressortis pour l'occasion (Flakvierling, MG 42, canons de 105, etc). En soi le film n'est sans doute pas un des meilleurs du genre, mais certaines scènes valent tout de même le détour.

lundi 22 août 2016

Hyena Road (2015) de Paul Gross

Afghanistan. L'équipe canadienne de snipers du Warrant Officer Ryan Sanders (Rossif Sutherland), qui vient d'éliminer un poseur d'IED sur la route Hyena, que les Canadiens cherchent à prolonger pour enfoncer un coin en secteur taliban, tombe dans une embuscade en faisant sauter un autre IED à longue distance. Cerné dans un village, le groupe est sauvé par l'intervention du "Fantôme" (Neamat Arghandabi), un ancien mujahidin du combat contre l'URSS qui avait disparu et qui est manifestement revenu en Afghanistan. Le capitaine Pete Mitchell (Paul Gross), des renseignements, interroge Sanders : il veut être certain qu'il a rencontré le fantôme, qui pourrait être un allié de poids dans le combat contre les talibans pour finir la route...

Difficile d'être à la fois réalisateur et acteur du même film. Paul Gross s'y essaie pourtant, mais le résultat est décevant. Il hésite entre fiction documentaire sur l'engagement des Canadiens en Afghanistan, qui finit par prendre le pas sur le reste, le scénario et les personnages, peu consistants. Il ne se démarque pas d'autres films cherchant à la fois le réalisme et interrogeant le spectateur sur les mêmes sujets, comme Démineurs que je revoyais il y a peu, en dépit des superbes paysages de la Jordanie et du Canada où a été tourné le film. Mention particulière à l'intrigue amoureuse entre le sniper chef d'équipe et son officier traitant, qui tombe complètement à plat et tombe même à la fin du film dans l'érotisme complètement superflu.


M134D Minigun montée sur hélicoptère CH-46 Griffon.


Fusil de sniper MacMillan TAC-50.

Commando sur la Gironde (Cockleshell Heroes) de José Ferrer (1955)

Le major Stringer (José Ferrer), un civil promu officier chez les Royal Marines, est chargé de concevoir un raid audacieux contre le port de Bordeaux en canoé pour poser des charges explosives sur des forceurs de blocus allemands. Il se heurte au capitaine Thomson (Trevor Howard), son adjoint, un vieil officier des Royal Marines, ancien de la Grande Guerre, qui ne jure que par les vieilles méthodes d'entraînement du corps...

Commando sur la Gironde est une version romancée de l'opération Frankton, le raid sur Bordeaux du Royal Marines Boom Patrol Detachment. Le raid comprend 6 canoés déposés par un sous-marin devant l'estuaire de la Gironde et qui doivent remonter le fleuve pour finir par poser leurs charges Limpet sur les navires allemands, en décembre 1942. Des 10 hommes engagés sur 5 canoés (l'un est perdu au déchargement du sous-marin), seuls 2 survivront, le chef du détachement, Hasler, et son équipier ; 6 autres Royal Marines seront fusillés après leur capture par les Allemands et 2 autres meurent de froid.


C'est le premier film de la Warwick (qui a réalisé d'autres films de guerre, notamment Red Beret en 1953) tourné en Cinemascope. De fait, la Warwick, compagnie basée en Angleterre mais dirigée par des Américains, veut capitaliser sur le succès de Red Beret avec une nouvelle production. La production envisage de reprendre la star de Red Beret, Alan Ladd, puis Richard Widmark. Finalement, c'est José Ferrer qui réalise le film et tient à la fois le rôle principal.


Le tournage a lieu à la fois en Angleterre, notamment au musée des Royal Marines, et au Portugal. Des corvettes britanniques de classe Castle construites pendant la Seconde Guerre mondiale servent pour représenter un chasseur de sous-marin allemand. Hasler et Sparks, les deux survivants du véritable raid, ont servi de conseillers techniques sur le film. Trevor Howard et David Lodge manquent de se noyer dans la scène où leur canoé se retourne. On note la présence de Christopher Lee dans un rôle secondaire, comme commandant du sous-marin qui dépose les Royal Marines.


Film de guerre classique, peut-être un peu trop, avec des personnages qui se cherchent plus qu'autre chose, et pas d'acteur charismatique. Trevor Howard semble un perdu, Ferrer pas très à l'aise.

dimanche 21 août 2016

Djihad au pays de Cham 7/Katibat al Tawhid wal Jihad

Katibat al Tawhid wal Jihad est révélateur de l'importance d'un groupe souvent négligé au regard de l'EI pour ce qui est de la guerre en Syrie : Jaysh Fateh al-Cham, l'ex-front al-Nosra1. Formation aux origines assez obscures, issue des rangs de l'ex-front al-Nosra et peut-être d'une autre formation ouzbèke qui lui est liée, Imam Bukhari Jamaat, Katibat al Tawhid wal Jihad rassemble à la fois des combattants d'Asie Centrale et des Syriens. Cette formation a gagné en effectifs, en matériel et en expérience au fil des années 2015 et 2016, ainsi qu'en visibilité, depuis son ralliement à l'ex-front al-Nosra en septembre 2015. Bien que focalisée sur le combat en Syrie, à terme, son discours djihadiste transnational pourrait se révéler dangereux pour les pays dont ses combattants sont originaires, en Asie Centrale.

samedi 20 août 2016

Gordon L. ROTTMAN, The Rocket Propelled Grenade, Weapon 2, Osprey, 2010, 80 p.

Gordon Rottman est un vétéran des Special Forces américaines : il a servi au Viêtnam et a été confronté directement aux RPG, sujet de ce livre des éditions Osprey. Les RPG sont les armes antichars les plus utilisées dans le monde, et à peu près contre n'importe quelle cible : véhicules blindés, fortification, infanterie, avion, hélicoptère... La famille des RPG comprend des armes rechargeables comme le RPG-7, et des armes à un seul coup comme le RPG-26. Le RPG-7 apparaît dans toutes les vidéos de l'EI en Syrie ou en Irak que j'analyse ou presque, en plus d'autres modèles également utilisés plus ponctuellement. Techniquement, le RPG-2 est une arme sans recul ; les RPG-7 et 16 sont des armes sans recul assistées par une fusée ; et les RPG-18, 22, 26 de véritables lance-roquettes. En russe d'ailleurs le terme RPG s'applique aussi aux grenades antichars de la Seconde Guerre mondiale (40, 43 et 6).

L'URSS dispose, lors de l'invasion allemande, de canons antichars classiques (37 et 45 mm notamment), de fusils antichars (PTRD et PTRS), de grenades à fusil antichars et de grenades à main antichars. C'est durant la Seconde Guerre mondiale que sont développées les armes antichars à charge creuse (HEAT) : un cône au bout de la munition permet de concentrer toute la charge à travers un trou minuscule percé dans le blindage, ce qui autorise à traverser une épaisseur beaucoup plus grande et ce quelle que soit la distance de tir. Les Soviétiques sont influencés par le Panzerfaüste allemands, mais surtout par le Panzerfaust 250, jamais en service, dont ils ont capturé les plans : il faut noter cependant qu'ils avaient tenté avant et pendant la guerre de développer leur propre lance-roquette antichar portable. De fait, ils s'inspirent des Panzerfaüste, Panzerschreck et Bazooka américain pour développer leur propre arme antichar : le RPG-1, dont le développement commence dès 1944, est abandonné en 1948. La même année, le RPG-2 voit le jour et entre en service en 1954. C'est un lance-roquettes de 40 mm, très simple d'utilisation, rapidement copié par la Chine (Type 56) et d'autres pays communistes. Le travail d'amélioration du RPG est un travail d'équipe, contrairement à la conception de l'AK-47par exemple. Le RPG-7, qui entre en service en 1961, a une meilleure munition et un système de visée. Le RPG-7V autorise le tir de nuit et la version D est démontable pour les troupes aéroportées. C'est surtout la munition du RPG-7 qui est plus efficace (toute une gamme est ensuite développée) : le tireur est assisté d'un pourvoyeur qui prépare aussi les roquettes en introduisant la charge de propulsion dans la roquette avant le tir. Le RPG-7 fait ses débuts pendant la guerre des Six Jours ; il apparaît au Viêtnam fin 1967-début 1968 et massivement pendant la guerre du Kippour de 1973. Le RPG-16, adopté en 1970, est conçu pour les forces spéciales et aéroportées et améliore les caractéristiques du RPG-7. Ce dernier est copié par la Chine (Type 69) et par d'autres pays comme l'Egypte, le Pakistan, l'Irak, l'Iran. Les Polonais, les Tchécoslovaques et l'Allemagne de l'Est produisent aussi leurs propres RPG-7 ; la RDA met au point une munition incendiaire, l'AGI. Le Nord-Viêtnam produit également une pâle copie ; plus récemment, une firme américaine a copié le RPG-7 (Airtronics USA, Inc).

Si la partie technique, comme souvent chez Osprey, est satisfaisante, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la partie sur l'utilisation opérationnelle de l'arme. Rottman rappelle que de nombreux véhicules en Irak et en Afghanistan ont été détruits à coups de RPG-7 : il souligne que la meilleure tactique contre les chars modernes, beaucoup mieux protégés, est le barrage utilisant au moins 3 RPG à différentes positions autour du véhicule visé. Le RPG-7 a été utilisé contre les hélicoptères dès la guerre du Viêtnam : on se souvient du choc causé par la perte de 2 UH-60 en Somalie, en octobre 1993, abattus par cette même arme, qui a donné lieu à un film célèbre. En Afghanistan, presque tous les hélicoptères américains abattus l'ont été par cette arme, chose visiblement moins vraie en Irak. Le RPG-7 a souvent été utilisé contre les fortifications de campagne : les munitions thermobariques ont été conçues spécialement pour cet emploi dans les années 1990. L'utilisation antipersonnelle n'est pas la plus adaptée mais des munitions ont été développées pour ce faire. Rottman rappelle que dans l'armée soviétique, on trouvait un ou deux RPG-7 par escouade. Le tireur et le pourvoyeur portaient normalement une arme individuelle en plus, pratique que l'on retrouve chez l'EI. L'armée irakienne de Saddam concentrait les RPG-7 dans la compagnie d'armes lourdes (12). Le problème est différent dans le cas des insurrections et autres mouvements armés : chez l'EI par exemple, non évoqué par Rottman (le livre date de 2010 : une édition mise à jour tenant compte des conflits récents serait bienvenue), l'escouade a au minimum un RPG-7 mais le chiffre monte facilement à 2 ou 3, sans parler des groupes complets de RPG-7 (jusqu'à 3 tireurs) manoeuvrant indépendamment. La doctrine soviétique prévoyait l'emploi des RPG-7 en dernière ligne pour la défense antichar, après les missiles guidés, les armes des chars et véhicules blindés et canons sans recul. Au Viêtnam, le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens utilisent les RPG dans leur rôle antichar contre les blindés sud-viêtnamiens et américains : quand ceux-ci deviennent plus lourds et que des parades sont mises en place, les RPG sont utilisés pour des barrages avant les attaques de positions fixes ou les embuscades. Les Israëliens sont surpris par l'emploi des RPG-7 par les Egyptiens, et les Syriens dans une moindre mesure, en 1973. Les mujahidin afghans emploient de nombreux tireurs RPG-7 contre les convois soviétiques, et contre les hélicoptères avant les Stinger. Les Tchétchènes organisent leurs escouades à Grozny autour du tireur RPG-7 (un ou deux par escouade) en 1994-1995. Malheureusement trop peu de place est consacré à chaque exemple et l'auteur ne peut se permettre une analyse détaillée d'un cas particulier ce qui est bien dommage, les études de cas sont trop superficielle - les pages dédiées aux contre-mesures dans le dernier chapitre auraient été peut-être mieux employées à cela.

Bien illustré (même si les dessins cette fois ne sont pas les meilleurs d'Osprey), le volume, bien qu'insuffisant sur la partie opérationnelle, constitue toutefois une bonne entrée en matière sur la catégorie des RPG. L'auteur a listé quelques sources p.79.

vendredi 19 août 2016

Tactiques militaires de l'EI-Synthèse 8

La synthèse n°8 récapitule les vidéos 36, 37, 38, 39 et 40 de propagande militaire de l'EI étudiées avec le questionnaire.

Le partage est toujours plus équilibré entre les théâtre irakien et syrien. Ici l'Irak domine encore, comme dans l'échantillon précédent, avec 3 vidéos, mais la Syrie en a 2. Cela confirme que la situation en Irak n'est pas bonne alors qu'à l'inverse les 2 wilayats syriennes sont parmi les plus productives en vidéos militaires depuis quelques temps. Il faut noter pour l'Irak le retour de la wilayat Diyala, pas vue depuis longtemps, et celle d'al-Anbar qui n'avait pas livré de vidéo depuis un certain temps. La wilayat Kirkouk par contre est une des plus productives depuis quelques mois en Irak. En Syrie, on retrouve de nouveau la wilayat Halab, souvent présente ces derniers mois, et la wilayat Homs qui elle aussi fournit beaucoup de vidéos de propagande militaire à l'EI.

mercredi 17 août 2016

Mourir pour le califat 40/La terre des batailles épiques (2)-Wilayat Diyala

Merci à https://twitter.com/binationale

Titre : La terre des batailles épiques (2).

Durée : 16 minutes 9 secondes.

Lieu(x) : dans la séquence 1, l'EI attaque une caserne de la mobilisation populaire à Shahraban, quartier de la ville d'al-Miqdadiyah, à 35 km au nord-est de Baquba. Dans la séquence 2, les combats ont lieu près du village d'Imam Ways, à 10 km au sud de Baquba, où des miliciens chiites avaient massacré des sunnites en août 2014. Puis on revient à Shahraban. L'attaque nocturne de la séquence 3 a lieu à Buhriz, dans la banlieue sud de Baquba.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de recoupement évident, certaines attaques à l'IED ou contre la police remontent peut-être au mois de mai. De toute façon probablement 3 semaines-1 mois minimum d'écart entre certaines opérations montrées et la mise en ligne (15 août).

Type de vidéo : c'est une vidéo mixte, attaque de positions fixes, harcèlements, attaques à l'IED, assassinats ciblés, etc.

Découpage (séquences) :

1 : 13" - 2'46", images d'archives, bombardement sur une caserne.
2 : 2'46" - 6'57", combats à Imam Ways et Shahraban.
3 : 6'57" - 10'10", IED, exécutions avec silencieux, assaut d'une caserne à Buhriz.
4 : 10'10" - 12'13", embuscades et combats de nuit.
5 : 12'13" - 14'36", assaut de nuit.
6 : 14'36"-16'09", exécution d'un membre de l'armée irakienne.

François LAGRANGE et Jean-Pierre REVERSEAU, Les Invalides. L'Etat, la guerre, la mémoire, Histoire 508, Découvertes Gallimard, Paris, Gallimard, 2007, 128 p.

François Lagrange, agrégé d'histoire, membre du musée de l'Armée et Jean-Pierre Reverseau, conservateur général du Patrimoine, signe le volume sur les Invalides dans la collection Découvertes Gallimard, divisé en 4 chapitres.

Les Invalides, fondés en 1670, témoignent du souci de Louis XIV et de son ministre Louvois de disposer d'une armée réglée, qui prenne en charge les vétérans. Bâti dans la plaine de Grenelle, les Invalides sont réalisés par Libéral Bruant. Jules Hardouin-Mansart rajoute l'église et son dôme à partir de 1676. L'inauguration officielle n'a lieu cependant qu'en 1706. Les Invalides ont plusieurs fonctions : c'est à la fois une caserne, un couvent, un hôpital et un atelier. Conçu pour abriter 1500 à 2000 personnes, l'hôtel en accueille plus de 4000 en 1714. La discipline militaire règne dans l'édifice, qui avec l'église Saint-Louis dispose d'une présence religieuse. L'infirmerie dispose de moyens conséquents pour l'époque. Les pensionnaires travaillent : la monarchie veut éviter leur oisiveté. Jusqu'à la Révolution, des changements mineurs surviennent. Parmentier officie aux Invalides comme apothicaire en chef jusqu'en 1774.

L'hôtel joue un rôle important en 1789 puisque les Parisiens y prennent facilement armes et munitions avant l'assaut sur la Bastille. La Constituante instaure une retraite pour les militaires et la vie de l'établissement est quelque peu tourmentée jusqu'à l'ordre rétabli par le Directoire. Napoléon s'associe étroitement à l'édifice : c'est là qu'a lieu la première remise de légions d'Honneur en 1804. Il donne au bâtiment une dimension funéraire en y plaçant les restes de Turenne et Vauban, pour se donner des ancêtres militaires prestigieux. La monarchie de Juillet fait ramener les cendres de Napoléon en 1840 : son tombeau sera aux Invalides. Il est réalisé par Visconti et flatte le pouvoir orléaniste en présentant Napoléon comme celui qui a rétabli l'ordre, fait la synthèse entre Ancien Régime et Révolution.

Les Invalides après être devenus panthéon militaire national se transforment aussi en musée. Depuis la Révolution un musée d'Artillerie accueille les nombres prises des armées françaises jusqu'à l'Empire, parfois reprises par les vainqueurs au moment des défaites. Des legs viennent renforcer le fonds toutefois. C'est après la guerre de 1870-71 que les collections sont transférées aux Invalides. Progressivement s'y rajoute d'autres collections celles de Napoléon III à Pierrefonds. Le musée historique de l'Armée n'est toutefois créé qu'en 1896, et démarre chronologiquement en 1569, date de la formation des premiers régiments d'infanterie. La vocation patrimoniale remplace la fonction hospitalière tombée en désuétude. Le musée d'Artillerie et le musée historique de l'Armée fusionne en 1905 sous l'égide du général Niox en musée de l'Armée. Pendant la Grande Guerre, on y expose les emblèmes et matériels pris à l'ennemi. En 1931, il est assimilé aux grands musées nationaux et passe sous l'autorité de l'état-major de l'armée. On y enterre de nombreux hommes de guerre, y compris de la Première Guerre mondiale, dont Foch sous le dôme.

Les Allemands prélèvent un tribut sur le musée en 1940 : les pièces ne sont restituées qu'en 1946. Une grande exposition est organisée l'année suivante. Les Allemands avaient symboliquement remis à Vichy la dépouille de l'Aiglon. Après la guerre, d'autres chefs militaires y sont enterrés comme Leclerc et Juin. De Gaulle y fait amener les restes de Lyautey en 1961. Outre quelques modifications architecturales, le musée se modernise pour devenir le musée d'histoire militaire national, en quelque sorte. Les fonctions d'origine demeurent : Institution Nationale des Invalides, église des Soldats, gouverneur militaire de Paris représentant la fonction militaire...

Un volume comme de coutume bien illustré et complété par la section Témoignages et documents : portraits d'invalides, réflexions sur le  tombeau de l'Empereur, visites aux musées, considérations sur le panthéon militaire, retour sur la collection d'Ambras, sur les armes et armures des souverains et sur les restaurations des peintures de Parrocel.

mardi 16 août 2016

Abdel Bari ATWAN, Islamic State. The Digital Caliphate, Saqi, 2015, 258 p.

Abdel Bari Atwan est un journaliste arabe, qui travaille de longue date sur les groupes djihadistes. Il a interrogé plusieurs fois Ben Laden. Il est donc logique qu'il ait publié en 2015 ce livre sur l'Etat Islamique, qu'il baptise "le califat digital". Pour lui en effet, l'EI ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui sans sa communication. L'EI a d'après lui toutes les caractéristiques d'un Etat, bien qu'il ne tienne aucun compte des règles internationales. L'EI présente selon un véritable danger en raison du soutien populaire dont il bénéficierait dans les pays du monde musulman. Dès l'introduction, Atwan explique que son livre est surtout bâti sur des témoignages recueillis durant sa longue carrière - ce qui ne sera pas sans poser problème sur le contenu, on le verra.

Dans le premier chapitre, il explique comment l'EI a gagné la bataille de la propagande, en capitalisant sur les timides débuts d'al-Qaïda et surtout les efforts d'AQPA et d'Anwar al-Awlaki. L'EI a développé un véritable appareil professionnel de communication, avec radio, vidéos, et même jeux vidéos pour ses adeptes. L'EI a aussi ses hackers qui mènent des attaques contre des cibles bien définies sur le net.

Dans le chapitre 2, Atwan revient sur les racines irakiennes de l'EI. Il rappelle que Saddam Hussein, au tournant des années 2000, avait initié une politique de renouveau religieux, et toléra le groupe Ansar al-Islam au Kurdistan irakien. L'arrivée de Zarqawi, qui s'installe en Irak et prépare ses réseaux, anticipe l'invasion américaine. Les décisions calamiteuses des Américains prises dans les premiers mois de l'occupation, et la politique sectaire du gouvernement de Maliki à partir de 2006 fournissent l'opportunité aux djihadistes de s'imposer sur le devant de la scène, alors même que la résistance irakienne est très diverse. L'approche militaire et très violente d'al-Qaïda en Irak et de son chef, Zarqawi, donne une nouvelle dimension au djihad global. Bien que l'élan s'essoufle après les attentats en Jordanie de 2005 et la contre-attaque américaine autour du "Réveil" et de la mobilisation de tribus sunnites contre AQI, un précédent est né. Le retrait progressif des Américains ouvre la voie au retour de l'Etat Islamique en Irak, d'autant plus que Maliki prend un tournant autoritaire dès 2010. L'Irak est déchiré politiquement et le paroxysme culmine en 2013-2014 : guère étonnant dans ses conditions que les sunnites ne se soient pas opposés, pour beaucoup, à l'avance de l'EI.

Pour Atwann, il y a eu un affrontement entre Ben Laden et Zawahiri et Zarqawi, avant même la mort de ce dernier en 2006. AQPA, en 2009, avait également mis en oeuvre des stratégies rompant avec la ligne des deux dirigeants d'al-Qaïda. D'ailleurs ceux-ci restent étrangement silencieux au départ lors du déclenchement des printemps arabes. L'EII, lui, envoie ses hommes pour s'implanter en Syrie. Le mouvement défie de plus en plus al-Qaïda jusqu'à la rupture, consommée en 2014.

La guerre civile en Syrie a également permis la naissance de l'EI. La Syrie est tenue depuis 1970 par le clan Assad. Bashar, qui accède au pouvoir en 2000 à la mort de son père, n'ouvre pas davantage que son géniteur le pays à la participation des sunnites, majoritaires dans la population. Bien que l'insurrection des Frères Musulmans ait été écrasée en 1982, les Frères Musulmans en exil forment l'opposition politique la plus cohérente. Plusieurs vétérans de l'insurrection manquée, comme Abu Musab et Abu Khalid al-Suri, deviennent de grandes figures du djihad, qui compte son lot de Syriens, comme Jolani, le chef actuel d'al-Nosra. En 2011, très rapidement, la révolution syrienne bascule dans la guerre civile : le régime n'a pas l'intention de plier et répond à coups de canons aux manifestations. Les grandes puissances sont divisées sur le conflit syrien, de même que les pays soutenant les rebelles : résultat, aucune opposition crédible ne se forme ce qui entrave toute forme de négociation. Les djihadistes profitent de l'opportunité, comme en Irak sous l'occupation américaine, et investissent le théâtre dès la fin 2011. Le portrait de l'insurrection syrienne dressé par Atwan n'est pas actualisé mais surtout est très superficiel : les références manquent, y compris les articles en ligne que l'auteur cite pourtant beaucoup en notes. C'est une des faiblesses majeures de l'ouvrage.

L'auteur dresse ensuite le portrait de Baghadi, le calife. Né en 1971 à Samarra, c'est un religieux, un homme capable d'être posé mais aussi très autoritaire. Prudent, il a reconnu les bienfaits d'une organisation bien dirigée. Il rejoint la résistance contre les Américains, passe par le camp Bucca où il se radicalise probablement, et finit par rejoindre AQI après la mort de Zarqawi en 2006. Il devient chef de l'EII en 2010. Il privilégie les opérations spectaculaires et les raids ; il envoie des combattants en Syrie dès 2011 ; et proclame le califat pour faire pièce à al-Qaïda. Stratège, soutenu par un réseau d'alliances tribales, Baghdadi a su fédérer autour de lui.

La politique de Baghdadi en Syrie, conduite indépendamment d'al-Qaïda, a attiré des centaines de combattants étrangers. L'EIIL peut les envoyer en Syrie. Le groupe tire sa force de sa capacité à jouer des lignes intérieures entre la Syrie et l'Irak. Il doit cependant affronter les rebelles syriens puis le front al-Nosra, qui a refusé d'être absorbé en 2013. En mai 2014, alors qu'il progresse également en Irak, le groupe développe sa communication avant la grande offensive du mois suivant qui voit la chute d'une bonne partie de l'Irak. C'est après l'établissement du califat que l'EI dope sa propagande en ligne. Le groupe rallie progressivement des soutiens extérieurs et étend son influence.

L'administration de l'EI tourne autour du calife, et de ses deux adjoints : Abou Muslim al-Turkmani (mort en août 2015, le livre n'étant pas à jour), et Abu Ali al-Anbari (idem, tué en mars 2016). Le trio chapeaute une série de conseils et de départements. Le conseil de la Sharia est particulièrement important car l'EI s'occupe dans les territoires conquis, en premier, des questions de justice. On trouve aussi le conseil militaire dirigé par Abu Ayman al-Iraqi (également tué), et dont fait partie Omar al-Shishani (mort en juillet 2016). L'information est dirigée par Abu Muhamad al-Adnani. L'EI a installé son propre calendrier. Les sources d'Atwan expliquent cependant que la domination de l'EI en Syrie ne tiendra pas, car les règles sont trop dures et surtout le pacte tacite avec le régime n'est pas vendeur auprès des sunnites. Le groupe, en 2014, est sans doute le plus riche de l'histoire du djihad. Le portrait militaire de l'EI reste encore une fois trop imprécis (l'auteur parle d'armes libyennes utilisées par l'EI, alors que ce dernier récupère surtout les prises sur des adversaires comme le régime syrien où les forces irakiennes, dont l'armement ne vient pas de Libye...).

La violence de l'EI est parfaitement calculée. Abu Bakr Naji, dans son fameux Management de la Sauvagerie, ne disait pas autre chose. Il s'agit d'affaiblir l'adversaire, de le repousser, en étant particulièrement brutal, avant d'établir l'Etat islamique.

Le chapitre sur les combattants étrangers souffre encore une fois du manque de sources. La migration vers l'EI est sans précédent dans l'histoire du djihad. Atwan s'arrête pour les Tchétchènes, exemple qu'il détaille un peu plus, en 2013, et ne dit rien sur les évolutions ultérieures. Les passages sur les motivations des candidats au djihad ne sont pas non plus suffisamment étayés. La partie sur les femmes du djihad est un peu plus solide mais s'arrête encore une fois en 2014, tout comme celle sur les réponses des gouvernements.

Le chapitre suivant est sans doute celui qui souffre le plus du manque de sources. Atwan soutient qu'au travers des siècles les pays occidentaux ont manipulé l'islam radical pour servir leurs propres objectifs géopolitiques. Les Etats-Unis auraient soutenu pendant la guerre froide les Frères Musulmans et le wahhabisme pour défendre leur mainmise sur le pétrole et empêcher l'essor d'un nationalisme arabe et d'un communisme trop gênants pour leurs intérêts. Rien n'aurait été fait pour s'opposer à l'exportation du wahhabisme par l'Arabie Saoudite, considérée comme étant capable de délivrer le monde musulman de ses fanatiques. Outre que ces facteurs sont loin d'être exclusifs, aucune référence ou presque ne vient étayer ces hypothèses, ce qui est gênant.

L'Arabie Saoudite est le résultat d'un pacte entre les Saud et le wahhabisme, et d'un accord tacite avec les puissances occidentales pour l'exploitation du pétrole. Le pouvoir maintient son autorité d'une main de fer ; pour contrer l'influence de l'Iran à partir de 1979, il a exporté le wahhabisme à l'étranger. La guerre en Afghanistan et le djihad débouchent sur la naissance d'al-Qaïda. Pourtant l'Arabie Saoudite est de plus en plus critiquée par les djihadistes depuis la guerre du Golfe et l'accueil des troupes américaines, au point que l'EI représente une menace existentielle pour le royaume.

En conclusion, l''auteur rappelle que l'EI a créé un modèle : la guerre sectaire, imposer sa puissance par la guerre psychologique en terrifiant l'ennemi, encourager les attaques terroristes dans les pays qui le combattent. La solution est complexe, elle est à la fois militaire mais aussi politique. Reste que le grand bénéficiaire pour l'instant de l'émergence de l'EI est Bachar el-Assad, toujours au pouvoir. Citant Léon Panetta, Atwan conclut sur l'idée qu'on pourrait bien avoir à faire à une guerre de 30 ans.

La bibliographie confime l'impression générale sur l'ouvrage : les notes ne citent que des articles en ligne, et quasiment aucun ouvrage ou article de type universitaire ou même autre. Dans ces conditions on comprend que le livre soit très inégal, plutôt intéressant au début, beaucoup moins sur la fin quand il est question de l'EI lui-même et des explications fournies le concernant. Atwan semble mieux qualifié pour parler de l'histoire du djihad, d'al-Qaïda et de ses années 1990-2000 que de la situation actuelle.

lundi 15 août 2016

Mourir pour Assad 6/Liwa Fatemiyoun (mai-août 2016)

En avril dernier, j'avais consacré un long billet à Liwa Fatemiyoun, unité composée d'Afghans chiites, essentiellement des réfugiés en Iran, recrutés par Téhéran pour se battre en Syrie pour le régime Assad. Ce billet fait le point sur ce que l'on sait de l'unité depuis cette date jusqu'à ce jour.

Début mai 2016, les rebelles syriens capturent plusieurs Afghans de la Fatemiyoun lors de combats au nord et au sud-ouest d'Alep. Entre 20 et 30 Afghans tués à Khan Touman sont ensuite enterrés en Iran. Le 13 mai, Amit Sarkisian, un Arménien servant dans la Fatemiyoun, est tué en Syrie. Le 20 mai 2016, 5 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 26 mai 2016, 8 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Mashhad, en Iran.

Ecusson de manche de Liwa Fatemiyoun.


En juin 2016, des sources font état de la présence de 12 à 14 000 Afghans au sein de la Fatemiyoun en Syrie, en particulier selon les propres déclarations d'Hosseini, commandant adjoint de l'unité tué sur le front de Palmyre ce mois-là. Selon les rebelles syriens, ils seraient 8 0001. Ce même mois, l'Iran ouvre un centre de recrutement à Herat, en Afghanistan, pour Liwa Fatemiyoun. Outre les Afghans chiites, on trouve même le cas d'un sunnite issus des Pachtouns engagé dans la formation2. Fin juin, les Afghans sont présents dans les combats contre les rebelles syriens au sud d'Alep. Un des combattants de la brigade, Ahmad Mekkian, tué au combat, est pris en photo à côté d'un pick-up avec LRM Fajr-1. A Khan Touman, les Afghans avaient probablement des mines directionnelles iraniennes anti-personnel M18A23. Seyyed Hosseini, commandant adjoint de l'unité, est tué au combat contre l'EI sur le front de Palmyre. Asadollah Ebrahimi, un des commandants de l'unité, est également tué à Alep.

Début juillet, ce serait 28 Afghans de la Fatemiyoun qui auraient péri en Syrie. Abou Azraël, la figure emblématique de la milice chiite Kataib al-Imam Ali, rend visite à la famille d'un des commandants de la Fatemiyoun tué en Syrie en 2015, Tavasoli. En juillet 2016, on apprend aussi que des unités de Liwa Fatemiyoun seraient formées en Iran par le Hezbollah. Liwa Fatemiyoun est bien passée du rang de brigade à celui de division en 2015 : on ne peut que spéculer sur le nombre de combattants présents en Syrie (plus ou moins de 10 000 ?). Pour Amir Toumaj, on peut estimer à au moins 383 le nombre d'Afghans tués en Syrie, pour la plupart enterrés à Qom et Mashhad en Iran. Le Hezbollah aurait formé des Afghans qui eux-mêmes auraient entraîné leurs camarades : il s'agirait d'une unité de forces spéciales rattachée à la Fatemiyoun, formé en particulier au sniping4. Un documentaire de ce même mois montre les Afghans entraînés par le Hezbollah et peut-être d'autres instructeurs étrangers en Syrie. On y voit des snipers opérant sur SVD Dragunov et Sayyad 2. Le 13 juillet, 2 enfants-soldats afghans de 15 et 16 ans sont tués par les rebelles. Le 14 juillet, 10 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 21 juillet, 5 combattants de Liwa Fatemiyoun tués à Alep sont enterrés en Iran. La plupart des Afghans tués en juillet le sont à Mallah au nord d'Alep.



Cet instructeur porte les emblèmes du Hezbollah sur ses écussons de manches.



Cet autre instructeur sur Dragunov est lui aussi probablement un étranger (Hezbollah ?).



Début août 2016, le commandant de la force al-Qods, Qasem Soleimani, rend visite à son tour à la famille de Tavasoli. Pendant l'offensive rebelle menant à la levée du blocus d'Alep, un combarttant de Liwa Fatemiyoun est capturé, avec le drapeau de l'unité. Sadeq Mohammad Zada, un des commandants de Liwa Fatemiyoun, est tué pendant la bataille. Le 9 août, 4 hommes de la Fatemiyoun tombent dans les combats à Alep. Au 12 août, Ali Alfoneh plaçait à 411 au moins le nombre d'Afghans tués en Syrie depuis septembre 2013, dont 12 ce mois-ci. 3 Afghans sont encore tués le 14 août à Alep.

Un des derniers "martyrs" de l'unité tombé à Alep. On note le dôme de Zaynab en arrière-plan.


Concernant l'équipement de Liwa Fatemiyoun, il est de plus en plus évident, au fur et à mesure que l'engagement des Afghans devient de plus en plus massif, qu'il se fait de plus en plus sophistiqué. Les snipers de la formation ont le Sayyad 2/AM 50, copie du fusil anti-matériel Steyr HS. 50 de 12,7 mm. Les fantassins ont parfois des copies du M-4 américain, avec même lance-grenades. L'unité blindée de Liwa Fatemiyoun, au moins de la taille d'une compagnie, aligne plusieurs chars T-72 et plusieurs véhicules blindés BMP-1. Surtout, elle dispose maintenant, peut-être, de T-90 fournis au régime syrien par la Russie et donnés aux Afghans.


Un Afghan se prend en photo devant un T-90. Est-il de l'unité blindée de Liwa Fatemiyoun ?


BMP-1 de l'unité blindé de la Fatemiyoun.

Colonne de BMP-1 et T-72 de l'unité blindée de la Fatemiyoun.


Cet Afghan porte un AM 50, fusil anti-matériel de 12.7 mm.






1https://www.theguardian.com/world/2016/jun/30/iran-covertly-recruits-afghan-soldiers-to-fight-in-syria?CMP=Share_iOSApp_Other
2http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2016/0612/Iran-steps-up-recruitment-of-Shiite-mercenaries-for-Syrian-war?cmpid=gigya-tw
3http://armamentresearch.com/iranian-directional-anti-personnel-mines-in-syria/
4http://www.longwarjournal.org/archives/2016/07/lebanese-hezbollah-training-special-afghan-fatemiyoun-forces-for-combat-in-syria.php?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+LongWarJournalSiteWide+%28The+Long+War+Journal+%28Site-Wide%29%29